Miserere mei, Deus
Partie 4
Mat's Boogie
La Fuego est en route sur une grande ligne droite. Traversant la campagne tant que les journées, Mathieu au volant, stoïque.
C'est les mains sur le volant et le regard sur la route qu'il prends le temps de se ressasser la perte de son compagnon, ne générant plus de larmes, mais alimentant un profond besoin de vengeance.
Pour la première fois, Mathieu est seul. Pas de dédoublement de personnalité, et pas d'éternel compagnon là pour lui casser les pieds. Ce sentiment parait étrange, i l ne pense à rien d'autre qu'une bonne grosse vendetta à l'ancienne. Genre gros flingues, entrer chez les connards, tout flinguer en gueulant le nom de son pote… Le truc classe quoi, sur une musique bien violente.
Le problème c'est que, les gros flingues, là il les a pas (confisqués par sa mère) et gueuler le nom de son pote… Bah ça fait un peu gay.
Il arrive bientôt à l'appart, à partir de là, il avisera.
Mais bon, quelque chose lui traverse l'esprit… Si les trous de sexes finissent toujours par les retrouver, est ce qu'ils les attendraient pas à l'appart ?
Il fallait qu'il fasse un peu gaffe à ses miches.
La nuit est déjà tombée, il fait bon. Personne à l'horizon, pas de voiture garée dans l'allée.
Un tour de pâté de maisons pour être sûr que rien ne se trame, que personne ne soit embusqué, et il gare enfin son véhicule magnifique en essayant de rester discret.
Une fois sorti de la bagnole, il embarque son sac, les clés laissées par Antoine, et avance silencieusement vers la porte d'entrée.
Pas de carreaux cassés, la porte bien fermée.. visiblement, personne n'est arrivé là avant lui. Bien.
Il lui fallait une bonne douche, bouffer quelque chose, et commencer à voir si personne ne lui avait laissé un message.
Après s'être lavé, il se met à fouiller les pièces à la recherche de n'importe quoi de vaguement suspect. Ah, bah peut être que ce gros paquet sur la table de la cuisine c'est un truc important non ? Mais bon, il est un peu con, et il décide d'ouvrir les placards pour se faire des tartines.
Et vas y que j'te beurre la tartine, et le paquet est juste à côté de lui.
Après s'être déchiré le bide à coup de cracottes, il s'attelle enfin à s'interroger sur son contenu.
Il déchire donc l'emballage marron du paquet pour réveler un petit cabinet en bois, qu'il ouvre.
A l'intérieur du cabinet, des photos, des cassettes, et un papier sur lequel est inscrit un message.
« Si vous lisez ceci, c'est qu'on est pas mal dans la merde les croquants.
Vous me connaissez peut être, je suis Philippe Crumpelt, fondateur du MAAR, le Mouvement Articulé d'Avant Rotule. Vous en étiez les membres 344 et 345.
Comme vous le savez, le MAAR est censé avoir disparu depuis que l'Association des Chiropracteurs De Campagnolles, l'ACDC, est arrivée en Champagne-Ardennes, mais quelques agents ont décidé de garder l'agence en vie, dont moi.
Vous étiez pas du tout nos meilleurs agents, loin de là. Vous foutiez tout le temps le bordel, vos missions étaient brouillons et vous suiviez rarement les ordres.
Je sais que c'était pas par volonté de désobéir, mais parce que vous êtes trop cons pour les comprendre en entier. Bref, trève de compliments. On a besoin de vous.
Pourquoi ?
Bah parce qu'on est dans la merde, je l'ai dit au début, putain, soyez attentifs.
Si je vous contacte à vous c'est parce que on a perdu le numéro et l'adresse de tous les autres, et bon, je veux pas faire ma pute à franges mais j'ai pas que ça à foutre d'aller chercher aux 4 coins de la France des pauvres couilles alors que vous êtes sûrement dispo hein ?
On a passé un moment à vous surveiller et protéger vos miches (on a pas toujous réussi) pour voir si vous étiez toujours entrainés, et vu que vous avez continué à casser des gueules de votre côté pour le bien de tous, bah on s'est dits que vous faisiez largement l'affaire.
