Tucker's Torments

Chapitre 3


Tucker sortit de la salle de retenue en donnant quelques coups de coudes à la masse d'élèves se dirigeant en hurlant leur bonheur vers la sortie. Il avait oublié que c'était le week-end, et il fut ravi de se rendre compte qu'il ne verrai plus la tête de sa salope de prof de maths pendant deux jours entiers.

Cette harpie aux cheveux courts et rouges l'avait pris en grippe et elle prenait un plaisir pervers à le descendre devant toute la classe chaque fois qu'elle en avait l'occasion, avec des phrases du style «même en arrêtant la drogue, tu ne serais pas capable d'avoir des bonnes notes, Tuker.».

Un jour elle lui avait même dit : «retourne enculer ton hamster, Tucker». Ce qui avait provoqué le fou rire général. Craig avait simplement répondu que c'était un cochon d'Inde, en ajoutant un doigt. Ça lui a valu un travail de recherche de quatre pages en devoir supplémentaire, et depuis le brun s'est juré de ne plus jamais rien faire pour énerver cette folle.

Il arriva à l'entrée du parking. La plupart des élèves prenaient le bus ou y allaient à pied et l'emplacement était souvent vide, au pire quelques voitures de profs. Les murs qui le délimitaient étaient en brique rouge usée, et recouverts de tags plus ou moins artistiques. La plupart étaient de la patte de Craig et Kenny, qui avaient fait de ce lieu un endroit relativement à eux, qui servait en général à s'enfiler des bouteilles entières de Jack Daniel ou à tester toutes les formes de drogues existantes.

Ils étaient très jeunes pour ce genre de pratiques, mais leur entrée dans la vie à été plutôt brutale et ils ont trouvé ce qu'ils pouvaient pour gérer leurs emmerdes.

Kenny a toujours été pauvre, son père alcoolique et violent le tabassait et sa mère lui lançait volontiers des bouteilles de bières en verre à la gueule.

Craig, lui, était haï par tous, et il haïssait en retour sa famille et tout son entourage. Il est resté totalement seul pendant longtemps, jugeant sa bande de potes tous plus cons et inintéressants les uns que les autres.

Les deux se sont donc retrouvés pour se noyer dans une routine qui détruit la santé. Mais depuis la 3ème ils avaient diminué cette routine, Craig grâce à son Tweek et Kenny grâce aux nombreuses filles avec qui il couchait. Ainsi ils se haïssaient tous les deux, chacun rappelant à l'autre une période de leur vie qu'ils voudraient oublier. Et pourtant ils se voyaient toujours, à l'occasion. Parce qu'ils n'avaient parfois rien d'autre à foutre de mieux.

Craig aperçut une capuche orange et une bouteille de tequila sur un muret du fond du parking : Kenny. Il s'avança.

«- Mccormick !

- Tucker. Ça faisait longtemps fils de pute.

- Comme si voir ta sale gueule de junky était un plaisir.

A la grande surprise du brun, Kenny se répondit pas. A la place il l'invita d'un coup de tête à s'asseoir à côté de lui, et sortit une cigarette de sa poche pour la lui tendre.

- Pas assez en forme pour les insultes habituelles ?, dit Craig en plaçant la clope dans sa bouche et en allumant un briquet.

Le blond se contenta de tirer une latte, observant ce qui était jusque là la seule voiture du parking s'en aller. Craig, désormais curieux, insista :

- Tu voulais me montrer quoi ?

Kenny soupira.

- Que dalle.

- Alors pourquoi tu voulais me faire venir ducon ? Ta finalement honte de la meuf que tu comptais me présenter parce qu'elle a pas des jambes a...

- Je voulais juste te voir, toi., le coupa Kenny.

Craig le regarda attentivement et rigola doucement, partagé entre la gêne et la joie. Le brun n'avait pas l'habitude que quelqu'un apprécie sa compagnie, encore moins qu'il le dise. Encore moins Mccormick.

Il se rendit compte que ce dernier le fixait. Ses yeux bleus sombres qu'il avait autrefois tant aimé passaient de ses lèvres à ses cheveux, en passant par ses pommettes. Craig était désormais carrément gêné. Kenny avait dans les yeux une lueur de prédateur, celle qu'il avait vu tant de fois quand le blond matait les seins d'une «amie».

Les deux adversaires se fixèrent, en continuant à fumer.

Soudain, Mccormick lâcha sa clope sur le goudron du parking, s'empara des deux mains du visage du péruvien et lui roula carrément une pelle.

