Bonsoir à tous !
J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes, et je vous souhaite à tous une bonne et heureuse nouvelle année !
Je me rends compte que le chapitre d'aujourd'hui est anormalement long haha. La fin devait concorder avec celle de l'épisode mais je me suis (légèrement) laissée emporter xD J'espère que ça compensera en partie mon absence qui s'est un peu prolongée (Je doute de pouvoir écrire autant pour le prochain hélas )
L'épisode 7 est surement mon préféré de la série alors j'espère qu'il sera agréable à lire o/
PS : Merci énormément pour votre soutien tous ceux qui commentent et mettent cette histoire en favori ça me touche vraiment beaucoup 3
CHAPITRE 4
« -Toi, tu n'as pas dormi. Le constat de Viktor n'était pas spécialement perspicace. La fatigue se lisait littéralement sur le visage, ou plutôt sous les yeux, de Yuri.
- Mais si ! Enfin un petit peu. » Tenta nerveusement l'intéressé, conscient de la gravité de la chose. S'il y avait bien une contre-indication lors des compétitions, c'était probablement le manque de repos. Pourtant ce n'était pas de la mauvaise volonté, le brun avait tout tenté pour s'endormir. En vain. Il faut dire que l'appel de ses parents avait réussi à aggraver ses angoisses naturelles. C'était censé être des félicitations et des encouragements, puis, sans qu'il ne sache exactement comment, elles s'étaient muées en une menaçante injonction : Gagne. Gagner c'est ce que voulait Yuri plus que tout. Mais la pression qu'il s'imposait à lui-même était déjà suffisamment énorme, il n'avait pas besoin qu'une autre, extérieure, ne vienne s'ajouter en plus. Or, en un coup de fil, il avait l'impression d'avoir accumuler les attentes de sa famille, ses amis mais aussi celle des habitants de Hasetsu ainsi que des économistes de la région.
C'était une certitude pour Yuri, la première place était autant une bénédiction qu'une malédiction. Le meilleur ne peut que faire moins bien ou se battre pour conserver sa place. Au fond il est condamné à décevoir tant les attentes à son égard sont grandes. Même la légende du patinage russe avait réussi à contrarier ses fans en quittant la glace pour devenir coach, c'est dire. Et puis pour revenir à son échelle, Yuri avait conscience qu'il pouvait très bien perdre cette première place. Et savoir que tous les regards, admirateurs ou détracteurs, convergeraient à présent vers lui, avait définitivement parasité son sommeil.
Viktor regarda son protégé qui avait l'air livide, et soupira. Quitte à faire une nuit blanche il aurait au moins pu le laisser l'embrasser la veille. Il balaya rapidement cette pensée égoïste et se mis à regarder autour de lui. « Attends-moi Yuri, je reviens » tout en prononçant ces mots il se dirigera vers une illustre inconnue. Yuri plissa des yeux pour tenter de la distinguer, ce qui n'eut pour effet que d'accentuer sa migraine, née de son manque de sommeil. Il avait vraiment l'impression que cette journée ne pouvait pas se présenter sous de pires auspices. A peine ses maux de tête s'étaient-ils dissipés que Viktor était revenu vers lui une clé en main. Il le saisit par le bras et entreprit de quitter le hall bondé dans lequel ils se tenaient.
« - Suis-moi.
- C'est ce que je fais… ironisa le japonais à deux doigts de s'écrouler de fatigue.
- J'espère que tu vas conserver cette obéissance.
Yuri se demandait de quoi il pouvait bien parler tout en se concentrant pour mettre un pied devant l'autre. Ils étaient à présent seul, Viktor l'avait trainé dans une pièce reculée et, qui plus est, mal éclairée.
-Déshabille-toi.
Yuri regarda le donneur d'ordre d'un air anxieux et resta figé.
- Allez, il n'y a pas de temps à perdre. Je m'en charge s'il le faut. L'argenté illustra ses paroles en ouvrant la veste de son élève. Ce dernier tenta de protester, mais son absence de tonus l'empêchait de se débattre réellement, d'autant plus que Viktor faisait preuve d'une rapidité déconcertante. Tout en gesticulant, Yuri se demanda si le sursit dont parlait Viktor la veille incluait des intérêts de cette nature ? Il se mis à rougir furieusement lorsque l'argenté entreprit de lui retirer son pantalon alors qu'il avait déjà perdu tout le reste.