Ok, je comprendrais que vous disiez non, mais le fait est que j'en ai pas grand-chose à carrer les doubles zéros, si vous le faites pas vous crevez, parce que au-delà du MAAR, ce qu'ils veulent dézinguer les enflurax de la mouise, c'est vos tronches.
Je sais que vous savez pourquoi ils veulent vous quicher vos tronches, et vu ce que vous leur avez mis en travers du gosier, vous avez intérêt à les buter avant que ce soit l'inverse.
Dans la chambre se trouve un gros stock d'armes, munitions, gadgets en tout genre (comme le bac à glaçons en forme de logos Marvel, trop cool), et une bouteille de Volvic.
Y'a également un léger briefing sur cassette et des photos souvenir du parc astérix.
Voili voilou, bonne chance et que la force vous mène à rome, ou qu'elle amasse pas mousse, je sais plus. Bisous. »
C'est signé Phillou.
Mathieu range le message dans sa poche au cas où il aurait besoin de se moucher plus tard et se saisit d'une cassette sur laquelle il est écrit « Très important »
Il l'insère dans son walkman dernier cri et place les écouteurs dans ses oreilles.
« Breakin rocks in the, hot sun, I fought the law and the law won »
C'est I fought the law par the Clash.
Ils sont vraiment cons putain.
Mathieu tourne la cassette et réappuie sur play.
« Vous avez lu mon message écrit ? Bien ! Super même. Alors, écoutez moi. Euh, c'est Phillou, du coup si vous avez pas lu appuyez sur pause et allez le lire, il est juste a côté c'est le papier qui sent la vanille. Voilà.
Donc, si vous avez lu mon message, bah voilà le briefing.
Les types sont basés ici.
Voilà, vous voyez là ? Bah c'est là qu'ils sont, allez leur petêr la gueule.
Des bécots ! »
Bon bah Mathieu est pas plus avancé on dirait.
Il choppe donc les photos pour voir qu'effectivement ce sont des photos du parc Astérix en compagnie de Charles et Antoine. Ce bon vieux Charles.
« Ha, ce bon vieux Charles » soupire Mathieu
Au dos de la photo est inscrit « Ce bon vieux Charles, parc astérix, juillet d'une année »
Il choppe ensuite une deuxième photo sur laquelle il reconnaît distinctement Joseph Van Brugel.
« Mais, c'est Joseph Van Brugel ! » s'exclame Mathieu alors qu'il est tout seul. « Qu'est ce qu'il foutait au parc astérix ? ». Il retourne donc la photo pour voir qu'il y a marqué « Burger King, juillet d'une autre année »
« Ouf, je me disais aussi » dit Mathieu rassuré.
Une fouille du cabinet plus approfondie révèle deux choses interessantes.
D'abord, une cible à flechette en argent avec marqué « L'ourobors saura alimenter les cieux lorsque sa cible il atteindra, alors plantez l'ouroboros ici plz », ensuite, une carte avec marqué « Les méchants sont ici » sur une flèche qui pointe sur une barraque près de Clermont-Ferrand. Merde, c'est nul là bas. Il récupère les deux objets.
C'est donc avec un air ultra sérieux, un pas engagé, et sur la 7ème Symphonie de Beethoven (2ème mouvement) que Mathieu se dirige vers la chambre de son disparu compagnon.
Le pas lourd, les sourcils froncés, les poings serrés, il se pète la gueule en trébuchant sur le tapis du salon. Hahahahahahaha.
Il se relève, ravi que y'ai personne pour voir ça, parce que merde ç'aurait pu être badass mais il s'est bien chié sa race.
Là c'est fini la déconne. C'est le moment de se venger, faut de la virilité et de la puissance.
Où sont les guitares éléctrique et les double pédales ? « Faites pêter le son » dit Mathieu dans son fort intérieur.
Alors le son pêta. And it was good.
Judas Priest – Painkiller se met à retentir dans la tête de Mathieu alors qu'il s'équipe.
Flingues en tout genre, fusils à pompe, un gros paquet de munitions dans les poches et en bandouillère. Un gilet pare-balles et une veste en cuir, parcequ'il faut non seulement être safe mais aussi avoir la classe. Pour une vendetta je sais pas lequel est le plus important.
C'est donc armé jusqu'aux dents que Mathieu sort de la piaule d'Antoine, parfaitement prêt à en découdre.
