Les recherches que L fit sur Ellen De Kirza furent approfondies. Toute sa vie avait été passée au peigne fin mais il ne tint pas l'équipe informée de ses résultats. Il continuait d'ailleurs à l'appeler Sarah. Fille d'une certaine Carine Deschamps, elle avait perdu son père à l'âge de quatre ans. Le fait qu'il soit mort d'une crise cardiaque attira son attention.
Ellen habitait effectivement seule dans un appartement, et il y trouva une photo de lui; très brun, vraisemblablement originaire d'Europe de l'est ou alors d'Italie. Il avait légué à sa fille son patronyme ainsi que ses cheveux de jais. Nommé François, il avait été mécanicien et fut un père aimant jusqu'à ce que son cœur lâche. Carine s'était alors retrouvée dans une situation difficile. Sans source de revenus et rongée par la dépression, elle sortit difficilement la tête de l'eau en enchaînant les petits boulots. Mais sa détermination et son courage la poussèrent à aller de l'avant. Elle trouva un emploi stable, refit sa vie, plaça Ellen dans un lycée réputé, et ce malgré le prix indécent de son internat.

Quand elle obtint son baccalauréat avec un an d'avance, la jeune fille s'inscrit à la faculté de droit. Passionnée par le Japon, elle s'arrangea pour passer sa deuxième année de licence au pays du soleil levant. Sa mère avait mal prit la décision, inquiétée par la distance qui allait les séparer et par le fait qu'Ellen était encore mineure (même si dans l'année de ses dix-huit ans).Ce fut l'occasion d'une énième dispute, elle partit donc de France fâchée. D'après la date des messages reçus sur le portable de la jeune fille, elle était arrivée ici trois semaines plus tôt.

Il trouva des vêtements dans un placard et mit quelques tenues de rechange dans un sac de voyage qui traînait par terre. Il prit aussi son ordinateur portable, son mobile qui affichait trois appels manqués et sa trousse de toilette. Après une inspection minutieuse en quête d'indices, L referma la porte de l'appartement. Une fois rentré à l'atelier il remit la clé où il l'avait trouvée : dans la poche du jean noir de la française.

Watari ne manqua pas de remarquer le large sac que L portait à l'épaule.

-Je savais qu'une promenade serait bénéfique, lui dit-il avec un air entendu. Je peux détacher mademoiselle Sarah et la faire sortir maintenant ?

Le brun hocha la tête.


Un jeune homme d'une vingtaine d'années se tenait face à Ellen. Légèrement voûté, il avait des cheveux noirs, des yeux noirs accompagnés de larges cernes -noirs pour changer.

-Je suis L.

Sa voix traînante accompagnée de son timbre profond et grave dégageait un charme qu'elle ne parvenait pas à s'expliquer. Il parlait presque à voix basse et avait le regard franc.

Alors c'était lui ? Le plus grand détective du monde ? Elle pensait qu'il aurait au moins la quarantaine. Aucune expression ne se lisait sur son visage blême. Les mains dans les poches, il la fixait intensément. Il attendait une réaction ?

-Et ?

Il reporta ses yeux sur son sorbet, puis sur elle à nouveau. Il fit un pas dans sa direction, approcha son visage du sien.

Trop près.

L se décida finalement à parler.

-Tes yeux sont presque aussi bleus que ma glace à la menthe.

Pas d'intonation, rien ne transparaissait dans son timbre.

Elle faillit répliquer que ses yeux étaient vert d'eau et que le simple adjectif "bleu" ne suffisait pas à nommer leur teinte si unique et aussi que s'approcher aussi d'une inconnue relevait de l'impolitesse pure et simple. Mais elle se rappela aussitôt qu'elle était face à L.

Il donna deux coups de langue sur sa glace et l'informa qu'elle pourrait se changer si elle le désirait. Ellen se rappela alors l'indécente blouse et tira dessus pour cacher la haut de ses cuisses, les joues roses.

-C'est pas gratuit, grinça-t-elle quand elle croisa le regard observateur de L.

Il posa un doigt sur son menton le plus sérieusement du monde.

-Ah..?

Elle fut sur le point de le gifler mais choisit plutôt d'arracher ses vêtements des mains du brun pour ensuite partir se changer. Elle revint quelques minutes plus tard, habillée d'une veste en jean, d'un pantalon noir, et d'une paire de converses blanches accordées avec un T-shirt de la même couleur dont le col était joliment brodé.

Cette fois encore, les yeux de L se firent insistants.

-Qu'est-ce qu'il y a ? rugit Ellen.

-Ça te va bien.

