Bonjour tout le monde!
Et oui, me revoilà! Désolée infiniment. Mais vrai que j'ai beaucoup de mal avec ces derniers chapitres... Je voudrais remercier les gens extras qui ont pris la peine de m'écrire - et je sais qu'ils se reconnaissent ainsi qu'à ceux/celles qui m'ont laissé des reviews! Vraiment très très très apprécié. Je me répète: MERCI mille fois!
Ok, bizoux à tous! bonne lecture.
Au-delà des Apparences
Chapitre 4
Une histoire de famille
11.
Yatoda Yukune méditait silencieusement sur le plan qu'il s'apprêtait à mettre en branle face à son adversaire de toujours.
Il y avait déjà plusieurs mois qu'il était revenu à Domino, non sans peine et sans arrière-goût exactement comme il avait fui cette ville voilà des années. Il l'avait quittée avec la rage et l'amertume dans l'âme puis l'avait réintégrée avec le fol espoir de voir enfin tous ses rêves de jeunesse se concrétiser. Ceux-là mêmes qu'on lui avait arrachés le jour de ses onze ans. Il ne reculerait désormais devant rien pour assouvir sa vengeance.
- Monsieur? demanda un petit homme vêtu d'un tablier blanc et élevant des ciseaux de barbier. Vous êtes certain?
- Oui. Commencez, répondit Yatoda en regardant le modèle principal de la coupe de cheveux qu'il allait emprunter dorénavant.
Sur le coin du miroir en face de lui, il y avait une photographie d'un homme jeune et séduisant, aux cheveux d'un tendre brun chocolaté. Son regard d'un bleu polaire avait procuré plus d'un surnom à cette légende vivante. Mais le principal et le plus connu demeurait sans contredit : «l'homme de glace ou iceman ». Ce qui lui convenait parfaitement. Cet homme était réputé n'avoir qu'un rocher à la place du cœur. De plus, il n'avait aucun respect pour quiconque, hermétiquement égocentrique. Mais sa supériorité ne pouvait être contestée par aucun. Sauf par une classe d'élite qui le méprisait en secret. Et Yatoda faisait certes partie de cette catégorie.
Cependant, depuis peu, ce modèle soi-disant intraitable tendait à fléchir vers ses faiblesses et bien qu'elles fussent peu nombreuses, certains en décelèrent clairement les points d'origine. Ce qui s'annonçait d'une aide inespérée pour le faire plier un peu sous la pression. Le monde entier savait qu'il avait un frère – et Yukune mieux que d'autres- mais un frère auquel il tenait comme la prunelle de ses yeux. Or, depuis peu, un autre élément aussi vital était venu s'ajouter à l'inclination plutôt naturelle de tout homme, aussi fort est-il. Et ce complément ne contribuait qu'à accroître la brèche de sa bastille : une femme. Qui plus est, belle comme le jour et solide comme le roc. Et Yatoda Yukune ne serait jamais assez effronté, même en essayant de mentir, pour le nier. N'avait-il pas lui-même éprouvé une chaleur agréable à la croiser et à l'observer? N'était-il pas tombé un tout petit peu sous son charme?
Son rival ne connaissait pas sa chance. Il possédait tout : l'argent, l'amour, la gloire, l'intelligence. Tout. Et sans partage. Il raflait tous les premiers prix depuis la petite enfance, réussissait tout ce qu'il entreprenait et toutes les plus belles femmes de la terre se pâmaient devant son regard d'océan.
Comme il le détestait. Depuis la nuit des temps.
Et son règne achevait.
Séto Kaiba allait tout perdre.
« C'est à moi que revient tout l'empire Kaiba, à moi et personne d'autre! »
_12.
- Mokuba! Porte un peu attention!
Séto n'avait pas tout dit. S'il paraissait plus détendu depuis trois bonnes semaines, ça ne restait qu'une impression et Naomi devina facilement qu'il cachait encore bien des choses. Il n'était pas revenu totalement indemne de cette première confrontation, bien qu'il n'ait pas daigné lui en parler. Mais elle en saisissait très bien la nuance. Pour preuve, la nuit suivante, elle avait feint de dormir lorsqu'il s'était réveillé dans un sursaut après une turbulence agitée dans son sommeil, lui qui déjà ne dormait jamais très lourd.
