Liaison Dangereuse
Il est habituel de dire que deux personnes qui s'aiment sont liées. Pour Van et Hitomi cette expression va prendre un sens qui les mettra vite en danger. Et lorsqu'un Roi pas très bien intentionné s'en mêle, les choses deviennent réellement très dangereuses…
Chapitre 3 : Retrouvailles
Arthëa regarda autour d'elle. Le soleil avait déjà disparut, laissant place à la lumière lunaire. Pour la jeune femme, celle-ci était déroutante. Elle n'était guère habituer à contempler une unique lune dans le ciel étoilé. Elle reporta toutefois son attention sur les derniers médecins qui sortait de l'hôpital. Désormais, il ne restait plus que le personnel de nuit, elle pouvait donc entrer.
Comme la veille, la prieure se faufila dans le bâtiment et se rendit rapidement dans la chambre d'Hitomi. Celle-ci ne semblait pas être dans un état plus grave que celui de la veille mais Arthëa n'en fut pas rassurée pour autant.
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Feroch frissonna sous le regard de son maître. La peur lui tordait les tripes et il n'était pas loin de l'évanouissement. Toutefois, réprimant ses sueurs froides, il s'adressa d'une voix qu'il voulait la plus faire possible.
« Vous m'avez fait mandé, Seigneur ? »
« En effet, mon cher Feroch, » répondit Dixeh d'une voix doucereuse. « Où en sommes-nous de notre entreprise ? »
L'homme régurgita difficilement.
« Et bien, c'est-à-dire… »
« Tu ne sembles pas dans ton assiette mon cher, je vais te reposer la question. Hitomi Kanzaki est-elle morte ? »
La bouche de Feroch s'agita dans un tic nerveux avant qu'il ne réponde.
« Et bien… à vrai dire… nous l'ignorons… »
Les yeux sombres de Dixeh se plantèrent dans ceux de son interlocuteur dont les membres se mirent à trembler malgré lui.
« Je vous ai sortit de la prison dans laquelle les Alliers vous avez mit, sorcier, pour que vous m'aidiez dans mes desseins. Vous, les sorciers de Zaïbacher, étiez connus pour être les meilleurs. Comment se fait-il que vous soyez incapable de tuer une fille de même pas dix-huit ans ? »
« C'est que… nous avons du mal à savoir ce qui se passe sur la Lune des Illusions… »
« Et bien, trouvez un moyen ! » gronda Dixeh d'une voix caverneuse. « Ou vous savez ce qui vous attend… »
Feroch ravala sa salive avec difficulté. Oh oui, il savait ce qui l'attendait…
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Arthëa s'approcha du corps inanimé d'Hitomi. Elle était affreusement pâle. La prieure soupira avec abattement avant de s'avancer vers la jeune fille pour lui prendre la main. Puis, elle murmura quelques mots dans l'antique langue des Atlantes.
Dès lors, elle se sentit projetée en avant. Les couleurs se mirent à tournoyer autour d'elle et un couloir immatériel s'ouvrit, lui offrant un passage. Elle avançait à grande vitesse dans ce monde spirituel qu'elle venait d'atteindre.
Mais soudain, une forte bourrasque de vent la renvoya en arrière. Elle se retrouva ballotté et il lui fallu quelques instants pour retrouver sa stabilité. Elle fronça les sourcils, mécontente. Elle ne s'était pas doutée que cette jeune fille puisse avoir des barrières mentales. Cela n'allait pas arranger ses affaires.
De nouveau elle se mit à chuchoter des mots que seuls les membres de sa Caste connaissait. Le vent se mit à faiblir. Arthëa reprit sa progression. Et finalement, au bout de quelques minutes, elle parvint à rejoindre une île qui semblait flotter dans cette atmosphère irréelle.
« Qui êtes-vous ? »
La prieure sourit en croisant le regard vert émeraude de son interlocutrice.
« Je me nomme Arthëa de l'ordre des prieurs, ma Dame, et je suis envoyée par le Roi de Fanélia. »
Les yeux d'Hitomi s'agrandirent de surprise.
« Par Van ? Mais, comment ?... Et pourquoi ?... »
« Il se trouve que votre… comment dire ?... maladie est en rapport avec le Roi. Dès que nous l'avons découvert nous avons tenté de trouver un remède. »
« Et ? »
« Nous y travaillons. »
La terrienne ne dit rien. Il n'y avait rien à dire. Elle avait très bien comprit qu'ils ne savaient pas comment la soigner. Mais malgré tout, elle se sentait heureuse. Heureuse que Van continue à veiller sur elle, à penser à elle.
