JE suis incroyablement désolée du retard. Vraiment. Si vous saviez tout ce qui m'a empêchée d'écrire : la fatigue, la tristesse, la nostalgie, la paresse, l'absence , le NEANT géant d'inspiration, le manque de temps, etc...Et encore toutes ces choses qui font de ma vie d'adolescente un train me menant droit vers l'enfer... Je voulais inclure la rencontre Edward Bella dans ce chapitre, mais sinon ça aurait été trop long et étouffant. Je vous promets un chapitre très bientôt, je vous le promets.
Vraiment désolée pour l'attente.
Bonne lecture, j'espère que vous serez satisfaits...
3
Bahar.
Chapitre 4 :...Le jour se brise et tout redevient neuf....
«Le monde déteste le changement, c'est pourtant la seule chose qui lui a permis de progresser.» Charles F. Kettering «Le changement est la loi de la vie humaine, il ne faut pas en avoir peur.» Jacques ChiracEcoutez : KINGS OF CONVENIENCE – Winning a Battle, losing a War.
Je me suis réveillé le lendemain avec une sensation vraiment, vraiment, étrange. Le soleil a éclairé la pièce et j'ai tout fait pour ne pas me réveiller, j'ai mis ma tête sous l'oreiller, je me suis protégée avec la couette, mais cela n'a fait que renforcer mon malaise. Ce n'était pas à moi, ces affaires, j'étais autre part, c'était encore bouleversant . Quand allais-je m'y habituer définitivement ? J'avais encore en tête les moments de la veille.
J'étais encore un peu dans les vapes. J'ai plié les draps correctement, observé les parquet si propre, et constaté que cette chambre, la mienne, était tristement vide.
J'allais quand même passer une année au sein de cette famille, autant l'arranger à ma sauce.
J'ai ouvert mes valises, pris quelques vêtements, et me suis habillée. J'ai passé un peu d'eau sur mon visage et je suis sortie de ma chambre. Étaient-ils réveillés ? Sinon, qu'allais-je faire ?
Quand j'ai vu le couloir et toutes ces chambres, ces escaliers, j'eus l'air confuse. Je ne me rappelais plus avoir visité cette maison ...J'étais perdue dans cette immense villa. Mais en tendant l'oreille, j'ai entendu des rires...des petits bruits venant de l'escalier en face de moi. J'ai descendu les marches, et j'ai débouché dans un couloir semblable au dernier, les rires débouchaient de l'autre côté de la porte ,en face de moi. Je ne sais pas exactement pourquoi j'avais un peu...peur, ou pourquoi je marchais doucement, et que ma respiration s'accélérait.
Seulement, quand j'ai doucement ouvert cette porte et que je suis arrivé dans le salon, les rires se sont arrêté et j'ai eu cette impression, immense, géante, d'être une intruse parmi eux. Ils étaient dans leur fauteuil, en train de boire du thé comme des bourgeois, avec leurs vêtements de marque, et moi j'étais là , les regardant en haut des marches du salon, en jean, chemise, et en chaussettes. Ridicule. Ils avaient tous leurs chaussures. Si j'avais pu m'enfouir, j'aurais couru en hurlant. J'avais juste eu peur de salir le beau parquet avec mes vieilles baskets, c'est tout...
Ils me fixaient d'un air étrange. Esmé a souri et est venue me rejoindre.
_Alors ? Bien dormi ?
_Oui, merci.
_Je t'ai préparé ton petit-déjeuner, mais j'espère que l'omelette n'est pas froide...Tu n'es pas allergique aux œufs au moins ?
_Non,non.
_Je suis heureuse de t'entendre dire ça, tu as fait la grasse matinée, et je ne savais pas quoi tu voulais manger..Et j'avais peur que l'omelette ne te suffise pas...Tu veux que je t'en fasse une autre ? On a plutôt un gros appétit ici !
Elle m'avait attirée vers la cuisine tout en me parlant.
_Non merci, je ne mange pas beaucoup...
_Assieds-toi je t'en prie, me dit-elle en me désignant une chaise haute( NDA : comme dans les cuisines américaines ;) ).
Elle a chauffé le plat qui trônait à coté de la table, et elle a posé devant moi un verre de jus fraîchement pressé, une pomme et des couverts. Je n'avais jamais été servie comme ça. Ça me mettait très très mal à l'aise... J'ai pris les couverts et j'ai commencé à manger, c'était très bon. Esmé me regardait manger, c'était oppressant, je me sentais de plus en plus mal. Qu'est-ce qui arriverait s'ils avaient été tous là, autour de cette table, en train de me fixer. Je n'aurais pas supporté...
_C'est bon ?dit-elle.
_Oui.
J'étais encore en train de mâcher quand elle s'est levée et elle s'en est allée. J'étais toute seule dans cette cuisine, c'était assez bizarre. Je me demandais quand ils allaient arrêter de fixer comme un alien, je n'étais qu'une personne, comme eux. C'est moi qui devrait les regarder de manière étrange, pas eux ! Je réalisais que je mâchais de plus en plus fort, et que je commençais à m'énerver. Non mais c'est vrai : c'était quoi cet accueil glacial ? Cette Rosalie là, tout ce qu'elle fixait c'était mes pieds, j'étais en chaussettes. J'en avais rien à foutre des autres, seulement je sais pas, ils auraient pu quand même me dire bonjour ! Je vais passer une année avec eux avant de m'envoler sans plus jamais les revoir, ils pourraient commencer à être aimables. Je comprends que ça leur fasse bizarre comme moi, mais je ne sais pas, de là à me fixer béatement...
En fait j'étais surtout gênée par le fait que Rosalie fixe mes chaussettes. Elles étaient un peu sales...Ça me donnait l'air d'une moins que rien. Je déteste ce sentiment de ne pas être prise au sérieux. C'est vrai que dans leur palace, ils ne devaient pas être habitués. Peut-être que Rosalie et Jasper se demandaient à l'instant même comment ils allaient faire pour me présenter à leurs amis.« Il faudrait qu'on lui achète des vêtements de marque. Elle va nuire à notre réputation ». »Oh mon Dieu as-tu vu ses immondes chaussettes ! Quelle honte ! Haha ! »pesteraient-ils.
Mes orteils se crispèrent et je déposais ma fourchette. J'étais vraiment énervée. Je m'énerve vite. Mes doigts se contractèrent lorsque je serrais mon poing, tentant d'évacuer ma colère silencieusement. Pour qui se prenaient-ils ? Si je ne leur plaît pas, alors autant ne pas m'adopter ! Autant me foutre dehors tout de suite ! J'aviserais pour le billet d'avion.
Je me suis rendue compte que je me faisais des films. Mais ça m'avait vexée. Ces regards...Ce n'était pas par méchanceté, c'était par pitié, et je détestais ça. J'ai soufflé fort, et je me suis détendue.
Parfois, sur un coup de tête, je m'énerve, et je pense des choses horribles. Je suis insupportable dans ces moment-là. J'ai rangé mon assiette vide dans l'évier, je suppose que c'était là où il devait se trouver ; peu importe si les autres me trouvent bizarre. Ils devront s'y habituer. Et depuis quand je m'intéresse à l'avis des gens, moi ? Je suis insouciante !
A peine eus-je le temps de sortir de la cuisine que j'ai foncé dans Carlisle.
_Ah ! Mais où tu vas toi ?dit-il en rigolant. Bonjour Isabella, désolé pour ce matin.
_Euh...Ça ne fait rien.
_Alors, tu as aimé ton petit-déjeuner ?
-Oui, c'était très bon, merci.
Il y a eu un gros blanc. Carlisle était gêné, cela se voyait. Il n'avait pas l'habitude de parler à des étrangères vivant chez lui...Il finit par me dire qu'il était à nouveau désolé, et il me proposa de boire un thé avec lui au salon , avec Rosalie et Japser. " Esmé fait le ménage. Ça lui occupe l'esprit...".
J'acceptais de bonne foi et je le suivais dans son palace, à petits pas de souris,tout doucement. J'avais toujours été maladroite, un pas et j'écrasais tout leurs tableaux, trébuchant sur un vase chinois, me brisant le crâne sur les escaliers.
