Titre: Exception

Auteur: Maeve Fantaisie (ou Maeve tout court :) )

Disclaimer: Les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas, mais appartiennent au grand Masashi Kishimoto! Moi je ne suis qu'une simple fan, de Naruto, des canidés, et des Clamp, hihi :) ! (mais qu'est-ce qu'elles viennent faire là?? xD)

Résumé: Une Sakura désemparée, un Naruto qui se bat de toutes ses forces et un 'chien-loup' qui fait du mieux qu'il peut pour continuer à se voiler la face. Quand le monde auquel on croyait s'écroule, où trouver la force nécessaire pour nourrir nos convictions et avancer toujours? (mon résumé est à peu près bien, pour une fois! (fière))

Genre: Gueuh... Bien angst pour ce chapitre-ci, je crois... (pardon T T) J'ose toutefois espérer que vous ne le trouverez pas totalement sombre...

Couple: Eh bien techni- SBAM! (Sasuke, qui a assommé l'auteur: Ca suffit tes bêtises... - -)

Note 1: Euuh... bonjour? (évite les tomates lancées par les lecteurs) Je suis désolééée!! TT TT Je voulais profiter des vacances de Noël et de Février pour écrire ce chapitre, mais j'avais mes partiels et ce chapitre m'a vraiment donné du fil à retordre... T T Mais il est là maintenant (comme je suis à nouveau en vacances), et il est plus long que ce que je pensais... J'espère que vous l'aimerez malgré mes maladresses, et si vous voulez toujours m'envoyer des tomates à la fin de votre lecture, alors qu'à cela ne tienne... T T

Note 2: Juste pour rappeler que j'ai commencé à écrire cette histoire avant l'apparition de Saï (et avant les "retrouvailles" avec Sasuke), alors il n'est pas présent. Désolée pour les fans... :') Puis on va dire qu'Ichiraku s'est agrandi durant ces fameux deux ans manquants, hein? T T

Réponses aux reviews anonymes: (j'ai eu des reviews anonymes! :D)

Tsukino Maï: Hihi, merci :) ! Ne t'inquiète surtout pas pour le fait de t'"emporter": je le fais aussi, surtout en ce qui concerne le départ de Sasuke... (et le fait que je déteste voir Naruto pleurer et que Sasuke semble être presque toujours responsable de ses larmes (hum)) Merci pour tes encouragements et ta gentille review :) !

Miss-Hayden: "Obligé", hein? :D En même temps, je ne cache pas vraiment l'identité de ce cher chien-loup... Hihi :') ! Merci pour ta review!

Sasu-chan: "Chamboulée", vraiment...? Merci pour ce superbe compliment, il me va droit au coeur. (baisse la tête) Oui, moi Sakura m'énervait au tout début, mais en fait, elle n'est pas une mauvaise fille... :) Et je dois dire que je l'aime particulièrement dans la Next Gen, maintenant qu'elle semble veiller sur Naruto comme une soeur et qu'elle est déterminée à accomplir ses objectifs, hihi :) !

(Chonaku: Je t'ai envoyé un mail. Merci simplement, à toi et très fort!)

(Relit ses reviews; devient rouge tomate) Je crois que je ne vous remercierai jamais assez, alors le mieux pour vous exprimer ma reconnaissance est peut-être de cesser maintenant mes bavardages et de vous laisser lire...

Merci à tous et très fort, et bonne lecture...


- Exception -

Se chercher

- Sakura-chan? Eh, Sakura-chan!!

Se laissant guider par la voix, elle émerge lentement de la brume de ses souvenirs, les membres encore glacés par leurs dernières volutes. Hagarde, elle regarde autour d'elle, clignant doucement des yeux jusqu'à distinguer au-dessus d'elle un visage hâlé aux traits tirés par l'inquiétude, et deux prunelles azures à l'éclat alarmé.

- Naru... to?

- Sakura-chan, ça va?!

Se raidissant soudain, elle se met de nouveau à scruter le monde autour d'elle, tournant la tête de tous côtés comme pour chercher quelque chose.

Elle est à genoux sur le sol du restaurant, son coéquipier penché au-dessus d'elle, les mains sur ses épaules. Au loin lui parvient le brouhaha de conversations agitées, avant que le jeune homme blond ne tourne la tête vers leurs amis pour les rassurer d'une voix forte. Le loup, à quelques pas d'eux, les observe du coin de l'oeil sans bouger.