« Comment va Van ? » demanda-t-elle doucement.
Arthëa eut un sourire.
« Il s'inquiète pour vous. »
Hitomi approuva de ma tête, elle comprenait. Bien sûr, si elle avait su que le jeune monarque n'allait pas bien, qu'il était mourant, elle se serait inquiétée. C'était donc tout à fait logique qu'il en soit de même pour lui. Pourtant, savoir cela la rassuré en quelque sorte. Savoir que malgré la distance et le temps qui les avaient séparés, il tenait toujours à elle comme autrefois.
Souriant, Arthëa tendit sa main vers la terrienne. Hitomi, surprise, regarda tour à tour le visage de la prieure et sa paume tendue.
« Venez. »
Sans trop savoir pourquoi la jeune fille prit la main qui lui était offerte, et Arthëa commença à marcher. De nouveau, le couloir immatériel s'ouvrit devant la gaïenne. Cette dernière guida sa compagne à travers les mondes oniriques. Hitomi regardait avec fascination les tourbillons de couleur qui s'offraient à ses yeux.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle à mi-voix.
Arthëa se retourna vers la terrienne.
« C'est un couloir onirique, » fit la prieure. « C'est un couloir que je crée pour pouvoir circuler entre les rêves des gens pour rejoindre celui que je vise. »
« Nous passons dans les rêves des gens ? On a le droit ? »
« On ne passe pas dans les rêves mais entre les rêves. On ne peut pas rentrer dans les songes des personnes qui ne l'ont pas accepté. »
« Mais vous êtes entré dans mon rêve. »
« Oui. Il n'y avait pas d'autre solution pour entrer en contact avec vous à cause de votre coma. C'est pour cela que le Roi m'en a donné l'autorisation. »
La discussion fut coupée par l'arrivée des deux jeunes filles à la fin du couloir.
« Et ça, c'est le rêve de qui ? » interrogea Hitomi.
L'atmosphère de l'endroit était agitée. On se serait cru en pleine tempête. Il faisait sombre et la pluie tombait abondamment.
« Altesse ? » appela Arthëa, surprise par ce déchaînement des éléments.
Une silhouette se découpa dans la pluie. Les yeux d'Hitomi s'agrandirent en reconnaissant le nouveau venu. Son visage s'illumina alors qu'elle recevait un doux sourire.
« Van ! »
Sans réfléchir à comment elle avait pu arrivé là, à pourquoi Van s'y trouvait également, Hitomi s'élança. Le jeune souverain la reçu dans ses bras. Il l'enlaça avec tendresse.
« Votre Majesté. Dame Hitomi. Je vais vous laisser, il vous suffira dans vouloir vous réveiller pour quitter ce rêve, » intervint Arthëa.
Elle croisa le regard de Van alors qu'Hitomi se tournait vers elle. Elle sourit et disparut après une révérence respectueuse.
« Je suis désolé, » murmura le Roi, serrant celle qu'il aimait contre lui. « Je suis désolé de te faire vivre tout ça. »
« Ne dit pas de bêtise, » fit Hitomi sur le même ton. « Tu n'y es pour rien. »
« Tu te trompes. Les blessures que tu as, ce sont les miennes. Si tu es dans cet état c'est parce que j'ai reçu un coup d'épée… »
« Et toi, tu vas bien ? » s'inquiéta la jeune fille.
Surpris par cette réaction, Van sourit.
« Je suis résistant. C'est pour ça que tu vas aussi mal d'ailleurs. Parce que mon sang de descendant du peuple du Dieu-Dragon me rend beaucoup plus résistant que la moyenne, ce qui n'est pas ton cas. D'après ce que j'ai compris, nous avons été Liés ce qui veut dire que tu ressens tout ce que je ressens et inversement… »
« Alors ce n'est pas très grave… »
« Détrompe toi, c'est très dangereux. Parce que j'ai guéri et que tu es toujours dans le coma. »
Hitomi plongea son regard émeraude dans celui du jeune homme.
« Tu ne me dis pas tout. »
Il détourna les yeux.