-Non ! Non attend pas comme ça !
Viktor stoppa son mouvement. Il venait de comprendre ce que le cerveau ramolli du plus jeune avait probablement déduit.
-Yuri, tu crois vraiment que si j'avais de tels projets j'aurais attendu le jour de ton programme libre, et dans une pièce aussi dénuée de charme qui plus est… ?
Le brun se mit à rire nerveusement, avouant à demi-mot sa méprise.
-J'ai beaucoup moins excitant à te proposer. Il acheva de déshabiller son cadet prenant soin de lui laisser tout de même un sous-vêtement, et posa un cache sur ses yeux, tandis que Yuri souriait toujours bêtement.
-Fait une sieste jusqu'à ce soir. C'est la base. Viktor l'avait fait basculer contre le seul matelas de la pièce, le recouvrant d'une couverture dans la foulée. Il se positionna contre lui et poursuivit d'un ton des plus apaisant, « Perso, je dormais jusqu'à la dernière minute ». Yuri sentait son cœur battre la chamade, Viktor le chevauchait…ou plutôt, l'écrasait de tout son poids. Il avait pris soin d'honorer ses propos en s'endormant quasi-instantanément sur le brun angoissé par l'absence de réveil. Viktor ne semblait pas comprendre qu'ils n'étaient décidément pas faits du même moule. Il était impossible pour Yuri de dormir sur commande. Encore moins après s'être ridiculisé en prêtant des intentions déplacées au russe.
Il était prisonnier du même cercle vicieux que la veille, la fatigue l'assommait tandis que son anxiété lui interdisait de s'assoupir pour de bon. Prit entre d'incessants micro-sommeils il avait plus l'impression de perdre du temps d'entrainement que de se reposer.
Dire que Viktor avait suffisamment d'assurance pour se permettre de dormir tranquillement avant un passage aussi décisif…Cette anecdote ne faisait qu'accentuer l'admiration du brun. De manière assez hasardeuse il passa ses doigts dans les cheveux de l'homme qui était couché sur lui. Ce mouvement avait quelque chose de relaxant, d'autant plus que la chevelure argentée était particulièrement soyeuse. Coincé entre lui et le lit, Yuri ne pouvait rien faire d'autre que de réfléchir à leur relation. Au fond de lui, il savait très bien ce qu'était ce sentiment tenace qui lui enserrait le cœur, à chaque fois que Viktor s'approchait de lui. L'inexpérience ne le rendait pas nécessairement idiot, mais qualifier de telles émotions était horriblement embarrassant. Le jeune compétiteur repensait nerveusement à ce qu'il s'était passé dans l'ascenseur la veille, à la chaleur troublante qui s'était emparée de lui, il s'était sentit aussi fébrile qu'euphorique, et avait finalement regretté de ne pas être allé au bout. Il devait vraiment être fou pour avoir refusé un baiser de Viktor Nikiforov se dit-il, tout en espérant qu'une telle occasion se représente un jour.
Il divagua de la sorte pendant plusieurs heures, oscillant entre son obsession pour le russe et la crainte de voir se rapprocher son passage libre. Soudain une jeune femme frappa à la porte, Yuri en déduit qu'il s'agissait de la personne qui avait confié les clés à Viktor un peu plus tôt. Il gigota nerveusement afin de faire sortir la masse inerte qui le retenait allongé de son sommeil. L'argenté, bien qu'un peu secoué, se contenta de bailler calmement en se relevant, libérant Yuri, qui s'empressa de se rhabiller comme s'il avait été pris en flagrant délit.
- Wow… il est déjà 13h. constata le russe encore dans les vapes.
-…tu as bien dormi on dirait.
Viktor acquiesça de la tête, tout sourire « Tu es vraiment confortable tu sais. ». Yuri s'empourpra immédiatement sans trop savoir pourquoi, il était probable que le manque de sommeil avait pour conséquences de détourner la plupart des paroles de son coach.