Mais il détourne la tête avant qu'elle n'arrive à croiser son regard.

Soupirant, elle se passe une main sur le visage, effaçant de ses joues des larmes qu'elle ne se souvient pas avoir versées.

- Ca va...

- Tu es sûre?

Hochant lentement la tête, elle adresse au blond un sourire rassurant, mais encore un peu tremblant. Le jeune homme resserre alors sa prise sur ses épaules, et, à son étonnement, son regard se fait dur.

- C'est lui, c'est ça...?

Le ton est bas, presque rauque...

Et, quelque part, étrangement amer, aussi.

Hébétée, la kunoïchi le fixe sans comprendre. Pourtant, inexplicablement, sa gorge soudain la serre.

Répondant à sa question muette, le ninja, relâchant une de ses épaules, pointe alors brusquement son doigt en direction du canidé non loin, dans un geste accusateur et rageur.

- Il a essayé de te mordre?!

Tournant la tête vers l'animal, il lui jette un regard noir et soupçonneux, que lui se contente d'ignorer en roulant des yeux, se demandant intérieurement jusqu'où peut bien aller sa bêtise.

Ce crétin.

Comme s'il avait deviné ses pensées, le blond se tourne soudain pleinement vers lui, lâchant totalement sa coéquipière, ses yeux se rétrécissant dangereusement;

- Toi... T'as intérêt à pas me sous-estimer, ou tu le regretteras!

Nullement impressionné, il lui adresse un regard clairement sceptique, soufflant, moqueur, sa queue battant l'air avec amusement face à sa mine à présent rouge de colère.

- Espèce de...

Mais ils sont interrompus par un rire qui s'élève alors, clair et doux.

Etonné, le jeune homme se tourne de nouveau vers sa coéquipière, la confusion remplaçant en un instant la colère sur son visage.

- Sakura-chan...?

La jeune fille rit doucement, les yeux fixés sur une blessure sur le poing serré du ninja, presque entièrement refermée maintenant.

Une morsure, effectivement... ( :) )

Lui, alors...

Secouant lentement la tête, elle se relève donc, adressant au blond un sourire neuf et entier. Puis elle lui dit, d'une voix douce et assurée:

- Pardon de t'avoir inquiété, Naruto... Mais ça va, vraiment!

Elle baisse les yeux un instant, ajoutant, tout bas:

- Je pensais un peu trop, c'est tout...

Elle tire un peu sur son bras, le sourire qu'elle lui offre tout à coup lumineux et complice.

- Il serait temps de manger, maintenant, tu ne crois pas?

Puis elle se dirige vers les tables sur un dernier petit rire, entraînant le jeune homme à sa suite, sans apercevoir l'éclat de pure tristesse qui a traversé un instant les yeux immenses et bleus.

xxx

- Râââmeeen...

- Sur ce point-là, tu n'as vraiment pas évolué Naruto, ah ha ha!

Ils se sont assis à une table longeant l'un des murs du restaurant, rejoignant bientôt les gaies conversations de leurs amis attablés, lui sur leurs talons. Elle à sa gauche, lui s'est assis sur le sol à sa droite, l'observant, ses prunelles plissées en deux fentes vives.

A la remarque, le jeune homme fait la moue, joueur, empoignant ses baguettes avec entrain.

Mais quelque part, son regard est simplement trop trouble.

Lui renifle brusquement, dans une attitude qui se veut dédaigneuse, et le garçon, imperceptiblement, se raidit. Pourtant, il ne se retourne pas...

Les yeux obstinément fixés sur ses nouilles fumantes, il se contente de les manipuler du bout de ses baguettes, sans un mot et ignorant tout le reste, son sourire absent de son visage.

Alors, lui est brutalement submergé par une vague de colère - colère, déception et rancoeur -, une amertume changée en haine bouillant dans ses veines parce que ce jour n'existe pas et que ce froid, dans sa poitrine soudain, ne devrait pas y être.

Et ce regard, qui refuse brusquement de croiser le sien, comme il le déteste...

xxx

C'est un mensonge.

Il remue les nouilles de ses baguettes sans les toucher, les conversations comme un bourdonnement lointain à ses oreilles. Sur sa nuque, il sent la piqûre familière de ce regard, mais il n'y fait pas attention.

Il n'aurait pas dû y faire attention...

Parce que tout est faux.

C'est un mensonge...

En face de lui, la place est inoccupée.

