Bonjour tout le monde. Vous l'avez sûrement remarqué mais cette histoire s'est transformée en fiction longue durée. À la base c'était quelque chose que je voulais éviter, car avec Trahisons à deux chapitres par semaine cela fait beaucoup à écrire. Mais d'un autre côté, j'ai trop d'idées pour rester comme ça, donc je vais poursuivre cette fiction en parallèle, mais à un rythme plus lent pour l'instant (environ un chapitre tous les 10-15 jours).
Remerciements
Merci à Hm et Louserie pour vos reviews
Louserie : la réponse dans ce chapitre, avec une autre réapparition ^^
Disclaimer
L'histoire et les personnages sont toujours la propriété de Martin Gero et de NBC
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Chapitre 4 – Réunion de famille
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Bureau du FBI, New-York
Une fois Jane sortie, la directrice Hirst remarqua le changement d'attitude de ses agents.
-« Les choses avancent lentement », commenta Weller en s'asseyant sur un coin de bureau, l'air pensif.
-« Jane est têtue je ne t'apprends rien patron, nous devons prendre notre temps pour ne pas la brusquer », commenta Reade en croisant les bras avec un soupir.
-« Ai-je raté quelque chose » ? demanda finalement leur supérieure.
-« Non M'dame », répondit Zapata en la regardant dans les yeux. « Nous évaluons juste nos progrès dans le traitement de Jane ». Devant son froncement de sourcil perplexe, Patterson se dévoua pour lui expliquer la situation.
-« Vous savez que Jane est têtue… ».
-« Vraiment ? Je n'avais absolument pas remarqué », la coupa Hirst d'un ton ironique. Un petit rire parcouru l'assemblée, avant que Patterson ne reprenne en souriant.
-« Oui, c'est une vraie surprise pour tout le monde…Plaisanterie mise à part, nous essayons de pousser Jane à se confier sans trop la presser ».
-« Se confier à quel sujet » ?
-« Tout ce dont elle a besoin de parler…Jane est une personne assez discrète et secrète », commenta Zapata.
-« J'ai déjà remarqué cela chez elle. Elle est sûre d'elle mais sans en faire trop ni se mettre en avant… ».
-« C'est en partie son caractère et en partie à cause des tatouages », commenta Kurt en se frottant le menton. « Même lorsqu'elle essaye de…se faire discrète, on la remarque forcément. L'avantage d'être à New York c'est que la plupart du temps elle parvient à ne pas trop attirer l'attention. Mais dans certaines circonstances…ou avec certaines personnes…elle a droit à des regards ou des remarques désagréables ».
-« Dans ce cas pourquoi ne pas les avoir fait retirer au laser ? Tout du moins les plus visibles » ? demanda Hirst en remarquant son air irrité. Connaissant Kurt Weller, il ne devait pas bien prendre ce genre d'attaque contre sa femme.
-« Jane dit que c'est parce qu'ils ont permis notre rencontre et qu'ils servent à aider les gens. Elle n'a jamais voulu prendre le risque de les retirer avant que nous les ayons tous élucidés… »
-« Ce qui pourrait prendre un certain temps, surtout maintenant qu'ils ont un double sens » commenta sa supérieure.
-« C'est vrai mais à force d'y réfléchir…nous pensons qu'elle a une autre raison de ne pas les faire retirer ».
-« C'est une sorte de châtiment auto-infligé…Puisque les tatouages étaient autant son plan que celui de Shepherd pour infiltrer le FBI…elle les garde comme un rappel de ses erreurs », expliqua sombrement Tasha.
-« Je vois…d'après vos réactions, j'imagine que vous n'avez compris cela que récemment », dit Hirst, toujours observatrice.
-« Oui…Même après tout ce temps, Jane ne se confie pas facilement ».
-« Et nous ne pouvons pas vraiment lui en vouloir après ce qu'elle a traversé …ni après le fait que son thérapeute se soit révélé être une taupe pour Shepherd », commenta Patterson tristement.
-« Patterson…Borden nous a tous roulé, tu n'as pas à t'en vouloir… », soupira Zapata en s'approchant pour passer un bras autour de ses épaules.
-« C'est ce que le docteur Sun m'a dit…Tout comme Jane…Elle n'en parle pas beaucoup mais…je sais qu'elle s'en veut de ne pas avoir réussi à se souvenir de lui pour empêcher cela… »
Hirst fronça à nouveau les sourcils, parfois il était facile d'oublier combien l'équipe Weller avait souffert pour arrêter Shepherd. L'agent Patterson avait perdu son petit-ami assassiné en enquêtant sur un tatouage, puis Borden s'était révélé être une taupe qui avait utilisé ses sentiments pour renseigner Shepherd sur leurs agissements et griller la couverture de Jane. Non seulement cela, mais il avait aussi tiré sur la jeune analyste lorsqu'elle avait compris sa trahison, puis l'avait livrée à sa supérieure pour être torturée.
Les agents Reade et Zapata avaient faillis être tués plusieurs fois en affrontant les hommes de Sandstorm, et le premier avait même dû mettre fin à sa relation avec la sœur de l'agent Weller pour les protéger. Ce dernier pour sa part, avait été manipulé pour croire que Jane était en réalité son amie d'enfance disparue, Taylor Shaw, avant de découvrir que ce n'était qu'un mensonge pour se rapprocher de lui. Pire, il avait appris que Shepherd avait un intérêt pour lui depuis des années et avait financé ses études, un fait qu'il avait eu beaucoup de mal à accepter, ce qui était compréhensible venant de quelqu'un d'aussi intègre. Lorsque la nouvelle avait été connue, plusieurs voix s'étaient élevées pour le renvoyer de son poste, dont celle du procureur fédéral Weitz. Feu Pellington avait pourtant pesé de tout son poids pour éviter cela, et il avait eu raison comme le montrait le fait que Weller et son équipe étaient parvenus à arrêter Shepherd. Par la même occasion, cela lui avait permis de lever tout soupçon de collusion pesant sur lui, même si elle-même avait dû intervenir à nouveau pour lui éviter un renvoi après l'arrestation de Shepherd. Avec le temps les pressions politiques étaient retombées, d'autant que l'équipe de Weller et le bureau de New York affichaient l'un des meilleurs taux de résolution d'enquêtes du pays.