Ce dernier finit par rendre les clés de la pièce qu'ils avaient empruntés. Il était grand temps de préparer le programme libre.
oOo
Le brun était de toute évidence, toujours aussi exténué. Assis dans les vestiaires, il parvenait à peine à déboucher une pauvre bouteille d'eau, et tandis qu'il entrapercevait une silhouette s'approcher, sa vision demeurait trop trouble pour anticiper le reproche de Viktor :
-Tu n'as pas dormi.
- Si, promis ! Yuri secouait nerveusement la tête histoire de se donner du crédit, hélas il ne trompait personne et surtout pas son entraineur.
-Pas de sauts pendant l'échauffement. C'est un ordre de ton coach.
Viktor aurait pu se douter que Yuri n'allait pas l'écouter et tenter un salchow, mais il avait toujours ce mince espoir que son élève se montre raisonnable. L'espoir en question se dissipa lorsqu'il vit le brun prendre de la vitesse, avant de faire un appel de son pied. Sa chute ne l'étonna pas non plus au vu de son état de fatigue. Seule l'adrénaline de la compétition pouvait permettre à Yuri de compenser un tel manque d'énergie, ça ne servait à rien de faire du forcing à l'entrainement. Le jeune japonais termina sur quelques longueurs et s'avança vers son coach le visage déconfit, mais ce n'était pas le moment de l'accabler encore plus :
- Tu peux très bien passer un saut raté à l'échauffement. Tenta de rassurer le russe avec un air faussement confiant.
-Pardon…
-Allez ! Hauts- les cœurs !
Après autant de temps passé ensemble, l'argenté avait fini par cerner son protégé. Il connaissait sa nature anxieuse et savait qu'il réagissait mal à la pression. La peur de l'échec était malheureusement indissociable de son talent, et il fallait composer avec. Cependant il ne l'avait jamais vu aussi mal en point, et ça commençait à l'inquiéter. Yuri ne tenait pas en place, tapant nerveusement du pied lorsqu'il s'asseyait, éteignant tour à tour chaque télévision lorsqu'il arpentait les couloirs. Et à mesure que les concurrents défilaient Yuri semblait se crisper davantage.
Alors qu'il regardait son élève échauffer ses muscles, le russe remarqua que des journalistes s'étaient agglutinés autour d'eux. Des questions embarrassantes sur l'état mental du brun était probablement la dernière chose dont ils avaient besoin. Viktor s'empressa alors d'éloigner son cadet « On va s'échauffer ailleurs, Yuri ». Tout en marchant en tête, il se demanda quel endroit de la patinoire pouvait encore être calme à un moment pareil. L'aîné cherchait désespérément une issue du regard, quand il croisa un panneau indiquant le parking souterrain. C'était encore la moins mauvaise solution, le brun était toujours mutique, probablement en train d'osciller entre la fatigue et le stress.
Alors qu'ils arrivaient en bas des marches le plus jeune questionna nerveusement son entraineur sur le classement en cours, certain que son tour était pour bientôt. « Respire pour le moment, Yuri.
-Mais…
-Tu ne seras pas en retard ne t'inquiète pas, reprends tes étirements. »
Le jeune japonais s'exécuta sous le regard de Viktor qui avait un mauvais pressentiment. Etait-il possible qu'il ait été dans ce même état lors du Grand Prix de l'année dernière ? Que pouvait-il faire pour le calmer ? En entendant les acclamations du public pour le représentant de la Thaïlande, l'argenté constata que Yuri avait retiré ses protections auditives, et son regard semblait à présent rempli d'inquiétudes, il se précipita alors vers lui pour lui boucher les oreilles. « N'écoute pas ! » ordonna-t-il, lui-même décontenancé par la fébrilité de son élève. S'il avait été plus jeune ce genre de trac aurait été compréhensible, mais c'était loin d'être la première sa compétition, et il n'y avait pas lieu de se préoccuper autant des autres. Le russe ne savait clairement plus quoi faire pour remotiver son protégé, quand ce dernier posa ses mains sur les siennes « Viktor, ça va être à moi, on devrait y aller. »
Yuri se sentait oppressé dans ce sous-sol lugubre, et les bruits diffus qui émanaient de la scène étaient encore plus terrifiants de loin. Qui plus est, il voyait bien que son anxiété commençait à déteindre sur son coach, et il ne voulait pas lui imposer plus longtemps ce pathétique spectacle. Il tourna alors les talons en direction des escaliers et commença à s'éloigner.
