Another Earth

4


Le physicien soupire, préférant oublier la présence du grignotteur qui lui tape sur le système, il tourne son attention sur le paysage environnant. La ville ressemble aux ruines des anciens mondes un peu comme une vieille pyramide incas. Le monde qu'il a quitté ne lui manque pas, mais il ne peut pas dire qu'il aime celui-là, heureusement pour lui qu'il a choisi Mace car il se serait laissé mourir dans un coin. Il ne sait toujours pas en quoi il pourra être utile au militaire, Capa ne sait rien faire, il a appris vite fait à cuisiner avec sa mère, il peut faire pousser quelques plantes ça ne doit pas être trop difficile, mais au-delà de ça, il n'a aucune compétence... Le monde qu'il a aimé n'existe plus, celui des sciences, de l'avancé technologique, celui de l'espace, de la chimie et des mathématiques... Il n'est pas manuel pour deux sous, il ne construira jamais rien, il ne saura pas réparer quelques chose, il doute qu'il ait une quelconque utilité au niveau médicale, il ne sait pas allumer un feu ou suivre les coordonnées d'une carte. Bien sûr, Mace sait la plus part de ces choses, il a été militaire, il a donc suivi une formation, mais dans leur duo il souffrait d'une inutilité. Robert ne voulait certainement pas être un poids mort car il est le genre d'homme à ne pas supporter les gens qui ne font rien et se laisse porter par la vie. Son cerveau, fidèle allié n'est plus qu'un ami désuet... Un jour Mace se lassera peut-être de lui comment pourrait-il lui en vouloir ? Une tâche attire son regard entre les gravas, il n'a pas le temps de savoir ce que c'est réellement car en y regardant de plus près elle a disparu. Il a envie de demander son avis à Mace mais un bruit assourdissant manque de lui faire faire une crise cardiaque et si le mécanicien n'avait pas réagi rapidement le deuxième impact de balle l'aurait traversé de part en part.

- Reste couché ! »

Sous le corps de Mace qui le presse un peu plus bas, Capa sent sa respiration se faire chaotique, jamais personne ne lui a tiré dessus, c'est la première fois qu'il entend une détonation réelle celle-ci n'est pas sortie tout droit d'un film. La vitre côté passager a volé en éclats éclaboussant sa chevelure et sa peau de milliers de tessons. S'il arrivait à récupérer sa respiration, il hurlerait certainement de terreur, mais il suit docilement le mouvement de Mace, gardant la tête entre ses genoux. Le coude du militaire appuie sur sa colonne tendis qu'il appuie sur le champignon pour qu'ils ne se fassent pas encerclés et Robert entend le bruit du revolver de son coéquipier lorsqu'il fait feu en réponse aux hurlements incohérents de leurs agresseurs. Ses paumes se posent contre ses oreilles essayant de camoufler tous ces sons car il a peur. Ses yeux se posent sur Corazon qui s'affole sur le sol et dans un geste étranger il attrape la créature la cale contre son visage. Le silence se fait tout à coup… Ça sent la poudre et le sang.

- Secoue tes cheveux et garde les yeux fermés, faut se débarrasser de ça, grouille, y'en a peut-être d'autres ! »

Suivant les indications du militaire, il se débarrasse des éclats de verre remontant un regard pétrifié de terreur sur son ami dont l'épaule saigne. Mace redémarre et part à toute vitesse. En regardant en arrière, Capa peut voir des corps qui n'ont rien d'humain, leur peau semble brulée par les radiations ou d'une pigmentation qu'il n'a jamais vu, leurs visages le choquent au plus haut point car ils ressemblent plus à des animaux qu'à autre chose. Il n'imagine pas ce qu'ont vécu les survivants... En tout cas les tachyons semblent être qu'une toute petite partie de l'iceberg...