Cependant, celle qui avait payé le prix le plus élevé était sans doute Jane. Bien sûr, compte tenu du fait qu'elle avait activement contribué à la création de ce plan lorsqu'elle était Remi, il aurait été facile de porter tout le blâme sur elle. Elle savait que depuis que certains détails s'étaient ébruités, même si une grande partie de l'affaire était encore confidentielle, quelques agents la méprisaient pour cela. Mais Hirst n'était pas comme eux. Sa carrière avait été bâtie sur une grande rigueur, associée à une grande ouverture d'esprit qui lui permettait de se mettre à la place de ses interlocuteurs, criminels, victimes ou agents, afin de mieux les cerner. De son point de vu, la considérer comme seule responsable, c'était ignorer le fait que Jane n'était plus Remi. Après son effacement de mémoire, la jeune femme avait changé, en mieux. Du propre aveu des agents qui l'avaient côtoyé et des rapports de son équipe, il était apparent qu'elle avait réellement envie d'aider les gens depuis qu'elle avait rampée nue et couverte de tatouages en dehors de ce sac déposé sur Time Square. Très vite elle s'était ensuite attachée à l'équipe Weller, avant que le passé ne la rattrape.
Ses tatouages avaient attirés entre autre l'attention de Tom Carter, le directeur adjoint de la CIA qui l'avait enlevé et torturé, donnant l'occasion à Oscar, son ex-fiancé d'apparaitre comme un sauveur. Même si la jeune femme s'était méfiée, le fait qu'il lui apprenne que le plan d'effacer sa mémoire pour infiltrer le FBI et exposer la corruption d'une partie des dirigeants du pays était le sien avait entrainé beaucoup de questions, qui étaient venues s'ajouter à celles qu'elle se posait déjà sur son identité. Menacer son équipe et Kurt Weller, pour qui elle semblait avoir développé un attachement précoce avait également garanti sa coopération forcée à ce projet. Là encore, il serait facile d'arguer qu'elle n'aurait eu qu'à informer le FBI des menaces pour que tout s'arrête, mais son expérience lui disait que dans ce genre d'affaire les choses étaient rarement aussi simples. Considérant de plus le niveau de préparation de Shepherd, elle doutait qu'une éventualité n'ait pas été prévue pour faire face à cela. Même si le calcul du cerveau de l'organisation reposait sur le fait que sa fille, même sans ses souvenirs, s'opposerait au gouvernement si elle y était progressivement incitée, Shepherd était si méticuleuse qu'elle devait avoir étudié toutes les options, comme la présence de Borden en tant que taupe le montrait.
La jeune femme avait ensuite été manipulée, ne se rendant compte que trop tard de qui étaient réellement les personnes derrière Oscar lorsque Mayfair avait été tuée devant ses yeux. En dépit d'être un agent fédéral, Hirst comprenait ce que Jane avaient dû ressentir à cet instant. Évidemment, elle aurait alors pu contacter l'équipe pour avouer ce qui venait de se passer, mais cela l'aurait privé des réponses dont elle avait besoin.
De son point de vu, il était également toujours possible que quelqu'un s'en prenne à Weller et son équipe, ce qui l'avait incité à essayer de régler le problème seule. D'autant plus que, se sentant sans doute honteuse de s'être fait manipuler ainsi, elle avait dû hésiter à avouer ses erreurs à son équipe. À la place, elle avait donc traqué Oscar et l'avait confronté, ce qui l'avait laissé avec un ex-fiancé mort et plus de questions sur la personne qu'elle était vraiment lorsque l'homme lui avait dit qu'elle n'était pas Taylor Shaw. Comme si cela ne suffisait pas, à son retour chez elle Weller l'avait confronté à son tour et arrêté sans lui laisser une chance de s'expliquer. Là encore, elle pouvait comprendre ce que son subordonné avait ressenti. Manifestement, il s'était également senti proche de Jane, bien plus qu'un agent n'aurait dû l'être d'une victime sur laquelle il enquêtait. Apprendre que l'identité de Jane n'était qu'un mensonge pour se rapprocher de lui l'avait fait se sentir trahi, même si sa colère semblait avoir une autre raison que seule son équipe avait l'air de connaitre. Et avant qu'il ait eu le temps de faire face, la CIA s'était arrangée pour faire transférer Jane sous son autorité. Trois mois d'enfer s'en étaient suivis pour la jeune femme, torturée jour et nuit sans répit dans une prison fantôme pour des informations dont elle ne disposait pas à l'époque.
Le fait qu'elle soit parvenue à s'évader seule, après les blessures et les privations qu'elle avait subies, était à la fois un petit miracle et un témoignage de ses compétences. Malheureusement pour elle, les choses ne s'étaient pas vraiment arrangées à partir de là. Capturée à nouveau, elle s'était vu proposer un choix peu agréable, infiltrer Sandstorm ou être rendue à la CIA. Lorsqu'elle avait pris la suite de Pellington après son assassinat par Shepherd et qu'elle avait découvert le déroulement exact des faits et la teneur de l'accord qui lui avait été imposé, elle avait été choquée. L'agent en elle comprenait que le FBI et la NSA avaient sur le moment impérativement besoin de Jane pour obtenir des informations, mais la façon dont cela avait été fait la heurtait. Encore aujourd'hui, en voyant la façon dont Jane et l'équipe Weller fonctionnaient, elle se demandait si même en colère après ce qui était arrivé à Mayfair ses agents auraient laissé la CIA l'emmener à nouveau. Une question à laquelle tout le monde était probablement heureux de ne pas avoir à donner de réponse, même si elle soupçonnait que Nas aurait pu aller jusqu'au bout pour forcer Jane à coopérer. Elle ne l'avait rencontré que quelque fois, et encore seulement après l'arrestation de Shepherd, mais le niveau d'obsession qu'elle montrait envers la femme était assez inquiétant de son point de vue.