« - Yuri. La voix qui l'interpellait semblait différente de d'habitude. Si tu échoues au libre sans atteindre le podium, je démissionnerai tout de suite. ».
Le brun resta interdit pendant de longues secondes. Il n'était pas sûr d'avoir bien compris. Pourquoi Viktor lui faisait ça à un moment pareil ? C'était vraiment la dernière chose qu'il avait besoin d'entendre. Comment pouvait-il lui dire qu'il ne le trouvait pas faible pour ensuite douter autant de sa motivation, comme s'il avait besoin d'être menacé pour donner le meilleur de lui-même. Ce genre de secousses ne fonctionnait pas sur lui, au contraire. Yuri sentait ses joues s'humidifier, les nerfs à vif et la fatigue accumulée ne lui permettaient pas de retenir ses larmes plus longtemps. Le visage de Viktor se décomposa à cette vision.
-Pourquoi est-ce que tu dis ça pour me tester ? demanda-t-il tandis qu'il éclatait en sanglots.
-Pardon, Yuri, je n'étais pas sérieux…
-J'ai l'habitude de prendre sur moi quand j'échoue. Mais cette fois tu es impliqué et ça m'angoisse. Et si je n'étais pas à la hauteur ? Et si tu partais ? Ses paroles devenaient aussi incontrôlables que ses pleurs. Il avait beau être incroyablement heureux que Viktor ait tout laissé de côté pour l'entrainer, il ne pouvait s'empêcher de penser à ce qui arriverait s'il échouait. Cette fois-ci, il n'y avait pas que son nom en jeu, il y avait aussi celui de la légende vivante du patinage masculin, celui de son idole, il devait lui faire honneur. Le japonais avait déjà déçu une fois le public, Celestino, sa famille, mais Viktor…il ne pourrait probablement pas supporter de le décevoir alors qu'il avait tant fait pour lui. Et puis surtout, il lui était tout simplement insupportable de l'imaginer retourner en Russie. Cette perspective était comme une épée Damoclès toujours présente au-dessus de sa tête depuis qu'il avait commencé à l'entrainer.
-J'y pense pas du tout. Se défendit le russe, pour le rassurer.
-Je le sais bien ! Répondit Yuri conscient que l'argenté avait probablement sorti cet ultimatum de son chapeau pour le faire réagir.
Viktor quant à lui commençait réellement à perdre ses moyens, « Je déteste faire pleurer les gens…Je ne sais plus comment réagir. » avoua-t-il sans oser prendre Yuri dans ses bras. Il repensa à la veille, et une dernière idée lui traversa l'esprit « - Est-ce que tu veux un baiser ?
-Non ! » Le brun avait hurlé un peu plus fort que ce qu'il ne l'avait imaginé. Ce n'était certainement pas dans ces circonstances qu'il voulait l'embrasser et surtout ce n'était pas de ça dont il avait besoin pour affronter la scène, « Fait moi confiance c'est tout ! Tu n'as rien à dire ! Reste juste à mes côtés ! » implora-t-il presque entre deux sanglots. Viktor se figea, se sentant coupable d'avoir si mal compris le plus jeune. Il le regarda pendant quelques instants essuyer ses joues, puis s'avança doucement vers lui, et l'enlaça en enfouissant sa tête dans le creux de son cou « Pardon. Je suis désolé ». Yuri sentait que son cœur commençait à se calmer, il passa ses bras autour de son aîné comme pour accepter ses excuses, car au fond il savait bien que Viktor faisait de son mieux.