- Ça va, ton épaule ? »
- Une égratignure ! »

Mace s'est jeté sur lui pour le protéger prenant le risque de prendre une balle pour lui. Il comprend bien que c'est un militaire et qu'il a le sens du devoir, protéger et se battre pour le bien d'autrui, cela dit Robert ne se sent pas digne de ça. Lorsque Corazon prend place au creux de sa capuche, son indexe glisse sur la blessure du conducteur, en effet c'est superficiel, mais quand bien même, il ne pourra jamais oublier ce geste. Mace lui a sauvé la vie, c'est certain et pour Capa ça veut dire beaucoup. Il ne s'est pas rendu compte que ses mains tremblent, c'est peut-être un effet secondaire de ce qu'il vient de vivre à moins que ça ne soit autre chose. La gorge nouée il se baisse, embrassant la chair ensanglantée car la peur lui a fait imaginer un atroce scénario et si jamais un jour cela devait arriver, le physicien ne s'en remettra jamais. Mace devait vivre, il devait survivre, trouver des survivants et devenir leur leader. L'homme ne devait pas mourir en vain, surtout pas pour le sauver lui. Le mécanicien s'était déjà sacrifié pour Robert, pour la mission, pour sa bombe, plus jamais il ne veut voir quelqu'un mourir devant ses yeux.

- Heu… tu fais quoi avec mon bras ?! »
- T'étais pas obligé de faire ça. »
- Et qui va me raconter ce qui se passe sur radio soleil si je te perds ? »

Un sourire frémit sur ses lèvres, Mace semble imperturbable et c'est bon de le voir ricaner bêtement après une telle montée d'adrénaline. Il enserre le bras blessé entre les siens posant son crâne délicatement contre l'épaule du militaire tout en se rapprochant de lui sans le gêner dans sa conduite. Capa ignore pourquoi mais il a besoin de contact car tout son être grelotte et s'il ne fait rien pour se calmer, il a l'impression que ses yeux déjà noyés ne pourront plus retenir l'envie qui est leur de pleurer de tout leur saoul. A la fois étonné et satisfait que le mécano ne le repousse pas ou ne sorte pas un sarcasme, Robert ferme les yeux et inspire le parfum du corps qui vit entre ses bras comme pour s'assurer qu'il est toujours vivant. Il y a encore quelques semaines Mace était un bon élément d'Icarus 2 mais un véritable chieur qui lui en faisait voir de toutes les couleurs. Aujourd'hui il est un allié, un ami s'il ose penser à ce terme, si précieux qu'il ne se voit pas vivre sans lui.

- Ça va aller... »

Lorsque le militaire trouve enfin le coin idéal pour monter son campement, il fait déjà presque nuit. Le bruit de la forêt derrière eux est inquiétant, mais puisque Mace ne semble pas y prêter la moindre attention, il essaye de faire de même. La tente est facile à monter c'est déjà ça, au moins, il peut être utile à quelque chose.

- On fait pas de feu, alors ce soir c'est… haricots froids ou corned beef ? »

Il s'en fiche un peu, Capa n'a pas spécialement faim, son estomac est encore noué à cause de ce qu'il a vécu un peu plus tôt dans la journée, tout ce qu'il veut c'est s'enfoncer dans le sac de couchage, fermer les yeux et espérer que demain il se réveillera à bord d'Icarus et que tout ceci ne soit qu'un abominable cauchemar. Il s'assoit sur un rocher en se frictionnant les bras. Corazon pousse un petit cri aigu au creux de sa capuche, mais il n'y prête pas attention car il sait que demain sera dans la continuité de cette journée, il ne rêve pas. Son corps éprouve la froid, la peur, l'envie de décrocher et c'est terrorisant. Robert a toujours été un enfant sans histoire protégé derrière ses livres et ses rêves, aujourd'hui il n'a plus rien de tout cela, Mace pourra le protéger de tout mais certainement pas de son esprit, ni même des émotions qui le guettent et l'effraient au plus haut point.

