Bonjour à tous,

C'est avec grand plaisir que je vous livre ce nouveau texte. J'ai sincèrement aimé écrire sur ce personnage, la présenter sous cette facette-là. Parce que je crois qu'elle pourrait être vraiment ainsi…

Ce n'est pas souvent que les fics (surtout centrées sur Harry et Draco) lui rendent hommage, mais j'espère avoir réussi à le faire, ici, un peu…

J'espère de tout cœur que vous apprécierez ce texte, que vous aimiez ou non ce personnage. Merci en tout cas de prendre le temps de me lire.

Disclaimer : la plupart des personnages et lieux cités sont à J.K. Rowling.

Rating : K

Bonne lecture…


La dignité d'une Weasley

La voix du professeur McGonagall ne lui parvenait que comme un bruit de fond, un peu agaçant, mais pas plus perturbant que cela. En essayant de prendre un air repenti et désolé, Ginny ne pouvait s'empêcher de ruminer intérieurement face à ce sermon.

Franchement, quelle importance si je n'ai pas pris de notes à ce cours ? Oui, c'est mal… dans l'absolu. Mais j'avais des choses plus importantes à penser.

Elle leva les yeux vers son enseignante, et crut déceler une certaine lassitude derrière la colère apparente dans les prunelles grises. Ce constat la mit encore plus en colère.

Minerva… Vous-même vous savez bien qu'on se prépare tous à la guerre. Vous voulez encore jouer un peu à l'élève et au professeur, mais vous savez bien que dans quelques mois, quelques jours peut-être, nous serons simplement sœurs d'armes.

Enfin, le bruit de fond cessa. Un soupir s'évada des lèvres pincées de la vieille femme. Ginny fixa de nouveau son interlocutrice, et sentit qu'il fallait qu'elle ajoute quelque chose… Qu'elle se justifie, peut-être ? Mais pouvait-elle vraiment rappeler à son aînée ce qui la tracassait, ce qui les tracassait tous ?

Etait-ce seulement utile de lui rappeler que l'orage grondait devant leurs fenêtres ? Il suffisait de regarder les nuages gris s'amonceler au-dessus de leurs têtes, chaque jour un peu plus, pour s'en rendre compte…

La plus jeune des Weasley finit par hausser les épaules, et briser le silence devenu pesant d'un simple « Désolée… Je ne recommencerai plus. », marmonné sans conviction.

« Je vous crois. » assura alors McGonagall, en esquissant enfin un semblant de sourire -plus automatique que réellement spontané, toutefois.

Moi aussi je me crois… Parce que nous sommes déjà à la fin de l'année, et que dans quelques jours tout au plus, nous aurons fini les cours. J'aurai alors tout le temps de ne plus penser aux leçons, aux livres, aux examens… Parce que vous comme moi savons bien ce qui nous attend. Nous savons bien que tout ça sera loin…

En regardant sa directrice de maison s'éloigner, Ginevra Weasley sentit son cœur se serrer. Elle avait déjà l'impression de perdre ses repères, de perdre pied… Elle sentait déjà la familiarité de son monde qui lui échappait.

L'inconnu ne lui faisait pas peur. D'ordinaire.

Mais là…

Elle jeta un œil à la salle de classe vide dans laquelle elle se trouvait. Si calme, si apaisante. Presque rassurante, malgré son austérité. Presque avenante, malgré ses lézardes aux murs, et la poussière sur les étagères croulant sous les vieux livres.

Si familière, si… si elle. Si eux. Chez elle.

Bientôt, tout changerait… Bientôt, elle aurait le regret de ce temps pas si lointain où son plus gros tracas était le sermon d'un professeur à la fin d'un cours où elle aurait rêvassé.

Bientôt…

Faisant brusquement demi-tour, la jeune fille s'arracha à sa torpeur de peur d'y rester paralysée. Elle s'élança en grandes enjambées dans les couloirs de Poudlard, s'enivrant pour une dernière fois avant longtemps de la quiétude des lieux, de son brouhaha familier mais confortable, de sa vie discrète et disparate mais si entraînante…

Elle tenta d'ignorer les regards un peu sombres, les plis soucieux sur les fronts pensifs, les airs anxieux sur les visages de ses camarades, amis, frères d'armes.

On aura tout le temps d'y penser ! les invectiva-t-elle muettement, en oubliant avec toute la mauvaise foi sincère dont la jeunesse est capable qu'elle s'était rendue coupable du même péché un peu plus tôt, en cours.