Il monte dans la fuego, se rend compte qu'il va pas pouvoir conduire avec 2 flingues dans le dos et encore plus sur les côtés, il se déséquipe donc dans le silence de la nuit et à la lumière de la lune qui semble se foutre de sa gueule.
« C'est pour toi Antoine. Et c'est pour toi Charles. » pense Mathieu en tournant la clé. « Ce bon vieux Charles... »
La Fuego tremblotte, crachotte, rote, et démarre enfin. Contenant plus de puissance de feu qu'un panzer, ce véhicule allie définitivement classe et dangerosité (surtout que y'a pas les airbags latéraux, niveau danger on cumule).
Clignotant, marche arrière, il recule tranquillou dans l'allée en faisant bien gaffe de pas percuter un chat ou un écureuil, parce que Vendetta peut être, mais le code de la route et la sureté avant tout !
Et puisqu'on est en ville, 50 km/h maxi les enfants.
Je suis d'accord, l'action en souffre, mais pas d'exception. C'est un coup à buter un gosse ou une vieille ça. Ou pire, perdre des points sur son permis.
Direction Clermont-Ferrand donc. Putain. Ils auraient pas pu se planquer autre part.
Qu'est ce que je déteste Clermont-Ferrand.
Mathieu se tape donc la route, pas super engaillardi par l'A71 mais bon.
En plus y'a des travaux près de Lussac-les-Châteaux, tout pour faire chier quoi.
Bref, après 4h de route et une pause pipi, Mathieu arrive enfin aux abords de Clermont-Ferrand, et se met à chercher le repaire des trous de balle.
« Le nom du patelin c'est… Bouzel. Hm » dit Mathieu en se retenant de rire. Quelle maturité.
Haha Bouzel. On dirait Bouse. C'est un peu un village de merde. Bref.
Faut donc que Mathieu traverse Clermont-Ferrand, décidemment la vie c'est de la bouzel.
Encore une heure de trajet, parce que c'est des petites routes merdiques pleines de virages, et la Fuego peut pas speeder comme un magnifique éclair bleu, façon Sonic.
Mathieu gare la Fuego à l'entrée du village, s'arme à nouveau mais sans musique cette fois parcequ'il faut rester un peu discret, et pose son pied dans Bouzel.
Le pied gauche, ça porte chance.
Tel un cow boy entrant dans une ville du far west, c'est avec un cure dent dans la bouche (parcequ'il s'était enlevé un morceau de sandwiche d'entre ses chicots, pas pour faire badass) que Mathieu avance pour faire claquer son poing vengeur dans la chetron des étrons de Bouzel.
Le son des munitions et des armes cliquetant à sa ceinture et la seule chose que l'on peut entendre alors que l'on se trouve à quelques minutes de l'aube.
L'éclairage public supplante la lumière blanchâtre de la lune qui lui donnait un air si badass pour balancer du jaune pisse façon ampoules des années 60.
Il s'approche de la première demeure et toque à la porte.
Pas de réponse.
Ok c'est quoi le plan maintenant ?
Mathieu se met à réfléchir à une façon de tout dézinguer, sans tout casser là dedans, parce que autant y'a des civils.
« Hmmm, comment tout dézinguer sans tout casser là dedans, parce que autant y'a des civils ? » pense Mathieu a voix haute.
C'est alors que des pas se font entendre.
Mathieu se cache derrière le mur de la barraque et jette un coup d'oeil discret.
Un peu plus loin dans la rue émerge du croisement deux personnes lourdement équipées.
Les salaupiauds, c'est bien eux.
« Reste calme Mathieu, reste calme. On va pas juste tout défoncer comme ça, si ? » pense le héros.
« Je pense que tu devrais me laisser faire, gamin » réponds une voix rauque qui ne vient pourtant de nulle part.
« Reste en dehors de tout ça, j'ai pas besoin de toi cette fois ci » se dit Mathieu à lui même
« Allez, on s'est bien marrés dans le temps. Tu vas pas me dire que t'as pas envie que je participe ? » continue la voix
« Tu crois vraiment que je t'ai ignoré tout ce temps, renié complètement pour que tu viennes foutre la merde maintenant que les choses sont réellement importantes ? »
« Tu me blesses mon petit coeur. C'est justement parce que les choses sont réellement importantes que tu as besoin de moi. Allez, laisse moi faire, tu vas voir, ça va être fun. »
C'est tremblante que la main de Mathieu va chercher un compartiment de sa ceinture.