- Mange ça. »
- Pas faim. »
- Tu peux pas te permettre de ne pas te nourrir, si tu tombes malade ça va être la merde. Mange un peu ! »
- Ok... »

Il soupire obéissant sans plus de détour à la figure autoritaire qui lui sert de père ou de frère ainsi que de guide, la boite de conserve entamée arrive entre ses doigts froids, il regarde les haricots blancs nager dans une sorte de sauce tomate. A première vue ça n'a rien de très engageant, mais après deux cuillerées le gout parait presque bon. Cependant le cœur n'y est pas. Les bons petits plats de Corazon lui manquent. Ils avaient droit à du frais tous les jours en plus de leur plats lyophilisés et leurs rations militaires... Son visage se baisse, ses grands yeux bleus sont à nouveau humides, il ne sait pas, ne se rappelle pas avoir pleuré une seule fois dans sa vie. Il ne s'en souvient pas. Il aura fallu attendre la fin du monde pour que quelque chose le touche réellement.

- Capa, parle-moi. »
- Ça va aller... c'est juste que c'est la première fois qu'on me tire dessus. Tu... tu avais déjà tué ? »
- Hum. J'ai servi pendant les émeutes à Tokyo et la révolte anglaise. J'avais jamais vu autant de désespoir. C'était juste après l'échec d'Icarus 1. Il y avait des femmes qui soulevaient leurs enfants à bout de bras priant pour qu'on les emmène qu'on sauve leur gosse de cet enfer… »

Le regard de Mace est hanté, il essaye d'imaginer ce qu'a subi le militaire, mais il a vécu dans sa bulle tout le long de sa vie caché derrière ses livres, ses théories et ses calculs. La vie difficile des hivers sans fin, il ne l'a connu que dans la chaleur de ses pulls et de ses couettes, un bouquin entre les doigts. Qu'il avait été égoïste et insensible ! Serrant la matière du sweet bien trop large pour lui, il fait un signe de tête puis se dirige vers la tente. Il a besoin d'être seul car s'il doit pleurer et il ne veut pas que son coéquipier en soit témoin. Capa est perdu, en position fœtale, il essaye vainement de ne pas pleurer, de ne pas craquer, mais il n'a rien à quoi se rattacher, il est rempli d'incertitudes et de peurs pour la première fois de sa vie il est dans le noir et semble s'enfoncer dans l'obscurité de ses pensées à chaque battement de cœur.

Il ne dort pas encore lorsque le militaire décide de venir le rejoindre en grommelant. Le bruit de la fermeture éclair qui se referme et la soudaine présence de Mace le réconforte un peu car il n'est plus seul dans les ténèbres. Il se retourne dans son sac de couchage et observe la ligne du dos qui se découvre devant ses yeux bleus, bien qu'il ait vu son compagnon nu, il ne peut s'empêcher de boire cette image comme il le fait à présent. Lorsque le visage du mécanicien s'extirpe de son vêtement, Mace lui tend un regard chaleureux.

- Ça te plait ? »
- Hein ?! »
- Je sais bien que y'a peut-être plus de fille sur terre mais quand même je m'attendais pas à ça de ta part… »

Ho… ho… voilà bien un terrain sur lequel le jeune physicien ne veut pas s'aventurer, aussi il dévie son regard sur la toile de la tente le temps que son équiper s'allonge à ses côtés. Il espère que l'homme comprendra qu'il n'a aucune envie de parler de ça et oubliera bien vite son regard trainant. Mais l'autre s'assoit sur son sac de couchage avec un sourire presque diabolique.