Inoccupée.

Il finit par lever les yeux, fixant la chaise.

La fixant la fixant la fixant.

C'est un mensonge.

Sur son cou, la piqûre se fait plus douloureuse.

xxx

Hinata Hyûga s'est assise à la table avec appréhension. A sa droite, la chaise est vide, inoccupée.

En face de cette chaise, il y a Lui.

Elle sourit doucement, les joues rosées. Elle est si contente d'être là!

Pourtant...

Il regarde la chaise face à lui, sans la voir sans voir le reste, comme si simplement, il n'y avait qu'elle qui faisait partie de son monde. Et son visage peut paraître neutre, presque paisible...

Mais ses yeux attachés à l'objet, ces yeux qui ne savent rien cacher, sont simplement voilés par les nuages d'une tristesse indicible.

Elle soupire, le coeur serré dans sa poitrine. Elle n'aime pas le voir comme ça, elle n'aime pas...

Inspirant à fond, elle relève la tête soudain, le fixant, ses prunelles perlées s'allumant d'une lueur déterminée.

- Na... Naruto-kun? B... bonjour...

Pas de réponse.

Les joues enflammées, elle inspire alors à nouveau, s'apprêtant à relâcher tout son air d'un seul coup.

- Naruto-kun!!

Semblant émerger quelque peu, Il tourne enfin la tête vers elle, l'observant vaguement, surpris par son cri.

Etonnée elle-même de sa propre audace, elle s'est recroquevillée sur son siège, ses deux mains plaquées contre sa bouche. Elle n'ose pas soutenir son regard.

- Ah, bonjour Hinata-chan, je ne t'avais pas vue! Désolé, hé hé! dit-il alors, avec sur les lèvres un sourire qui fait monter le rose jusqu'à ses oreilles. Tu vas bien?

Elle ouvre la bouche pour lui répondre, mais avant qu'elle n'ait réussi à émettre le moindre son, il s'est déjà retourné pour de nouveau fixer la chaise, oubliant simplement sa présence.

xxx

- Je... Je vais l'enlever... de là...

La jeune fille, d'habitude si calme, s'est levée soudain, agrippant la chaise face à lui. Il y a dans sa voix quelque chose de déterminé; cependant, elle évite soigneusement de croiser son regard.

Il ne comprend pas pourquoi elle est si agitée, brusquement.

- On n'en a p... pas b... b... besoin, a... alors...

Il écarquille les yeux, son coeur ratant un battement pour une raison qu'il n'est pas sûr de saisir. Il se reprend toutefois bien vite.

- Voyons Hinata-chan, ah ha ha! Laisse tomber: ce n'est qu'une chaise vide! répond-il alors vivement, d'une voix plus bruyante qu'elle n'aurait dû l'être, son sourire douloureux sur ses lèvres.

Oui, ce n'est qu'une chaise vide, après tout...

Vaincue, la jeune fille baisse les yeux, son expression dissimulée derrière ses mèches d'ébène; puis elle se rassoit à sa place sans un bruit, sous les regards de tous les autres qui ont observé la scène.

Une chaise vide...

D'un même mouvement, ils reportent alors tous leurs yeux vers lui, sans un mot. Mais lui, à cet instant, n'en a franchement cure.

C'est un mensonge. Un mensonge, offert à lui pour une raison qu'il ignore, et qu'il a été assez stupide de croire.

Et auquel malgré tout, il veut encore croire de nouveau...

Un sourire se dessine soudain sur ses lèvres, sourire amer et moqueur face à sa propre bêtise.

Parce qu'il sait que ce mensonge a une fin. Comme on le lui a offert, on le lui retirera, sans prévenir et aussi facilement que s'il n'avait jamais existé.

Ca ne durera pas.

Et pourtant, il s'y accroche. Et, pire, il est encore capable de le chérir...

C'est un mensonge. Parce qu'au final, il n'est pas vraiment là.

C'est un mensonge aussi vrai que cette chaise vide face à lui, là comme pour lui rappeler le vide de son propre coeur depuis ce jour.

xxx

- Arrête.

La voix est cassante, catégorique, coléreuse. Tiré brusquement de ses pensées, le jeune homme blond tourne lentement la tête dans sa direction, haussant les sourcils.

- Arrête ça, Uzumaki. Tu me fatigues.