Plus tard, lorsque sa couverture avait été compromise et qu'elle avait dû ramener son frère après lui avoir effacé la mémoire, Jane avait dû faire face à l'hostilité des agents et de Pellington. Hostilité compréhensible après les pertes subies lors du raid sur la ferme, mais cela n'avait certainement pas rendu sa situation plus facile. Pour toutes ces raisons, dès sa prise de fonction elle avait proposé à Jane de partir dans l'endroit de son choix avec une nouvelle identité une fois l'affaire résolue. Ce n'était pas de la pitié, plutôt…de la compassion. Une fois ce que Jane avait vécu clairement apparent après la lecture des rapports, elle avait été sincèrement peinée et admirative. En dépit de la situation, de tout ce qu'elle avait traversé, la jeune femme avait lutté pour stopper Shepherd, ce qui lui avait coûté cher si l'on pensait au fait que son frère, le seul membre de sa famille biologique lui avait clairement dit qu'il la haïssait avant de se rallier à leur mère adoptive dans son projet d'attentat…
Bien sûr, elle ne niait pas que Jane avait fait des erreurs, ni même que son ancienne personnalité avait commis de nombreux crimes. Mais depuis que sa mémoire avait été effacée, elle avait tout mis en œuvre pour aider les autres et faire ce qu'elle pensait juste. D'une manière générale, étant donné les mois de torture qu'elle avait endurés, on pouvait également considérer qu'elle avait suffisamment payé pour ses erreurs.
-« Je ne vois pas comment Jane aurait pu se rappeler de qui était vraiment le docteur Borden, ou Nigel Thornton puisque c'était son véritable nom. De ce que je sais elle n'a jamais eu le moindre contrôle sur les flashs mémoriels… », commenta Hirst en sortant de ses pensées.
-« Ce qui est notre problème à l'heure actuelle. Par rapport à son comportement passé et récent, nous pensons qu'il y a des choses dont elle ne nous a jamais parlé. Des choses qui la perturbent et lui font craindre de perdre notre affection. Considérant la façon dont nous l'avons traité lors que nous l'avons ramené au FBI…ce n'est probablement pas étonnant mais maintenant… », commença Zapata.
-« Nous essayons de la convaincre de s'ouvrir un peu », poursuivit son coéquipier. « Parce que même si nous avons tous voulus croire que ce qui est arrivé il y a deux ans était réglé, le fait est…que nous n'en avons pas parlé ».
-« Ce qui n'est pas très sympa de notre part parce que…après tout ce que nous avons traversé, Jane a toujours été là pour nous soutenir et nous réconforter quand nous en avions besoin après l'arrestation de Shepherd. Mais de notre côté…nous n'avons jamais vraiment parlé de tout ce qui l'a conduit dans cette situation. Nous avons juste…recommencé à lui parler à un certain moment comme si de rien n'était, sans vraiment faire le point », soupira Patterson.
-« Ce n'est pas tout à fait vrai. Toi tu as toujours été…au moins correcte avec elle. De mon côté j'ai été cruelle en la rabaissant constamment lorsqu'elle est revenue et Reade l'a ignoré la plupart du temps », grimaça Zapata.
-« Peu à peu, nous avons…assouplis notre position devant les efforts qu'elle faisait pour nous aider et une fois que nous avons vu ce que cela lui coûtait. Ce qui n'empêche que les souvenirs de cette période doivent être très douloureux pour elle, et qu'ils doivent la hanter. Sinon elle n'aurait jamais pris la fuite en pensant que nous la détestions… », approuva son coéquipier d'un air dépité.
-« Eh bien…compte tenu du fait que vous vous sentiez trahi à l'époque, votre comportement n'est pas inattendu », répondit Hirst en secouant la tête.
-« C'est vrai mais cela ne rend pas les choses plus facile à justifier. Jane aussi avait des raisons de nous en vouloir, notamment parce que nous l'avons…parce que je l'ai… », commença Kurt.
-« Tu ne pouvais pas savoir que la CIA allait l'emmener pendant que nous avions le dos tourné », compatit Patterson en s'approchant pour poser doucement une main sur son épaule.
-« C'est vrai…mais d'une certaine façon je l'ai abandonné… », marmonna le directeur adjoint d'un ton lugubre.
-« Et aucun d'entre vous n'a essayé d'aborder le sujet avec elle depuis » ? Les agents se regardèrent tous d'un air gênés, avant de hocher négativement la tête avec un bel ensemble.
-« Nous n'avons jamais osé », avoua honteusement Reade en détournant les yeux. « Comme tout avait l'air d'être revenu à la normale…c'était juste plus facile de ne pas en parler et de faire comme si rien n'était arrivé ».
-« J'ai abordé un peu le sujet lorsque j'ai compris que ses cauchemars étaient liés à cela mais…je n'ai jamais osé non plus reparler du jour où la CIA est venue la chercher », avoua à son tour Kurt en se frottant nerveusement le cou.
-« Je vois…Encore une fois, considérant ce que votre équipe a subi lors de l'enquête sur Sandstorm, je peux comprendre vos réactions. Cependant, il me semblait avoir demandé à ce que vous soyez tous évalués par le docteur Sun une fois Shepherd enfermée… » ?
-« Nous n'aimons pas…trop nous confier », admis Zapata après une courte hésitation. « En fait je pense que tout le monde a abordé juste le minimum nécessaire pour être autorisé pour le service actif ».