Ils quittèrent le parking et marchèrent à travers le corridor menant à la piste glacée en silence. Viktor avait un nœud à l'estomac, jusqu'à aujourd'hui il était persuadé que personne d'autre que les compétiteurs eux-mêmes ne pouvaient ressentir ce qu'était la véritable pression. Son statut de coach l'avait fait changer d'avis. Sur la glace il tenait son sort entre ses mains, mais de l'autre côté de la rambarde, il ne pouvait strictement rien faire d'autre que de croire de toutes ses forces en celui qu'il avait durement entrainé. Cette impuissance au moment où tout se jouait était horriblement frustrante.
Et s'il croyait profondément en Yuri, l'ex-champion du monde savait aussi à quel point les compétitions sportives pouvaient être cruelles, le brun était d'ailleurs bien placé pour le savoir. On peut réussir un saut pendant des mois, mais il suffit de chuter le jour J pour que le public ne retienne que ça. En quelques minutes des inconnus s'accordent pour juger le travail de plusieurs années. Ils décident si un athlète doit ou non de continuer la compétition, et le mérite avait rarement à voir là-dedans. L'argenté savait ce que valait Yuri, mais il voulait plus que tout, que tout le monde puisse également le voir. Le russe, d'habitude si confiant, commençait à se demander s'il était vraiment celui qu'il fallait au jeune japonais. Devait-il se résigner à demander conseil à Yakov malgré leur froid ?
Viktor regarda son protéger se moucher une dernière fois sans savoir dans quel état il était réellement. Il tendit la main pour débarrasser le plus jeune de son mouchoir, mais ce dernier rata sa cible. Il se pencha alors instinctivement pour empêcher le papier de tomber sur la glace, lorsqu'il sentit un doigt se poser sur le sommet de sa tête, Yuri y apposa ensuite sa paume, avant de patiner vers le milieu de la piste. L'argenté se redressa d'un air interrogateur tandis que le piano entrait dans ses premières mesures. Il adorait cette musique, et encore plus que la musique, il adorait voir son élève patiner sur ce morceau en particulier. Le brun avait esquissé un sourire en sa direction avant de réussir parfaitement son enchainement quadruple et double, soulageant quelque peu son entraineur.
Yuri ne lui en voulait pas, il avait tout simplement compris que Viktor n'était pas parfait. Bien sûr, il l'était peut-être sur la glace, mais il était aussi clair que le russe manquait cruellement d'expérience en tant que coach. Ce n'était pourtant pas faute de l'avoir prévenu sur son manque de confiance en lui. Quoi qu'il en soit, son entraineur ne pouvait pas faire magiquement disparaitre cette anxiété chronique, MAIS sa simple présence suffisait à lui donner la force nécessaire pour l'affronter.
Le quadruple salchow était également une réussite. Le brun sentait que toute l'énergie qui lui avait manqué depuis le début de la journée bouillait à présent en lui. Malgré un triple axel mal jaugé il était persuadé qu'il avait suffisamment de réserves pour épater Viktor. Il voulait le surprendre, et quoi de mieux qu'un clin d'œil en reprenant sa spécialité. Quel visage montrerait-il s'il tentait l'un des sauts les plus difficiles en fin de programme ? Cette perceptive provoqua un excès de prise de vitesse pour son triple salchow même s'il évitait la chute. Yuri était à présent persuadé qu'il avait la force nécessaire pour dépasser les attentes de son coach, il allait y arriver, il en était convaincu.
Viktor avait du mal à en croire ses yeux, la seconde moitié du programme était entamée depuis un moment et Yuri venait de placer une combinaison de triple réussie malgré la technicité du lutz, le tout sans entrainement et avec très peu de repos. Il le fascinait littéralement. Alors que le jeune japonais enchainait une suite de pas envoutante au rythme des pulsations de la musique, l'argenté s'avoua à lui-même une évidence. Il était tombé amoureux de Yuri Katsuki. A partir de quel moment, cela importait finalement peu, mais c'était devenu une certitude. Il regardait sa silhouette ne faire qu'un avec les notes de piano, cette harmonie parfaite était ce qu'il avait lui-même toujours recherché en tant que patineur. Pendant des années, il avait été certain qu'aucune personne ne pourrait égaler l'amour qu'il portait au patinage. Mais Yuri était la convergence entre les deux, et la passion qu'il lui inspirait était probablement à la hauteur de son amour pour la glace.