Elle avait passé trois jours entiers à passer au peigne fin toutes les personnes susceptibles – connues, méconnues, moindrement suspectes – dans la banque de données de la Kaiba Corp, celle-ci regroupant la banque centrale des autorités policières du pays et même internationales. Tout ce qui put de près comme de loin s'associer aux criminels recherchés jusqu'au dernier nouveau-né, en passant par les richissimes et les étrangers nouvellement arrivés à Domino, sans résultat.
Or, il ne lui avait certes pas demandé cette recherche intensive pour rien. Sauf si, comme elle était en droit de le présumer, ce type représentait toujours un danger bien concret. Ou encore que Kaiba souhaitait le démasquer et l'anéantir une bonne fois pour toutes.
Dans un cas comme dans l'autre, elle préféra le silence à maintes reprises, même s'il lui parut parfois lourd à garder; elle commençait à connaître Séto assez bien pour comprendre que cette solitude restait sa meilleure alliée d'autant qu'il s'était bâti entièrement dans cet exil salutaire tout au long de son existence. Et elle l'acceptait.
Mieux, elle avait suivi son exemple.
Et puis, de temps en temps, au travers de cette demeure opaque, Séto arborait une esquisse ravie sur ses lèvres. Comme s'il recommençait à essayer de sourire et d'apprendre à s'amuser; elle avait noté dans son comportement un changement aux départs de M. Pappas, qui était revenu à deux reprises. Séto semblait vraisemblablement content de ce nouveau projet auquel il n'avait impliqué personne d'autre et qui demeurait un réel mystère. Mais la satisfaction – même refoulée – se ressentait facilement dans tout son être. Et puis, plus important, cela semblait le divertir.
Alors elle crût que la situation générale ne devait pas être aussi terrible puisqu'il se permettait quelques écarts de joie de temps à autres. Ou peut-être était-ce pour oublier? Qui plus est, il semblait réellement enthousiaste pour ce projet qui lui tenait à cœur.
Elle allait recommencer à donner des prestations, malgré les réticences de Kaiba qui s'était finalement allié à sa cause. Et puis surtout, elle avait repris Mokuba en charge, convaincue d'instinct qu'il lui était nécessaire d'apprendre à se défendre. Tel qu'elle lui avait promis d'ailleurs. Séto s'y était montré moins bien disposé, inquiet qu'elle se montre trop empressée et que cela puisse occasionner des blessures inutiles. Mais encore, il avait acquiescé, ne sachant plus trop comment refuser à l'un et à l'autre. Il s'y était donc plié, principalement dans l'intérêt de Mokuba qui continuait d'entretenir une relation difficile à maintenir avec sa copine vu les événements.
Ah! Mais il en parlait. Peu et beaucoup trop en même temps. Et Séto avait l'air à la fois heureux et soucieux; Naomi devina bien ce qui le dérangeait à ce point dans cette relation : Mokuba avait grandi. Mokuba s'éloignait de sa tutelle autrefois indispensable. Mokuba découvrait déjà ce que lui commençait à peine à comprendre et à assimiler. Mais ce n'était pas une surprise puisque le cadet s'était toujours montré beaucoup plus sensible et plus porté à aller vers les autres, peut-être poussé par un fond de naïveté et d'innocence que Kaiba n'eut jamais le loisir de posséder même dans ses cauchemars les plus fous. D'ailleurs, il n'en avait jamais eu le temps pas même ressenti le besoin.