- D'ailleurs quel est ton genre de nana, autre que non émotionnellement instable ! Le style première de la classe en petite jupe plissée, paire de lunettes sur le nez et son éternelle queue de cheval studieuse ? »
- Je sais pas… »
- Tu sais pas ? Attends, t'as quel âge au fait ? »
- J'ai eu vingt et un ans la veille de partir sur Icarus 2. »
- Wow, je croyais que l'age légale pour entrer dans le programme était justement de vingt deux ans ! »
- Je suis entré à la fac à quinze ans, j'ai eu le temps de faire mon cursus et de finir premier de mes études d'astrophysiques. J'étais le meilleur et on m'a convoqué pour ça, même si j'étais encore qu'un gosse. Je dois t'avouer que j'ai jamais eu le temps de regarder une file de ma vie et pour dire vrai ça m'a jamais intéressé. »
- Chacun son truc Roby, pas la peine de t'en faire ! Après tout tu as relancé le soleil, sans toi, je serais encore dissous dans l'infini… quitte à choisir, je suis mieux là. »
- Vraiment ? »
- Hum. »

Capa soupire serrant ses bras autour de son corps, il a quelque peu froid malgré la couverture de survie, les nuits sont aussi glaciales qu'en plein désert. Les bruits venant de la forêt alertent ses sens à chaque fois et le fait que le militaire est gardé deux armes à ses côtés ne le rassure pas. Il imagine leurs agresseurs les avoir suivi et se presser autour de la tente pour les égorger. Maintenant tout ce qu'il discerne c'est son cœur qui vrombit jusque dans son crâne.

- Faut que tu te calmes, Capa. »

Le militaire l'observe tendrement, il soupire, puis s'extirpe de son sac de couchage. Les mouvements qu'il fait sont naturels et fluides, si Capa n'était pas en pleine crise de panique, il aurait réagi en voyant le militaire ouvrir son sac de couchage et glisser à ses côtés. La présence est dérangeante car il ne veut pas que Mace le voit dans cet état. Robert Capa a été un professionnel dégagé de toute émotion, réfléchi et intuitif pensant toujours à la mission avant toutes choses. Il n'est plus qu'un enfant apeuré qui se laisse serrer entre les bras d'un protecteur. Mace tire la nuque de Robert contre son épaule afin qu'il puisse y enfouir son visage.

- Calme-toi. On est en vie, tout va bien. »

Le premier jour de son arrivée à Tokyo, il avait cédé sous le poids du choc. Encore gamin, il n'avait pas pu faire face à toute la misère humaine et toute la violence d'un peuple désespéré. Kaneda avait trouvé les mots justes pour l'empêcher de faire une crise de panique et perdre tous ses moyens. Ils n'avaient pas le loisir à se laisser aller, pas non plus aujourd'hui. Caressant la chevelure longue, Mace patiente le temps que le physicien reprenne du poil de la bête.

- Désolé. »
- Normal. Oublie pas une chose, tu as le droit de craquer et au lieu de gérer ça tout seul tu m'appelles. Maintenant ferme les yeux et dors. »
- Tu restes là ? »
- Oui… je vais finir par regretter que tu ne sois pas un joli brin de fille ! »

Il souhaiterait avoir le sourire comme son compagnon, mais il n'en a pas la force, ni le courage à la place il niche son visage contre le torse du militaire écoutant son cœur battre. Le rythme doux est la plus belle berceuse qu'il n'ait jamais entendu. Capa ne se rappelle pas avoir eu besoin de la présence de quelqu'un pour s'endormir, il ne se souvient pas avoir un jour penser à glisser dans les bras de quelqu'un pour se sentir mieux, pas même sa mère. Ses câlins étaient un supplice qu'il acceptait tant bien que mal, sachant l'affection irraisonné qu'une mère avait pour sa progéniture. Il entend distinctement Corazon grignoter un paquet de noix de macalania, surveillée par le regard certainement enjoué du militaire. L'avancée technologique qu'il n'a pas vu naitre l'émerveille car la toile interne de la tente diffuse une lueur assez intense pour qu'ils y voient comme en plein jour, il suffit de frôler la toile pour qu'elle s'illumine comme un ciel étoilé. Cependant la lumière n'est pas visible de l'extérieur aussi elle ne leur portera pas préjudice. Il se demande quelle matière a été utilisée pour réaliser cette merveille et c'est en pensant à tout un tas d'éléments chimiques qu'il s'endort.