Viktor senti son cœur se soulever dans sa poitrine à la vue de cette trajectoire en ligne droite si caractéristique…ce n'était quand même pas…. « Un quadruple flip finalement ! » clamèrent les présentateurs incrédules. « Il a chuté mais le nombre de tours y était ! C'était la spécialité de son entraineur Viktor Nikiforov ! Mais même lui ne plaçait pas un tel saut en fin de programme vu sa difficulté ! Ce patineur nous surprendra jusqu'au bout ! Katsuki Yuri ! »
Yuri était à bout de souffle, tandis qu'il tenait pour quelques secondes sa pose finale en direction de celui à qui il avait dédié son programme. Est-ce qu'il s'était encore trop laissé emporter ? Il n'était même pas sûr que son hommage ait plu à Viktor, auquel il ne cessait de désobéir, décidément. Sans prendre garde aux acclamations de la foule, il le chercha prioritairement du regard, malheureusement beaucoup trop éloigné pour distinguer son visage. Le brun redoutait quand même la réaction de son entraineur, mais ses inquiétudes furent balayées en le voyant courir vers lui, et décida d'en faire de même.
« Viktor ! J'étais bien hein ? » demanda-t-il avec enthousiasme alors qu'il approchait de la sortie.
A vrai dire il n'eut pas le temps d'en franchir la délimitation. Viktor s'était jeté dans ses bras, le faisant basculer en arrière. Dans leur chute il oublia tous les bruits parasites, ainsi que le lieu même où ils se trouvaient. Plongeant son regard dans les yeux azurs qui se refermaient doucement, il sentait la chaleur du souffle de son coach se rapprocher inexorablement de ses lèvres. Yuri s'arrêta de respirer à leur contact. Mais le baiser fût écourté par leur atterrissage sur le sol glacé. Viktor, malgré la spontanéité du geste, avait pris soin d'amortir l'arrière de la tête de Yuri de sa main. Tandis qu'il était presque complètement allongé sur lui, le russe se redressa doucement tout en regardant tendrement son cadet « C'était mon seul moyen de te surprendre comme tu l'as fait ». Yuri ne savait pas vraiment quoi dire, encore chamboulé par ce qu'il venait de se passer, mais en regardant l'argenté il ne pouvait s'empêcher de sourire. Il avait beau chercher il n'avait pas le souvenir d'avoir déjà été si heureux un jour.
oOo
Les résultats tombèrent peu de temps après, Yuri avait été dépassé au libre par son ami Phichit, mais cela était loin de le contrarier. S'en était suivi d'interminables interviews durant lesquelles Viktor avait prétendu avoir planifié le quadruple flip. Parallèlement à cela, il esquivait avec soin les questions embarrassantes. Ils assistèrent également à la cérémonie de clôture de la Coupe de Chine, avant de quitter enfin la patinoire.
-Yuri, tu veux aller manger au restaurant ?
-Hum… je préférai rentrer. Déclara doucement le brun, la tête à moitié enfouie dans son écharpe, bien que celle-ci ne parvienne pas à dissimuler entièrement ses rougeurs. A vrai dire il n'avait pas besoin d'en dire plus. Viktor avait immédiatement compris, et c'était d'ailleurs ce qu'il souhaitait lui-aussi.
- Très bien, on y va à pied ?
-Je pense que ça sera plus rapide en taxi. Ce fût au tour de Viktor de rougir.
-Tu as raison.
Ils firent le trajet en silence, se regardant à peine et n'osant même pas s'effleurer. Une fois arrivés à l'hôtel, Yuri se dirigeât vers l'ascenseur en retrait qu'ils avaient emprunté la veille, alors même que le hall de réception était vide cette fois-ci.
Le russe ne put s'empêcher d'expirer de manière légèrement plus prononcée à la fermeture des portes. Yuri se tourna enfin vers lui et plongeât son regard dans le sien.
-Viktor… La voix de Yuri était mal assurée, presque implorante. L'argenté sentit son cœur s'accélérer de manière incontrôlable, lui aussi avait dû se retenir depuis qu'ils avaient quitté la patinoire.