Et puis, devant l'heureuse élue, qu'il n'avait toujours pas rencontrée, et il se demanda si Mokuba avait honte ou peur de le présenter, il avait tenté de faire une petite recherche. Il savait seulement qu'elle venait d'un milieu relativement fort aisé et qu'elle fréquentait le même lycée que son cadet. Une famille simple, modèle et sans histoire. Point. Il n'avait pas poussé plus loin parce que Naomi avait insisté pour ne pas qu'il s'en mêle. Et il dût avouer que ce n'était pas entièrement dépourvu de sens : Mokuba devait apprendre à voler de ses ailes – Kaiba ne serait jamais loin avec le filet pour le rattraper, évidemment- mais surtout, son cadet ne pardonnerait pas à son frère de tout compiler en vulgaires statistiques une fois de plus en critiquant et en essayant de peser le pour et le contre. Mokuba ne mêlait jamais les sentiments avec les affaires.
Alors Kaiba s'était incliné devant leur coalition. Ça lui coûtait de respecter cette distance. Mais pour Mokuba, il s'y était tenu jusqu'à présent.
Il avait grandi, et bien que Kaiba regardait aller les choses en essayant de ne garder l'œil qu'à moitié ouvert, cette croissance ne se contemplait pas sans un petit pincement au cœur.
Malgré tout, il prenait plaisir à le voir évoluer et n'en était pas peu fier; Mokuba se prêtait avec plaisir à ces techniques de défense et était en train d'acquérir beaucoup d'assurance à côtoyer Naomi. Il les observait de temps en temps lorsqu'il passait tout près de la salle d'entraînement au sous-sol - ils s'étaient approprié une énorme pièce transformée en gym pour l'occasion- mais sans s'y attarder, il parvenait tout de même à croquer sur le vif le comportement de son frangin qui écoutait avec sérieux les conseils de la jeune femme. Il lui semblait le voir devenir chaque jour plus solide, plus mature, plus homme que petit frère à protéger désormais.
Le bonheur aurait été presque parfait si un type n'existait pas pour lui rappeler la fragilité des instants présents. Voilà peut-être l'une des raisons du pourquoi il préférait ne rien laisser transpirer de la principale préoccupation de ses pensées. Pour l'heure, ce redoutable adversaire semblait les avoir oubliés depuis la mort du prisonnier. Ce dont il n'était pas mécontent. Mais il connaissait trop bien ce calme plat pour s'y laisser prendre bêtement, juste avant la tempête. Il n'en connaissait pas la provenance; il était incapable de prédire d'où le vent arriverait. Mais il savait qu'une rafale encore plus menaçante s'avançait tranquillement mais droit sur eux.
Et puis Molina. Kaiba ne l'oubliait pas; elle demeurait la torture secrète, le tourment majeur dans l'esprit de Naomi. Elle évitait de lui en parler mais elle n'avait pas à le faire : elle était littéralement rongée par le sort de la fillette, intimement persuadée que ce type sans vergogne la détenait prisonnière de ses marasmes et qu'elle était devenue, sans le savoir, un pur instrument servant à réfréner et contrôler leurs actions. En grande partie. Aussi, se promettait-elle d'être prudente pour le cas ou elle aurait à le confronter à nouveau. Car elle n'était pas stupide au point de risquer la vie et l'avenir de la petite. Mais tout ça restait si déloyal.
_13
Mars.
L'entre-deux saisons. L'hiver qui achève de menacer de son interminable froideur. Puis le printemps qui promet la clémence de jours meilleurs. Mars. Le mois de la guerre et son lot de souffrance.
Une missive. S'il aurait dormi tout l'hiver, il aurait presque dit qu'il ne l'attendait pas. Qu'il ne le voyait pas venir. Mais au contraire. Il l'espérait. Voilà trop longtemps que son ennemi s'était montré silencieux. Ce qui restait à redouter le plus en pleine bataille lorsque vous l'avez déjà perdu de vue et que vous n'entendez plus un seul tambour au loin pour vous indiquer son emplacement ni d'où il arrivera.
L'enfance de l'art. Encore de nouvelles menaces. Sauf que cette fois, il y avait joint une clause particulière : un nouveau tournoi en prime. C'était d'un ridicule. Pathétique. Et ce minable prétendait que lui, Séto Kaiba, allait s'abaisser à le satisfaire ? Pourquoi ne le faisait-il pas lui-même? C'était laborieux, cela exigeait un minimum de préparation, certes. Mais pourquoi insistait-il pour que ce soit Kaiba qui l'organise? Si ce malade se plaisait autant à jouer, il n'avait qu'à le faire seul. Séto Kaiba avait bien d'autres chats à fouetter. Voilà. Et en quoi consistait ce nouveau chantage à présent?