Au petit matin, il est seul dans la tente, quelque part entre la déception et le sentiment d'être idiot, Capa se lève et s'habille. La première chose qu'il voit en ouvrant la fermeture éclair est le sourire satisfait du militaire. Mace est assis sur un rocher quelques mètres en amont, son torse nu est baigné de lumière. Ils ont passé un peu plus de deux ans ensemble et ce n'est qu'aujourd'hui qu'il se rend compte que l'homme a de magnifiques yeux gris-bleus. Capa lui tend un furtif signe de la tête avant de baisser les yeux. La chaleur est remontée avec l'apparition du soleil dans le ciel, du coup il s'étend dans la lumière faisant craquer ses os. Il prend son temps car les rayons sont chauds et son corps semble vouloir absorber sa dose de vitamine D.

- Passé une bonne nuit ? »
- Oui. »

La meilleure depuis bien longtemps... Un sourire idiot grimpe sur ses lèvres tandis qu'il observe Mace affuter son couteau de chasse en humant l'air d'un vieux western. Il se souvient l'avoir vu avec son père lorsqu'il était encore enfant. Ça parlait d'or, de héros solitaire et d'honneur. Le temps avait effacé le titre du film ou même le visage des acteurs mais quelque chose de son adoration enfantine avait survécu… quelque part au fond de lui. Bang Bang… Il n'avait jamais joué qu'avec son père, tout du moins jusqu'à ce qu'il sache lire. Dans le jardin pour enfant Robert avait couru dans l'herbe haute et avait joué au shérif et au hors-la-loi.

- Bang bang, he shot me down. Bang bang I hit the ground, bang bang… That awful sound, bang bang… »
- My baby shot me down. »

Il ne sait pas pourquoi il a repensé à cette vieille chanson que sa mère avait écouté des centaines et des centaines de fois, ni même pourquoi il l'avait chanté à voix haute, mais il est surpris que Mace la connaisse. Pour ainsi dire le monde humain avait embrassé la musique électronique lorsqu'elle avait su influencer le cerveau des gens. Après ça, la jeunesse avait trouvé un moyen légale de planer sans accoutumance et sans problème de santé. Trey avait été un adepte de ce genre de pratique, mais pas lui. Capa avait aimé le grande musique avant tout, mais les vieux tubes que sa mère mettait dans l'après-midi faisait aussi parti de son répertoire. Les paroles de cette chanson s'étaient pour toujours incrustées dans son cerveau car en plus d'être belle elle racontait quelque chose, même si il n'était pas coutumier des sentiments exposés dans les paroles. Ça lui rappelait les gouters de sa mère ainsi que l'odeur de son parfum… Quelque chose de mélancolique s'empare de son cœur, cette femme a fait preuve d'abnégation devant son fils, elle n'a pas pu être la mère aimante qu'elle aurait voulu être, elle avait accepté le lot de son fils et n'avait jamais essayé de le garder auprès d'elle. Il ne se rappelait pas lui avoir dit une seule fois je t'aime.

- Seasons came and changed the time, when I grew up I called him… mine. »

Tout à coup Mace rigole franchement, il ignore cependant pourquoi. Peut-être parce que son regard est toujours braqué sur la personne du mécanicien tandis qu'il continue de chanter. Capa ne le voyait même pas avant qu'il ne se manifeste puisqu'il était plongé dans ses souvenirs. L'homme se lève, passe la lame de son couteau contre le tissus de son pantalon tandis qu'il continue de chanter, il le voit se rapprocher de plus en plus jusqu'à ce que le militaire pose son indexe sur ses lèvres l'empêchant de poursuivre.