« Van ! Dis moi ce qui se passe ! »
« Selon mes espions, quelqu'un est au courant de cette Liaison sur Gaïa et… » Il soupira. « Et il tenterait de me blesser pour te tuer… »
Hitomi sentit la peur monter en elle. Une peur alliée à une inquiétude grandissante. Une inquiétude qui ne semblait pas être la sienne. Et pour la première fois depuis qu'elle sentait ces sentiments étrangers elle comprit. C'était l'inquiétude de Van.
Quand au Roi, il se rendait également compte des sentiments de la jeune fille. Il ressentait sa peur, son angoisse. Même si elle faisait tout pour la lui cacher.
Ne sachant que faire pour l'aider, il se contenta de la serrer contre lui avec force et tendresse.
« Ne t'en fait pas, je trouverais une solution. Pour le moment, je vais te donner un peu d'énergie pour que tu sortes du coma… Mais je te jure que je trouverais comment te sortir de là pour de bon Hitomi. »
La terrienne se blottit contre le souverain. Elle voulait croire en lui. Croire qu'il la sauverait. Comme il l'avait toujours fait… comme toujours.
Ils n'auraient su dire combien de temps ils restèrent ainsi enlacés. De plus même s'ils l'avaient su, le temps se déroulant différemment dans les rêves et dans la réalité, cela ne leur aurait été d'aucune utilité. Mais Hitomi aurait voulu rester toujours ainsi. Ne jamais se réveiller.
Mais la réalité vint rapidement briser ce désir impossible. Car Van devait se réveiller rapidement. Obligation de Roi…
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Yukari marchait de long en large dans la chambre d'hôpital de son amie.
« Je t'en pris Yu, » fit Amano, épuisé. « Calme toi, je t'en pris ! »
Rachel regarda avec un certain amusement la lycéenne fusiller son petit ami du regard alors que les parents d'Hitomi et son frère étaient auprès de la jeune fille.
« Me calmer ! » s'exclama Yukari. « Elle va mourir et tu veux que je me calme ! »
« Alors tu pourrais baisser d'un ton par respect pour ma tête, » objecta une voix faible.
« Hitomi ! » s'écria la mère de celle-ci.
La jeune fille eut un pauvre sourire. Elle se sentait fatiguée, non épuisée. Mais sa discussion avec Van l'avait rassurée.
« Où est Arthëa ? » demanda doucement Hitomi.
« De quoi ? » coassa Yukari, ne comprenant rien.
« Je suis là. »
La prieure n'avait tenu aucun compte de l'intervention de Yukari. Elle sortit d'un coin de la pièce sous les yeux ébahis des personnes présentes – exception faite d'Hitomi – qui n'avait pas vu la gaïenne.
« Je veux aller sur Gaïa. »
Ce n'était pas une demande, Arthëa le savait. C'était un ordre. Mais la prieure ne l'entendait pas de cette façon.
« C'est impossible. Dans votre état ce serait trop dangereux. »
« Je m'en fiche ! Je veux y aller ! »
« Non. De toutes façon, seul le Roi de Fanélia peut ouvrir une porte entre les deux planètes et il ne le fera pas tant que votre état ne le permettra pas. Et je lui ai dit que ce n'était pour le moment pas le cas. »
Malgré sa fatigue et sa douleur, Hitomi se redressa, très en colère après la gaïenne.
« Vous ne comprenez pas ! » rugit – difficilement – la jeune fille.
Arthëa ne prit même pas la peine de répondre. Elle comprenait très bien. Hitomi voulait rejoindre Van. Et elle, elle avait envie de rejoindre Fighin.
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Allen fronça les sourcils, mécontent. A coté de lui, Fighin venait de se laisser tomber dans un fauteuil, abattu.
« Il doit forcément y avoir une solution ! »
A leur coté, Van tournait comme un lion en cage. Leurs enquêtes, tant pour savoir qui chercher à se servir de la Liaison que pour savoir comme la rompre, piétinaient depuis plusieurs jours.
« Il doit forcément y en avoir une ! »
Il sentait que son inquiétude pour Hitomi devenait de plus en plus forte. Et il ne devait pas se laisser aller, sans quoi la jeune fille risquait de sentir son angoisse et cela n'aurait pour effet que de l'inquiéter encore plus.
De plus il n'en pouvait plus d'être ainsi consigné au château et de ne rien pouvoir faire. Il tournait comme un lion en cage.