Le prisonnier.
Comme s'il n'en n'avait pas déjà suffisamment entendu parler. Comme s'il ne s'était pas étendu assez longtemps sur le sujet. Quelle ironie!
Kaiba laissa s'échapper un long rictus amer sur ses lèvres alors que son regard s'était plongé sur la multitude de petits points qui embrassaient le bas de sa tour de verre en se déplaçant dans tous les sens.
Ce ver de terre prétendait détenir un enregistrement vidéo de la déclaration du prisonnier qui avouait avoir été séquestré par Kaiba. Voilà sur quoi il comptait pratiquer ce chantage ridicule sur le grand pdg. Ce n'était pas impossible. Kaiba se souvenait fort bien l'avoir vu à genoux devant la portière du véhicule, de longues minutes, avant d'être troué comme une passoire. N'importe qui aurait eu le temps de lui arracher ce qu'on voulait bien en tirer. Alors, ces accusations n'étaient pas totalement dénuées de vérité.
Mais, et c'est ce qui serait difficile à recevoir devant un juge de paix, comment prouver que ces aveux soutirés sous la menace, si menace il y eut, et Kaiba se rappela l'avoir vu gémir et se plaindre comme s'il était terrifié, inculpaient raisonnablement le grand patron de la Kaiba Corp? Ça ne faisait pas très sérieux. Et pas qu'il eut envie de le prendre à la légère pour autant. Mais niveau ultimatum, il avait connu mieux.
Il décida de ne pas donner suite à cet avertissement. Mieux, il n'allait même pas s'en soucier. Pour le moment. Il verrait bien dans l'avenir, de quelle manière il comptait riposter à l'ennemi. En attendant, statut quo.
D'ici-là, il s'apprêtait à aller assister, au soir, à la première prestation de Naomi depuis les tragiques événements; elle ne tenait plus en place et avait choisi de la donner à l'hôtel où ils s'étaient croisés la première fois. Nostalgie?
La pensée de la revoir si fébrile lui soutira un sourire conquis. Elle avait tant insisté. Il avait cédé; il n'aurait d'ailleurs jamais pu l'empêcher de faire comme bon lui semble. Et loin de lui l'idée de s'entêter à lui faire changer d'idée. Malgré les circonstances. Il s'était plutôt juré de redoubler de prudence et enfin s'était même promis de ne jamais manquer ne serait-ce qu'une seule note des mots de chaque chanson. Rien ne saurait l'en distraire; si elle ressentait de la joie à pratiquer ce métier, pourquoi pas? D'ailleurs, et il le savait pertinemment pour le lui avoir offert lui-même, elle était très talentueuse et pourrait faire carrière si elle le désirait. Il lui avait demandé si c'était ce qu'elle souhaitait. Il avait été soulagé qu'elle n'y montre pas d'intérêt particulier. C'était un peu égoïste de sa part d'avoir espéré la garder pour lui seul. Et il en était conscient. Puisqu'elle n'avait pas à être là en permanence pour satisfaire ses caprices et ce ne fut jamais son arrière-pensée. Mais vrai qu'il appréciait sa présence dont il ne pouvait maintenant que très difficilement se passer. Qui plus est, elle ne paraissait pas intéressée de pousser ce loisir un peu plus loin. Ce dont il ne se plaignit pas.
Et Puis Mokuba , bien que sous éternelle bonne garde, avait également repris la plupart de ses activités, même celles qu'il aurait préféré garder secrètes. Kaiba avait bien fini par apprendre qu'il s'adonnait aux arts martiaux en dehors des cours au lycée et les visites passablement régulières chez sa « petite » amie. Celle-là même qui commençait à l'intriguer d'ailleurs. Et bien qu'il mourait toujours d'autant d'inquiétude pour l'une et pour l'autre, les deux autres côtés de son triangle, il restait d'avis qu'ils ne pouvaient pas, raisonnablement, rester enfermés comme des cobayes en cage.