-« Pourquoi » ? demanda sa supérieure, ayant déjà une idée de la réponse mais voulant l'entendre de vive voix. Une fois encore les agents échangèrent un regard avant que la Latina ne se fasse une nouvelle fois la porte-parole du groupe.
-« En fait…l'affaire Sandstorm nous a beaucoup rapproché, mais cela a aussi eu un certain effet sur les relations que nous avions avec le reste des agents…. »
-« Étant donné la présence d'une taupe et les multiples trahisons, votre équipe s'est repliée sur elle-même pour former un front uni face au monde extérieur ».
-« Oui. Même si les choses vont mieux, nous avons tous traversés une période de grosse crise de confiance…envers nous-même ou envers les autres. Les choses semblaient de plus en plus dingues au fur et à mesure que nous nous rapprochions de Shepherd, et il était difficile de savoir à qui faire confiance en dehors de l'équipe. À chaque intervention, nous ne donnions aux autres agents que le minimum d'informations nécessaire pour accomplir la mission afin d'éviter les fuites…. ».
-« Je comprends, mais quel rapport avec Jane » ?
-« Jane…a toujours tout fait pour nous aider à abattre Shepherd, peu importe le coût pour elle. Son implication dans la mort de Mayfair était déjà difficile à avaler, mais nous avons été encore plus méfiants lorsque nous avons appris que l'organisation était dirigée par sa famille, et nous l'avons rejetée encore plus violemment. Pourtant, elle a continué à encaisser sans se plaindre et à couvrir nos arrières sur le terrain, et petit à petit elle a regagné notre confiance. Et au final…cela lui a coûté son frère. Nous n'y pensions pas vraiment à l'époque, pour nous Roman n'était qu'un tueur de flics et un criminel, mais pour elle…c'était le seul membre de sa famille biologique encore en vie. Le seul lien avec son enfance…Lorsqu'elle a dû lui effacer la mémoire pour le ramener au FBI, elle voulait lui offrir une deuxième chance. Un nouveau départ débarrassé des souvenirs de leur enfance comme elle en avait eu l'opportunité. Puisqu'elle était devenue meilleure, j'imagine que d'une certaine façon il était logique qu'elle espère que ce serait pareil pour Roman », expliqua Zapata.
-« Mais Sam Pellington ne voyait pas les choses ainsi… », commenta Hirst en se souvenant des rapports qu'elle avait lus.
-« Non pas exactement. Sa première réaction a été de vouloir envoyer Roman à la CIA pour qu'ils…forcent les souvenirs hors de lui », répondit Patterson avec un petit frisson. Pour avoir connu la torture des mains de Shepherd, elle ne souhaitait cela à personne, même à Roman en dépit de ce qu'il avait fait. Et encore son calvaire n'avait duré que quelques heures, elle n'osait pas imaginer ce que Jane avait traversé durant trois mois interminables…
-« Une décision davantage motivée par sa colère suite à la perte d'autant d'agents lors du raid que par la logique. Les rapports médicaux étaient formels, à cet instant Roman n'avait aucun souvenir de quoi que ce soit ».
-« Ouais…Ce n'est que parce que Jane a supplié le patron d'intervenir que Pellington a accepté de nous laisser un peu de temps pour lui faire retrouver ses souvenirs de manière plus conventionnelles, un peu comme nous avions essayé de le faire avec elle. Et le moins que l'on puisse dire c'est que je n'ai pas été très agréable avec elle à cet instant », soupira Tasha.
-« Il faut bien avouer que la situation n'était pas propice à la compréhension. Le raid venait d'échouer, Reade était à l'hôpital après avoir failli être enterré vivant, nous étions à la recherche de Patterson qui avait disparu et Pellington avait éjecté Nas puisqu'elle dirigeait l'opération sur le terrain », commenta Kurt en croisant à nouveau les bras.
-« Mais la dose de Zip que Jane avait injecté à Roman était bien plus faible que dans son propre cas, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne retrouve la mémoire », intervint Hirst
-« Exact mais personnellement je ne me sentais pas vraiment d'humeur compréhensive ni patiente à l'époque », commenta Zapata. « Jane ne me l'a jamais reproché, mais je sais que cela lui a fait mal…De son point de vue, nous ignorions totalement ses sentiments en menaçant son frère… Pire nous la forcions à risquer sa relation avec lui pour essayer de stopper Shepherd».
-« C'était sa plus grande crainte, et cela s'est confirmé », approuva Patterson avec une mine attristée. « Nous l'avons forcé à mentir à Roman en disant que c'était Shepherd qui avait effacé sa mémoire, espérant mieux le contrôler ainsi. Malgré ses doutes, Jane a obéit et au final… ».
-« Quand Roman s'est rappelé qu'elle était celle qui avait effacé sa mémoire, il a essayé de la tuer », termina Zapata.
-« J'imagine qu'être rejetée par son propre frère et l'avoir poussé dans les bras de Shepherd à nouveau n'a pas dû être facile à vivre », dit Hirst en fronçant les sourcils.
-« Non…Mais elle n'en a jamais parlé…pas à nous en tout cas », répondit Reade en jetant un regard vers Weller.
-« Elle ne voulait pas aborder le sujet avec moi non plus », soupira Kurt en secouant la tête. « Je sais qu'elle a mal vécu cette période, mais elle est tout simplement trop gentille pour nous le dire. Après l'arrestation de Shepherd, je pense qu'elle craignait qu'en faisant une remarque, nos relations se dégradent à nouveau ».
-« Alors elle a fait ce qu'elle fait de mieux, encaisser et faire profil bas en attendant des jours meilleurs », grommela Zapata d'un air à la fois affligé et irrité.
-« Et nous étions tellement soulagé que l'affaire avec Sandstorm soit terminée que nous l'avons laissé faire ».
-« D'accord, je comprends que Jane ait pu craindre de dégrader vos relations mais… ».
