Chapitre 3 : L'Enfance d'une Haradrim.

-Tout le monde est prêt ?

Ethain hocha la tête, tenant fermement son bâton d'entraînement contre elle, imitée par les cinq autres enfants de son groupe. Devant eux se tenait une petite dune située à une cinquantaine de mètres du village, gardée par un autre groupe d'enfants. L'objectif était simple : prendre l'étendard ennemi et le ramener dans son propre camp, ceci tout en conservant le sien. La vieille, le groupe rival avait réussit à le leur voler en éliminant toute l'équipe de la jeune fille et il était grand temps de leur rendre la monnaie de leur pièce.

- Ethain tu es la plus rapide, tu attends qu'Aaeron, Hélia et moi engagions le combat. Ensuite tu fonces voler leur drapeau pendant que nous faisons diversions.

L'ancienne princesse du Gondor confirma d'un geste sec comme ses camarades. Elle se savait moins forte en combat rapproché, cependant peu d'enfants lui arrivaient à la cheville en terme de vitesse et d'agilité. Exploiter les forces des uns était la chose à faire : il n'y avait pas de place pour les fortes têtes qui n'en faisaient qu'à leur tête : un précepte enseigné très jeune aux enfants du désert. Ainsi, même si Ethain souhaitait ardemment prendre une part plus active en combat, elle s'en tiendrait à son rôle et aux ordres du chef de groupe.

Altyr, leur meneur, leva son arme en bois en signe de ralliement et hurla :

- Pour le Clan !

Tous l'imitèrent et se ruèrent vers leurs ennemis, eux aussi prêts à les recevoir comme il se doit. Ethain patienta que la mêlée se fasse pour tenter de la contourner. Malheureusement leurs adversaires semblaient avoir eu la même idée et très vite la jeune fille tomba nez à nez face à une autre de son âge qu'elle connaissait bien. La fille du Gondor commença par une attaque levée, abatant son bâton avec toute la force qu'elle pouvait y mettre. Son adversaire encaissa le coup et fit une roulade pour tenter de la désarmer d'un geste rapide Manœuvre qu'elle esquiva non sans mal.

- Tu as eut de la chance Ethain ! dit la jeune Faiza avec un sourire. Mais je t'aurais !

- Essaie ! Tenta de s'avancer la fille adoptive du Seigneur Junast en serrant les dents.

L'enfant du clan adverse feinta sur la gauche, pour finalement tenter de lui faucher les jambes avec sa propre arme factice. Ethain réussit in extremis à éviter l'attaque en exécutant un petit saut et pût ainsi intercepter avec son pied la pointe de l'arme qui l'avait menacé. Elle n'avait plus qu'à tenir en respect Faiza avec son propre bâton, désormais situé juste au-dessus de son crâne. Celle-ci fit un petit signe de la tête, s'avouant par là-même vaincue.

- Tu es plus forte cette fois, maugréa-t-elle.

Elle laissa ainsi Ethain poursuivre son ascension tout en s'écartant du terrain de jeux avec les autres éliminés. La jeune fille força l'allure, jetant un rapide regard sur les combattants encore en lice. La moitié de ses effectifs avaient déjà déposé les armes non sans lui avoir fait gagner un temps précieux. La victoire du groupe au détriment de l'individu. Alors qu'elle arrivait à son objectif, deux enfants se mirent sur sa route, armés d'épées en bois identique à la sienne.

- Ton chemin s'arrête ici, Ethain ! Clama l'un deux.