- I used to shoot you down… J'aime pas la fin de cette chanson. »
- Sans la fin, elle n'a pas de raison d'être. »
- L'amour doit-il toujours finir mal ? »
- Sinon il ne peut exister. Tous les grands dramaturges te le diront. »
- Appelle-moi fleur bleue alors, mais je préfère quand ça finit bien. »

Fleur bleue ? Un militaire ?! L'expression de surprise se lit sur son visage, il examine le regard de Mace en haussant un sourcil. Cette expression ne semble pas lui convenir, il n'a jamais envisagé que le mécanicien puisse avoir une soft-side comme qui dirait... Il a connu de lui les engueulades, les coups de poing, la rancœur et parfois les coups en traitre. Il a connu son regard froid et intransigeant, sa langue vive et impromptue aussi jamais il n'a pensé à Mace d'une autre façon que celle-là : un Mâle Alpha un brin misogyne et complètement macho. Le militaire comprend rapidement ce que son vis-à-vis est en train de penser de lui, aussi il secoue la tête négligemment en souriant.

- C'est pas parce que je suis militaire que je ne sais pas être romantique et galant. Tu me connais pas Robert, tu as vu le mécanicien d'Icarus 2, parfois même d'un peu trop près. Tu as connu le soldat qui marche au pas et qui mènera sa mission à bien, même si pour ça il doit mourir. Tu ne connais pas Mace. »
- Est-il si différent ? »
- Plus que tu ne le penses… »

Si telle est la vérité Capa désirait rapidement apprendre à connaitre l'homme derrière le militaire, savoir ce qui se cachait derrière cet être flegmatique et déroutant.

- C'est un peu comme toi. J'ai connu le physicien sans sentiment et je découvre le petit ange que Searle a toujours vu. »

Un ange… Il déteste ce terme ! Son regard doit trahir ses pensées puisque le militaire se met à rire en tirant sa joue comme il l'aurait fait à un enfant. Le physicien se dégage de l'emprise sauvagement faisant voleter sa chevelure dans sa fougue. Il est surpris de voir Mace s'humidifier les lèvres et se retourner sans sommation. Capa tremble tout à coup de malaise.

- Quand mon père est revenu de prison, il a dit une chose pas conne du tout, après un an sans fille, même le plus couillu des mecs peut paraitre bandant, c'est encore pire quand on se retrouve face à toi ! Petit dej et on lève le camp ! »

Est-ce la façon qu'a Mace de lui dire qu'il est beau ? Le sourcil de Robert tressaute nerveusement, car il ignore comment il doit le prendre. Doit-il en être heureux ? Ou doit-il se sentir insulté ? Il n'arrive pas à trancher et ressent une soudaine rage qui lui colore les joues. Pestant il attrape son bol de… bouillon d'ours ? puis tourne le dos au militaire qui n'en rigole que plus. Si il s'écoutait il ficherait son poing dans le visage de son coéquipier sans ménagement !

- Farouche qui plus est ! T'es amusant Roby, je te voyais plutôt comme un de ces illuminés un peu snobe et avec un bâton dans le fion, j'ai dû me tromper. »
- Je suis loin d'être snob, c'est juste que mes tests de QI m'ont montré proche de l'autisme. J'ai été un enfant… différent, ça s'est arrangé quand je suis entré dans le programme de la Nasa, grâce à Trey en grande partie. C'est juste que le monde me fait peur… je suis à l'abri derrière mes livres. Une véritable sécurité où tout est paramétré, un et un fera toujours deux, c'est mon monde. Les gens ne peuvent pas comprendre, même ma mère n'a jamais réellement compris pourquoi jouer dehors me terrifiait. »

Il avait souvent dit que ça ne l'intéressait pas de jouer avec les autres enfants du voisinage, mais c'était un fait, les enfants de son age lui avait fait peur. Robert s'était toujours senti en sécurité avec les adultes, il savait de quoi leur parler ; mais avec les gens de son age, il avait toujours eu peur des moqueries et du rejet. Et puis surtout, il n'avait jamais eu les mêmes intérêts avec ses camarades de classe. Lorsque les garçons jouaient aux courses de voitures, lui il préférait ouvrir des livres de sciences bien trop complexes pour son jeune âge. Lorsque ensuite les garçons parlèrent de filles, Capa lui s'intéressa à sa future bombe... Un mur, son mur de protection contre le monde étranger dans lequel il avait vécu.