Le compliment la surprit, et le détective en profita pour lui annoncer à ce moment-là qu'ils resteraient menottés ensembles jusqu'à la résolution de l'enquête Kira. Et c'est là qu'elle comprit qu'il venait d'essayer de l'amadouer.
Elle était toujours considérée comme suspecte et même s'il n'avait rien trouvé de compromettant chez elle cela ne suffisait pas à l'innocenter. Ellen s'était fermement opposée à l'idée, le traita de pervers et d'enfoiré. Il dût la rassurer sur le fait qu'ils seraient détachés pendant une demi-heure chaque jour pour qu'ils puissent se changer et se doucher et qu'évidemment ils dormiraient dans des lits séparés. Elle se calma mais sa colère ne retomba pas totalement.

Ils prirent l'ascenseur pour remonter à l'atelier, et alors que le silence s'épaississait, il précisa qu'elle devrait à présent l'appeler Ryûzaki, comme toute l'équipe le faisait, et qu'elle resterait Sarah durant le temps de son séjour comme elle avait demandé de garder l'anonymat elle aussi. Elle acquiesça sans un mot, puis explosa alors qu'ils remontaient le long couloir dépourvu de fenêtres qui menait à l'atelier.

-Non mais sérieusement ?! Des menottes !

-Je t'ai déjà expliqué la situation, objecta le jeune homme avec patience.

Elle se détourna quelques secondes pour essuyer ses yeux déjà humides. L comprit mais ne fit aucun commentaire. Elle avait environ soixante-quinze pour cent de chances d'être atteinte d'hypersensibilité.

-Tu pleures souvent.

-Ta gueule ! Hoqueta Ellen.

L ne s'en offusqua pas.

Elle se refit une contenance et ouvrit la porte au bout du couloir pour se retrouver face à Mogi, Matsuda, Watari et Sôichiro Yagami.

-Euh... Ohayo gosaimasu. (Bonjour.)

Quelques « bonjour » timides furent lancés, puis petit à petit un brouhaha de phrases en japonais envahit la pièce. Ils parlaient tous en même temps et la française ne comprenait pas grand chose d'autre que des mots esseulés qui ne signifiaient rien à proprement parler. Quand ils finirent par remarquer son air dubitatif, tous se turent.

-A partir de maintenant nous parlerons en anglais, les informa L.

Matsuda soupira.

-Mais je parle super mal anglais ! Gémit-il.

-T'as qu'à lire du Shakespeare, suggéra Mogi avec un clin d'œil.

-Bon, vous avez fini vous deux ? Pires que des enfants, gronda Yagami.

L se racla bruyamment la gorge afin d'attirer leur attention.

-J'ai dit : en anglais.
Il s'adressa ensuite à Ellen :

-Tâche d'apprendre rapidement à comprendre le japonais.

Elle hocha la tête. Le détective prit les menottes que Watari lui tendait et en passa une. Il fit signe à Ellen de lui tendre le bras, ce qu'elle fit avec réticence. Il glissa la seconde menotte à son poignet et elle sentit ses mains froides contre sa peau. Elle retira la sienne avec empressement. Ensuite L expliqua l'affaire Kira en long, en large et en travers à la jeune fille de façon à ce qu'elle se rende utile dans leurs recherches. Tout leur matériel était à sa disposition, dans la mesure où elle restait avec L pour l'utiliser.

-Comme si j'avais le choix, grogna-t-elle.

Pour étayer ses propos elle secoua sa main, faisant cliqueter la chaîne qui était quasiment longue d'un mètre.

-Ta situation pourrait être pire, ne te plains pas trop Sarah-chan, conseilla le détective, les mains dans les poches.

Aucune inflexion de sa voix ne venait la mettre en garde quant à l'agacement dudit Ryûzaki, mais elle sentait qu'il n'était pas du genre à faire des menaces en l'air.

Il alla s'asseoir à un poste et Ellen fut contrainte de le suivre. Elle prit place là où Light se mettait habituellement et alluma un ordinateur pour commencer à lire les informations concernant les employés qui se réunissaient tous les vendredis soirs. Mais le bruit ambiant de la salle -Mogi qui tapait sur son clavier, Matsuda qui reniflait, et surtout Ryûzaki qui mangeait sans cesse- l'empêchait de se concentrer. Elle grinça des dents alors qu'il faisait bruisser des papiers de bonbons puis vit un casque qui trônait sur l'unité centrale.

Le Graal.

Elle le brancha et alla sur YouTube pour mettre We Will Rock You de Queen et monta le son.

Elle reprit sa lecture en tapotant sur le bureau.

-Buddy you're a boy make a big noise... commença Ellen à chanter tout bas.

Puis elle s'arrêta en se rappelant qu'elle se trouvait dans la base secrète du plus grand détective du monde.