A deux sièges de la chaise vide, sur sa gauche, un garçon aux cheveux bruns le fixe avec une dureté étonnante, les triangles rouges sur ses joues frémissant de rage, ses deux poings serrés posés sur la table. Non loin de lui, un grand chien blanc, les oreilles droites comme aux aguets, hume l'air dans sa direction avec prudence, un éclat inquiet au fond de ses deux petits yeux noirs.

Fronçant un peu plus les sourcils, le ninja répond avec calme:

- Arrêter quoi, Inuzuka?

Un petit sourire, un rien provocateur, est venu spontanément étirer ses lèvres. Cependant, ses yeux, en fixant le jeune homme face à lui, se rétrécissent soudain, luisant farouchement.

Perdant brusquement patience, Kiba Inuzuka montre les crocs dans un rictus de colère.

- Te fais pas plus crétin qu'tu ne l'es, tu sais très bien de quoi je parle!

Dans le restaurant, les conversations ont cessé depuis longtemps, et les personnes attablées ne peuvent qu'assister à la scène qui se joue entre les deux ninjas sans pouvoir réagir, comme conscientes de la gravité de l'échange et bloquées sur leurs sièges par une pression invisible.

Alors, le demi-sourire du blond tombe de son visage tandis que ses prunelles, rivées sur celles de son vis-à-vis, s'allument soudain, de cette flamme que possèdent les regards qui ne vacillent pas.

- Je le ramènerai.

Le ton est assuré, et n'admet aucune réplique. Ce ton, ils le connaissent bien...

Ce ton, lacé d'une conviction si inébranlable qu'il fait frémir...

Kiba écarquille les yeux.

Cet imbécile est têtu, une vraie tête brûlée. Il ne pensait simplement pas qu'il l'était à ce point...

Et avec un sérieux si intense qu'il semble tenir du désespoir.

Chassant cette pensée au loin, ses prunelles se rétrécissent à son tour, un sourire glacé venant ourler ses lèvres.

- Et qui te dit qu'on a envie de le revoir?

Les mots, acides, résonnent dans le silence, tranchants comme la lame.

Et cette fois-ci, ce sont les yeux du blond qui s'écarquillent, avant de se dissimuler derrière les mèches de blé, ses poings se serrant soudain à s'en faire craquer les jointures.

- Ce petit prodige, qui a été capable de se vendre à l'ennemi en abandonnant derrière lui son propre village, ses camarades, ses frères d'arme, tous ceux qui n'ont jamais tenu à lui comme s'ils ne valaient simplement RIEN... Ce sale traître, tellement obsédé par le pouvoir qu'il a tourné le dos au village pour suivre l'assassin de son propre Hokage-

- Tais-toi.

Les mots, à peine murmurés, sont calmes, beaucoup trop pour ceux qui le connaissent. Mais l'Inuzuka, à ce moment, s'en contrefiche.

Il continue, crachant sans retenue les paroles venimeuses, libératrices de toute sa rancoeur et de toute sa peine...

- Cette ordure... C'est son propre frère qui a massacré toute sa famille, c'est ça? Pas étonnant alors qu'il soit aussi malade-

...Jusqu'à ce que quelque chose finalement ne se brise.

En un clignement de paupière, l'Inuzuka se retrouve plaqué contre le mur par une main ferme, un kunaï pressé contre sa gorge.

- Je t'ai demandé... de te taire.

- Naruto, arrête!!

- Kiba-kun!!

Mais avant que quelqu'un n'ait pu faire un geste pour séparer les deux garçons, le brun s'est mis à rire.

Il s'est mis à rire... d'un rire sans joie, aux accents douloureux et amers.

Un bruit métallique...

Le kunaï est tombé sur le sol.

- Tu sais très bien qu'il est parti de son plein gré, Naruto. Tu le sais aussi bien que moi...

Le sourire de Kiba s'étire tristement sur ses lèvres, et tandis qu'il prononce ces paroles, le jeune homme blond ne peut qu'agripper le col du brun des deux mains, tremblant soudain de tous ses membres.

Oh oui, il le sait. Il ne le sait même que trop...

Pourtant...

- Je le ramènerai, même si je dois pour cela briser chacun de ses membres...

Les mains se referment avec force sur le bord du col, maîtrisant doucement leurs tremblements.

Et à nouveau, sur le visage, ce regard...

- Je le ramènerai quoi qu'il en coûte.

Alors, finalement, Kiba explose, laissant éclater toute sa frustration et toute sa colère.