- Je sais pas si je pourrais continuer encore longtemps Mace. Sans ma zone de confort, je sais pas si mon mental va suivre ou si je vais… »
- Devenir fou ? »
- Hum... J'ai toujours fait en sorte de fuir les fluctuations émotionnelles, les psy disaient qu'un trop grand choc émotionnel pourrait me faire passer le cap de l'autisme sans retour possible. J'ai jamais dit ça à mes parents, ils étaient déjà tellement aux petits soins avec moi en sachant que je serais jamais normal, leur apprendre que cette menace planait, ça les aurait détruit. Je n'ai jamais pleuré avant hier, j'ai jamais senti la peur de cette façon, ni même le vide, j'ai jamais perdu le contrôle... »

Il manquait plus que ça ! Mace fronce les sourcils, il a tout intérêt à garder l'œil ouvert et le bon car si le petit génie lui claque entre les doigts, ça allait être pénible ! Il ne sait rien de l'autisme à part que c'était une maladie de l'esprit encore incurable à l'époque d'où ils venaient. Cela dit, il ne veut pas savoir ce que ça donnerait ! Le mécanicien réfléchit à ce que vient de lui dire le physicien, puisqu'il a besoin de stabilité, puisqu'il a besoin de se cacher derrière son intelligence, il doit trouver quelque chose pour faire taire la crainte qu'a l'homme de ne plus servir à quoi que ce soit. C'est un fait, ce monde ne demande pas l'attention d'un génie en astrophysique, au mieux tout ce qu'il pourra demander à Roby c'est de créer une bombe en cas où les créatures de toute à l'heure viendraient à nouveau les attaquer. Mais au-delà de ça, il ne sait pas en quoi le gros cerveau de son camarade pourra lui servir...

- Tu vas faire quelque chose pour moi. »
- Quoi ? »
- Cite-moi la table des éléments périodiques. »
- Hein ?! »
- Fais ce que je te dis, bien haut et bien clair, pendant que je démonte le camp. »

Après l'avoir regardé comme un extraterrestre, Capa se met à sa tâche, cette table il l'a appris par cœur à à peine dix ans. Son coéquipier lui, charge la voiture en l'écoutant attentivement, il se demande si le militaire la connait, si il saura y voir une quelconque erreur de sa part car il ne comprend toujours pas sa demande. Tandis que les éléments se succèdent dans un automatisme, il voit où veut en venir son ancien équipier. Tout ceci fait partie de sa vie, de son monde rien qu'à lui, tandis que les différents éléments prennent place dans son esprit, il en oublie tout le reste : la peur, l'insécurité, l'inconnu… Lorsqu'il a fini Capa sourit, il attrape le corps du militaire qui referme le coffre de la voiture, l'homme surpris pousse un juron car il n'a pas vu le génie en astrophysique dans son angle mort.

- Qu'est-ce que tu fiches ? »
- Je crois que je t'embrasserais bien. »
- Tu quoi ?! »

Capa n'est pas habitué à ce genre d'envie physique, lui qui est dans la mesure ne connait pas ce genre de réaction émotionnelle, mais quelque chose semblable à de la joie le fait sourire comme un crétin. La découverte de cette facette de lui est à la fois excitante scientifiquement parlant et à la fois repoussante car ce n'est définitivement pas lui.

- Oublie ça. J'ai pas l'habitude de..., c'est assez dérangeant, on devrait y aller. »
- Faut qu'on passe par la rivière sans vouloir jouer le rabat joie, on sent le fauve ! »
- D'accord... »