_14
Étrange comme un homme d'autant d'éclat peut chercher à demeurer dans l'ombre.
Kaiba avait choisi délibérément de n'être remarqué de personne et restait tranquillement assis dans le fond de la salle, à la même table du soir où toute cette aventure avait commencé; c'était une impression de déjà-vu si curieuse. Et il songea que si tout était à recommencer, mis à part une seule exception- l'accident, qu'il ne modifierait rien du tout. C'était paradoxal d'y penser, n'étant pas homme à se retourner constamment en arrière pour y rechercher les erreurs commises au passé. Séto Kaiba était un homme tourné vers l'avenir.
Il avait déjà eu tout le loisir d'entrevoir de nombreux partenaires et de petits concurrents de la Kaiba Corp, pratiquement les mêmes visages de cette soirée mémorable comme si tout revivait sous ses yeux de manière quasi authentique.
Naomi était encore plus belle que dans son souvenir, mais éternellement endeuillée d'une robe moulante noire, couleur qu'il déplorait toujours autant sur son corps. Sa silhouette lui coupait le souffle chaque fois – à lui comme à beaucoup d'autres et il en était conscient- avec un désir toujours plus empressé ressenti dans son propre corps. Mais il était celui qu'elle avait choisi, celui qui partageait ses nuits et la majorité de ses pensées secrètes. D'un regard, il embrassa la cohorte d'hommes admiratifs de cette ravissante créature et réalisa qu'il ferait bien des jaloux sitôt qu'ils l'apprendraient. Bien qu'il n'en avait rien à faire. De toute façon, il n'avait aucun rival potentiel, n'est-ce pas?
La prestation dura plus de 50 minutes. Mais le temps avait paru se suspendre sur l'assistance silencieuse. Et puis, elle était descendue de scène.
Kaiba, qui ne la quittait pas des yeux, fut désagréablement distrait par un type qu'il connaissait et qui s'aventurait vers elle. Il s'excitait à courir derrière en hurlant son prénom. Familiarité qui l'irrita à son maximum.
Kinomoto, le second homme plus richissime du Japon; il s'en souvenait très bien également. La première fois qu'il avait vue Naomi, ce dévergondé la pourchassait de ses avances et elle l'avait remis à sa place en le menaçant de lui faire avaler son verre. Kaiba s'était levé mais n'avait pas bougé de sa place malgré la bataille qui faisait rage dans son esprit; il en avait été déstabilisé, complètement tétanisé par ce combat si inhabituel de sa part, entre le désir et la raison. Comme il s'en rappelait. Il ne la connaissait pas encore et pourtant…
- Oh! Naomi! Vous êtes encore plus belle, mais où étiez-vous donc passée? demanda Kinomoto déjà à moitié ivre, et armé de son éternel verre à la main.
Aimablement, bien qu'embarrassée, elle ne s'en formalisa pas davantage en lui répondant poliment :
- Je me suis absentée quelque temps.
- Vous m'avez tant manquée chère enfant… je désire toujours vous connaî…
Une haute forme s'était lovée subrepticement devant le courtisan, sans brusquerie, mais fermement, et avait glissé sa main sur le bras de Naomi, formant adroitement une barrière infranchissable entre elle et le quinquagénaire. Il n'avait pas pu rester bêtement assis comme lors de cette soirée; il n'y avait plus aucune lutte intérieure à gagner ou à perdre. Et puis, maintenant plus que jamais, il réalisait que c'était ce qu'il aurait dû faire dès lors au lieu d'éviter stupidement de la secourir. Même si elle n'avait pas besoin de son aide, tout comme à l'époque. Mais il lui semblait que cela constituait une toute petite revanche sur son ancienne inertie et aussi une façon de dévoiler au monde entier que personne n'avait le droit de s'approcher d'elle sans redouter ses foudres. Ce qui déjà en soi était plus que suffisant à les écarter définitivement de sa personne.
Kaiba haussa le sourcil en dévisageant l'asiatique.