Finalement nous arrivâmes au salon, éclairé par le soleil en sa personne, faisant ressortir la beauté illumante et stupéfiante de Rosalie et Jasper, assis dans les canapés, en bons enfants de coeur, tout les deux occupés à lire leurs magazines. Automobile pour Rosalie, Psychologie pour Jasper. On aurait dit des clones d'enfants, parfaits, comme des robots, où leurs gestes seraient mécaniques. Ils levèrent le regard en même temps, comme si c'était calculé.
_Coucou Isabella!sourit Jasper. Bien dormi ?
_Salut Isabella , dit Rosalie.
_Bonjour...Oui merci j'ai bien dormi.
_Franchement Isabella tu tombes bien, enchaîna Rosalie. Regarde ce temps ! Il ne fait pas souvent beau à Forks...C'est, je crois, la journée la plus chaude de l'année, pas vrai Papa ?
_Oui, ma chérie.
_D'ailleurs, Isabella, Maman propose qu'on t'emmène faire du shopping ensemble. Elle aimerait rajouter quelques touches discrètes de couleurs dans ta chambre, par exemple un sticker géant qui décore un peu tu vois...Je hochai la tête. Et aussi, parce que c'est la rentrée, que je n'ai rien à me mettre, ainsi que Jasper. Pas vrai, Jasper? Il acquiesça, la tête dans son magazine. Ah oui, et aussi parce qu'il te faut de nouvelles affaires...pour l'école.
_C'est très gentil, j'accepte.
_Très bien...Papa tu nous y conduira ?
_Non chérie je dois aller à l'hôpital pour régler quelques affaires...
_D'accord. Jazz tu veux venir ?
_Non, merci. Tu sais bien que séance shopping avec toi ça ne me branche pas trop, dit-il en rigolant.
_Très bien, comme tu veux, répliqua sèchement sa sœur .Mais ne te plains pas si au retour Maman te rapporte des vêtements hideux. Tu l'auras cherché. Elle me fixa, l'air étrange, avant de continuer : à quelle heure souhaites-tu partir ?
_Je..je sais pas...Quand est-ce que ça te convient, enfin...ça vous convient ?
_Dans une demi-heure, si on partait, ça serait parfait. La route est un peu loin jusqu'à Port Angeles et Maman conduit terriblement lentement...soupira-t-elle.
_Pas de problème pour moi...Mais...euh...En fait il est quelle heure ?dis-je en fixant mes chaussettes, comme désemparée.
_Oh. Tu as fais la grasse mat'. Il est midi.
_Oh!dis-je, surprise. Je suis désolée...J'ai pas vu le temps passer..Enfin..D'habitude vous êtes levés vers quelle heure ?
_Ne t'excuse pas. Moi je me lève vers neuf heures. Jasper vers huit heures et Papa et Maman aux aurores. Ils se couchent tôt.
_A l'avenir...Je mettrais le réveil.
Elle continua à me toiser légèrement impatiente, avant d'ajouter :
_Tu es ici chez toi. Tu peux te lever à n'importe quelle heure. A part les jours de semaine bien sûr. L'école commence à huit heures trente. On doit partir à sept heures cinquante pile, pour ne pas être en retard, comme on habite dans les frontières de Forks, dit Rosalie.
Je hochai la tête.
Elle regarda les alentours pendant un instant.
_Tu veux aller te préparer maintenant ?
_Oui, je veux bien.
Je me levais, me dirigeant vers le couloir. Je pris l'escalier à ma droite, elle le montai. Ce n'est qu'arrivée à l'étage que je sus que je m'étais perdue. A nouveau. Dans une maison. ( NDA : ._. )
Je sentis des pas derrière moi, des bruits de hauts talons fouettant le sol, le torturant avec les talons pointus.
_Tu veux que je te raccompagne jusqu'à ta chambre ? Je dois avouer que c'est assez grand. On se perd souvent marmonna Rosalie.
_Oh..oui, c'est très gentil...
_Mais de rien. N'oublies pas, tu es ma nouvelle sœur à présent, sourit-elle. Elle murmura une phrase comportant « présence féminine...enfin », avant de monter encore les escaliers et d'arriver devant une porte d'un blanc immaculé. Je t'en prie, tonna-t-elle.
J'entrai dans ma chambre, un peu confuse, étrange, et je me préparais pour ma première sortie dans les environs de la ville. Ma première sortie...'en famille' .
Ouais, n'importe quoi. Je m'emballe. Je devrais plutôt me contenter de trouver quelque chose de « décent » dans mes affaires, à enfiler, avant de partir. Je n'avais pas forcément envie de ressembler à une gitane en ville et me faire repérer.
J'ai fouillé dans ma valise, que j'avais à peine ouverte la veille. Il faudrait que je mette toutes ces affaires quelque part...
Finalement, j'ai juste changé mon pull avec une chemise blanche, toute simple.
Je me suis regardée dans le miroir.
J'ai eu de la peine pour moi-même...Il faudrait que je me trouve un job pour pouvoir me payer quelques affaires...Hors de question que ces gens m'achètent quelque chose. Je ne veux pas de leur argent et de leur pitié.
J'ai lâché mes cheveux, tenté de leur donner un peu de volume avec ma brosse à cheveux,mais rien à faire...peine perdue...J'étais si banale, je n'avais rien de particulier. J'espère que cette famille pourra accepter ma banalité. C'est vrai qu'à voir leurs fringues de marque, leur beauté assommante, leur constante « perfection » , on commence à complexer...
Mais je me perdais là. J'ai aussi pris un sac avec mon portefeuille, et je suis tombée sur mon téléphone . Oh mon Dieu ! Merde! Liz! J'avais oublié de l'appeler !
C'est pas vrai, murmurais-je. J'ai composé son numéro, anxieuse.
_Allo ?
_Liz...C'est Bella...Je suis vraiment désolée...
_Bella chérie ! Je comptais t'appeler ! Alors ? Comment ça s'est passé ? Tu vas bien ? Pas trop de problèmes pour quitter Chicago ? Et ta nouvelle famille ? Et ...
_Une question à la fois Liz, rigolais-je. Et bien , je crois que je m'y attendais un peu...Un peu dur c'est vrai. Mais bon . Ils sont gentils...Et puis tu as vu leur maison ?
_GIGANTESQUE OUI!s'écria-t-elle.
_Oui! Je me suis perdue ce matin, avouais-je.
_Toi et le sens de l'orientation ...Ça fait deux...
_Pas de commentaires. Et puis, bon, pendant le trajet jusqu'à l'aéroport ils m'ont posé des questions pour apprendre à me connaître...Et pis j'ai pris l'avion...J'étais un peu malade, j'ai vomi...
_Oh! Et ça va maintenant chérie ?
_Oui, oui. Enfin bref, j'ai rencontré leurs enfants...et...
_Oui, je vois ce que tu veux dire...
_J'ai l'impression, dis-je en m'asseyant sur mon lit, qu'ils sont tellement parfaits, et que j'ai pas ma place ici. Eux, avec tout leur luxe et tout, ils n'arrêtent pas de me regarder bizarrement. Et je ne veux pas changer pour eux. Je suis bien comme je suis. C'est comme si ils veulent me transformer en quelque chose que je ne suis pas...
_Bella...C'est ta première journée. Comment peux-tu dire ça ? Ne juge pas trop vite, crois-moi . Il y aurait des tas de gens qui auraient été effrayés par ton passé, ceux-là, au contraire, ont insisté. Ça a renforcé leur jugement sur toi...soupira-t-elle.
_Quoi ? Que je suis une droguée, une conne, c'est ça ?m'énervais-je.
_Non. Que tu es forte !
_Oui, oui, c'est ça...marmonnais-je.
_Fais-moi confiance . Si je les avais cru capable de te faire du mal, je ne les aurais pas laissés te prendre à moi.. Tu sais que je tiens énormément à toi. Ton absence me fait déjà un vide ici. Je n'arrive pas à me dire que je ne te reverrais pas avant un très long moment. Tu me manques déjà ici.
_Toi aussi , Liz. Je viens de m'en rendre compte. Je n'avais pas réalisé. Je sais pas non plus comment je vais les supporter sans rien dire. Je veux dire, ils sont tellement différents...J'ai pas ma place ici.
