Chapitre 4 : De la peste au choléra
Ginny fut surprise par le ton sérieux de la jeune femme.
-Nous aider ?, répéta t-elle.
Avant qu'elle puisse continuer, un crac retentit, les avertissant de l'arrivée de quelqu'un. James poussa la porte du jardin, où était l'aire de transplanage. La tête baissée, il semblait à bout, mais, relevant les yeux, il vit Barney et, comme sa mère, son visage s'éclaira un peu. Le jeune irlandais se leva pour le saluer et James lui serra la main.
-Quelles nouvelles ?, demanda sa mère.
-Rien.
Se retournant pour élaborer un peu plus sa réponse, il vit Siobhan et interrogea Ginny du regard.
-Je suis la sœur de Barney., dit celle-ci.
Ne comprenant toujours pas, il fronça les sourcils.
-Elle dit qu'elle peut nous aider., expliqua Ginny.
James répéta les deux derniers mots, mais avant que Siobhan ne puisse s'expliquer, Albus entra dans la pièce. Ignorant Barney et Siobhan, il annonça :
-Apparemment, Papa a du nouveau.
-Et toi ?, lui demanda James.
Albus grimaça, secouant la tête. Malheureusement, il avait eu aussi peu de chance que James. Le choc de retrouver leurs mémoires, de réaliser que l'innocente petite fille des Potter leur avait volé des souvenirs avaient rendu beaucoup de personnes qui seraient restés neutres plus enclins à pousser pour un procès rapide. Des alliés, des amis, la famille Potter n'en avait plus beaucoup. Et en ce qui concernait les cousins, les tantes et les oncles, James, Al, Harry et Ginny répugnaient à les entraîner dans les ennuis qui allaient inévitablement suivre.
-Et Papa, alors ?
-Je ne sais pas. Il a dit qu'il rentrait.
Effectivement, à cet instant, un crac retentit dans le jardin et Harry entra dans la maison.
-Alors ?, demanda Ginny, inquiète.
-Lily a été transféré à Azkaban., dit ce dernier, d'une voix sombre.
James frémit. Même si le lieu n'était plus aussi effroyable qu'à l'époque de la jeunesse de ses parents, savoir sa petite sœur sur une île lugubre et glacée loin d'eux était loin de le réjouir.
-Le procès commencera dans cinq jours. Et je n'ai trouvé personne qui accepte de la représenter. Nous avons perdu toute crédibilité, si l'un de nous essaie de la défendre, on pourrait faire plus de mal que de bien. Des fois, je déteste vraiment ce monde…
Siobhan toussota, voulant attirer l'attention sur elle. L'astuce fonctionna et Harry et Al la fixèrent, surpris.
-Je pense que je peux vous aider.
-Vous êtes… ?, demanda Harry, ne croyant pas que quelqu'un qui ne soit pas de leur famille puisse être de leur côté.
-Siobhan O'Callahan, la sœur de Barney.
-D'accord. Et comment est-ce que vous pourriez nous aider ?
James essaya de ne pas paraître trop dubitatif, mais garder espoir était de plus en plus difficile au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient.
Mais la jeune femme releva la tête avec une certaine fierté.
-Je suis avocate.
Le soulagement qui envahit James aurait pu être difficilement quantifiable. Ce fut Albus qui réalisa en premier.
-Vous êtes Moldue, non ?
Elle grimaça, mais resta aussi droite qu'un i.
-Oui. Et puisqu'on en parle, mes examens finaux de droit sont dans quelques semaines.
Une dizaine de secondes s'écoula dans un silence morose, puis James voulut confirmation.
-Donc Moldue et pas encore avocate ?
-C'est ça., dit-elle. Mais quand Barney et Lily était en Cinquième Année, j'ai commencé à m'intéresser à la législation et au droit Magique. Je me demandais quelles lois pouvaient bien régir un Monde que je trouvais chaotique et si étrange. Je ne crois pas que c'était légal, mais Lily m'a déniché et apporté plusieurs livres. J'admets que ce n'est certainement pas suffisant, mais… J'aime bien Lily, Barney m'a convaincu. J'ai vérifié, aucune Loi n'empêche un Moldu de représenter quelqu'un devant le Magenmagot. Même si… Je pense que personne n'y avait vraiment pensé...
Le silence régna un moment, puis Siobhan, anxieuse, reprit :
-Ça me fera une vraie expérience dans un procès et puis…
Elle s'arrêta à nouveau, espérant qu'elle n'aurait pas à le dire.
-Je n'ai pas vraiment l'impression que vous ayez beaucoup d'autres options.
James émit un murmure d'agrément, mais se laissa tomber dans un fauteuil. Il était épuisé, ses yeux le brûlaient et il avait l'impression que ses pensées étaient de plus en plus décousues. Il observa Al du coin de l'œil et si son frère avait l'air imperturbable, James discernait dans sa posture, dans ses épaules crispées et dans ses poings fermés, toute la tension qui l'habitait. Le voir souffrir sans pouvoir l'aider, sans trouver de mots réconfortants était sans doute le pire de tout. Il ferma les yeux, essayant de chasser la migraine qui le menaçait.