Craig, ne sachant pas comment réagir, décida qu'il réfléchirait plus tard et rendit le baiser à Kenny. Après deux longues minutes où le brun se disait que nom de dieu, ce bâtard embrassait bien, ils se séparèrent, à bout de souffle.

Kenny s'essuyait la bave qu'il avait sur la bouche avec la manche de son sweat quand Craig lui releva le menton. Il observa attentivement les deux océans devant lui. Et il mit une droite dans la gueule de celui qui les possédait.

Il sortit du parking, laissant un Mccormick à terre entre les innombrables clopes et débris de verre.

Le soleil commençait à se coucher au dessus des collines de neige, rendant l'ambiance irréelle.

Tucker était porté par cette ambiance. Il croyait être dans un rêve. Il se rendit ensuite au café des Tweak en se rallumant une cigarette. Il s'est dit, après avoir roulé une pelle au plus beau mec de la Terre, que celui qu'il aimait était moins sexy, mais avait tout autant de charme. Il s'est dit que l'or était plus précieux que l'océan. Il préférait maintenant les yeux de Tweek.

Merde si ça brise leur amitié, Merde si Tweek se fait à nouveau tabasser, Merde si lui devient un gothique suicidaire.

Il s'en battait allégrement les burnes. Il voulait lui rouler une pelle.

Une légère sonnette retentit quand il ouvrit la porte à la volée. Sans attendre d'être accueilli par ses parents, Craig monta des escaliers et se rendit dans la partie privée du café, celle où Tweek travaillait en gérant les acheminements des sacs de grains.

Il était assis à une petite table rectangle, une pile de papiers de commandes devant lui. Il tremblait de tous ses membres et répétait que c'était trop de pression, sans compter ses tics habituels : clignement de l'œil droit, mordillement de la lèvre inférieure, triturage de doigts.

Craig connaissait tous ces tics par cœur. Il s'avança vers la table sans que le blond le voit, et répéta les gestes de Kenny quelques minutes avant. Il lâcha sa clope, prit le visage de Tweek entre ses mains, s'approcha. Son nez touchait presque le sien. Il se noya à nouveau dans les yeux dorés, désormais emplis de surprise, de son ami.

Celui-ci avait brusquement sursauté en se rendant compte qu'on lui attrapait le visage, mais s'était vite calmé en comprenant que c'était son grand frère.

Craig avança encore un peu ses lèvres, et les fit se toucher à celles, douces et mordillées, de Tweek. Il commença alors à l'embrasser, avec douceur, puis força l'entrée, exactement comme lui avait fait Kenny un peu plus tôt.

Mais Tweek ne réagit pas. Craig se retira, guettant une réaction. L'adrénaline l'ayant désormais quitté, une peur cinglante lui vrillait les entrailles.

Cette peur se réalisa. Les deux pépites d'or se remplirent de larmes, et Tweek partit en courant, étouffant à peine ses sanglots.

Le blond ne comprenait pas. Pourquoi quelqu'un qu'on aime plus fort que tout en tant qu'ami, protecteur, quelqu'un que l'on compare à qui veut l'entendre à un grand frère, voudrait nous abaisser au niveau de Wendy, au niveau des putes avec lesquelles il couchait ?

Tweek se dit qu'il devait s'en douter. Craig avait fait tout ça pour l'abaisser au niveau de ces catins qu'il méprisait tant, mais dont il se servait quand même.

Craig n'était pas capable d'aimer quelqu'un. Comment avait-il pu croire que Craig l'aimait ?

Le brun comprenait pas. Comment avait-il pu être aussi con ? Il a suffit que cet enculé de Kenny le galoche pour qu'il pense que le monde entier était amoureux de lui. Merde Craig, qu'est-ce que t'as encore foutu comme connerie ? Et c'est quoi cette sensation là, l'impression que vos entrailles se tordent entre elles ? Du regret ? De l'amour ?

Une brusque envie de sauter d'un pont ?

Il le savait pourtant. Tweek était fragile, il n'avait pas besoin qu'on l'aime de cette façon là, il avait juste besoin qu'on le protège. Il rentra chez lui en sentant des larmes couler sur ses joues. Si quelqu'un le voyait, il passerait au journal de 20h, c'était tellement improbable que Tucker éprouve des émotions.

Heureusement il ne croisa personne, et pris la direction de sa chambre en faisant un doigt au passage à sa petite sœur qui le regardait avec étonnement. Ruby lui rendit.

Il s'assit contre un mur, les jambes repliées, et ouvrit une première bouteille de tequila.


Humpf. J'suis désolée Craig. Moi je t'aime.