_Tu vas la trouver .Patience ma chérie. Ce n'est pas la mort, tu sais.
_Oui, mais..Bon, voilà. Je ne sais pas trop quoi en penser. J'ai la sensation que ça va être la routine ici, tu sais ce que je veux dire ? Qu'il ne va rien se passer, jusqu'à ce que je partes. Et c'est ça qui me dérange le plus : c'est le fait que tout ça me paraisse si normal, si ennuyant, tandis que eux semblent réellement m'aimer comme leur fille. Comme s'ils s'attendaient à ce que je leur sautes dessus...Eux espèrent ; mais moi je sais que ça ne va jamais se passer comme ça...Et j'ai aussi l'impression que je perds mon temps ici...J'ai pitié d'eux. Ils espéraient bien plus de cette adoption.
_Je sais Bella. Je ne peux pas te dire grand chose...Mais sincèrement je veux que tu y mettes un peu du tien, même si tu as dur. Au final, rends-toi compte : ce sont ces gens qui seront les plus déçus de cette expérience...
_Merci...Maintenant je me sens coupable...soupirais-je. Et toi Liz ? C'est-il passé quelque chose en mon absence ?
_Non,non..Tu sais bien...Pas grand chose..A oui..Lucy va retourner dans son ancienne famille. Sa mère va mieux...
_Oh mon dieu ,je suis tellement heureuse. Dis lui que je pense à elle et que ça va bien se passer...souriais-je.
_J'y veillerais ma chérie...Elle soupira. Quel est ton programme pour aujourd'hui ?
_En fait, j'étais en train de m'habiller et j'ai retrouvé mon téléphone, ce qui m'as rappelé que j'avais complètement oublié de t'appeler. Les Cullen avaient prévu d'aller faire du shopping pour renouveler leur garde-robe, des trucs pour ma chambre...Et aussi pour des fournitures d'école. Mais je suis hyper gênée.
_Pourquoi donc ?s'étonna Lisbeth.
_Mais parce que je sens qu'ils vont insister pour m'acheter des fringues ou je ne sais quoi et je refuse qu'ils me paient quoi que ce soit ! C'est mon affaire ! Je n'ai pas envie d'être traitée comme ça tu vois...Je ne suis pas une princesse, j'ai des besoins, mais c'est à moi de m'en occuper.
_Roh...Tu fais encore ta difficile. Je te rappelle qu'ils t'ont prise en charge maintenant. Tu es sous leur responsabilité, et de toute manière ils ont déjà dû payer des choses pour toi. Et si pour une fois, pour l'amour de Dieu, tu te laissais faire ? Tu es exaspérante...dit-elle. Mais je sentis un sourire et une pointe d'amusement dans sa voix.
_Je sais, je sais, mais...
_Isabella ! Tu es prête ?tonna la voix de Rosalie, qui entra dans la chambre sans crier gare.
_Oui,oui, une seconde. J'étais au téléphone.
_Ok. Je t'attends en bas.
Sa voix m'eut l'air froide. Aussi elle referma la porte un peu plus violemment. Était-elle fâchée sur moi ? Qu'avais-je fait...C'était mon premier jour chez eux...
_Liz. Je dois partir. Je vais aller au centre commercial. Souhaite-moi bonne chance...
_Ne dramatise pas. On pense à toi ici. Sois forte. Je t'aime, au revoir ma chérie.
_Moi aussi je t'aime. Salut...
Appel terminé.
Je sortis de la chambre et je descendis vers le rez-de-chaussée, où étaient Rosalie et Esmée. La première fixait ses talons de 9 centimètres, la deuxième me faisait un grand sourire.
Pas de commentaires, à part Esmé qui m'indiqua le chemin à prendre. Nous avons dit au revoir à Jasper qui m'avait l'air joyeux ( il allait être seul le petit veinard ), avant de rejoindre une voiture. Pas la même que Carlisle, non non, une autre . Plus style « familiale ». Cela ne m'étonna guère, mais me fit sentir encore plus mal.
Ces gens étaient si riches qu'ils pouvaient se payer n'importe quoi. Ils n'avaient jamais connu la difficulté. Encore un grand fossé entre eux et moi...Infranchissable.
Finalement nous fîmes la route vers Port Angles (s'il me semblait bien), sans vraiment beaucoup discuter. A un moment Esmé a rétorqué :
_Alors, chérie, qu'est-ce que tu aimes mettre le plus ? Des jeans, des jupes, des t-shirts...?
_Euh..Enfin, ne...Ne m'achetez rien !
_Pourquoi ?demanda-t-elle,surprise.
_C'est gentil mais je préfère subvenir seule à mes besoins. J'ai de l'argent vous savez.
Peut-être avais-je dit cela de manière trop...Sur le qui-vive. J'étais certaine que Esmé, ainsi que sa fille qui n'avait pas pété un mot, l'avaient mal pris. Cela avait touché leur égo de bourges...
J'ajoutais : « Je veux dire par là que vous n'avez pas besoin de m'acheter quoi que soit...Je le ferais moi-même. Je suis assez grande, et puis ce serait trop généreux de votre part ».
_Mais...Chérie, crois-moi, cela ne me pose pas de problème,mais...Tu fais partie de cette famille. J'achète des choses à Rosalie, à Jasper. Alors à toi aussi. Ce ne serait pas équitable du tout, injuste. Si je ne t'en achète pas, alors ni à Rose, ni à Jazz. C'est comme ça qu'on fonctionne,dit-elle en souriant.
J'aurais juré voir Rosalie esquisser une moue insatisfaite. Qu'est-ce qui s'était passé pour qu'elle soit de mauvaise nouvelle ?
_C'est comme vous voulez, mais,mille mercis...
Je me sentais conne.
_C'est à toi de voir. De rien...Je trouve ça normal. Je te considère comme ma deuxième fille.
Je rougissais pour réponse.
Tout cet élan d'amour, allais-je le leur envoyer ? Je n'étais pas ce qu'ils croyaient...
J'ai laissé passer en silence. J'ai trouvé le temps long; Esmé et Rose discutaient entre elles . Parfois elles me posaient des questions avec enthousiasme, mais je n'y répondais que vaguement , j'avais la sensation d'être quelqu'un d'autre, de ne pas être à ma place, entre elles deux.
Dans la voiture, même chose que mon retour de l'aéroport. Le même paysage défilait sous mes yeux, avec des tons de vert, clair, foncé, de brun, d'orange, d'ocre...Chaque arbre avait sa propre originalité, si je pouvais dire. Nous étions en août, et l'automne était déjà présent. J'imaginais lorsque l'hiver viendrait, que le verglas serait partout, que la neige serait d'abord une fine couche sur l'herbe, sur les toits, les voitures, et qu'après cette couche augmenterait, augmenterait, serait immense, qu'on aura les mollets dans la neige, les doigts de pieds paralysés par le froid, le souffle court, des grosses vestes et des nez bouchés, des rhumes partout, les joues froides, et qu'après cette splendide couleur blanche, cette chose légère, qui au contact fond, se transformerait en une boue grise et brune, dégoûtante.
Et que, au fil du temps, les couleurs disparaitraient, ainsi que les rhumes de foin, de froid, les allergies. Que les grosses vestes, gants, écharpes, mitaines, chapeaux, bonnets, et autres s'en iraient pour des pulls, des sweats, des chemises, à carreaux, lignés, troués, rapiécés, des tee-shirts, légers, des jeans, des pantacourt, des shorts, des jupes...
Les saisons se rejoindraient, incessantes, comme dans un cercle. Il ne se finit jamais. Et moi j'aurais à vivre les changements de cette minuscule ville, impassible, que personne ne connaissait, j'aurais à supporter les changements d'humeur de tout ces inconnus, leurs interrogations, à propos de moi, d'où est-ce que je venais, quel était mon passé.