La concernée fronça les sourcils et se mit en garde. Arborant un petit sourire, celui qui se prénommait Faar engagea le combat. Il tenta un coup direct que la jeune fille encaissa avec difficulté avant de tenter une contre-attaque qui échoua. Le deuxième choisit ce moment pour se mêler à eux. Ethain se retrouva encerclée sans qu'elle ne puisse rien y faire. Les deux garçons attaquèrent de concert. Ethain para le premier coup, et en une rapide passe réussit à toucher la main de Faar. Il fit tomber son arme en gémissant, foudroyant la fille du regard. Il ne restait plus qu'Ajiin, un de ses plus importants rivaux. Il faut dire que la fille adoptive du chef du clan ne passait pas inaperçue. Sa peau, à l'inverse des autres Haradrim, arborait malgré ses jeunes années passées au soleil une teinte plus claire que la plupart de ses camarades. Dissimulée sous sa chevelure, ses oreilles qui se terminaient par deux petites pointes discrètes lui avaient déjà valu nombre de moqueries depuis son arrivée au camp. Ethain savait très bien qu'elle n'était pas une fille du désert de souche : son père adoptif le lui avait révélé après l'avoir découverte en pleurs après qu'un autre enfant l'ai traité en acien Oriental « d'aruetiise »… D'étrangère. Une insulte profonde dans cette peuplade. La jeune fille ne savait rien de sa mère maternelle mis à part sa nature indéniablement Elfique. Quant à son père… Le mystère était tout aussi total. Son père adoptif, le Seigneur Junast, l'avait découvert durant son retour de la guerre, sans autres précisions. Etait-elle fille de soldats ? D'explorateurs ? De déserteurs ? Tout était possible. Peu importait au final. Elle avait déjà un père. Nul besoin d'un second.

Loin de la décourager, elle s'était promit de prouver qu'elle avait bien sa place parmi le peuple du Harad. Elle releva son bâton et se mit à tourner autour de son adversaire, concentrée comme jamais. Celui-ci arborait un sourire moqueur et lui fit signe d'avancer de la main.

- Vient étrangère !

Elle rougit et allait lui répliquer lorsque qu'un cor se mit à résonner.

- Des cavaliers ! Hurla Peerla, une jeune fille du clan éliminée de la manche. Des cavaliers ! Répéta-t-elle en pointant du doigt ceux-ci.

Tous abandonnèrent le jeu et se précipitèrent au centre du village, là où cinq guerriers se dirigeaient au galop.

- Faîtes place ! Hurlait le premier d'entre eux à ceux qui se trouvaient sur leur passage. Faîtes place !

Ethain et les autres petits combattants déboulèrent devant la hutte du chef de clan en même temps que les envoyés. Ces derniers arboraient l'armure traditionnelle Orientale si caractéristique du pays de Rhûn. La fillette vit son père adoptif aller à leur rencontre, droit et fier comme à son habitude. Les cavaliers mirent pieds à terres avant que celui qui devait être leur chef vienne à la rencontre du chef du clan. Le guerrier enleva son casque, révélant un visage féminin aux yeux en amandes encerclés de khôl, le maquillage noir comme la nuit des soldats Orientaux. Excitée, Ethain ne pût s'empêcher de dévisager avec envie cette guerrière. Bien que bercée des techniques Haradrim, la jeune fille vouait une véritable fascination aux arts Orientaux et plus particulièrement aux femmes de Rhûn qui avaient pris le pouvoir dans leur contrée suite à la mort de leurs hommes partis lors de la grande guerre de l'Anneau. Même si ce fait était devenu un sujet de raillerie au Harad, le fait était là : Rhûn était désormais une terre dirigée par une société matriarcale toute puissante. Les guerrières étaient légions dans leurs rangs et leur réputation n'avait rien à envier à leurs homologues masculins. Avec l'éparpillement des anciennes forces de Sauron, les Terres de l'Est étaient devenues dangereuses, pullulant de mini-royaumes orques qui semaient encore la terreur et la mort. De mèche avec certains esclavagistes et pirates d'Umbar, ils constituaient une menace assez sérieuse pour que la plupart des villages isolés vivent encore dans la crainte. Avec l'arrivée de ces troupes féminines inattendues les attaques avaient certes diminué mais pas disparu. Ironie de la situation : beaucoup de ceux qui se montraient le plus hostiles à la militarisation des femmes n'hésitaient pourtant pas à en engager comme mercenaires ou gardes du corps afin de les protéger. Junast fit un bref mouvement de tête à ses visiteurs avant d'inviter la guerrière qui lui faisait face à le suivre sous sa tente d'un geste de la main.

Le vieux chef de clan était soucieux. L'arrivée d'une représentante Orientale n'annonçait jamais rien de bon. Surtout quand cette personne se nommait Kelia Emhat. Le Haradrim se souvenait avec précision leur dernière rencontre, qui remontait à l'enlèvement de la fille du Roi du Gondor. C'était elle qui avait mené les troupes jusqu'à la chambre royale en accomplissant avec brio sa mission. Depuis il avait eu vent de sa promotion au sein de la garde personnelle de la Matriarche de Rhûn. Il désigna une carafe sur sa droite.