Elle était beaucoup plus productive maintenant qu'elle n'était plus gênée par les nuisances sonores des autres et une heure se passa au rythme de Pink Floyd, Korn et Linkin Park. Elle soupira alors qu'elle finissait de lire les infos concernant un certain Higuchi et entreprit de s'étirer. Mais alors qu'elle étendait les bras, sa main gauche toucha quelque chose. Ou plutôt quelqu'un. Elle se retourna et sursauta en voyant L et sa tête de dépressif narcoleptique, les genoux ramenés contre lui, ses yeux noirs la fixant avec curiosité.
-Putain, Ryûzaki, sursauta-t-elle en riant nerveusement.

Elle fit glisser le casque sur le côté pour découvrir une de ses oreilles.

-Sarah-chan avance-t-elle dans son travail ?

-Mmmh... Oui et non. Dans cette liste ils ont tous l'air suspects. J'ai regardé leurs activités, les éléments que l'on connait de leur personnalité... A part ce Higuchi qui a l'air vraiment étrange, je ne vois personne se démarquer.

Il acquiesça, et elle reprit :

-Je sais bien que juger les gens aussi rapidement mène forcément à faire des erreurs mais ce type a l'air imbu de pouvoir, désireux de faire ses preuves et peu scrupuleux.

-Le coupable idéal ! s'enthousiasma Matsuda qui s'était posté derrière L.

Il était impressionné par les déductions de la jeune fille.

-Oui. Mais ça me semble trop évident. Je suis sûre que ce Higuchi détourne notre attention du tueur. C'est un stéréotype du parfait Kira.

-Ouaaah, Sarah-san tu es vraiment intelligente !

-Merciiii ! Lui répondit-elle en français avec un clin d'œil malicieux.

L avait l'air perplexe, une sucette dans la bouche.

-Je n'avais pas pensé à ça...

Il appela Sôichiro Yagami et Mogi pour leur demander s'ils avaient des pistes.

-Pas grand chose, soupira Mogi, tout ce que je sais, c'est qu'ils sont pour la plupart susceptibles d'être Kira.

Yagami n'en dit pas plus. L demanda à Ellen d'expliquer sa théorie à nouveau, et tous l'approuvèrent, impressionnés. Le reste de la journée se passa tranquillement, et L ne dit rien quand il remarqua que la jeune fille ne travaillait plus et surfait simplement sur internet. Elle se renseignait sur l'actualité en France. Vers dix-neuf heures Yagami et Mogi rentrèrent chez eux.

-Onaka ga suita ! (J'ai faim !) s'écria Ellen.

Matsuda approuva et ils supplièrent tous les deux L pour aller dîner. Il commanda des pizzas qui arrivèrent une quinzaine de minutes plus tard et les deux affamés se jetèrent dessus.

-Tu manges pas, Ryûzaki ? Questionna l'élégante jeune fille la bouche pleine.

Il lui répondit par la négative sans pour autant quitter son écran des yeux. Elle haussa les épaules et recommença à papoter joyeusement avec Matsuda. Les deux s'entendaient très bien et Ellen aimait embêter l'ex-policier. Ils discutaient depuis un bon moment déjà et elle lui racontait comment elle avait cloué le bec d'un garçon un peu trop fier à son goût.
-Quoi ?! Tu l'as embrassé ? S'écria Matsuda, devenu subitement rouge pivoine.

-Il m'avait provoquée ! Je savais que ça l'énerverait, alors j'ai mis ma conscience de côté pendant trois secondes, tenta-t-elle de se justifier, surprise de la réaction du jeune homme.

-Et ? Il s'est passé quoi après ?

-Il était tellement vexé qu'il a arrêté de me mépriser et est même devenu poli.

L'attitude béate de Matsuda face aux récits de la française saoulait profondément L, qui, une fois les dossiers lus et relus, le congédia presque froidement.

-Il n'est que vingt-deux heures, rappela Ellen.

-Plus rien à faire pour aujourd'hui. J'attends le compte-rendu de Wedy ainsi que celui d'Aiber. A ta place je me reposerais.

Ils prirent l'ascenseur en silence et il lui montra leur chambre. Quand elle vit L s'asseoir dans un fauteuil elle lui demanda s'il comptait dormir et si oui à quelle heure. « Je dors très peu » fut sa seule réponse. Elle se jeta sur son lit toute habillée et prit son ordinateur portable.

Ellen tira sur la chaîne pour pouvoir s'allonger confortablement. L fut forcé de quitter son fauteuill pour aller s'accroupir sur son lit. Elle lut quelques pages internet, regarda des publicités pour des jeux vidéos et s'extasia devant la nouvelle console de Nintendo.

-C'est sympa ce concept de détection de mouvement, mais ça doit être hors de prix, soupira-t-elle.