Ma tête est allée se poser contre la fenêtre de la voiture. Des arbres, des centaines, des milliers, sont passés devant mes yeux, jusqu'à un moment précis, j'ai vu autre chose. Les arbres ont diminué, beaucoup, et puis j'ai vu plus de personnes, qui entraient, sortaient de la ville. Des lumières et des musiques. On ne pouvait peut-être pas comparer ça au marché de Noël à New York par exemple, mais on sentait qu'il régnait plus de vie ici qu'ailleurs. Forks, même si je ne l'avais pas visité, m'inspirait un lieu mort, avec des fantômes pour habitants. Personne ne spécial, comme si les gens se ressemblaient tous. Enfin j'en avais l'impression. Peut-être que finalement ce serait tous des fous, des punks, des gothiques et tout, qui adulaient les vampires...
Mon délire mental s'acheva rapidement, Esmé annonça que l'on était arrivées, elle avait parqué sa voiture dans un endroit parfait, juste en face d'une galerie marchande, où je voyais des gens y entrer et en ressortir. Ils n'avaient pas l'air très enthousiastes. On aurait dit qu'ils dormaient debout ( d'après ce que j'observais en les approchant lentement, suivi de d'Esmé et de Rose, et de leurs claquages de talon intempestifs). C'est sans doute mon esprit tordu, mais n'est-on pas censé avoir des yeux brillants après avoir acheté plein de belles choses ? Non ? Non.
Soit. Pour mon plus grand bonheur, les portes en verre s'ouvrirent à notre passage et une douce chaleur vint nous accueillir dans la galerie.
Je fus surprise de voir que tout n'était pas si « loin » des galeries de Chicago. Je ne sais pas à quoi je m'attendais, des hommes habillés en fourrure de tigre et des femmes aux seins nus en train de vendre des silex et de la viande hachée sur des rochers ?
C'était moderne, et assez lumineux, agréable. Je fus rassurée de voir qu'il n'y avait pas beaucoup de monde ; j'avais redouté voir quelques amies de Rosalie, et de participer à ce moment gênant qu'est le fameux : « Et bien...Je vous présente Isabella, ma...euh...Enfin nous l'avons adoptée, quoi. ». On ne pouvait pas dire que la ville de Forks était géante et qu'il y avait beaucoup d'habitants, de plus, j'avais cru entendre Rose dire qu'une certaine Alice était peut-être au shopping, pour s'acheter une robe de soirée...
Quoique, nous pouvions à coup sûr encore tomber sur eux. Patience, me dis-je à moi-même. Contrôle tes émotions.
Rapidement, nous entrâmes dans un petit magasin indien, qui d'après Esmé, vendait de magnifiques foulards et des couleurs au henné pour les cheveux. Rosalie alla chipoter vers les teintures brunes et châtain. Avait-elle réellement l'intention de se teindre les cheveux de cette couleur ? La perfection a des limites, a trop vouloir être parfaite, on en devient hideux...
Je ne pus m'empêcher de jeter un oeil dans le magasin, de toucher leurs foulards si doux, de toutes les couleurs, de tout les textiles. C'était vraiment beau. Je me suis imaginée vivre en Inde, escalader leurs grandes montagnes, voir tout leurs splendides paysages, me promener en éléphant, goûter à leurs nourritures épicées, aller au temple...
Le rêve s'acheva lorsque Esmé me demanda si j'avais vu quelque chose qui me plaisait, que j'avais répondu non, mais qu'en partant, mon œil avait une fois de plus frôlé ce foulard indien, disposé près de la vitrine. Il était très beau...
Ayant honte de moi, je me tus et les suivis, silencieuse.
PDV Edward.
Je me suis réveillé à l'instant où j'ai entendu ma mère préparer le petit-déjeuner. Le bruit des couverts posés sur la table, tintant fortement, comme pour nous dire « réveillez-vous ». La douce senteur des pancakes et du chocolat chaud..elle laissait toujours la porte de la cuisine ouverte, pour que ces parfums délicieux atteignent nos narines...
En descendant, comme d'habitude, j'ai songé à Jazz, qui venait d'avoir une nouvelle sœur.
Il ne m'avait pas encore appelé...C'est vrai que c'était sacrément bizarre...
Lui, Emmett et moi, on avait tout le temps des délires, on était si proches, Emmett aimait Rose, et Jazz aimait Alice, je les considéraient comme mes sœurs. Et maintenant, une nouvelle intruse allait faire son apparition. Devais-je également la considérer comme une des nôtres ? Et puis pourquoi Carlisle et Esmé, qui avaient dit à mes parents qu'ils voulaient un bébé, avaient subitement changé d'opinion pour une adolescente, de notre âge ?
Ne compliquaient-ils pas tout ? Un bébé, pouvait s'élever, non sans difficulté, mais il serait tellement mieux dans une famille. Une ado..comprenait tout, entendait tout, imaginait tout, percevait tout...enfin..je veux dire par là que, pour quelqu'un qui sait ce qui se passe, ce que les gens disent ou pensent, les émotions qu'elle lit sur leurs visages, c'est dur à encaisser.
Un bébé, ça s'élève, ça grandit, ça comprend en douceur, mais ça continue d'aimer. Une adolescente, c'est déjà grand, ça apprend tout en un coup, c'est dur à encaisser, à supporter, mais ..Peut-être même qu'elle ne les aimera jamais, faisant perdre à leur famille des années de patiente, de concrétisation, d'amour, d'espoir. Peut-être que cette fille partirait sans donner aucun signe de vie.
Pour quelqu'un de l'extérieur, qui allait s'intégrer dans la famille Cullen , puissante, riche, je pouvais quand même imaginer le désarroi que celle-ci devait éprouver.
J'en avais fait l'expérience, lorsque mes parents m'avaient dit que des amis très proches allaient venir habiter à Forks, et qu'ils avaient des enfants de mon âge. Ils se voyaient sans cesse, et j'étais obligée d'aller chez eux aussi. Ils étaient vraiment froid au début. Jasper l'était aussi,mais spécialement Rosalie. Comment allait celle-ci ? J'imaginais les différentes expressions sur son visage. C'était dur pour elle aussi, je crois. A mon grand étonnement, elle avait eu moins de réaction lorsque leurs parents leur avaient annoncé pour une éventuelle adoption. Elle en avait plus eu lorsqu'elle a su que cette adoption risquait de prévoir une fille de son âge. Je pris mon téléphone et envoyai un message à Alice, ainsi qu'à Emmett, pour lui demander si Rose ou Jazz avaient lancé un quelconque un signe de vie. Dix minutes plus tard, tout les deux me renvoyèrent à la même confusion: « Ouais , tkt ils vont bien, ils ont hâte que je la rencontre :) ». Pourquoi Jazz et Rose avaient-ils donné de leurs nouvelles à Alice et Emmett, et pas à moi ? Avais-je fait quelque chose ? Je fis part de mes troubles à ma mère, à table. C'est mon père qui me répondit, tout simplement : « Arrêtes de te faire du souci , fils. S'ils ne t'ont pas fait part de quelque chose, c'est parce que tu vas rencontrer Isabella ce soir... Ils doivent eux aussi en être nerveux. ».
PDV Bella...
J'avais compris pourquoi on faisait du shopping. C'était parce que des amis venaient les rendre visite. Ce soir.
Parce qu'ils voulaient venir me voir, découvrir qui était « l'heureuse élue ». C'est donc plutôt à moi qu'ils voulaient rendre visite.
Que dire de plus ? On venait me visiter, comme un vulgaire objet, on allait m'observer...
Quelle malheur! Être obligée d'aller faire du shopping, tout ça parce que des autres bourges, sans aucun doute, allaient venir, et me voir, ce qui signifiait que je ne devais pas leur faire honte !
Bizarrement, je n'ai pas beaucoup réagi. J'étais amorphe. Je traînais des pieds, comme une momie. Ça faisait longtemps que j'avais remarqué que le monde était moche.
Et puis que pouvais-je faire d'autre ? Crier ou hurler ? Non. Ma technique – en existait-elle seulement ? - consistait à me taire gentiment. En attendant ma libération, ô combien grandiose, le jour de mes dix-huit ans, je fermerais ma gueule.
Mon impertinence ridicule me fit sourire malgré tout. Que j'étais naïve, il ne suffisait pas de se taire, ou de ne rien faire, pour que le temps passe vite, la plupart des choses que je m'obligeais à exécuter finissaient aux oubliettes.