-Venez.
La voix de leur père, s'adressant à toute la famille. Laissant Siobhan et Barney dans le salon, ils se retirèrent tous dans le bureau. La conversation dura un moment. James, comme sa mère, savait qu'ils n'avaient pas vraiment d'autres choix que d'accepter l'offre qui leur avait été faite. Albus et son père étaient plus dubitatifs. Ils reconnaissaient que c'était très généreux de la part de la jeune femme de venir offrir ses compétences, mais craignaient que ce ne soit pas suffisant.
-Tu l'as dit toi-même, un membre de la famille ne ferait qu'empirer les choses. On ne trouvera jamais dans le Monde Sorcier, surtout en si peu de temps, quelqu'un qui puisse rester de notre côté ou suffisamment neutre pour ne pas tourner le dos à un moment opportun et qui puisse s'en sortir au niveau légal.
-Quoi qu'on décide, on devrait le faire vite., les pressa Ginny.
-Ils ont raison., finit par dire Albus. Autant accepter l'aide qu'on peut avoir et les assister de notre mieux.
Harry hocha la tête et ils rejoignirent tous Barney et Siobhan, qui se levèrent en les voyant.
-Nous serions très contents si tu pouvais nous aider., dit Ginny.
-Et j'espère que je pourrais., répliqua la jeune femme.
Barney se frotta les mains.
-Dis-moi de quoi tu as besoin.
-Tu peux travailler ici, ce sera sans doute plus pratique pour toi, surtout si tu dois aller au Ministère ou voir Lily., rajouta Ginny.
-Merci, je veux bien., répondit-elle, poliment.
Elle se retourna vers son frère.
-Il me faut mes livres et le sac noir qui est sous mon bureau.
Barney hocha la tête et se dirigea vers la porte d'entrée.
-Tu ne veux pas y aller en transplanant ?, l'interrogea James.
Siobhan baissa les yeux, se mordant la lèvre et Barney regarda les Potter.
-Poudlard sans Lily, ça n'a pas été… Disons, optimal. En quittant l'école, j'ai laissé le Monde Magique derrière moi. Je sais transplaner, mais je n'ai aucune idée d'où est la plus proche zone de transplanage de chez nous…
-Si tu veux, je t'accompagne., proposa Al. On trouvera une plateforme près de chez toi et on fera le retour en transplanant.
Barney acquiesça et les deux jeunes hommes partirent. Ginny prit Siobhan par le bras et l'emmena dans le bureau, où elles pourraient travailler. Harry saisit sa veste, qu'il avait posé sur un bras d'un fauteuil.
-Où tu vas ?, demanda James.
Les tempes de son père grisonnaient, ses cheveux blanchissaient, des rides se faisaient voir sur son visage et il n'avait jamais eu l'air ni plus vieux, ni plus fatigué.
-Essayer de voir Lily. Il faut aussi la tenir au courant. Il nous faut des informations sur le procès et techniquement, je devrais retourner travailler...
James l'interrogea du regard.
-Non, je vais dire à Naughton de me remplacer quelques jours. Il sera fou de joie.
Harry était chef des Aurors depuis de nombreuses années, son second était Jeremy Naughton, mais les deux hommes ne s'étaient jamais entendus. James savait que son père n'appréciait pas l'ambition démesurée de son collègue et, pour l'avoir vu quelques fois, James devait bien admettre qu'il n'était pas non plus un grand fan de l'homme dégingandé, sec et au regard carnassier qu'était Jeremy Naughton.
-Tu veux que je vienne avec toi ?, offrit-il, soudainement inquiet pour son père.
Il secoua la tête, ses yeux verts dans le vague.
-Reste ici, ta mère aura peut-être besoin d'aide.
James regarda son père partir, avec une drôle de sensation au creux de l'estomac. Sa mère l'appela et il alla l'aider, essayant de se séparer de ce mauvais pressentiment. Siobhan, Ginny et lui mirent au point un plan d'action et la jeune femme appuya l'idée de Ginny d'écrire un communiqué de presse. Ginny et elle assise au bureau, James installé sur un tabouret servant à sa mère pour dénicher des livres perchés au sommet de la bibliothèque, ils tâchèrent de trouver les mots appropriés.
Il ne fallut pas longtemps à Barney et à Al pour revenir, Barney portant le lourd sac de sa sœur. Cette dernière le prit et retourna s'installer au bureau, toujours en pleine discussion avec Ginny. Ils restèrent tous les cinq à travailler, à évoquer des idées, à lire et à prendre des notes. James se fatigua en premier et eut besoin de se changer les idées. Consultant sa montre, il constata que l'heure de dîner était passé.