-« Vous ne connaissez pas Jane aussi bien que nous », la coupa Patterson. « Enfin sauf votre respect, je veux dire bien sûr que si vous la connaissez mais… », poursuivit nerveusement la jeune femme.
-« Du calme agent Patterson, je ne l'ai pas mal pris, continuez », la rassura la directrice avec un geste négligent de la main.
-« Jane…donne l'impression d'être forte et indépendante mais…en fait elle craint deux choses plus que tout : nous faire du mal, et se retrouver seule », précisa la spécialiste informatique.
-« Je ne comprends pas, elle est pourtant partit à l'autre bout du monde… », répondit Hirst d'un air perplexe.
-« Uniquement parce qu'elle pensait nous protéger…Mais pour elle, cela a dû être l'enfer parce que comme nous essayons de le lui faire admettre, nous sommes sa famille. Même si elle fait des efforts de socialisation, vous avez sûrement remarqué qu'elle ne croule pas vraiment sous les amis. Depuis qu'elle a rampé hors de ce sac, elle n'a presque connu que nous ».
-« Sauf si on prend en compte sa petite amourette avec Oliver mais étant donné la façon dont cela s'est terminé… », commenta Zapata.
-« Qui est Oliver » ? demanda Hirst.
-« Un homme qu'elle a rencontré lors d'une enquête peu de temps après son retour…Elle se sentait seule et il était intéressé alors…ils ont commencé à se voir. Je ne pense pas qu'elle avait vraiment des sentiments pour lui, mais à cette période il lui offrait un sentiment de normalité dont elle avait besoin pour avancer ».
-« Jusqu'à ce qu'ils soient enlevés tous les deux par des hommes qui en avaient après l'argent que le père d'Oliver avait détourné », poursuivit Reade.
-« Je me souviens de cette histoire…l'affaire Kind c'est ça ? Elle n'était pas liée à Sandstrom…».
-« Non, Jane s'est juste trouvée au mauvais endroit au mauvais moment ».
-« Et ensuite ce type l'a largué comme une vieille chaussette sous prétexte qu'il n'était pas prêt à être dans une relation avec quelqu'un qui avait une histoire aussi compliquée que la sienne », marmonna Patterson en mimant des guillemets avec ses doigts.
-« Je ne vais pas me plaindre », grogna Kurt.
-« Au cas où vous n'auriez pas remarqué, le patron n'est pas vraiment fan de Kind », ironisa Tasha.
-« Il a mis Jane en danger » !
Patterson ouvrit la bouche pour lui faire remarquer que Jane était assez grande pour se défendre seule et qu'Oliver n'était pas responsable des crimes de son père, mais Tasha l'en dissuada d'un hochement de tête négatif. Leur supérieur n'avait presque aucune tolérance envers ceux qui blessaient sa femme, peu importe que ce soit volontaire ou non.
-« Très bien ne nous éloignons pas du sujet…Pourquoi Jane n'a-t-elle jamais abordé cela avec le docteur Sun » ? demanda la directrice. Les agents se regardèrent à nouveau, avant que Kurt ne prenne la parole.
-« Elle ne lui fait pas confiance. Lorsque nous avons voulu évaluer Roman, Sun a déclaré qu'en raison des traumatismes de son enfance et du fait qu'il a été entrainé à tuer dès le plus jeune âge, il n'était pas réintégrable dans la société civile. Sa recommandation était de l'enfermer et de lui fournir un traitement adapté ».
-« Mais Jane a eu la même enfance que lui », dit Hirst en comprenant ce qui devait troubler la jeune femme
-« Oui…elle ne l'a jamais dit clairement, mais nous pensons qu'elle craint qu'en laissant Sun l'évaluer, elle ne demande à la faire enfermer aussi », soupira Patterson.
-« Jane ne semble pourtant pas présenter de troubles nécessitant une mesure aussi radicale », commenta la directrice du FBI en fronçant les sourcils.
-« Nous le savons, mais cela ne l'empêche pas de redouter cette possibilité. Nous avons beaucoup réfléchit lorsqu'elle a disparu et nous pensons qu'il y a des choses qu'elle ne nous dit pas…peut-être des souvenirs désagréables qui lui seraient revenus », commenta Reade.
-« D'où vos…techniques d'approche un peu inhabituelles ».
-« Eh bien…Jane est têtue, elle a besoin d'affection mais elle est tellement réservée qu'elle n'ose pas le montrer ou en réclamer. Est-ce que vous l'avez déjà vu faire un câlin à quelqu'un » ?
-« Maintenant que vous en parlez…À part à l'agent Weller pratiquement jamais…En fait si l'on excepte la semaine écoulée je ne me rappelle pas l'avoir vu vous montrer de l'affection de manière aussi expansive », dit pensivement son interlocutrice.
-« Parce que cela la gêne, surtout si il y a du public. La plupart du temps, elle ne fait des câlins aux gens qui comptent pour elle que dans des circonstances graves où elle pense qu'ils ont besoin de réconfort. C'est assez triste au fond, personne ne devrait hésiter à témoigner de l'affection à ses proches…qui sais si après ce ne sera pas trop tard », dit Patterson son sourire disparaissant progressivement.
-« Patterson, ce qui est arrivé à David n'était pas de ta faute, pas plus que ce n'était celle de Jane », essaya de la réconforter Tasha en passant un bras autour de ses épaules.
-« Je sais…Mais quand je vois Jane avoir peur que nous la rejetions…que je la vois avoir peur de montrer ses émotions…je ne veux pas qu'elle fasse les mêmes erreurs que moi ».
-« Ne t'inquiète, nous allons faire ce qu'il faut pour que ça n'arrive pas », la rassura Reade.
-« Tout à fait, nous allons corriger ce petit problème en lui montrant que nous tenons à elle », ajouta Kurt.