Le jour se lève enfin, le soleil éclairant lentement la ville de Bouzel, à l'opposé de la position du héros.
De ce compartiment est récupérée une paire de lunette de soleil que Mathieu pose sur son nez et ajuste en soufflant légèrement, ainsi que le walkman dans lequel il insère une cassette de Joe Satriani avec comme première piste Satch Boogie.
Il empoigne deux fusils avec force, marche lentement au milieu de la rue, le soleil dans la gueule, et, alors que la musique commence, dit enfin avec la même voix grave que tout à l'heure :
« Le patron est là, bande de tas de merde. »
Les deux mercenaires ont à peine le temps de se retourner que le premier se prends un énorme bastos dans la figure et s'écroule le crâne éclaté par la puissance du tir parfait qui vient de partir. Le deuxième coup ne se fait pas attendre mais c'est cette fois le genou du mercenaire qui part en éclat, alors qu'un sourire se dessine très nettement sur le visage du patron.
« SONNEZ L'ALEE- » crie le mercenaire blessé avant de perdre sa machoire au profit d'une cartouche explosant à bout portant.
L'alerte retentit, l'éclairage public s'eteint en même temps, et des dizaines de soldats emergent des différentes batisses.
« Ha » s'exclame le patron avant de faire une roulade derrière un muret, tout en tirant deux coups qui atterissent dans le crâne de deux des salopards.
« Je vois que vous avez ramené toute la smala ? Laissez moi vous présenter ma famille à moi » énonce le patron en sortant de son dos deux mitrailleuses qu'il arme immédiatement.
« STOPPEZ MOI CET ENFOIRÉ » crie un des soldats alors que les tirs fusent sur le muret qui agit comme un bouclier.
Effectuant de nouveau une roulade le héros s'extirpe de la zone de tir et se met à dézinguer à la volée chaque mercenaire pointant le bout de son nez.
Son rire se mélant aux coups de feu, à la musique et aux cris de ses victimes, c'est une symphonie macabre qui se joue alors que les tirs semblent éviter le corps du patron qui se déplace avec agilité.
Sa précision et sa puissance de feu ont finalement raison de la première vague de soldats et un calme de courte durée s'impose sur le village.
Le patron s'allume une clope récupérée sur un cadavre et s'avance à la recherche de plus de chair à trouer.
Un coup de feu retentit, le projectile touchant le walkman du patron qui explose juste avant que la prochaine musique ne démarre.
« Ça, ça se paye mon con »
Le patron tire un unique coup de feu atteignant le soldat a l'entrejambe.
Il s'approche lentement du nouvellement eunuque, le choppe par les cheveux, lui lève la tête et lui dit :
« Tu m'empêches d'écouter de la musique maintenant, je t'empêche d'écouter de la musique pour toujours. » avant de lui placer le canon de son arme dans l'oreille, et d'appuyer sur la gachette.
« J't'en foutrais moi » ajoute le bourreau avant d'entrer dans ce qui semble être la mairie du village.
« Eh bah alors les gazous ? Y'a plus personne qui veut se frotter au big boss ? Vous avez les miquettes bande de tarlouzes ? Vous avez peur que j'vous la mette bien profond ? »
Pas de réponse.
« Peur justifiée »
Le patron descends lentement les escaliers menant vers la réserve, et y découvre plusieurs cellules toutes occupées. Il les inspecte une par une, rigolant de l'état de chacun des individus s'y trouvant. « Ah, regarde moi celui là, tu crois que c'est son visage originel ou qu'ils ont juste voulu le faire ressembler à un steak tartare ? » dit le patron en rigolant alors qu'il passe devant un homme visiblement torturé par les trouducs.
La derniere cellule, au fond du couloir, semble plus grande, et plus sécurisée. Il s'en approche avec curiosité mais se fait interrompre par un garde qui tente de l'assomer.
Le patron esquive d'un pas en arrière, le garde se viande la gueule contre le mur du couloir.
« J'espère que t'as pas préparé cette embuscade longtemps sinon là tu dois être vaaachement déçu » commente le patron avant de flinguer l'interessé.
Le patron se baisse pour récuperer les clés des cellules, et va ouvrir la cellule du fond.