Yuri ne lui laissa pas le temps de répondre, et s'avança jusqu'à ce qu'il puisse être en mesure de passer ses bras autour du cou de son aîné. Le jeune japonais s'arrêta un moment, pas sûr de ce qu'il devait faire ensuite. Il trouvât la réponse en croisant le regard brûlant de celui qui passait à présent sa main dans ses cheveux brun. Yuri abandonna alors toute réflexion et embrassa son coach avec toute l'envie qui le dévorait depuis leur retour. Ou peut-être que cette envie était là depuis beaucoup plus, et beaucoup trop longtemps ? Viktor lui rendit son baiser tout en le serrant encore plus fort contre lui. Leurs lèvres ne parvenaient à se quitter que pour de court instants avant de mieux se retrouver, comblant enfin la frustration née du baiser volé sur la glace.
Absorbés par la chaleur de leur étreinte ils ne prirent pas garde aux portes qui s'ouvraient sur le huitième étage. Mais des voix finirent par briser la bulle dans laquelle ils se trouvaient. En effet, un groupe de personnes s'approchaient de l'entrée de l'ascenseur. Viktor se dégagea instantanément de l'étreinte du brun, qui fit de même, en mimant l'indifférence. Ils sortirent promptement, en prenant soin de ne pas croiser le regard des individus qui entraient. Lorsque l'assesseur se referma les deux patineurs se mirent à rire ensemble, gênés mais surtout profondément heureux. Yuri regarda subitement en direction de sa chambre, qui était en face de celle de Viktor, avant de reporter son regard sur l'argenté. Il déglutit difficilement et poursuivit avec un ton à peine audible :
-Est-ce que… je peux dormir avec toi ce soir ?
Viktor soupira longuement et posa deux de ses doigts sur son front, de sorte que Yuri ne puisse deviner son expression, il avait toutefois l'air contrarié.
- Dire que je m'étais promis de décliner toute proposition de ce genre, vu le nombre de fois où tu m'as fait le coup…
-…
-Mais de toute évidence, je n'y arrive pas. » Expliqua le russe avant de sourire à celui qui se tenait face à lui. Yuri, soulagé, lui rendit son sourire étirant ses joues cramoisies, mais l'argenté repris tout de même un peu gêné : « Cela dit… tu n'as peut-être pas choisi la meilleure nuit…
-Ah ?
-Je ne voulais pas te le dire avant, parce que je savais que tu allais m'en vouloir.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Eh bien vois-tu, pour faire des économies j'ai choisi le vol retour le moins cher.
- Oui…
-Et donc notre avion décolle demain à 5h30.
-Oh non… La plainte du japonais était compréhensible. Au-delà du fait qu'il n'était pas du tout matinal, l'aéroport était à une heure de transport et il devait cumuler à peine 3h de sommeil depuis la nuit dernière, sans parler de l'éprouvante journée qu'il avait passé. L'épuisement de Yuri faisait de la peine au russe qui le prit dans ses bras « Va faire tes valises, je vais commander à manger pendant ce temps.
-D'accord.
- Tu devrais pouvoir dormir quelques heures, j'essayerai de ne pas trop t'embêter. Termina l'argenté avec un clin d'œil qui ne laissa pas Yuri indifférent.
oOo
Le brun pliait ses derrières affaires avec empressement, légèrement anxieux de partager la chambre de son coach, quand bien même la nuit s'annonçait raccourcie. Depuis qu'ils étaient arrivés dans cet hôtel, Yuri avait ressenti une légère déception dû au fait d'être ainsi séparé du russe. Il se félicita d'avoir su dépassé sa timidité, et d'avoir réussi à changer la situation pour leur dernière nuit.
-C'est bon mes valises sont faites. Prévint le brun en entrant dans la chambre de son entraineur.
- Parfait, on ne devrait pas tarder à se faire livrer.
-Hm.