Elle poursuivit son errance sans but réel dans les frondaisons de cet empire qui s'écroulerait bientôt. Elle semblait avancer sans but, mais au fond d'elle-même elle savait bien ce qu'elle aspirait à revoir… Ce qui lui avait tant manqué durant ce dernier mois d'école…

Ce sourire, si sincère… Ces yeux doux, francs… Cette épaule, sur laquelle reposer… Cette détermination, qui si souvent me manque…

Elle réprima la boule qui lui montait à la gorge. Ginny Weasley était une jeune fille courageuse, qui savait toujours se reprendre quand il le fallait. Et là, il le fallait. C'était la dernière ligne droite, elle n'allait pas flancher maintenant !

Juste un peu… Juste emmêler mes doigts aux siens, pour y puiser toute la force qu'il me faut pour appréhender les jours à venir…

Elle sentit un courant d'air chaud provenant de la grande porte entrouverte, et s'arrêta un instant pour laisser son âme se perdre avec son regard dans l'immensité du parc de Poudlard, baigné du soleil brûlant de cette fin de journée d'été.

Cette vision l'apaisa un peu. Mais plus que tout, elle aspirait à un contact, même simplement visuel, avec celui qui avait toujours su réchauffer son cœur, plus sûrement qu'aucune flamme ne le pourrait jamais.

Je ne demande pas grand-chose. Juste croiser son regard, échanger un mot avec lui, sentir la chaleur de son âme… Voir qu'il me comprend… Me rassurer aux creux de ses bras…

Un petit rire la tira de ses pensées, et elle tourna la tête vers le couloir menant aux cuisines. Il était le plus souvent désert, n'étant en général qu'emprunté par les elfes -et encore, ceux-ci se déplaçaient le plus souvent en transplanant. Il y faisait sombre, et elle n'aperçut personne. Elle pensa avoir rêvé -qui pourrait de toutes façons avoir le cœur à rire maintenant, en ces temps si sombres ?

Mais un nouvel éclat de joie lui parvint, et la jeune sorcière résolut de s'approcher doucement, presque amusée soudain à l'idée de surprendre un élève heureux, d'être le témoin indiscret d'une seconde de bonheur volée à l'avenir… Elle se voulait la complice de ce pied-de-nez taquin et impertinent à l'orage qui s'approchait…

Que de haut tomba-t-elle… A l'instant où ses yeux se posèrent sur les lèvres jointes de ces deux amants éperdus et seuls au monde, l'éclat de son regard disparut. La bile lui monta à la gorge quand le visage hâlé se détacha doucement de la pâleur de son compagnon pour lui offrir ce sourire dont elle avait tant rêvé elle-même pendant ces dernières semaines…

Pas… non… pas ça… pas maintenant…

Ginny pouvait comprendre beaucoup de choses. Et même si elle ne comprenait pas tout, elle pouvait du moins tenter… Mais quant à les accepter… Elle savait qu'elle pourrait, elle savait qu'avec le temps, ça passerait. Elle savait qu'un jour, ça ne lui ferait rien de voir ces prunelles vertes se fondre dans ces prunelles grises avec cette tendresse et cette confiance absolue qui n'appartenait qu'à lui.

Je sais que je pourrais pardonner… D'ailleurs, comment pourrais-je lui en vouloir ? Je n'ai aucun droit sur lui, il ne me doit rien… Mais là… Là, non… pas ça… pas maintenant.

Pas maintenant, alors qu'elle avait besoin de ce regard tendre et plein de force posé sur elle, pas maintenant, alors qu'elle ne désirait rien d'autre que se blottir à son tour dans ces bras forts et rassurants…

Les doigts de celui dont elle avait tant attendu le retour se glissèrent avec légèreté dans les cheveux blonds, et Ginny découvrit sur le visage de l'autre jeune homme la même expression de soulagement et de bien-être qu'elle aurait sûrement eu elle-même en croisant simplement ce regard vert, rieur, franc…

Ce regard qui ne se poserait désormais plus jamais sur elle de la façon dont elle l'avait toujours souhaité. Elle le savait.

C'était bien la seule certitude qui lui restait en cet instant, à cette seconde où son monde venait de s'effondrer.

Sans bruit, Ginevra Weasley se recula d'un pas. Se fondit dans l'ombre du couloir. S'éloigna sans les déranger.

Elle partit sans se retourner. Elle partit sans se manifester, laissant derrière elle ces deux jeunes gens, seuls au monde pour encore quelques instants.

Elle partit sans cri, sans heurt. Sans pleur, et sans scandale.

Parce qu'elle avait eu beau l'aimer de toute son âme, et l'aimer encore sincèrement, elle ne se sentait aucun droit de lui imposer sa propre douleur quand lui respirait enfin le bonheur, quand enfin il le touchait des doigts.

Elle partit sans cri, sans heurt. Sans pleur, et sans scandale.

Elle partit avec tout le fragile courage qui lui restait encore. Avec toute la dignité dont elle était capable.

La dignité d'une Weasley.