La cellule est absolument vide à l'exception d'un homme avec un sac en toile sur la tête, posé sur un tabouret, parfaitement au centre.
« Qu'est ce que tu peux bien avoir fait toi pour te retrouver dans ce merdier » dit il en s'approchant du détenu.
Une fois à son niveau, il lui retire le sac du visage pour dévoiler une grande touffe de cheveux familière.
« Oh, une tête connue » dit le patron en reconnaissant Antoine. « T'étais pas crevé mon couillon ? »
« Hmmmmmmpf » réponds Antoine, du chaterton toujours posé sur sa bouche.
« T'essayes de parler ? Tu sais que t'as l'air très très très très con ? » réponds le patron en avançant sa main pour arracher le scotch. Une fois ceci fait, Antoine se met à parler.
« Putain t'en as mis du temps pour venir me chercher. Ou t'étais cette fois ? T'es rentré à l'appart ? Et puis c'est quoi ce- »
Le patron le coupe
« Oh calmos betty-lou, tu descends d'un étage et tu fais pas ta mijorée ok ? Je suis le seul foutu de te sauver les miches maintenant alors pas de reproches, tu me dis 'merci patron' et on pourra s'en aller main dans la main et se bécotter devant la fontaine du village. »
« Putain, Mathieu te fous pas de ma gueule, qu'est ce que tu branles là ? »
« Mathieu n'est pas là pour le moment veuillez lui laisser un message après le 'va te faire foutre'. »
« De quoi ? »
« Va te faire foutre »
« Mais qu'est ce que c'est que ce putain de délire ? Tu peux arrêter de jouer aux cons ?»
« C'est pourtant pas compliqué mon croquant » réponds le patron en s'allumant une autre clope « C'est pas Mathieu. C'est une autre personne. Y'a un indice pour savoir que c'est pas Mathieu qui parle, j'ai une voix virile et je suis bien plus sexy »
« Euuuuuh… d'accord. Donc je vois que t'as bien pêté un plomb. J'imagine que ça a pas du être facile et t'as complètement tourné la carte, je t'en veux pas. Mais là il faudrait esasyer de REPRENDRE SES ESPRITS ET SE TIRER. Parce que je sais pas si tu sais, mais là moi je sers d'appat. Ils vont pas tarder à débarquer. T'as de la chance de les avoir pris au dépourvu, ils fêtent le départ en retraite de Janine leur secrétaire. Ils sont en effectif réduit. Mais avec l'alerte ils vont pas tarder à rappliquer je te l'assure, alors il faut qu'on se tire viteuf »
« Mais sois tranquille Sabrina, j'ai la situation sous contrôle. Je vais commencer par te détacher, mais seulement si tu me demandes gentiment, ensuite t'auras le droit de prendre un flingue pour te rendre utile et on ira tranquillou à ma bagnole et on éxecutera mon plan d'aller se bécotter. T'en penses quoi Mélinda ? »
« Je pense que tu te fous carrément de ma gueule et que c'est pas le moment de déconner »
« Pas de bras pas de chocolat, bye bye Susie »
« Nan mais attends putain ! Tu vas pas me laisser là ? Mathieu bordel ! Joue pas aux cons »
« J'attends le mot magique »
« Putain de- »
« Pas celui là »
« Hmppppfff. S'il te plaît, voudrais tu bien me détacher ? »
« Eh bah voilàààà, c'est pas mieux comme ça ? » le patron détache Antoine. « Et promis j't'emmenerais prendre une glace et t'auras même le droit de me sucer la b- »
Le dernier mot du patron est coupé par un énorme taquet lancé par Antoine dans sa gueule.
Les lunettes de soleil tombent sur le sol et glissent dans un coin de la pièce.
« Tu disais ? J'aurais le droit de sucer quoi ? Finis ta phrase. Quitte à jouer aux cons, on peut le faire à deux nan ? T'as peut être envie que j't'en mettes une autre pour te rappeller que j'me suis sacrifié pour ta gueule et que j'me suis fait tabasser pendant des heures ? »
Le visage boursouflé d'Antoine tremble en disant ces mots.
« Maintenant ce que je voudrais, c'est que tu arrêtes tes conneries, reprennes tes esprits, et qu'on s'en aille. Tu m'entends ? Mathieu ? »
Étalé par terre, il ne réponds pas.