- Et à supposer que tu y arrives, après, qu'est-ce que tu feras?! Tu le garderas enfermé toute sa vie durant, pour qu'il ne s'échappe jamais plus? N'est-ce pas égoïste...?

Un poing qui s'abat soudain sur le mur, à droite de la tête de l'Inuzuka. Se retirant, la pierre s'effrite, tombant lentement sur le sol en une fine poussière grise maculée de sang...

Mais la douleur exprimée sur le visage, alors, n'a rien de comparable avec une douleur physique.

- Tu... ne sais pas, Kiba. Tu n'y étais pas... Tu n'as pas vu...

- "Vu" quoi?!

Un oeil jaune à l'éclat maléfique, simplement étranger...

La violence des coups comme la peine, la colère la rage l'envie la haine-

Un bras si blanc au travers de sa poitrine, habillé d'écarlate et brûlant.

-rouge qui tournoie au fond d'une pupille, rouge partout, sourire moqueur et fier et cruel et vide-

Et la solitude et la tristesse, qui se terrent, lâches, comme deux yeux noirs peints d'une indifférence factice.

- Tout ce que j'ai vu, ce sont tous nos camarades qui ont risqué leur vie: Shikamaru, Chôji, Neji et Lee, toi, moi. Tout ce que j'ai vu, c'est Chôji et Neji au bord de la mort, et toi, immobilisé sur un lit d'hôpital et enfermé dans le silence. Tout ce que j'ai vu... ce sont les larmes d'Hinata qui refusaient juste de s'arrêter de couler, et Akamaru en train d'agoniser dans mes bras sans que je ne puisse rien faire!...

Il repousse soudain le blond, dont les poings ont brusquement perdu leur force, poussant un juron douloureux en essuyant vivement les larmes de rage et d'impuissance qui se sont amassées aux coins de ses yeux.

- Et malgré ça... malgré tout ça, toi, tu...

...Et le jeune homme ne dit rien.

Ses prunelles azures dissimulées derrière ses mèches d'or, il se contente de serrer les dents, incapable d'affronter la douleur et la trahison qui se reflètent alors dans le regard du garçon face à lui.

Il est là, immobile et droit, et il laisse les reproches et la rancoeur le frapper de plein fouet sans prononcer une parole, sans réagir...

Il n'en a pas le droit...

Inspirant et expirant profondément, Kiba finit par reprendre son souffle, ses tremblements calmés et ses yeux de nouveau secs. Il lève à ce moment la tête vers lui, vrillant son regard dans le sien comme pour y chercher des réponses.

- Pourquoi...?

La question est simple, à peine murmurée, tandis que la confusion dilue un instant la peine du regard.

La question est simple...

Il n'hésite qu'une seconde avant de répondre:

- Parce qu'il est mon meilleur ami.

Parce qu'après tout, c'est vrai. Quoi qu'ils aient pu dire ou faire par le passé, quoi qu'ils aient pu ne serait-ce que penser... c'est une vérité que même lui n'a plus pu nier.

Et puis...

Parce qu'au final, il ne sait pas quoi répondre d'-autre-.

L'Inuzuka a un rire de dédain, la tristesse de nouveau muée en colère au fond de ses yeux foncés.

- Belle amitié, en effet!

Puis il le fixe, une fois son rire tu, avec sur le visage un sérieux qui lui est aussi inhabituel que pour lui-même.

- Il a essayé de te tuer, Naruto.

- Mais il ne l'a pas fait.

Et cette fois-ci, la réponse fuse sans une hésitation, aussi cinglante que le vent, comme pour aussitôt couper court aux reproches et au doute.

Parce que c'est vrai aussi, même si les autres ont parfois tendance à l'oublier...

C'est une vérité à laquelle il s'accroche, solide et aussi vraie que ses larmes ce jour-là.

- Il... ne l'a - pas - fait !...

Ses poings, serrés jusqu'à trembler, sont ramenés à ses côtés, et sa voix basse mais rageuse mais suppliante est entrecoupée par son souffle saccadé, son coeur s'emballant dans sa poitrine comme après une course folle.

Mais peut-être est-ce cela, se dit bêtement le coeur, peut-être n'a-t-il jamais cessé de lui courir après...

Bon sang mais croyez-y, hurle le regard, croyez-y mais croyez-y maiscroyez-y...

...Et Kiba, pétrifié soudain, arrache brutalement ses yeux du garçon blond comme par peur de se brûler.