Esmé et Rosalie radotaient sur des vêtements splendides ,disaient-elles, je crois d'ailleurs qu'elles avaient trouvé le gros lot. Rosalie semblait prendre tout ce qu'elle voyait. Je devais avouer qu'elle me faisait marrer, peur une raison inconnue. Ah, ces riches...pensais-je en soupirant.
Étrangement, une sensation bizarre commença à se répandre en moi. Les regardant s'affairer, chipoter, toucher les vêtements, je ressentis moi aussi l'envie de faire pareil. Il y avait une lueur dans leur regard, lorsqu'elles faisaient ça . Je n'avais jamais senti quelque chose lorsque je m'achetais des fringues. Pour moi c'était une obligation, pas un plaisir.
Mais les regardant faire ça avec un sourire, surtout Rosalie qui m'avait semblé morose, je me mis à penser stupidement, que si moi aussi je pouvais me trouver une passion, peut-être que mon chagrin perpétuel diminuerait, ou de moins s'insinuerait moins dans le fil de mes pensées.
Et si acheter des choses possédait quelque chose de passionnant ? Si, pour une fois, je m'intéressais réellement à quelque chose ?
Cette idée s'infiltra en moi tout doucement. Avec un courage infini, j'avançais tout doucement vers un rayon. Je me sentis d'abord gênée, puis honteuse, et pour finir stupide. Je renonçais à cette idée. J'étais embarrassée, comme si je n'avais pas le droit de faire ça, comme si j'abusais de l'hospitalité des Cullen. Je me dis tout de même, que j'avais le droit à une petite part de joie moi aussi, quelque soit sa taille. Ils m'avaient adoptée, avaient accepté de m'héberger, puis Esmé avait ajouté qu'elle était obligée de m'acheter des vêtements si Rosalie en voulait aussi, qu'elle me considérait comme sa fille, non ? Et puis ils étaient riches, ce qui, par stupidité, me donna l'impression que cela facilitait certaines choses ( qui m'étaient inconnues ).
J'avais tout de même ressenti une pointe de jalousie, à la vue de la facilité qu'elles avaient à s'approcher des gens ( Esmé et Rosalie demandaient aux employées ce qu'elles pensaient de tel ou tel vêtements qu'elles essayaient ), à s'accaparer un habit, de le toucher,...C'était bizarre ce que je disais, mais cette faculté qu'elles avaient en général, d'être ce qu'elles étaient... On le voyait dans leurs démarches, dans leurs gestes, leurs mimiques. Elles marchaient d'un pas léger, elles avaient des manières gracieuses, souples. Esmé souriait tout le temps, quant à Rosalie, malgré sa morosité, on pouvait ressentir la vivacité de ses mouvements, on voyait qu'elle était en pleine action, en concentration. Malgré moi, je me devais avouer qu'était plutôt fascinant que d'observer ce spectacle mouvant, devant moi. C'était plutôt distrayant, bien sûr cela ne compensera jamais ce que je vivais à Chicago, mais c'était divertissant, les voir bouger sans arrêt, méditant sur je ne sais quel couleur adopter.
Moi aussi j'avais envie de cette liberté . Alors je les fixais, surtout Rosalie, qui mesurait chacun de ses mouvements, avec précision, à la recherche de la chose parfaite.
Je l'imitais, son regard, sa volupté, sa grâce. Je me sentis inutile, mais j'éprouvais un certain plaisir à imaginer que j'étais elle, que j'avais toujours eu sa vie.
Celle-ci releva la tête. Je lâchais aussitôt le bout de chemise que j'avais entre les mains, et fixai le sol, honteuse. J'étais pathétique, et ridicule.
Et il se passa quelque chose d'étrange. J'osai un petit coup d'œil, pour voir comment elle réagissait, elle là, Rosalie m'as souri. Pas un sourire comme les autres, un sourire semblable à celui de sa mère. Généreux. Elle s'approcha de moi, et me rétorqua d'un sourire :
_Tu veux de l'aide ?
_Heu...
_Laisse-moi t'aider. J'y tiens.
Elle m'as pris par le poignet, tout doucement, en disant : « Suis moi, je crois que j'ai trouvé quelque chose de parfait pour toi ». Sa peau était toute douce. Elle m'a entraînée dans un rayon de robes, a effleuré du regard quelques-unes d'entre elles, jusqu'au moment où elle en pris une.
Tiens, m'a-t-elle dit. Elle me l'a fourrée entre les mains. J'ai touché le tissu, un peu étonnée. La robe en question était noire, avec un col rond, et des motifs de couleurs foncées et rouge sang imprimées dessus. La matière n'était pas du tissu normal, c'était du velours.
_Comment tu la trouves ?
_Très jolie..Mais je..ne pense pas qu'elle m'ira ,bégayais-je, sous l'effet de surprise.
_Alors essaye-la pour en être sûre...Allez vas-y. Les cabines d'essayage sont devant toi.
_Oh!s'écria Esmé, s'approchant de nous. Quelle jolie robe tu as trouvée Isabella ! Va l'essayer, je suis impatiente de voir le résultat sur toi.
Je fixais d'un air indécis la robe dans mes mains. Et je levais doucement le regard vers les cabines d'essayage. J'étais quasi sûre qu'elle allait me rendre moche et grosse. Rien ne m'allait, c'était donc pour ça que je n'aimais pas faire les boutiques. Ou c'était trop cher, ou bien je n'arrivais jamais à choisir. Les deux individus derrière moi furent accompagnées dans leurs regards vers moi des caissières, qui se mirent à déployer un langage commercial, dans le seul but, j'en étais persuadée, d'acheter cette maudite robe. Peu importe si j'avais l'air ballonnée, ou horrible, là-dedans, elles se contentaient de hocher d'un signe de tête admiratif en mentant d'un air exubérant : « Comme c'est joli sur vous! ». J'avais remarqué cette habitude pitoyable lorsqu'Esmé avait changé trois fois de cardigan ; les deux vendeuses avaient à chaque fois exclamé leur avis, toujours positif.
Pourquoi l'argent est-il si important dans l'esprit de tout le monde ? Medemandas-je. J'allais méditer sur ce point important lorsque Rosalie murmura :
_Isabella, c'est comme tu veux. Si tu n'aimes pas, ne l'essayes pas, mais dis-moi ce que tu préfères et je t'aiderais alors.
_Non, non. Je vais l'essayer.
D'où venait cette assurance dans ma voix ? D'habitude je chevrotais ou bégayais comme une pauvre cloche. J'avançais vers les cabines et refermais les rideaux rouges. Je me mis lentement à me déshabiller. Mon jean tomba par terre, ainsi que mon pull et mon t-shirt. Dans le miroir je me vis, blanche comme un zombie, une feuille de papier. Je n'avais aucun reflet sur ma peau. J'étais si blanche...si pâle. Le temps m'avait enlevé mes couleurs d'antan.
Je soupirais. Pourquoi étais-je si laide ? Si blanche, pourquoi n'avais-je pas des cheveux comme ceux de Rosalie, pourquoi n'étais-je pas aussi belle qu'elle, aussi bien formée ?
Cela me faisait penser à quelque chose que j'avais entendu dans une de ces séries à la con : « Dieu nous crée comme l'on est, et à ses yeux nous sommes parfaits. Tu ne dois pas avoir honte de toi-même, vis ta vie à fond jusqu'au jour de ta mort ... ». Facile à dire ! J'aimerais sincèrement arrêter de complexer, de me dire que ma vie c'est de la merde, mais est-ce que l'on peut contrôler, arrêter, limiter ses sentiments, ses émotions ? Non. Alors, ou bien je fais de la chirurgie esthétique, ou bien je suis condamnée à jamais à ma banalité. Affligeante découverte.
J'ai mis la robe sans jeter un regard au miroir. Je ne voulais plus me voir. La seule chose dont j'étais satisfaite, était que j'avais pensé à me raser les jambes. J'aimais me promener en short le long de la plage à Chicago...
Ah, Chicago...Que tu me manquais déjà...Lisbeth, je voulais ses bras pour me réconforter, son sourire, son odeur...La solitude me pesait.