« On doit la trouver ! »
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Hitomi se sentit soudainement inquiète puis extrêmement frustrée. Elle eut un sourire en comprenant qu'il s'agissait des sentiments de Van. Il s'inquiétait pour elle et cette situation semblait lui mettre les nerfs en pelote.
« Je ne comprend plus rien ! s'exclama Rachel, tirant la jeune fille de ses pensées. « Vous ! » ajouta-t-elle en se tournant vers Arthëa. « Que comptez-vous faire pour aider Hitomi ? »
La prieure secoua la tête avec un air fataliste.
« Je ne peux rien faire de fantastique, » admit-elle. « Nous devons faire confiance à Fighin et au Roi de Fanélia qui cherchent comment l'aider. »
« Mais enfin… » commença Amano.
« J'ai entièrement confiance en Van, » le coupa Hitomi. « Il trouvera un moyen de me sortir de là. »
« J'en ai assez! » s'écria soudain Yukari. « Je ne comprend rien Hitomi ! Qui est Van ? Et le Roi de Fanélia ? Et Fighin ? Et Gaïa ? Et cette femme ? Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« C'est vrai que nous apprécierions des explications, » intervint le père de la jeune fille.
Arthëa croisa le regard d'Hitomi et elle y vit de la fatigue. Elle s'apprêtait à intervenir lorsque la terrienne prit la parole.
« Il y a deux ans, je me suis retrouvée projetée sur une planète que l'on appelle Gaïa. Sur cette planète j'ai fait la connaissance de plusieurs personnes, Van est l'une d'elles. C'est le Roi du royaume de Fanélia, le royaume protégé par les dragons, et également un descendant des atlantes. C'est lui qui a envoyé Arthëa ici parce qu'il semblerait que ce qui m'arrive ait un rapport avec mon aventure sur cette planète. Quand à Fighin, je dois admettre que j'ignore qui c'est mais je suppose que c'est un conseiller de Van. »
« C'est un prêtre de Fortuna, c'est lui qui a découvert la Liaison, » précisa la prieure.
« Attend, » fit Yukari en secouant la tête. « Tu es en train de nous dire que tu es allé sur une autre planète et que tu as fait la connaissance d'un Roi et qu'il ne t'est pas venu à l'idée de nous en parler ! Tu divagues ma parole ! D'autant plus que je me demande bien quand tu aurais pu faire ça sans qu'on s'en rende compte ! »
« Je suis restée là bas plusieurs mois, mais lorsque je suis revenue, j'ai réalisé que pour tout le monde ici je n'étais jamais partie. En quelques sortes, c'est comme si tu partais un jour à 17 heures et que tu revenais le même jour mais à 15 heures. Pour toi il s'est passé des mois et pour les autres, rien du tout ! »
« C'est fou ! » intervint Mamoru, pragmatique.
« Non, » dit leur mère, rêveuse. « Il est arrivé la même chose à ma mère… »
« Le pendentif de Grand-Mère ! » s'exclama le petit frère de la malade. « Tu ne l'as pas perdu n'est-ce pas ? »
« Non, » approuva-t-elle. « C'est un pendentif atlante. Je l'ai donc laissé sur Gaïa où est sa place. »
Malgré elle, Arthëa eut un sourire, songeant que ce n'était pas réellement la raison de la ''disparition'' dudit bijou.
« Alors, » balbutia Yukari, soudainement devenue pâle. « Alors, c'est vrai. Tout ça, c'est vrai ? »
« Oui. »
La réponse d'Hitomi n'était pas nécessaire. Yukari savait déjà à quoi s'en tenir. Elle avait comprit dès que son amie l'avait dit que c'était la réalité. Mais elle n'avait pas voulu y croire. Parce que ça impliquait que sa meilleure amie lui ait caché une chose d'une telle importance pendant deux années. Elle se sentait trahie. Et en même temps elle comprenait. Elle comprenait les longs silences, les moments d'absence et tout le reste… Mais elle n'arrivait pas à accepter d'avoir été mise à l'écart. Elle avait toujours tout dit à Hitomi, et elle, elle lui avait caché une telle chose !
Sa colère prenant le dessus, Yukari ne réfléchit pas, tourna les talons et s'en fut en claquant la porte.
Voyant la réaction de son amie, Hitomi se leva pour la retenir. Mais elle ne parvint même pas à se mettre sur ses jambes. Elle s'écroula, inconsciente.
… à suivre …