Pourtant il doit réagir, il le sait, au moins pour essayer de raisonner ce crétin d'ami qu'il a, tellement borné que dans son obstination il refuse de voir qu'il peut se détruire lui-même.

Alors il renifle, contrant la parole venteuse comme si elle n'était rien, et il trouve finalement la force de le regarder à nouveau parce que c'est déjà assez injuste comme ça.

- Ce n'est pas l'envie qui lui manquait, pourtant...

Et le jeune homme blond perd son souffle.

xxx

Il hoquette, les yeux exorbités, luttant pour faire entrer de l'air dans ses poumons, agrippant son col de toutes ses forces.

Mais c'est impossible, et le peu d'air qu'il lui reste s'étrangle dans sa gorge, bloqué soudain par l'étreinte fantôme de doigts blancs et glacés.

Il suffoque...

"Le savais-tu, Naruto...? Les ninjas de haute volée sont capables de lire dans les pensées de leur adversaire dès l'échange des premiers coups. Et toi? As-tu lu dans mon esprit?"

"As-tu lu...?"

Parce que cela aussi, c'est vrai...

Et cette vérité-là fissure toutes les autres sous ses pieds, le laissant sombrant et seul.

Le laissant si seul...

Pourtant, il le savait...

Cette vérité tapie au fond de son coeur... il la connaissait déjà.

Sa main se porte mâchinalement à sa veste, agrippant le tissu, à droite, tout à côté de son coeur. S'y accrochant comme si c'était la dernière chose qu'il pouvait faire.

Il le savait...

Et brusquement, il a envie de rire. Il a envie de rire, et tandis qu'il baisse la tête, dissimulant ses prunelles soudain brûlantes derrière ses mèches d'or, il ne sait pas si les tremblements de son corps sont dûs au rire coincé dans sa gorge ou au sanglot qui lui broie la poitrine.

Des mains se posent sur ses épaules, se voulant rassurantes malgré leur hésitation. Perdu dans les limbes de son être, il ne les sent pas...

- Naruto... il n'en vaut pas la peine.

- Pas la peine...?

A droite, tout à côté de son coeur, qui bat...

Qui bat...

Et le jeune homme repousse violemment l'Inuzuka.

xxx

Kiba chancèle, le souffle coupé. Aussitôt, Akamaru bondit à ses côtés et se retourne vers le blond en découvrant les crocs.

- Mais qu'est-ce qui te-

Mais quand il lève les yeux vers le ninja, la protestation du brun meurt dans sa gorge.

Au mouvement brusque, leurs amis se sont tout de suite levés de leurs chaises, se rapprochant, prêts à intervenir pour séparer les deux garçons. Cependant, quand le jeune homme blond se tourne finalement vers eux, sans un mot pour Kiba, ils ne peuvent s'empêcher de faire un pas en arrière.

Ceux qui le connaissent se seraient presque attendus à voir du pourpre au fond de son regard. Pourtant, ce n'est pas le cas...

Mais ce bleu désarmant, en passant sur chacun des visages qui l'entourent, a cet éclat électrique que seul possède le ciel un soir d'orage.

Pétrifiés, incapables de réagir, ils se rendent alors compte dans un sursaut que nul rire ne vient alléger la tension de l'air, nulle main n'est là pour gratter les cheveux blonds avec nonchalance...

Nul sourire pour fendre le visage en deux, tellement grand que les paupières doivent se fermer pour lui laisser la place - assez grand pour que les yeux se cachent.

L'amertume, une colère vibrante, un sentiment, intense et ineffable... Les émotions défilent, à nu dans ce regard, et se mêlent dans les profondeurs de ce bleu avec une sincérité simplement déchirante.

Le garçon se tient seulement là, son masque tombé à terre, avec quelque chose de provocant et quelque part simplement lui-même.

- C'est... ce que vous pensez tous?

La voix, qui brise le calme du restaurant, est ferme mais trop basse, et le jeune homme semble s'en rendre compte puisqu'il répète, plus fort - plus vite:

- C'est ce que vous pensez tous?!

Mais seul le silence lui répond.

Alors les yeux reprennent leur quête, observant chacun des visages pour tenter d'y trouver leur réponse: regard qui les fuit, sombre; regard soucieux et triste, bouche qui s'ouvre et se referme; regard apparemment indifférent mais qui les affronte...