Je sortis de la cabine sans un mot. Finalement quelqu'un sortit :
_Tu es resplendissante.
Je levai la tête, je ne savais pas qui avais parlé, car je fixais le sol, comme à mon habitude.
C'était Esmé.
Et Rosalie a ajouté :
_Maman a raison.
Je l'ai fixée. Il y avait quelque chose dans son regard, elle semblait vouloir me parler à travers ses yeux, son visage, je n'en savais rien.
C'était quelque chose d'impertinent, de sarcastique, je ne saurais le décrire, comme malsain, possessif. « Maman a raison ». Elle me défiait du regard. Elle voulait me bousculer, me provoquer.
C'était bizarre, peut-être étais-je en train de me l'imaginer, mais c'est comme si elle voulait me faire comprendre quelque chose.
A défaut de paroles, je baissais encore la tête, intimidée comme toujours.
_Je te la prends d'accord ? Va donc chercher d'autres vêtements, je t'aide si tu veux, après on les achètera.
_C'est vraiment gentil...
_Ne m'en dis pas plus. Tu connais ma réponse chérie...sourit-elle.
Esmé m'a pris la robe, et c'est ainsi qu'on a continué. A rechercher des choses, n'importe quoi . Pour moi.
Pour la première fois depuis longtemps, je me suis rappelée les fois où ma mère et moi on allait faire du shopping ensemble. Elle adorait, moi je détestais. Pourtant on passait toujours un bon moment, on regardait des vêtements, puis on allait prendre une glace chez Ben & Jerry's , avant de continuer dans notre tâche.
Je ne comparais définitivement pas Esmé à ma mère. C'est juste que cela me rappelait une période de ma vie, perdue, refoulée à jamais dans mon cœur, où mon sourire persistait quelques secondes de plus, où j'avais encore une once de chaleur en moi. C'était mon enfance, que j'avais laissée de côté, que le destin m'avait obligée à renier, pour grandir trop vite.
Maintenant j'étais froide, glaciale, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. Mon cœur était fait en pierre, protégé par un mur indestructible.
Si une brique tombe, aussitôt je remets du ciment et la recolle, c'est comme ça que je fonctionne. Je ne montre pas qui je suis, je me cache sous un masque, une protection, pour ne pas qu'on m'approche, qu'on me connaisse. Je n'ai pas envie de dire à quelqu'un qui tente de me connaître : « Je vis dans un foyer. J'ai perdu mes parents ».
Je ne me montre pas tout court. Mon silence et mon absence de vivacité ont permis à mes anciens camarades de classe ( ainsi que d'école) de vite m'oublier. Bientôt je passais du grade de petite orpheline à zombie dépravée. On ne me voyait que comme un cas désespéré, que personne ne peut aider à retrouver la lumière.
En repensant à ça, me sont revenus les mots que Liz m'avait dits lors de notre première vraie discussion : « Tu es accablée par ta souffrance. Tu es comme dans un long tunnel, obscur, noir, où tu ne vois rien. Tu es persuadée qu'il n'y a pas de sortie, aucun moyen d'échapper à tout ça. Mais tu sais, Isabella, au fond de chaque tunnel se situe la lumière. Et c'est quand tu l'auras retrouvée , que ce sera la fin.
_La fin de quoi ?avais-je murmuré. Y a-t-il seulement une fin ?
_A ta peine. Il y a une fin à tout. »
A mon grand étonnement, je me suis laissée faire lorsque Esmé m'a dit qu'elle tenait à m'acheter des chaussures que j'avais vues dans la vitrine. Je l'ai remerciée encore une fois...
Rosalie a trouvé une robe pour elle, bleue, avec des lignes grises et bleues foncées. On est finalement sorties du magasin, chacune un sac à la main. C'était assez bizarre, je me sentais privilégiée, respectée comme les autres pour une fois. Je n'étais plus délaissée, et ça me procurait une sensation de satisfaction et de prétention dont j'eus honte. Depuis le temps, j'avais appris à vivre, aimer, avec le peu que j'avais. Je n'étais pas habituée à être gâtée, peu de choses me suffisaient, je vivais sans grand ménagement.
Mais je devais avouer que posséder des biens, qui nous appartiennent réellement, que l'on peut manipuler, ajouter notre petite « touche », garder précieusement, pour toujours. Avoir une certaine euphorie parce que l'on a tout ce que l'on veut...Malgré moi, j'aimais ça, qui n'aimerais pas ?
Mais si je continuais j'allais devenir égoïste, et je voulais éviter ça à tout prix. J'avais vécu parmi des êtres qui avaient tout perdu, j'en faisais partie d'ailleurs, j'avais appris à donner, partager tout ce que j'avais, parce que je savais que j'aurais aimé que l'on fasse la même chose pour moi.
J'étais tombée. Bien bas. Mais maintenant ça va aller, me dis-je. Tu es habituée. Cesse de penser à ça.
PDV Edward.
_Maman c'est quand qu'on va chez eux ?dis-je, fatigué, en observant ma mère trier le linge, dos à moi .
_Dans deux heures mon chéri.
_Ok. On doit apporter un cadeau...?
_Un cadeau, non je ne pense pas, rit-elle doucement. Pourquoi un cadeau ?
_J'en sais rien. C'est juste que ça me parait bizarre, d'aller là-bas, les mains vides...
_On va voir leur nouvelle fille. Ils l'ont adoptée, elle n'est pas née, ce n'est pas son anniversaire, commenta-t-elle.
_Juste.
_Edward, dit-elle en se retournant brusquement, à quelle heure es-tu allé te coucher hier soir?
_Pourquoi ?
_Réponds d'abord à ma question, veux-tu ?
Je soupirais, las : « A une heure. ».
_Edward !s'écria-t-elle. Et c'est reparti, me dis-je...Je t'avais pourtant dis de te coucher tôt !
_Mais c'est les vacances !
_Et alors ? Dans un mois c'est fini! Tu vas reprendre ton année scolaire, et qui plus est, la dernière, la plus importante. Je compte sur toi pour être prêt à l'avance!
_Un mois plutôt ?
_Ce n'est pas pour ça que je te sermonne, voyons. Aujourd'hui c'est un jour très important, tu sais. Je suis sûr que sous tes airs de grand malin, tu réalises aussi à quel point c'est décisif pour Jasper et Rosalie. Ne parlons même pas de leurs parents. Je soutiens Esmé et ton père Carlisle, de tout notre cœur. Tu ne peux pas imaginer toutes les difficultés qu'ils ont rencontrées en chemin, et on les respect profondément pour ça. Ce sont des gens vraiment bien.
_Ça je le sais. Où tu en venir maman ?
_Je veux en venir au fait que tu dois être présentable. Si tu viens chez eux avec des cernes sous les yeux, les cheveux ébouriffés et la chemise ouverte, tu crois vraiment qu'ils le prendront bien ?marmonna-t-elle, quelque peu agacée.
_Non, je suis désolée maman...soupirais-je.
_J'aime mieux ça, sourit-elle. Va-t-en donc prendre une douche maintenant, mon coco. Tu sens la sueur.
_Merci...grinçais-je des dents, en partant.
Avant que j'eus le temps de fermer la porte, j'entendis un rire sonore suivi d'un : »De rien ! ».
PDV Bella.
Les choses commencèrent à prendre une tournure différente, plus compliquée, lorsque j'appris qu'il y aurait des invités ce soir, leurs amis.
Je ne me sentais pas bien.
Pour une raison étrange, je fus gênée lorsque Carlisle et Esmé me l'annoncèrent dans ma chambre.
Ma chambre. Quelle étrange expression. Était-ce vraiment la mienne ? J'allais leur emprunter pendant un an avant de partir, alors techniquement elle était à moi. Mais je ne ressentais pas ce sentiment d'appartenance ou de bien-être lorsque je posai mes pieds sur le sol. Même dans mon ancienne chambre, au centre, je ne me sentais pas chez moi. Peut être parce que je savais que je n'allais pas éternellement rester là. Que j'allais partir, vivre d'autres aventures, voir d'autres horizons...Ou peut être parce que où j'allais, je n'avais pas ma place. La seule place auquel j'appartenais, où j'appartenais vraiment, où je rêvais d'aller, où je pleurais pour ça, c'était les bras de mes parents .