-« Même si nous devons la câliner tous les jours durant les 10 prochaines années pour la convaincre…Les chatouilles sont juste là en bonus, c'est tellement amusant de la voir rire et se tortiller dans tous les sens », s'amusa Patterson avec un petit sourire.
-« C'est vrai que c'est assez fascinant de voir que la fille qui a pu résister à trois mois aux mains de la CIA craque pour quelque chose d'aussi innocent et enfantin », approuva Tasha.
-« Tu parles, tu aimes surtout l'entendre te supplier », commenta son coéquipier en roulant des yeux.
-« Eh, on s'amuse comme on peut. D'ailleurs je ne suis pas la seule à aimer ça pas vrai patron » ? demanda la Latina avec sourire taquin à son supérieur.
-« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles », répondit Weller aussi sérieusement que possible. Les deux membres féminins de son équipe ricanèrent devant ce mauvais mensonge. Même si Jane était de nature discrète sur ce genre de sujet, elles avaient réussis à lui arracher quelques confessions croustillantes et amusantes sur ses jeux nocturnes avec Kurt lors de leurs soirées entre filles.
-« J'imagine que cette pauvre Jane n'a pas la moindre chance », commenta Hirst avec amusement en se tournant vers Reade.
-« Non, Patterson et Tasha peuvent être infernales lorsqu'elles ont une idée en tête…D'autant que c'est pour son bien ».
-« Nous savons que cela peut paraître bizarre et que ce n'est pas vraiment le comportement que l'on attend d'agents professionnels et entrainés…mais c'est le meilleur moyen que vous avons trouvé pour l'habituer à ne pas cacher ses émotions et lui faire comprendre qu'elle a le droit d'être heureuse. Jane est tout simplement trop têtue et trop réservée pour l'admettre autrement, peu importe le nombre d'arguments que vous lui donnerez. Elle est tout à fait capable de vous écouter essayer de la convaincre pendant des heures pour n'en faire qu'à sa tête dès que vous avez le dos tourné, alors nous sommes obligés de…tricher un peu » expliqua Patterson avec embarras.
-« Tout va bien. Tant que cela n'affecte pas le travail de cette équipe et celui des autres agents et que vous restez professionnels durant les enquêtes je n'ai aucune objection. Au contraire, plus vous réglerez les choses entre vous et plus ce sera bénéfique pour la cohésion du groupe. Compte tenu de l'affaire qui s'annonce, nous aurons besoin de vous tous à cent pourcents de vos capacités. De plus, ce n'est pas comme si vous vouliez faire du mal à Jane…Si je peux toutefois me permettre un conseil, ne la brusquait pas trop. Même si elle est têtue et que vos méthodes…peux conventionnelles…pour la convaincre qu'elle fait partie de cette famille ne la blesseront pas, inutile de la submerger. Elle a vécu seule pendant des mois, elle aura sûrement besoin d'un peu de temps pour s'adapter au fait de vous avoir constamment près d'elle. Accordez lui des pauses de temps en temps », répondit Hirst
-« Vous l'appréciez beaucoup aussi n'est-ce pas » ? demanda Patterson en souriant.
-« J'avoue avoir un faible pour Jane. Certes elle a commis des erreurs, mais lorsqu'on lui a donné la chance de changer elle l'a saisie. Je trouve sa force de caractère et son abnégation admirable, compte tenu de ce qu'elle a subit beaucoup auraient fui ou succombés au désir de vengeance…Mais pas elle. A la place elle a tout mis en œuvre pour sauver de nombreuses vies. J'ai le plus grand respect pour ses capacités et son sens moral ».
-« C'est Jane », acquiesça simplement Reade en haussant les épaules. « C'est comme ça que nous l'aimons, même si parfois nous aimerions qu'elle soit plus…égoïste et pense un peu à elle ».
-« Très bien…même si je suis flattée que vous me fassiez assez confiance pour me dire tout cela, j'aimerais que vous ayez tous au moins une séance avec le docteur Sun. Je sais que ce doit être difficile à admettre, mais vous avez visiblement encore des choses à régler, et l'aide d'un professionnel ne fera pas de mal. Et cette fois-ci c'est un ordre », ajouta tranquillement la directrice.
-« Et dire que je commençais à bien vous apprécier », marmonna Zapata faisant ricaner ses camarades devant son franc-parler. La directrice du FBI se contenta d'un petit sourire en coin, mais avant que quelqu'un ne puisse ajouter quelque chose, ils furent interrompus par l'entrée précipitée de l'agent Dawkins.
-« Éric ? Déjà prêt à te prendre ta raclée de la journée ? demanda Patterson avec un petit air sûr d'elle en affichant un plateau d'échecs sur son ordinateur.
-« Pas le temps pour ça ! Patron, il y a deux types de la CIA qui veulent embarquer Jane » ! Répondit rapidement Dawkins en regardant Weller. Le choc et l'incompréhension figèrent la pièce pendant un instant.
-« Quoi » ? demanda finalement Kurt trop incrédule pour dire quoi que ce soit d'autre.
-« C'est sûrement une erreur », dit Patterson en ouvrant de grands yeux inquiets. Après quelques secondes, la colère et la peur se propagèrent dans le groupe.
-« Non sûrement pas, hors de question de laisser ça arriver à nouveau ! Ils devront me tuer d'abord » ! Gronda Zapata toute bonne humeur envolée. Kurt serra les poings de rage, et fut le premier à quitter la pièce au pas de course.
…
Bureau du FBI, open-space
-« Je ne vois pas de quoi vous parlez », répondit sèchement Jane.
-« Ne jouez pas à ça, nous savons que Shepherd est votre mère et j'ai reçu l'ordre de vous conduire dans un site sécurisé pour répondre à quelques questions », répondit l'homme d'un ton arrogant qui l'irrita encore davantage.
-« Un site sécurisé, c'est comme cela que vous appelez un site de torture clandestin », gronda la brune entre ses dents serrées alors que la peur et la détermination se disputaient le contrôle de son cerveau.