Ils observent et cherchent, évitant à tout prix de croiser deux onyx confus et qui ne les quittent pas, vifs et brûlants.

Puis finalement, une voix s'élève, entendue d'habitude tellement rarement que tous les yeux se tournent vers son origine et s'écarquillent.

Shino Aburame se tient sur le côté et fixe le jeune homme blond de derrière ses lunettes, immobile et droit. Lorsque sa voix retentit dans le silence, ses accents sont graves mais doux.

- Naruto... depuis combien de temps ne t'a-t-on plus vu courir partout dans le village, en proclamant haut et fort que tu deviendrais Hokage?

Et à sa question, le coeur du blond s'arrête.

Aussitôt, tous les regards se sont à nouveau dirigés vers lui, attendant sa réponse. Mais le jeune homme, les yeux soudain baissés, se contente de rester silencieux, mordillant sa lèvre inférieure.

Puis ses poings se serrent, et il repousse la question d'un haussement d'épaule.

Elle n'est pas importante. Pas importante.

Ce qui compte...

Il redresse brusquement la tête, les yeux grand ouverts.

- Sakura-chan...

Repoussant au loin le sentiment de culpabilité qui l'assaille à la pensée qu'il aurait dû chercher son soutien plus tôt, il se précipite en trombe vers sa coéquipière. Elle au moins, elle sera d'accord avec lui...

Et elle y croira...

- Sakura-chan! Sakura-chan!

- Naruto...

Arrivé devant elle, le soulagement le submerge brusquement et il sourit, saisissant ses mains entre les siennes.

- Sakura-chan, tu es de mon avis toi, hein? On arrivera à le ramener, ce crétin! Tous les deux!

- Na-

Il rit nerveusement, pour couvrir les tremblements de sa propre voix et ne pas faire attention à la faiblesse de celle de la jeune fille.

Ne pas faire attention, nepasfaireattention.

- Après tout, c'est ce que je t'ai promis, et Uzumaki Naruto tient toujours ses promesses!

Un sourire, grand et brillant; un pouce dressé. Trop semblables à ceux d'un autre jour, des années auparavant.

Trop semblables. Trop semblables.

- Naru-

- Et puis, héhé... tu l'aimes! Alors il faut à tout prix qu'on-

- NARUTO!!

Alors finalement, il se tait. Mais lorsque ses yeux rencontrent ceux de sa coéquipière, son sourire glisse de son visage et son coeur gèle dans sa poitrine.

Non.

- Sakura... chan?

Elle tremble.

La jeune fille tremble de tous ses membres, et elle retire soudain ses mains d'entre les siennes, le fixant de ses prunelles émeraude et pleines de larmes...

Le fixant, la tristesse écrite sur chaque trait de son visage.

- Je ne sais pas, Naruto. Je... je ne sais... plus.

Elle ferme vite les yeux, pour ne pas voir l'expression de son visage et tenter de retenir ses larmes. Même pour qu'il puisse continuer à sourire, elle ne peut pas lui mentir...

'Lâche...'

Elle ne peut pas...

- Je suis... désolée!...

Non. Non.

Elle rouvre les paupières. Le blond, le teint pâle et les yeux exorbités, la fixe, horrifié. Dans les yeux verts brille avec force ce qu'il redoutait tant d'y voir...

Le Doute...

Non!

Chancelant, il fait un brusque pas en arrière, une lueur trahie traversant en un éclair le bleu de ses prunelles.

A cette vision elle hoquette, les larmes, qu'elle ne peut plus retenir, coulant finalement le long de ses joues en deux rivières instoppables.

Elle pleure...

- Je suis... déso... lée, je... suis dé... solée, je...

Sa voix se brise sur un sanglot et elle agrippe son visage entre ses mains, tentant de calmer ses tremblements et criant toute sa peine. Ino Yamanaka, sa rivale et meilleure amie, pose une main sur son épaule pour signaler sa présence derrière elle, rassurante.

- Déso... lée, déso... lée...

Deux mains, chaudes et fermes, écartent alors doucement ses bras de son visage et elle relève la tête, stupéfaite.

- Ca va aller, Sakura-chan...

Son coéquipier s'est à nouveau rapproché d'elle et il la regarde, avec au fond des yeux cette détermination forte et belle, cette volonté inébranlable.

Il la regarde, et nul reproche n'est visible dans son regard, nul ressentiment, et le sourire qu'il lui adresse est teinté d'une douceur et d'une tristesse qui lui serrent le coeur.