-Quelqu'un a faim ? Je vais faire à manger.
Siobhan, Barney et Al acquiescèrent et James partit vers la cuisine. Sa mère le suivit et l'appela au moment où il sortait une casserole.
-Tu veux que je prépare quelque chose en particulier ?, demanda t-il, pensant qu'elle voulait lui parler du repas.
-Rentre chez toi, James.
Il coupa l'eau et se retourna vers sa mère, surpris.
-Tu veux que je m'en aille ?, demanda t-il, blessé.
Elle le saisit par l'épaule, le fixant droit dans les yeux.
-Absolument pas, non. Mais je veux aussi que ta vie continue, pas que tu la mettes en pause. Rentre chez toi, parle à Emily.
James hésita un moment. Il savait qu'une discussion avec sa petite amie s'imposait, mais il n'était pas particulièrement pressé. Lily avait banni, humilié sa famille… James savait qu'elle n'était pas vraiment proche de ses parents (jusqu'à il y avait quelques heures, il pensait même que c'était quelque chose qu'ils avaient en commun), mais il se doutait bien que ce n'était pas un petit détail qu'ils allaient simplement pouvoir mettre derrière eux.
-Tu es sûre ?
Sa mère lui sourit et comme quand il était tout gamin, il eut l'impression d'être au chaud, en sécurité et que tout allait bien se passer.
-Ne t'en fais pas, nous ferons de notre mieux sans toi.
Ce fut à son tour de sourire. Albus apparut au seuil de la porte, silencieux comme toujours, mais ses yeux étaient toujours ce qui parlait le plus chez Al. Il embrassa sa mère, enlaça brièvement Al (il n'arrivait toujours pas à se faire à l'idée qu'il l'avait frappé), récupéra son casque et sortit. Il faisait doux, mais James claqua des dents. Le sentiment de froid, pourtant, disparut alors qu'il bravait le trafic de la ville. Rouler était différent de dessiner. James créait tout un monde en dessinant, mais sur la moto, il fallait une attention constante. Par contre, dans les deux cas, tous ses ennuis s'évanouissaient et le sentiment était étourdissant de soulagement et de simplicité. Il gara sa moto devant chez lui, avec lenteur et regret et monta les escaliers la tête basse, essayant de chercher ce qu'il pourrait bien dire à Emily.
Il rentra sa clé dans la serrure sans réfléchir et le bruit sonore dans le couloir vide lui fit comprendre qu'il n'y aurait plus moyen de reculer. Il entra dans son appartement en retenant son souffle.
Quand il ferma la porte, Emily se leva et ils se regardèrent un instant en chiens de faïence. Elle le regardait avec une expression qu'elle n'avait jamais eu, ce qui le perturba. Il la connaissait depuis si longtemps qu'il pensait honnêtement qu'elle ne pourrait plus le surprendre.
-J'ai dîné sans toi., finit-elle par dire, avant de se retourner pour quitter la pièce.
-Attends., demanda t-il, n'arrivant pas à croire qu'il choisissait la confrontation quand une autre option lui était offerte. Tu ne crois pas qu'on devrait en parler ?
Il vit sa nuque fine se raidir, mais elle fit demi-tour.
-Je ne sais pas quoi te dire, James. J'ai eu le temps d'y penser, c'est vrai, mais…
Ils allèrent s'asseoir à table et finirent par discuter. Il était tard quand Emily disparut dans la chambre et James, le ventre creux, alla s'allonger dans le canapé, empreint de doutes. N'aurait-il pas mieux fallu qu'il reste chez sa mère, avec Al et les autres ? Aurait-il vraiment dû insister pour qu'ils discutent ? Rien de bon ni de concret n'en était vraiment sorti. Comme Ginny l'avait dit, Emily savait bien que James n'était pas à blâmer pour tout ce qui s'était passé, mais le fait qu'il soit le frère de la personne qu'elle blâmait n'aidait certainement pas. De plus, elle finit par poser une question à laquelle James ne s'attendait pas : vivraient-ils ensemble, seraient-ils même ensemble si Lily n'était jamais partie ? Il n'avait pas su quoi répondre. Dans le noir, les yeux fixés sur le plafond, les bras croisés, incapable de dormir, il resta un long moment, perdu dans ses pensées.
Il était heureux que Lily soit de retour. Mais il aurait préféré que cela ne se fasse pas aux dépends de sa relation avec Emily… Il finit par tomber dans une somnolence profonde ponctuée de rêves étranges.
Il ne se réveilla que quand Emily pressa délicatement son épaule. Il ouvrit péniblement les yeux, épuisé, mais croisant son regard, s'assit rapidement sur le canapé. La colère d'hier s'était évanouie dans son regard, il y voyait maintenant de la pitié et de la tristesse. Le cœur de James s'arrêta dans sa poitrine.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-C'est ton père. Il a été arrêté. Pour meurtre.