Elle referma son laptop et le posa sur la table de chevet.

Roulée en boule sur les couvertures, les yeux tournés vers la fenêtre, elle ne fut pas longue à s'endormir.


-Debout.

-Putain, Ryûzaki ! hurla Ellen, le cœur battant à vive allure.

Il était assis devant son lit, ses yeux cernés dardés sur elle et son index appuyant sur son épaule.

Le visage toujours vierge de toute expression du jeune homme était à quelques centimètres du sien. Il repartit et la traîna derrière lui à la salle de bains pour se brosser les dents. Elle remarqua sa propre trousse de toilette sur une étagère et décida de faire de même.

-'u de'rais 'e b'ocher 'es dents p'us chouvent.

-'ai 'ien comp'is.

Elle cracha dans l'évier.

-Avec toutes les sucreries que tu manges tu devrais te brosser les dents plus souvent.

Il éluda en la détachant et sortit de la salle de bain. Elle prit une douche, se changea et démêla ses cheveux à grand peine. On frappa à la porte.

-Dépêche-toi. Fin de la demi-heure dans trois... deux...

Elle sortit en trombe donc sans prendre le temps de sécher sa tignasse dégoulinante pour se retrouver à nouveau enchaînée à L, qui avait changé de T-shirt.

La matinée leur parut courte : entre les briefings avec Wedy et Aiber qui confirmèrent que tout se passait comme prévu et la visite de Light qui voulait savoir où en était l'affaire et qui écouta les conclusions de l'équipe avec attention, ils n'avaient pas eu le temps de s'ennuyer.

Le début d'après-midi fut moins prometteur. On était lundi, ils avaient exploité au maximum les dossiers sur les suspects et attendaient vendredi prochain pour voir la réunion. Aujourd'hui L avait dispensé l'équipe de venir et Matsuda décida d'aller voir des amis. Watari, L et Ellen se retrouvèrent donc seuls à partir de treize heures.

-J'ai une Playstation 2 dans mon appart, informa-t-elle innocemment le détective.

-Tu voudrais y jouer ?

Elle sourit. Il lui demanda si elle serait gênée que Watari aille la chercher.

-Tu ne t'es pas posé autant de questions quand t'as fouillé mon appart après avoir trouvé mes clefs dans ma poche...

-Je m'en excuse.

Elle eut un petit rire.

-Je ne t'en veux pas.

Ryûzaki la regarda, mordillant son pouce.

-C'était de l'humour, crut bon d'expliquer la jeune fille.

Il inclina la tête de côté. Ce type avait définitivement un problème avec les relations sociales de base.

-Tu pourrais au moins faire semblant de rire, ça me vexe que tu ne daignes même pas réagir ! s'exclama-t-elle avec un air faussement outré.

Dubitatif, il hocha la tête et murmura :

-L'être humain est un animal bien étrange.

-Et quand je te regarde, ta phrase prend tout son sens, glissa Ellen avec un sourire.

-Alors tu me trouves étrange ?

-Étrange..? Non, ce n'est pas le mot. C'est juste que tu es un peu...Spécial.

Elle se reprit rapidement :

-Mais c'est pas péjoratif, hein ! Loin de là.

-Spécial ? répéta-t-il.

Elle remarqua que leurs sièges d'ordinateurs étaient proches et que son regard était ancré dans le sien. Pourquoi était-il si vide ? La lumière des ordinateurs rendaient son teint plus blanc encore que d'habitude et ses cheveux en bataille lui donnaient envie de les toucher. Le néant de ses yeux l'attiraient inexplicablement, le temps sembla se figer. Ils étaient à présent si proches que le souffle lent du détective venait s'échouer contre sa clavicule.

-Je crois que Sarah-chan est un génie qui s'ignore, déclara-t-il avec son éternel air absent avant de se tourner vers Watari qui revenait avec la console de jeux.


Bonsoir chers lecteurs :) J'espère que vous allez bien, moi je suis en pleine effervescence cérébrale à cause de cette fiction qui me plait énormément. Par là je ne veux pas dire que j'écris un chef-d'oeuvre, simplement que je prend beaucoup de plaisir à réfléchir à la suite de l'intrigue et à l'écriture. Il y a des signes qui ne trompent pas et je pense que les dates de publications sont un bon indicateur ;)

Elsa : Oui, je pense que pour tout le monde Death Note semble un peu lointain ^^ Je vais tâcher de ne pas te décevoir pour la suite et maintenir le niveau, mais je sens que ça va devenir de plus en plus périlleux à cause de l'évolution de l'intrigue qui va me confronter à un L en situation totalement inconnue. Je ne sais pas encore comment je vais réussir à caler sa personnalité dans tout ça mais je croise les doigts pour ne pas tout rater ;P