En fait, pour être totalement honnête avec moi-même, je ne savais même pas si j'allais rester à Chicago. C'était ma ville, c'est vrai, mais j'avais, comment dire...Une envie irrésistible d'aller voir ailleurs. Je voulais visiter, apprendre des choses, connaître quelques informations utiles ignorées par les autres, m'envoler, pour sentir des autres parfums, fouler d'autres sols, frôler de la main d'autres murs.
Par exemple, un rêve naïf que j'avais toujours eu, c'était de visiter Londres. On disait de cette ville que tout les génies, les écrivains célèbres, comme Shakespeare, ou Jane Austen, ou les sœurs Brontë , y avaient marché, respiré, écrit quelque chose. C'était la ville de l'inspiration, celle où on vit et où on meurt. Je n'y avais jamais été, pourtant je pouvais sentir une tension glaciale dans l'air cette grande ville, moins que Chicago par contre. C'était une drôle d'atmosphère, lourde, qui pèse sur vos épaules, mais qui vous rend ivre et enivré, séduit, conquis, charmé, par sa beauté. Les britanniques avaient définitivement un style, malgré les préjugés et tout ce que l'on pouvait leur accorder. Peu importe qu'ils tentent de recopier la gastronomie française, ou l'architecture grecque ou je ne sais quoi, il y aurait toujours de l'électricité dans l'air, et ces anglais auront à jamais une originalité particulière que j'aimais assez.
Ils étaient raffinés, beaucoup plus que les américains, s'intéressaient plus aux arts et à la littérature qu'eux, et avaient ce petit quelque chose, cette touche de sensualité, de malice, le premier présent autant chez les hommes que chez les femmes, le dernier plus chez les femmes.
J'ignorais d'où je tenais cela. Je n'avez jamais été à Londres. Pourtant, j'avais la sensation d'y avoir toujours vécu, ou du moins un certain temps. C'était plutôt agréable d'aimer quelque chose, irrévocablement, sans même avoir une quelconque idée sur le sujet. C'était justement cette 'idée ' que j'appréciais, celle de vivre dans une ville ainsi, avec une renommée pareille, un charme si fascinant, une histoire si peu commune...
Bref.
J'avais appris qu'il y aurait des invités. Je me suis laissée tombée dans mon lit lorsqu'ils sont partis de la chambre. J'ai soupiré fort. Tellement de fatigue..Je venais de marcher pendant toute la journée..J'étais épuisée, et « ils » allaient arriver...Je ne sais même pas à quoi ils ressemblaient...Juste leur nom : « Masen », et qu'ils avaient un fils. Edward...
_Les Masen, dis-je à voix haute. Masen, Masen, répétais-je...Enchanté de vous rencontrer, famille Masen, ravie de vous connaître, gentils individus, j'éprouve une joie à l'idée de vous connaître...Faut-il dire Massen, ou Mazen ? N'importe quoi, dis-je en pouffant un peu.
Voilà encore quelque chose de louche chez moi : quand quelque chose n'allait pas, je devenais dérisoire, inventant des choses insignifiantes, poussant jusqu'au ridicule. J'étais encore une gamine.
Je crois que j'ai du rester sur le lit, en position étoile, les cheveux éparpillés, le regard au plafond, la tête dans les nuages, pendant un bon quart d'heure. J'avais eu un petit vide, j'essayais de me préparer mentalement, mais bien sûr c'était impossible. Je me connaissais, j'allais probablement rester coite devant eux, la bouche ouverte, la tête dans le cul. J'étais tellement pathétique, pourquoi n'avais-je pas assez confiance en moi, assez au moins pour oser regarder les gens dans les yeux...? Je ne comprendrais jamais ce qui se passe à l'intérieur de mon cerveau, c'est comme si celui-ci s'amusait à jouer avec moi...
J'avais encore du temps devant moi, une heure et demie je crois. J'ai gigoté dans mon lit, et mon pied a touché quelque chose qui s'est froissé. C'était le sac du magasin de robes. Je me suis levée, curieuse, et quelque peu stressée, lorsque j'ai touché la robe à l'intérieur...J'allais devoir mettre ça, ou..C'était juste pour une autre occasion ? J'avouais être totalement perdue. Comment savoir si je devais la mettre, l'essayer, et venir les accueillir dans cette tenue, et que, grâce à mon habituelle malchance je me sois trompée et qu'ils me regardent tous bizarrement ? Ce ne serait pas la première fois...
J'avais envie de demander à Esmé, mais elle était en bas avec Jasper et Carlisle, préparant le salon et le dîner avec eux. Si je venais lui demander j'allais passer pour une conne, j'allais la déranger dans son travail – elle avait l'air quelque peu pressée et anxieuse à l'idée que le dîner ne soit pas prêt à l'heure – et j'allais aussi me taper la honte devant son mari et son fils.
Je pouvais encore demander à Rosalie. Je l'entendais se préparer dans sa chambre, à côté. Elle avait mis de la musique, je en savais pas exactement quoi, mais je crois qu'elle essayait ses tenues.
Je pensais à son regard et à son humeur au centre commercial. Au risque d'être humiliée, autant aller lui demander. Et puis, je crois déjà qu'ils avaient tous remarqué que je n'appartenais pas à la même « catégorie » qu'eux. Loin de là . Une petite voix me poussa dans ma détermination en disant : « de quoi as-tu peur Bella ? Ce n'est qu'une fille, elle a le même âge que toi, tu vas vivre avec elle, alors pourquoi es-tu si effrayée, si stressée ? C'est une personne, elle ne va pas te mordre...Prends ton courage à deux mains et affirme-toi! ».
Parfois j'avais des conversations avec moi-même. Oui, je sais, c'est assez déroutant.
J'ai traversé le couloir d'un pas hésitant, et toqué à sa porte. J'ai soufflé en baissant le tête et en fixant la robe dans mes mains. Lorsque j'ai relevé la tête elle était postée devant moi en me fixant.
_Je peux t'aider, demanda-t-elle, gentiment.
_Oui..enfin..Je...je voulais ...
_Savoir si c'était bien pour ce soir ?
_Oui ..dis-je en la regardant avec espoir.
_C'est parfait...Dis,ça te dérangerait si je t'aide à la porter, et si tu veux, te maquiller ?
_Euh...Je...C'est vraiment super gentil...
Elle m'aidait ? Vraiment ? Qui aurait cru qu'elle allait me proposer ça ? Qui aurait juste cru que quelqu'un d'autre que Liz me tendrait la main ? J'étais à la fois étonnée et émue de son geste...
Sans un mot, elle m'a attirée dans sa chambre, m'a demandé de s'asseoir sur sa chaise, en face de sa table de maquillage. C'était comme celles dans les loges des stars...
_D'abord les cheveux et le maquillage : tu veux des cheveux lisses ou bouclés ?
_Euh..J'en sais rien, enfin j'ai jamais lissé ou bouclé mes cheveux...
_D'accord. Je dirais lissés, tes cheveux sont déjà bouclés, et puis je pense que ça t'irait bien..Ça te va ?
_Oui...
_OK.
_Vas falloir que le lisseur chauffe. Habille-toi en attendant. T'inquiète tu peux aller dans la salle de bain de ma chambre.
_D'accord...
Je me suis déshabillée vite fait et j'ai mis la robe. Je suis sortie et je me suis assise sur la chaise, évitant le regard de Rosalie, qui me fixait (pour pas changer).
_La robe te va vraiment bien. On passe au maquillage en attendant ?
_D'accord, mais pas beaucoup de maquillage, enfin...ça me va pas très bien.
Je n'ai pas prononcé de mot pendant qu'elle a branché le lisseur ,je ne fixais que le miroir. Je l'observais avec ses traits angéliques...Même en pleine concentration, elle était magnifique. Je maudissais encore une fois ma vie pourrie, avant de fermer les yeux. Pas de reflet dans le miroir. J'ai pas envie de me voir, je me trouve hideuse. Le teint blême, fade, les traits simples, un visage banal...Que pourrait un garçon me trouver ? Je n'avais pas vraiment de personnalité, juste une mine affreuse et des pensées sombres. Et des rêves ridicules aussi...