- Un rafraîchissement ?

Elle hocha la tête avant d'aller se servir.

- Merci. La chevauchée a été longue et pénible, dit-elle en déposant son casque sur une chaise et de se délester de ses armes.

- Des problèmes sur la route ? la questionna-t-il, soucieux.

- Des orques et quelques bandits, dit-elle simplement en remplissant un verre de couleur dorée.

- Par où êtes-vous passés ?

- Le désert du Khand.

- Et le passage du Mordor ?

- J'aime autant l'éviter lorsque ce n'est pas nécessaire. Nous ne sommes que cinq, pas assez pour décourager les anciens serviteurs du Seigneur Déchu. Les bandits des sables sont bien moins enclins à se mettre en travers d'un convoi de guerriers Orientaux0

.

Junast acquiesça doucement. Les terres Haradrim étaient devenues très dangereuses pour qui était isolé. Ceux qui n'étaient pas assez forts pour se défendre étaient tout simplement tués ou pire encore. Entre les clans rivaux, les bandits, les esclavagistes et les orques, il y avait le choix. Au moins n'y avait-il pas à ajouter le Gondor à cette équation : l'enlèvement de l'héritière avait été un succès dans le sens où aucun soldat du Roi n'avait franchit la frontière depuis leur dernière « visite » à la Citée Blanche.

- Comment va-t-elle ? lui demanda l'Orientale en se passant de l'eau sur le visage.

- Très bien. Chaque jour elle grandit un peu plus, comme tout enfant des sables.

- Que sait-elle ? Sur ses parents ?

- Uniquement ce que nous avions convenu à l'époque.

La guerrière acquiesça, l'air satisfait. Elle se resservit une coupe avant de la reposer et de déclarer de but en blanc :

- Il est temps. Je viens la chercher.

Junast ne releva pas tout de suite cette annonce à laquelle il s'attendait. Il avait été décidé dès le début que la fille d'Aragorn serait un jour déplacée afin que nul ne puisse la repérer, et ce tout spécialement en Rhûn où elle pourrait recevoir l'entraînement Oriental.

- Pourquoi maintenant ? Finit-il par demander.

Kelia fixa ses yeux sur son interlocuteur

- Elle doit apprendre à se battre. Apprendre nos coutumes. La Matriarche est curieuse à son égard. Elle pourrait nous être précieuse. De plus, Amrûkh a fait de dangereuses déclarations au dernier Conseil.

Il agita la main, comme agacé par un insecte.

- Cet idiot ne…

- Cet idiot est puissant, le coupa-t-elle. Il a, au cours de ces dernières années, rallié de nombreuses tribus. Vous êtes déjà surpassé, je l'ai vu de mes yeux pendant le voyage. Nous craignons pour la vie de la princesse. Amrûkh a sans doute de grands projets pour elle Des projets qui ne coïncident pas avec les nôtres.

- Je saurais la protéger.

- Elle est notre seule garantie que le Gondor ne viole jamais nos territoires… A la seule condition qu'elle reste en vie. En Rhûn elle sera en sécurité.

Taquine, elle fit un petit sourire au vieux guerrier avant d'ajouter :

- Si je ne connaissais pas votre réputation je pourrais penser que vous vous êtes attaché à elle.

Il hocha la tête en haussant les épaules.

- C'est fort possible. Une des conséquences de la vieillesse sans doute. Un jour vous comprendrez.

Il releva ses yeux vers son interlocutrice, le visage neutre, bien décidé à accomplir son devoir et les ordres du Conseil de l'Est.

- Quand voulez-vous partir ?

- Le plus tôt sera le mieux. Votre rival doit déjà être averti de notre arrivée et de notre mission. Nous passerons la nuit ici et nous repartons. Il nous faudra des chevaux frais et reposés ainsi que des vivres.

- Vous les aurez. Garde !

Un des soldats Haradrim en faction pénétra dans la grande tente et salua son supérieur d'un poing sur le cœur :

- Seigneur ?

- Faîte venir Ethain.