- Ca va aller, ça va aller...

L'attrapant maladroitement par les épaules, il la serre soudain contre lui, comme pour s'excuser. Puis il se recule, et, la regardant toujours, sa voix prend une intonation légère:

- Tant qu'il reste un idiot pour y croire, cela reste possible, hein?

Et son sourire s'élargit, lumineux et vrai.

Alors, essuyant ses dernières larmes, elle se met à rire.

xxx

Sakura calmée, il pousse un soupir rassuré avant de relever la tête. Constatant que ses amis ne l'ont pas quitté des yeux, il les fixe, presque avec défi, attendant que l'un d'eux prenne la parole.

Comme cela n'arrive pas, il commence à se diriger d'un pas résolu vers l'entrée du restaurant, ses prunelles intenses et vives.

- Attends...

Il s'immobilise, à quelques pas de l'entrée.

Non loin, Kiba est resté prostré à l'endroit même où il l'a laissé, et il l'observe, ses yeux écarquillés, la confusion lisible sur son visage comme dans un livre.

Il l'observe, et lui, le regardant par-dessus son épaule, a compris sa question avant même de l'entendre.

- Pour... quoi?

La question... est simple.

Il se retourne un peu plus, plantant cette fois-ci ses yeux dans les siens, dans un regard sans fond.

- Parce qu'il est le premier à avoir jamais considéré que je valais la peine...

Qu'il valait la peine, même si ce n'était que pour se disputer, même si ce n'était que pour critiquer tout ce qu'il faisait... Depuis le début, il ne l'a jamais totalement ignoré...

Et c'est à travers ses yeux qu'il a la première fois eu l'impression d'exister.

Et puis...

Laissant son regard errer une dernière fois dans le restaurant, il croise deux yeux onyx, s'y accrochant, durant un instant aussi douloureux que fugace...

Parce que quelle que soit la réponse à cette question, au final, tout ce qu'il sait...

Puis finalement il se détourne, franchissant l'entrée du restaurant sans plus un regard en arrière.

... c'est qu'il ne veut pas le perdre.

- Narutoo!

Une main posée soudain sur l'épaule de Sakura l'empêche de poursuivre son coéquipier; elle se retourne.

Kakashi fixe avec intensité l'entrée du restaurant, son seul oeil visible plissé dans un regard perçant et vif. Aussitôt, elle se retourne à nouveau...

Juste le temps d'apercevoir une forme noire franchir également l'entrée du restaurant avant de disparaître.

xXxXxXxXx

A suivre.


Sakura, qui fixe toujours l'entrée du restaurant: Quand même, j'ai vraiment l'impression que quelque chose m'échappe...

L'auteur, nerveuse soudain: Ah... ah oui?

Kakashi: Sakura, tu n'as vraiment rien remarqué? Tu es bien plus perspicace que ça, d'habitude!

Sakura, se triture les méninges: ...

L'auteur: ...Gloups.

Kakashi, tout sourire sous son masque: Maah... Faut croire que c'est bel et bien "l'exception qui confirme la règle", alors!

Sakura, regard noir à Kakashi.

L'auteur: ...Kakashi-san, arrêtez de jouer avec mon titre... - -

xxx

L'auteur, qui a le coeur en compote: J'ai vraiment... failli me faire pleurer toute seule, sur ce coup-là... (attend les tomates des lecteurs) Bouh... T T (ce n'est pas pour rien que j'ai eu du mal à l'écrire, ce chapitre! TT TT) Pourtant, à bien y réfléchir, il n'est pas si sombre... éè

Et puis, l'important est de se relever toujours :) (si je vous dis que mon personnage préféré est Naruto, vous me croyez? :D ).

Le prochain chapitre sera normalement le dernier de cette histoire. J'ai toutefois peur qu'il soit immense... T T Quoi qu'il en soit, il arrivera sûrement cet été, parce que j'ai mes partiels fin Juin... et puis je vous promets qu'il sera moins triste que celui-ci :) (je vais adorer l'écrire, ohoho!).

Merci à tous ceux qui ont la gentillesse de reviewer, et ceux aussi qui passent simplement lire cette histoire :) ! J'ai mis tout ce que j'ai dans ce chapitre, et j'espère ne pas vous avoir déçus... - - N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez :) !

Plein de bisous à tous, et à bientôt!!

Maeve