- Hors de question!… dit-il sèchement à son endroit en l'interrompant. Cette dame… « m'ac-com-pagne ».
Il avait pesé gravement sur le dernier mot de manière à ne laisser aucune équivoque et que ses propos soient clairement interprétés. Il ne laissait planer aucun doute quant à la relation qu'il entretenait avec elle.
Les cheveux du pauvre homme blanchirent d'un coup; malgré l'échauffement causé par l'alcool sur ses joues, il avait compris exactement ce qui se passait; il demeura une fraction de seconde éberlué, le regard rempli de terreur. Puis, se jeta dans les excuses immédiates, pour ne pas dire presque à genoux en supplications.
- Oh!... M. Kaiba ! Oh! non, pardon… mille excuses, M. Kaiba… pardon, pardon… je ne savais pas… supplia-t-il en comprenant sa bévue.
« Séto… ce n'était pas nécessaire… »
Elle était presque apeurée pour le pauvre homme; elle connaissait d'emblée l'effet dévastateur que le nom de Kaiba imposait de lui-même comme une malédiction qui ne doit pas être prononcée sinon à voix basse et en se signant d'une croix quand on a à le nommer. Seulement, et surtout parce qu'elle le connaissait plutôt bien, il lui semblait que Séto abusait quelquefois de son autorité, comme dans ce cas bien particulier.
Bien sûr qu'il n'appréciait pas qu'elle soit courtisée par un autre que lui et la galanterie – ou sentiment d'appartenance- se montrait légitime. Et elle s'en sentit profondément flattée puisqu'il tenait sincèrement à elle. Seulement, il n'avait pas à terroriser tous les êtres humains de sa redoutable et menaçante présence sitôt qu'on s'approchait d'elle ou de Mokuba. C'était un peu exagéré.
Mais le tableau en lui-même, de Kinomoto qui avait manqué avaler sa propre langue tant il s'était tu rapidement, se montra si amusant qu'elle eut du mal à se retenir de sourire.
Du grand art? Séto Kaiba?
Même sans savoir, il avait le don de la divertir.
- Disparaissez! dit Kaiba.
Ce dont Kinomoto ne fut pas prié. Il venait d'éprouver la peur de sa vie. Et il était heureux que tout se termine aussi vite et sans dégât majeur.
- Tu ne trouves pas que tu exagères…? souffla-t-elle presque exaspérée et dans un demi-rire.
Avec dignité, Kaiba se retourna pour l'envisager et lui prendre le bras pour l'entraîner jusqu'à sa table.
Il n'avait pas répondu, parfaitement conscient qu'elle n'était en rien offusquée par sa démarche et avait lui-même refoulé un sourire amusé.
- Je n'étais pas en danger, tu sais?
Kaiba demeura silencieux. Comment aurait-il pu lui expliquer qu'il avait regretté de ne pas l'avoir fait dès la première soirée? Et puis, n'était-ce pas le rôle d'un homme de protéger sa compagne? N'agissait-il pas correctement?
Comme si elle avait suivi son raisonnement avec justesse, elle laissa s'échapper un très tendre soupir puis une esquisse tout aussi délicieuse sur ses lèvres.
- Si… murmura-t-elle en courbant doucement la tête. Merci.
« C'était extrêmement…galant »
Il était fier. Comme un paon. Bien qu'il n'en laissât rien paraître, il n'était pas en mesure de le lui cacher complètement. Mais elle en avait apprécié la subtilité. Et c'était tout ce qui comptait vraiment.
- M. Kaiba?
Un employé de l'hôtel se pencha vers lui, s'excusant de le déranger.
- On vous demande au téléphone.
On ne se dérange plus pour un téléphone alors quoi? Devant son étonnement, l'employé reprit :
- Je sais bien, monsieur. Mais quelqu'un vous demande au téléphone, à la réception. Et l'homme a dit que c'était très important.
« Grrr.. ce minable veut me gâcher la soirée? »
Ils pressentaient tous deux de qui venait ce dérangement impromptu. Ils ne se trompaient ni l'un ni l'autre. Et Naomi ne put que constater l'effet produit sur l'humeur de Kaiba qui rechigna sans trop vouloir le montrer.