Il s'inclina et tourna les talons. Ils patientèrent ainsi dans le silence le plus complet, chacun se jaugeant du regard, avant qu'une petite fille n'entre à son tour. Elle jeta un regard curieux à l'Orientale avant de se poster devant le Seigneur Junast.

- Père ? Vous m'avez fait demandé ?

- Oui.

Il désigna la guerrière.

- Voici Kelia du clan Emhat. Elle est l'envoyée de la Matriarche Luminya qui dirige le Royaume de Rhûn.

- Je suis honorée, guerrière, s'inclina-t-elle respectueusement.

Kelia lui répondit par un bref hochement de tête. C'était très étrange de se retrouver avec l'enfant qu'elle avait enlevé bébé. Eprouvait-elle un sentiment de culpabilité ? Peut-être, elle ne saurait le dire elle-même. L'Orientale avait fait son devoir. Point.

- Elle est venue pour toi. Tu vas la suivre en Rhûn et commencer ta formation de guerrière, expliqua-t-il à sa fille adoptive.

§- POV Ethain-§

Je reste un moment interdite à cette annonce. Pourquoi mon père m'envoyait-il aussi loin ? Je sens mes yeux s'embuer de larmes tout en me faisant violence pour ne pas laisser éclater ma peine.

- Vous… Vous ais-je déçue père… Pour que vous me chassiez… Dis-je en baissant la tête.

Mon père adoptif se relève en hâte pour se mettre face à moi, celle qu'il disait considérer comme sa propre fille, la chair de sa chair. Son héritière, lui qui avait perdu ses trois fils à la guerre. Je sens sa main me relever le menton pour que nos deux regards se rencontrent.

-En aucune façon. Tu es et resteras ma fille et je suis très fiers de toi. Si je t'envois là-bas c'est pour ta sécurité et que tu découvres les arts anciens. En ces terres tu apprendras à développer ta force et ton agilité. Tu deviendras une guerrière Ethain. Combien de fois as-tu vanté leurs exploits devant tes amis ? Tu vas avoir la chance de les rejoindre. De devenir ce que tu as toujours voulu être. Cet endroit… Ce camp… Tout ceci ne fait pas parti de ta destinée, dit-il en désignant de la main l'extérieur. Ta place est ailleurs.

Tentez de maîtriser ses émotions sous de telle révélation relevait de l'exploit. En mon for intérieur je sais qu'il a raison. Combien de fois mes rêves m'ont porté en Rhûn ? De voir la grande Citadelle, de rencontrer ce peuple si proche mais pourtant si différent des hommes du désert ? Combien de fois ais-je envié ces enfants qui partaient avec les caravanes Orientales venues chercher de nouvelles recrues pour leur armée ? Ici la vie est rude et pour certaines familles élever plusieurs enfants relevait d'une survie de tous les jours, d'autant lorsqu'il s'agissait de filles qu'il faudrait un jour doter pour leurs mariages. Alors, lorsque les guerriers Orientaux viennent et proposent d'en emmener quelques uns en leur promettant une vie meilleure, ceci ajouté à l'or qu'on l'on propose aux parents, beaucoup acceptent. Est-ce de l'esclavage ? D'un point de vu extérieur, d'étranger, tout ceci peut paraître malsain… Peut faire passer les Haradrims comme des personnes sans scrupules, prêts à vendre leurs enfants à de parfaits inconnus.

Résignée, et sachant pertinemment que refuser ferait honte à mon père, je finis par hocher la tête.

- Je ferais ce que vous voulez.

Visiblement troublé, mon père dit :

- Ce n'est qu'un au revoir Ethain.

§- Chef de clan Junast -§

- Ce n'est qu'un au revoir Ethain.

Ces mots, les mêmes qu'Arwen avait dit à son mari avant de laisser leur fille partir avec les délégués de l'Est sonnèrent étrangement à ses oreilles. Il éprouvait une peine sincère. De captive, elle était devenue sa fille. Le vieil homme savait désormais ce qu'avait pu ressentir les parents royaux il y a des années de ça. Junast chassa ces pensées de son esprit et se releva. Kelia posa une main qui se voulait rassurante sur l'épaule de la jeune fille et lui dit :

- Dit au revoir à tes amis. Ensuite rassemble quelques affaires. Nous partons demain à l'aube.