« Mathieu. Réponds moi ou j't'en met une autre. Réponds moi putain »
« MAIS ÉSPÈCE DE GROS CON C'ÉTAIT PAS MOI » crie Mathieu en relevant la tête.
« De quoi ? »
« C'ÉTAIT PAS MOI. IL TE L'AS DIT EN PLUS. C'ÉTAIT PAS MOI C'ÉTAIT LUI, LE PATRON, PUTAIN DE MEEEEEERDE »
« Je te jure je vais t'en mettre un gros de taquet si t'arrêtes pas tes conneries » dit Antoine en brandissant le poing
« MAIS COMMENT TU VEUX QUE JE T'EXPLIQUE MIEUX QUE ÇA ? C'ÉTAIT PAS MOI. C'ÉTAIT UNE AUTRE PERSONNE. AAAH PUTAIN TU M'AS PAS RATÉ ÉSPÈCE D'ENFOIRÉÉÉÉ »
« Explique toi parce que là je commence vraiment à en avoir marre. »
« J'AI PAS LE TEMPS DE T'EXPLIQUER, JUSTE, NE ME FRAPPE PLUS PUTAIN »
Mathieu se relève et ajoute « Je t'assure que ça aura plus de sens plus tard, mais là il faut qu'on se tire »
« T'as pas intérêt à recommencer à m'insulter sinon tu t'en prends une »
« Je te jure que ça arrivera plus. Putain de meeeerde »
« Allez, à la bagnole »
Mathieu récupère ses lunettes de soleil pour les ranger dans la poche de sa ceinture avant de se diriger vers l'éscalier. Il donne une de ses armes à Antoine qui lui emboite le pas.
« Bon, la Fuego est à l'entrée du village, donc on sprinte là bas. »
« D'accord. Let's go »
Les deux se mettent à courir dans Bouzel en vérifiant que personne ne se soit ramené entre temps pour leur faire les fesses. Une fois arrivés à la Fuego, ils se déséquippent et prennent leurs places respectives.
« Du coup tu sais où on est exactement ? » demande Antoine
« Bouzel, un village de merde à l'est de Clermont-Ferrand »
« Ah, putain, Clermont-Ferrand. Fait chier »
« Yep, fait chier. »
La Fuego démarre, Mathieu fait demi tour et accélère pour retourner à l'appart d'Antoine, à 4h de route d'ici.
« Ils nous suivent il me semble » dit Antoine en remarquant deux fourgons loin derrière eux
« Je pense pas qu'ils nous ratrappent, pas tant qu'on aura la Fuego en tout cas »
« J'espère que t'as raison »
Antoine regarde dans la voiture et remarque la cible avec marqué « plantez l'ouroboros mes couilles blablabla ».
Il demande à Mathieu : « t'as essayé d'ouvrir ça ? »
« Ouvrir quoi ? »
« Le truc là, y'a marqué plantez la flechette »
« Ah, nan, j'suis venu te chercher figure toi je me fichais un peu de jouer aux flechettes »
Antoine prends la flechette, et l'insère dans le milieu de la cible. Un « clic » se fait entendre distinctement alors que les différents secteurs de la cible se mettent à tourner.
« Merde qu'est ce que t'as foutu ? »
« Bah j'ai fait ce qu'on m'a dit de faire connard »
« Pourquoi ça tourne comme ça ? »
« Qu'est ce que j'en sais ? Occupe toi de la route, je m'occupe du merdier »
Après plusieurs tours, les motifs de la cible finissent par former un aigle à deux têtes.
La flechette quant à elle finit par se désassembler et tomber en petit morceaux.
Un morceau de parchemin est éjecté de la cible.
Antoine s'en saisit et le lit à voix haute.
« Age quod agis. C'est du latin ? »
« Sûrement, qu'est ce que ça veut dire ? »
« J'sais pas »
« On est bien avancés dis moi »
La Fuego continue de speeder comme une folle, mettant une bonne distance dans la bouche des poursuivants des deux comparses.
Ils s'arrêtent sur une aire d'autoroute pour faire le plein d'essence et se prendre des sanwiches au poulet.
« Alors tu vas m'expliquer ce que c'était ce délire ? » demande Antoine à Mathieu
« C'est une trèèèès longue histoire. »