Et puis d'ailleurs, comment savait-il où il se trouvait à la minute près? Un ou des espions dans la salle?
« Grr… je hais ce type… »
D'un regard ténébreux, il examina l'assistance sans y trouver ce qu'il cherchait. Mais il fulminait.
- Vas-y… je t'attends, voulut-elle le distraire de son examen occulaire.
Kaiba laissa échapper un petit grognement de mécontentement.
Elle ne risquait rien. D'abord parce qu'il y avait foule; même pour une distraction, ce malade ne s'y risquerait pas. Et pour ce qui était des hommes de la salle, lesquels il ne pourrait repousser s'ils se risquaient à s'approcher de Naomi, il fut intimement persuadé qu'aucun ne s'aventurerait maintenant que le mot devait être lancé sur leur relation.
Aussi, se leva-t-il sans plaisir et comme s'il s'agissait d'un problème banal à mener cette compagnie.
Je reviens.
Elle ne le quitta des yeux que lorsqu'il disparut dans l'entrée principale.
- Une femme telle que vous ne devrait jamais être quittée des yeux… dit la voix d'un homme qu'elle n'avait jamais vu ni entendu arriver à leur table.
Elle sursauta vivement de presque autant de peur que d'étonnement; comment se faisait-il qu'elle n'ait même pas vu une seule ombre se faufiler jusqu'à elle et que cet homme ait pu s'approcher aussi rapidement sans qu'elle n'ait eu le temps de le voir venir? Et puis d'ailleurs, d'où venait-il? Elle était certaine d'avoir bien observé la majorité des gens dans la salle et celui-là manquait à l'appel, définitivement. Alors, d'où arrivait-il? Forcément, bien que nulle trace de terreur ne pouvait être aperçue de sa part, elle avait tremblé dès la perception de cette voix si proche.
D'instinct, elle l'envisagea sans geste brusque.
- ….même pas une seule seconde… termina-t-il.
Y perçut-elle un simple fond de galanterie? Pas du tout. Tout sauf de l'empressement : un fond majoritairement scabreux, comme une menace imminente. Rien d'agréable malgré ses belles manières et ce sourire qu'il parfumait d'enjôlerie; il restait un fond brumeux. Elle avait appris à lire le cœur des hommes et à déchiffrer sans malaise, presque d'instinct, leurs actes. Mais dans ce cas précis, et c'est ce qui la troubla profondément, elle ne pouvait s'assurer de rien. Et pourtant, oui, malgré cette galanterie qu'elle ressentait fausse et qui frisait l'exagération, elle ne l'appréciait pas du tout. Et puis, son arrivée si inattendue relevait presque du surnaturel. Exactement, si elle eut été croyante, elle aurait pensé voir le diable en personne.
Alors quoi?
Prudemment, il s'approcha de manière à pouvoir se pencher vers elle pour qu'elle n'ait pas à se lever. Sous l'éclairage presque tamisé par endroits, elle n'avait pas encore eu l'occasion de voir clairement qui s'adressait à elle.
Il se fit courtois en tendant la main pour lui prendre la sienne. Mais elle ne lui laissa pas le temps de la saisir et évita son contact avec adresse, profondément mal à l'aise.
- Mademoiselle… je désire vous présenter mes hommages…
Et ce regard vert menthe qui tente de vous percer jusqu'à la moelle, la rendit soudain fort inconfortable.
Doucement, elle se leva pour l'envisager plus froidement.
Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond avec ce type? Pourquoi le redoutait-elle à ce point? Comme si tout pouvait survenir. Exactement. Imprévisible. Comme un serpent s'entortille et qu'il hésite à vous étouffer ou vous avaler d'un coup.
Et puis, cette impression bizarre. De déjà-vu. Ce visage qu'elle ne pouvait replacer dans le temps. Et ça en devenait agaçant à l'extrême. D'autant qu'il semblait vital qu'elle s'en rappelle au plus vite.