-Tu viens t'assoir ? Tout en posant la question, Viktor tapotait le matelas double pour inviter Yuri à le rejoindre. L'intéressé ne se fit pas prier, ses muscles étaient encore endoloris par la performance de l'après-midi. Tout en s'approchant il remarqua que l'argenté, qui était adossé contre la tête du lit, avait séparé ses jambes afin lui laisser de la place pour s'assoir. Bien que cela le gênait un peu, le brun répondit à l'invitation et s'adossa contre son torse, tandis que Viktor refermait ses bras sur lui. La position était tellement confortable que ça n'aurait pas dérangé le jeune patineur de s'endormir ainsi.
-Tu as été formidable sur la glace. Déclara soudainement le russe, faisant rougir son cadet.
-M…merci.
- Quant à moi, je suis vraiment un coach raté…Je te fais pleurer juste avant d'entrer piste, et finalement c'est toi qui fait en sorte de me consoler…
-Mais non…
- Je suis désolé de ne pas avoir su te calmer.
-Tu…tu te trompes, Celestino n'y arrivait pas non plus, c'est moi le problème. Et puis finalement, pleurer avant mon passage m'a fait du bien, c'était la première fois et ça m'a permis d'évacuer toute la pression… Yuri détestait voir Viktor mal à l'aise, mais à sa grande surprise le russe se mis à rire.
- Tu veux dire, qu'en fait, ma méthode fonctionne ?
- Dans un sens oui, je n'avais jamais été aussi détendu avant d'entrée sur la piste.
- Dans ce cas à chaque tournoi je trouverai une nouvelle phrase assassine pour te faire craquer. Yuri se retenait de rire, mimant la contrariété.
- Si tu veux, mais la prochaine fois trouve quelque chose de plus crédible que de démissionner.
-Tu as raison, surtout que je n'arrêterai pour rien au monde tu le sais.
Viktor pivota sa tête en direction du plus jeune qui fit instinctivement de même en fermant progressivement les yeux. Hélas ce moment coïncida avec l'arrivée du livreur qui frappa à la porte. « J'y vais » anticipa le russe qui se doutait qu'il ne restait pas beaucoup d'énergie au jeune compétiteur.
Ils mangèrent en silence et plutôt rapidement avant d'essayer de profiter du peu de sommeil qu'il leur restait. Après être s'être changé Yuri s'allongea timidement face à Viktor, ça le troublait bien plus que ce qu'il avait initialement imaginé, mais comme d'habitude, le russe percevait toutes ses variations d'humeur. Il se rapprocha de son cadet pour le rassurer, et passa ses doigts à travers la chevelure brune qui lui faisait face. Yuri sentait que ce mouvement si apaisant n'allait pas tarder à le faire sombrer dans un profond sommeil, il se redressa alors dans un sursaut et embrassa une dernière fois Viktor, refusant de s'endormir sans cette sensation. L'argenté était embêté, il savait qu'il devait le laisser tranquille mais il ne pouvait pas résister à la tentation d'approfondir ce baiser. Il avait dû refouler cette envie si longtemps qu'il ne pouvait tout simplement pas s'en empêcher. Il se rapprocha davantage et commença à caresser de sa langue les lèvres du plus jeune qui ouvrit timidement la bouche pour lui permettre de continuer. Ils s'embrassèrent ainsi pendant de longues minutes, rapprochant dangereusement leurs corps, et égarant frénétiquement leurs mains sur l'autre. Mais tous deux s'arrêtèrent soudainement. Dans un mouvement incontrôlé ils avaient involontairement effleuré leurs virilités l'une contre l'autre, prenant conscience de leur état d'excitation mutuel. Viktor reprit ses esprits à ce moment, sentant qu'il ne manquait plus grand-chose pour que la situation ne dérape irrémédiablement. Yuri avait le souffle court, le visage cramoisi et l'argenté pouvait lire l'appréhension dans son regard. Il se recula légèrement en caressant la joue du brun, n'ayant pas envie de précipiter les choses malgré le désir qu'il éprouvait.
« -On devrait dormir…Yuri.
-O…oui. »
Le russe lui offrit un large sourire, et lorsqu'il sentit le plus jeune se redresser pour voir l'heure indiquée par le réveil à leur chevet, il s'empressa de le faire basculer contre son torse « Ne regarde pas ». Yuri se mit à rire, ce n'était pas encore cette nuit qu'il allait trouver son compte de sommeil.
