M'absentant pendant deux longues semaines, je vous livre ce petit chapitre, histoire de ne pas trop vous faire languir ( remerciez BlackEmilyMalou )

En espérant que la suite vous plaise !

Bonne lecture !


Chapitre 3 : Retrouvailles

- Je t'aime …

Une voix chaude, des mots caressants …

- Tu ne me réponds par le traditionnel : « moi aussi » ?

Un léger soupir, les doux cheveux blancs vinrent effleurer son visage.

- Inutile, puisque tu le sais déjà.

Une moue d'agacement absolument irrésistible, des doigts fins sur ses lèvres.

- Je veux l'entendre quand même.

La sensation de ce corps aimé contre le sien …

- Je t'aime.

Des lèvres qui s'unissent, scellant leur promesse.


Une ombre passa devant Kanda, qui, perdu dans la contemplation d'Allen, n'y fit pas attention. A sa grande surprise, l'ex-exorciste n'avait presque pas changé. Ni peau grise ni stigmates. Il avait gagné quelques centimètres et quelque peu maigri, mais la différence s'arrêtait là. L'asiatique se plongeait avidement dans la vision de son aimé, mais, avant qu'il puisse croiser son regard, un Akuma Niveau Trois, à en juger par son apparence, s'interposa.

« - Laissez-nous nous en charger, Mikk nous a donné des ordres à cet effet. Il a insisté pour que vous ayez le moins de contacts possibles avec vos anciens compagnons ».

Désireux de persuader intimement son interlocuteur, il transperça d'un coup sec la cuisse de Kanda, laissant jaillir une gerbe de sang, puis, satisfait, se tourna vers Allen :

« Vous voyez ? Cette vermine ne nous causera aucun problème ! Vous n'avez pas besoin de vous en occuper. »

Le jeune homme aux longs cheveux noirs avait senti la douleur, diffuse d'abord, devenir lancinante, se propager dans tout son être. Il n'avait pas esquissé un seul geste pour l'éviter. Car, à l'instant précis où l'Akuma s'était approché, il avait enfin pu intercepter le regard d'Allen. Et ce qu'il avait vu l'avait pétrifié.

Ce n'était pas tant les cernes profonds et noirâtres, ni même la pupille qui s'était considérablement amincie, pareille à celle d'un félin prêt à attaquer, mais l'impression que dégageaient ces yeux sans vie. Là où toutes ses émotions se reflétaient comme gravées sur une feuille d'argent pur, où une étincelle de vie éclaircissait toujours l'océan brumeux de son iris, régnait désormais un désert gris et desséché, morne et désolé. En le voyant si impassible, Kanda en vint même à douter qu'il ait pu ressentir un jour des sentiments.

Cependant, alors que l'Akuma, léchant voracement le sang de l'exorciste incrusté sur son arme, se préparait à une nouvelle attaque, Kanda crut discerner un infime frémissement chez le jeune homme. Quelques secondes plus tard, ce frisson imperceptible se mua soudainement en une série de spasmes violents qui ébranla son corps et tordit ses articulations en angles impossibles. Puis la crise cessa subitement et le jeune se redressa, un sourire espiègle sur les lèvres :

- Autodestruction !

Ses yeux vif-argent pétillaient, et, des étincelles dorées dans son regard, il avait exactement la même expression que lorsqu'il suppliait Kanda de lui acheter une dizaine de mitarashi dango supplémentaire. Kanda eut un haut-le-cœur.

- Je veux que vous vous autodétruisiez ! Maintenant ! Je veux voir vos âmes briller et se consumer à la vague de matière noire ardente ! Je compte sur vous !

Au fur et à mesure de ses cris, des stigmates gris se creusaient sur son front, et sa peau virait au gris.

C'en fut trop pour Kanda.

Mais, alors qu'il s'apprêtait à s'éloigner de cette vision d'horreur, sa jambe blessée céda et il tomba en avant.

Un bras chaud le rattrapa et le serra contre lui.

- Tu nous quittes déjà ? Mais tu vas manquer le feu d'artifice !

Les Akumas, contraints d'obéir, s'autodétruisaient autour d'eux, avec un atroce bruit de chair écrasée et de hurlements grinçants.

- C'est beau, n'est-ce-pas ?

Dégoûté, Kanda essaya de se dégager de l'étreinte qui l'enserrait. Mais Allen se rapprocha encore plus de l'exorciste aux longs cheveux noirs, prit son visage dans ses mains, et, le forçant à plonger son regard dans le sien, lui souffla :

- Je ne te laisserai plus jamais partir, tu m'entends ?

Il rapprocha son visage et, de ses lèvres, effleura la peau frémissante de l'exorciste. Kanda frissonna et, haletant, se détourna. Mais Allen était devenu bien plus fort que lui et, raffermissant sa prise, ce dernier lui chuchota près de son oreille :

- Tu vas souffrir autant que j'ai souffert, lui promit-il, d'une douleur innommable qui consumera ton être tout entier. Mais en attendant …

Allen, se penchant encore plus, déposa un baiser au coin de ses lèvres.

- Je te souhaite une bonne nuit, mon amour.

Kanda, ébahi, voulut le repousser, cependant le peu de forces qui lui restait s'évanouit au même instant et, épuisé, tremblant et traversé de toutes parts par un tourbillonnement d'émotions contradictoires au sujet du maudit, ses paupières lourdes se fermèrent, et, brusquement, il sombra dans les ténèbres de l'inconscience.


Les ténèbres, le vide, le néant. Tant de mots pour définir l'indéfinissable, pour voir l'invisible. Qu'est-ce que la perception ? Celle humaine a tant de limites. Crois-tu vraiment que le temps s'arrêtera si tu perds toute notion du temps ? Qu'est-ce pour toi une heure ? Une seconde ? Un an ? Dis-moi tout, jeune exorciste. Le temps est précieux, n'est-ce pas ? Bientôt il s'achèvera, et ta vie se fanera. Dis-moi, Yû Kanda. Quels sont tes démons ?

- Où … où suis-je ?

Quelque part. Nulle part. Qu'importe. Là n'est pas la question.

- Alors … Qui … Qui êtes-vous ?

Question autrement plus intéressante. Mais tu aurais dû la reformuler autrement : me connais-tu ?

- Je ne … Je ne me rappelle pas de vous …

Un rire enfantin et innocent résonnait dans son crâne. Lorsque la voix reprit, son intonation avait changé. Au début douce et presque maternelle, elle était devenue froide et tranchante, comme la lame métallique d'un couteau aiguisé.

Souviens-toi.

- Je ne veux pas me souvenir… cela me fait trop souffrir… c'est trop douloureux…

On tira brutalement sa tête vers l'arrière. Des éclairs de douleur élancèrent son crâne et ses yeux se plissèrent alors que la souffrance l'envahissait.

Souviens-toi.

Le rire se faisait de plus en plus oppressant, et une intonation nettement cruelle s'y discernait à présent.

Souviens-toi !


En espérant avoir été à la hauteur, missv !