Et puis aussi cette allure. En commençant par la coupe et la couleur de cheveux, identique à celle de Séto; le comportement également, moins la promptitude. Un pâle sosie de Kaiba mais à moitié asiatique. À tel point qu'elle aurait pu croire à un fanatique qui emprunte tous les traits de son idole, s'il n'avait pas l'air aussi riche que Séto. Ce fut ce qui l'empêcha de croire qu'il put faire partie de son fanclub éventuel. Mais il n'en n'avait pas moins l'air d'une caricature. Et ça en était terrifiant.
« Mais où ai-je vu cet homme? Grr… j'ai horreur de ça… »
Mais qu'est-ce qui n'allait pas avec ce type?
Si ce n'eut été d'un sombre fond vaseux, peut-être aurait-il eu la capacité de lui paraître agréable. Mais non. Elle ne l'aimait tout simplement pas du tout. Et ce fut l'une des nombreuses raisons du pourquoi elle lui avait retiré sa main. La seconde étant qu'elle ne le permettait qu'à Kaiba, n'était-ce que par respect et loyauté.
- Vous chantez divinement, mademoiselle, la complimenta –t-il. Et encore, ce n'est rien comparé à votre beauté. Vous êtes… divine.
Il sentit bien la résistance et le déplora fortement.
- Oh! Mais pardon, continua-t-il constatant son inertie et sa méfiance naturelle, je ne me suis pas présenté…
Elle n'avait aucune envie de savoir quel était le nom de ce type; au contraire, un urgent besoin de l'éloigner au plus vite primait sur tout le reste.
- … je m'appelle Frankie Mortodaki. Je recherche des talents, je suis agent d'artiste et aussi, à mes heures, agent immobilier…
Naomi ne broncha toujours pas, recherchant dans les tréfonds de sa mémoire à connecter ce visage blafard avec un autre qu'elle aurait pu reconnaître ou identifier. Mais rien n'y fit. Distraite, elle tenta d'écouter ce qu'il racontait mais il n'était pas possible de ne pas s'apercevoir qu'elle était trop songeuse pour s'y adonner pleinement.
- Je crois que vous avez ce talent rare et j'aimerais vous proposer…
- Ce n'est pas la peine, le coupa-t-elle. Je ne suis pas intéressée.
Il parut abasourdi par son refus et elle devina qu'il joua faussement la surprise.
- Ah! Vraiment? Vous ne savez pas tout ce que vous perdez à …
- Au contraire, je connais parfaitement tout ce dont j'ai besoin. Et une carrière n'en fait pas partie.
- Quel dommage!
Puis il se tut. Enfin, il sortit une carte de la poche de son trench gris foncé.
- Juste au cas vous changeriez d'avis. Voici ma carte.
Il la déposa sur la table, parfaitement conscient d'être scruté à la loupe depuis la première syllabe prononcée.
- J'espère vous revoir très bientôt.
« J'espère que non… » pensa-t-elle.
Puis il se dirigea vers l'entrée de la réception, exactement où Kaiba lui-même revenait en sens inverse. S'ils se croisèrent pendant un millième de seconde, ni l'un ni l'autre ne parut porter la moindre attention à l'autre.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Kaiba qui devina aisément l'agitation intérieure qu'elle essayait de lui cacher.
Elle sortit de sa torpeur, l'esprit égaré à tenter de retrouver la trace de ce curieux personnage.
- J'avais seulement hâte que tu reviennes… murmura-t-elle enjôleuse. Alors, qu'est-ce qu'il te voulait cette fois?
Kaiba ne laissa pas le grognement se faire entendre mais le serrement de ses dents démontrait facilement l'agacement dont il était la proie.
- Quand j'aurai ce type en face de moi… avoua-t-il en refoulant sa colère.
Puis il soupira longuement. Il avait les nerfs pour jouer longtemps mais ce jeu du chat et de la souris l'irritait énormément. À la longue.
- Rentrons, demanda-t-il dans ce qui se voulait en fait une demi-affirmation.
D'un hochement de tête, elle acquiesça à sa demande.