Je ne savais même pas ce que je voulais devenir plus tard...Quelles genres d'études allais-je faire ? Mon premier choix était les études de lettres. Mais me connaissant, je pourrais changer d'avis du jour au lendemain...
Il y a tellement de choses que je n'ai pas encore découvertes, tellement de choses que j'ignore de la vie et des autres. Si je n'ai pas élucidé la moitié de mes problèmes, je ne pourrais jamais avancer vers la voie de mes rêves. Et pas avancer tout cours en fait. On ne pouvait pas dire de moi que j'avais de grandes qualités. J'étais impatiente, fataliste ( on se demande pourquoi...),pessimiste, toujours l'air ennuyée et fatiguée, laide, ayant peu de caractère, banale, trop normale, pas drôle...
Les seules choses que je sais encore de moi sont que j'aime lire et écrire. Et la musique aussi. J'adore la musique. Au moins une seule chose est sûre : mes passions résident là.
Je ne joue même pas d'un instrument...alors peut être oui, devrais-je diriger ma voie vers celle des lettres...
Qui sait ?
Et puis, parlant de mon passé, qui accepterait de reprendre une ancienne droguée dans sa société ? Je me dis que je n'avais aucune chance de m'en sortir, aucune chance de foutre le camp d'ici, de vivre la vie dont je rêve, à Londres, à New York, à Bangkok, à Paris, à Rome, toutes ses villes que j'avais trouvées magnifiques dans mes livres, où je me suis imaginée passer dans les rues...
Je n'étais sûre de rien, si cela se trouvait j'allais vivre une vie remplie de drames, de détresse, et qui serait totalement morne. Si cela se trouvait, je n'allais jamais trouver l'amour, j'allais finir comme vieille fille, et je n'aurais plus d'argent, j'aurais dépensé tout mon héritage, à errer dans des villes inconnues, qui au fond cachaient pas mal de dégoût et de saletés, dans un but vain, irrésolu.
Vivrais-je seulement quelque chose de bien ? Et Liz, les autres, que feraient-ils pendant mon absence ? Que font-ils, là tout de suite? Je me demandais quelle heure il était. J'avais perdue toute notion du temps. Ma vie actuelle était plus que « trépidante », j'en perdais un peu le fil. Surtout qu'après avoir tellement marché, mes pieds qui étaient engourdis, me faisaient un mal de chien. J'avais trop marché ces derniers temps, et je ne crois pas que mon corps soit fait pour le sport...
Je me demandais ce qu'allaient penser les amis des Cullen. Qu'allaient-ils se dire lorsqu'ils me verraient ? Étaient-ils riches, si oui, est-ce que leur opinion allait changer en me voyant ?
Si c'était vraiment des amis , et pas des connaissances curieuses, alors ils devaient être vraiment heureux pour eux. Donc...ils ne devaient pas penser que du mal de moi...Ils seraient sûrement curieux, c'est normal après tout, je le suis aussi. Et puis je ne connaissais d'eux que leur nom et celui de leur fils « Edward ». C'était censé m'avancer à quoi ? Ils auraient pu me donner plus d'informations, histoire que je me prépare d'avance ( mentalement...).
_Voilà. T'en penses quoi?
Rosalie me tira de mes songes en me forçant à me regarder dans la glace. J'avais changé de visage, ce n'était plus moi. C'était la fille dont je rêvais, celle qui avait beaucoup de prétendants, celle qui faisait tourner la tête des gens. J'avais un teint parfait, des pommettes couleur abricot, léger, et des sourcils un peu plus foncés, quand à mes yeux, leur couleur brune ressortait grâce au léger contour à l'eye-liner et au mascara. Je me trouvais jolie, pour une fois.
_Merci Rosalie...
_J'ai pas encore fini, je vais te lisser les cheveux maintenant.
Elle finit aussi mes cheveux. Lorsque je me regardais dans le miroir, si belle, je fus surprise, je n'avais jamais été aussi rayonnante. Je semblais totalement différente de la Bella d'avant, il me semblait que j'étais de nouveau née, mais que j'étais une personne. Incroyable ce que le maquillage et le lisseur peuvent vous transformer le visage, comme laisser un certain masque vous envelopper, pour que l'espace d'un temps, les gens vous regardent d'une autre manière.
Un visage peut cacher tellement de choses, et sur le mien , il est facile de savoir à quoi je pense. On lit en moi comme dans un lit ouvert.
Mais le visage que j'avais maintenant, ça me donnait l'air...de ne plus être vulnérable.
(Ecoutez : Oasis- I'm outta Time.)
Comment pourrais-je, jamais, essayer de vous décrire ce que j'ai ressenti ce soir là? Comment arriverais-je à exprimer par des mots mes sentiments à ce moment-là ?
Tout restera clair et précis dans ma tête.
Ils sont arrivés le soir, j'étais en bas, assise entre Rosalie et Jasper. Jasper avait une très belle chemise et Rosalie une très belle robe bleue. Ils étaient splendides. Être assise entre eux me donnait une sensation étrange, on aurait dit qu'ils me protégeaient. Jasper, Carlisle et Esmé m'avait complimentée sur ma tenue et sur mes cheveux, j'avais piqué un énorme fard qui les avaient fait rire encore plus quand j'avais balbutié un mot ressemblant à « Me..merci. »
Je me souviens que Carlisle lisait tranquillement le journal , et que Jasper avait allumé la télévision , et était en train de regarder un match de baseball. Esmé était dans la cuisine, finissant son plat, qui d'après les dires de son mari, sentait divinement bon.
J'avais pensé qu'on ressemblait à une famille si normale, qu'en me voyant, habillée luxueusement, maquillée, coiffée, entre une fille et garçon, censés être mon frère et ma sœur, attendant des invités, et le plat qui était en train de se préparer, observant le match de baseball et Carlisle, tout m'était apparu si nouveau. Je ne m'y ferais jamais. C'était le décor d'il y 8 ans. C'était ce que j'avais vu avant la mort de mes parents. J'avais neuf ans. Maman préparait à manger, et papa regardait les matchs.
Ils n'étaient plus là, maintenant je vivais avec des inconnus. Qui me semblaient vraiment gentils. Mais ce n'étaient pas mes parents...
Avant que j'explose en larmes, que toutes mes frustrations dues au déménagement, à mes conneries d'ado, à l'absence de Liz, du centre, des enfants, ressortent, avant que je m'effondre, un bruit avait retenti. Un minuscule son, venant de la porte.
Je me souvins parfaitement. J'en ai toujours des poils dressés.
Je me souvins que Rosalie avait posé sa main sur mon épaule, et qu'elle l'avait pressée quand le bruit avait retenti. Elle est gentille. Elle voulait me rassurer.
Je me souvins qu'au moment où ça avait sonné, le match avait été remporté. Que Jasper avait étouffé un « oui! », je me souvins qu'Esmé avait jeté son tablier, qu'elle était sortie, avait donné la main à Carlisle, m'avait fixée en souriant, et en soufflant d'anxiété.
Que soudainement Rosalie s'était levée avec Jasper. Que j'étais encore assise, mais que brusquement moi aussi, j'ai rejoint Esmé, qui me tendait la main. Je l'ai doucement prise, une main douce et chaude, qui se tendait enfin vers moi.
Elle m'a pris par la taille, et serrée.
Carlisle a ouvert la porte.
Que deux personnes d'une beauté aussi rare que les Cullen me souriaient, tendant à Carlisle un bouquet de fleurs. Esmé les a fait rentrer, ils me fixaient toujours, j'ai piqué un fard, et j'ai regardé mes chaussures. Seulement, j'ai vu des pieds, dans des chaussures en cuir noir,et un pantalon noir, devant moi.
J'ai lentement remonté ma tête, et je l'ai vu. Lui et ses cheveux cuivrés, ses traits angéliques.
Et là, à la même seconde, Carlisle a dit, avec une certaine émotion que je remarquais:
_Je vous présente Isabella, la nouvelle membre de notre famille.
Il m'a semblé, pendant une infime seconde, que le monde s'était écroulé sous mes pieds. En regardant Edward.