-« Je ne vois pas de quoi vous parlez, la CIA ne mène pas ce genre d'opération sur le sol américain, c'est illégal », répondit l'homme avec un sourire narquois.
-« Bien sûr, la CIA respecte toujours la loi », ironisa la jeune femme même si son visage resta dur. « Je n'ai rien à vous dire, adressez-vous au directeur adjoint Weller » ajouta-t-elle en commençant à se tourner.
-« On m'a donné l'ordre de vous conduire là-bas et vous allez venir avec nous de grès ou de force », répondit l'homme avant de faire une erreur monumentale. Ignorant les regards concernés des agents autour de lui, dont certains commençaient à s'approcher en entendant le ton monter, il attrapa Jane par le coude.
Ce fut la scène qui accueillit l'équipe Weller et Hirst lorsqu'ils arrivèrent rapidement du couloir menant au laboratoire. La réaction de Jane ne les surprit pas, même si ils admirèrent sa rapidité d'exécution.
Dès que sa main se posa sur elle, la brune pivota immédiatement et écarta son bras d'un vigoureux revers avant de le frapper au plexus, le faisant reculer alors qu'il tentait de reprendre son souffle. Son collègue s'avança immédiatement en tentant de sortir son arme mais la brune s'avança à son tour pour lui faire lâcher prise en appuyant sur un point de pression près de son pouce. L'agent de la CIA tenta ensuite un crochet du gauche qu'elle para avec son avant-bras replié, avant de le frapper sur le genou, le faisant tomber au sol. Sans perdre de temps, Jane se glissa derrière lui pour enchaîner avec une prise d'étranglement, son coude droit refermé autour de sa gorge.
-« Lâchez-le », toussa son collègue en tentant de reprendre son souffle et en braquant vers elle l'arme qu'il venait de récupérer au sol d'une main tremblante.
-« Lâchez votre arme » ! Exigea immédiatement Zapata en pointant la sienne sur sa tête. L'agent de la CIA se redressa, et remarqua enfin les nombreuses armes pointées sur lui par de nombreux agents du FBI dont certains semblaient passablement en colère.
-« Je ne sais pas qui vous êtes, mais vous avez intérêt à avoir une sacré bonne explication », gronda Kurt en s'approchant, manifestement animé d'intentions meurtrières.
-« Jane tout va bien, nous allons réglez ça. Lâchez-le s'il vous plait », demanda Hirst en voyant la jeune femme continuer à étrangler son agresseur. Son regard croisa celui effrayé et déterminé de la brune, qui après quelques secondes consentit à relâcher sa prise. Au bord de l'inconscience, l'homme au sol reprit frénétiquement son souffle alors que Patterson s'approchait de Jane.
-« Est-ce que ça va » ?
-« Il m'a attaqué », répondit simplement la jeune femme, tout le corps tendu et ses yeux regardant frénétiquement la sortie.
-« Votre terroriste domestique a refusé d'obtempérer. Pourquoi n'est-elle pas en cellule » ? répliqua le premier agent en se relevant lentement.
-« Jane n'est pas une terroriste, elle est une précieuse collaboratrice du FBI. Et j'aimerais savoir qui vous a autorisé à venir dans mon bâtiment pour essayer de l'enlever », demanda sèchement Hirst en croisant les bras.
-« Mon supérieur… Et je maintien que cette salope devrait être dans une cellule », répliqua l'homme avant d'être brutalement soulevé du sol par les mains que Kurt referma autour de son cou.
-« Qu'est-ce que vous venez de dire » ?! Gronda-t-il en le plaquant contre un pilier.
-« Agent Weller ça suffit », exigea Hirst qui même si elle comprenait sa réaction ne voulait pas aggraver l'incident et commencer une guerre inter-agence.
-« Qu'est-ce que c'est que ce bordel » ? demanda une nouvelle voix depuis l'ascenseur. Avec un frisson, Jane regarda Keaton approcher et commença à nouveau à glisser dans une position de combat, le regard noir et les épaules tendus.
-« Wow tout doux Jane, je viens en ami », répliqua aussitôt l'homme en levant défensivement ses mains vides devant lui.
-« En ami ? Alors pourquoi est-ce que vos gorilles apprivoisés ont essayé de l'arrêter et de l'emmener de force » ? Demanda sèchement Zapata en pointant maintenant son arme sur la tête du deuxième agent qui essayait lui aussi de se relever.
-« Quoi » ? demanda Keaton manifestement surpris. « D'accord, tout le monde devrait se calmer, ce n'est qu'un regrettable malentendu ».
-« Un malentendu ? Ce type voulait m'emmener dans un site noir », cracha Jane en indiquant l'agent qui avait démarré l'affrontement. La colère et la peur était perceptible dans sa voix et l'équipe foudroya les agents de la CIA du regard, alors que Kurt devait être retenu par Dawkins et un autre agent de se précipiter à nouveau sur l'homme qui avait insulté Jane.
-« Ok, discutons calmement…dans un endroit plus tranquille », soupira Keaton.
-« La salle de conférence », lui répondit Hirst d'un ton glacial. Suivant leur directeur, les deux agents de la CIA se trainèrent vers ladite salle, suivis par les agents du FBI qui continuaient à les foudroyer du regard. Les membres de l'Agence prirent place sur le côté droit de la table, alors que l'équipe de Kurt se groupait autour de Jane, dans un témoignage très clair de soutien, à l'opposé. Le directeur adjoint resta debout derrière le siège de sa femme, et posa les mains sur ses épaulés, les frottant doucement lorsqu'il en sentit la tension. Son cœur reprenant un rythme plus normal, Jane se détendit légèrement lorsque Patterson attrapa également sa main droite pour la serrer doucement. Le soutien de son équipe était bienvenu. Même si contrairement à la dernière fois elle n'avait pas cru qu'ils laisseraient la CIA l'emmener, la terreur était toujours présente.
-« Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer » ? Attaqua Keaton en regardant ses agents, manifestement mécontent des évènements.
-« Nous avons reçu l'ordre d'amener Jane Doe sur le site de détention de la prisonnière connue comme Shepherd ».
-« Non, j'ai demandé à ce que Jane Weller soit escortée sur ce site…en tant qu'enquêtrice pas en tant que prisonnière. Je n'ai jamais mentionné Jane Doe », répliqua Keaton.
-« Je ne comprends pas…ce ne sont pas les ordres que nous avons reçus », répondit son agent en plissant le front de perplexité.
-« Peu importe pour le moment, que voulez-vous à Jane » ? demanda Hirst.
-« Attendez ! Jane WELLER » ? demanda le deuxième agent en regardant alternativement Kurt et Jane, semblant enfin comprendre que quelque chose n'allait pas.
-« Oui, Jane est ma femme », répondit sèchement Kurt en le regardant droit dans les yeux.
-« Je ne comprends pas, on nous a dit que nous devions emmener la fille d'une terroriste connue, de force si nécessaire…pas la femme du directeur adjoint du FBI », pâlit légèrement l'homme en avisant le regard noir que Kurt et son équipe lui jetait.
-« Jane est effectivement la fille adoptive de Shepherd, mais c'est hors de propos, répondez à ma question » ! Dit Hirst les yeux plissés.
-« Et moi ce que je ne comprends pas c'est pourquoi vous avez crû que vous pouviez débarquer et l'emmener comme si de rien n'était », dit Kurt en fixant cette fois-ci Keaton, le parallèle avec la première fois où Jane lui avait été enlevée douloureusement évident dans son esprit.
-« Je n'ai pas débarqué, j'ai donné des ordres pour qu'elle soit invitée à…»
-« Invitée, c'est comme ça que vous appelez ça maintenant » ? Siffla furieusement Patterson.
-« Allez prendre l'air », ordonna Keaton à ses agents. Une fois les deux hommes sortis, le directeur adjoint de la CIA se tourna à nouveau vers Jane.
-« Écoute…Je ne sais pas ce qu'il vient de se passer, manifestement les ordres que j'ai donné ont été interprétés différemment. J'ai besoin que tu vienne avec moi ».
-« Qu'elle vienne où » ? demanda Kurt les dents serrés, manifestement encore en colère et très soupçonneux.
-« Sur un site noir de la CIA », admit Keaton.
-« Vous vous foutez de nous » ?! demanda Reade alors que le reste de l'équipe commençait à manifester bruyamment son opposition.
-« Du calme, laissez-moi finir », réclama Keaton en levant à nouveau les mains devant lui avant de reprendre une fois le calme un peu revenu. « Je n'ai pas l'intention de torturer Jane à nouveau. Cela fait deux ans que j'interroge régulièrement sa mère mais elle n'a toujours rien lâché. Avec les nouveaux tatouages nous avons essayés un nouvel angle d'approche et elle a enfin ouvert la bouche, mais elle ne veut parler qu'à Jane ».
-« Ça sent le coup fourré cette histoire », commenta Zapata en fronçant les sourcils.
-« Pourquoi est-ce que je devrais vous faire confiance » ? demanda finalement Jane, un léger tremblement dans la voix. Keaton sembla comprendre ses réticences, car il se recula un peu dans son siège.
-« Tu as toutes les raisons de m'en vouloir après ce que je t'ai fait. Mais j'obéissais aux ordres, comme je te l'ai dit il y a deux ans, il n'y avait rien de personnel. Je promets que ce n'est pas un piège ».
-« Oui parce que votre parole à beaucoup de valeur », ironisa Patterson.
-« Contactez l'agent Nas si vous ne me croyez pas. Elle doit nous retrouver là-bas ». Jane hésita, et releva légèrement la tête pour regarder par-dessus son épaule et croiser le regard de Kurt.
-« Tu n'es pas obligée de faire quoi que ce soit », lui dit immédiatement son mari en l'attirant contre lui, sa tête reposant contre son torse.
-« C'est vrai, mais c'est une opportunité que nous devons saisir. Je vais être franc, cela fait un moment que nous avons laissé tomber la torture. Tu étais déjà une coriace, mais Shepherd…elle est encore d'un autre niveau. Nous avons presque tout essayé et c'est à peine si elle accepte de nous donner l'heure du jour. C'est la première fois que nous avons enfin l'occasion d'obtenir des informations d'elle depuis deux ans », ajouta Keaton en regardant la brune.
-« Ce n'est pas le problème de Jane », rétorqua aussitôt Patterson.
-« Peut-être…mais sa mère a sûrement des choses à dire sur ces tatouages lumineux…Ou même sur Roman. Tu n'as pas envie d'avoir des informations sur ton frère » ? Tenta l'agent de la CIA en regardant à nouveau la jeune femme tatouée.
-« Espèce d'enfoiré ! C'est minable de se servir de son intérêt pour Roman pour essayer de l'attirer là-bas », s'indigna Zapata en le foudroyant du regard. Après quelques instants de protestations virulentes, Hirst se tourna vers Jane.
-« Jane, personne ne vous oblige à rien. Je comprends vos craintes après ce qui s'est passé la dernière fois. Cependant, le directeur adjoint Keaton à quelques points valables. Il est vrai que ce pourrait être une opportunité qui pourrait nous aider à progresser dans toute cette histoire. Même si nous ne pouvons pas faire confiance à Shepherd, elle est tellement arrogante qu'elle laissera peut-être échapper quelque chose d'utile. Mais je ne vais pas vous donner d'ordre, la décision est entièrement la vôtre ». La jeune femme se mordilla nerveusement les lèvres, pesant le pour et le contre. Keaton ne lui inspirait aucune confiance, pas plus que Shepherd. L'idée de se retrouver à nouveau sur un site noir était pour tout dire terrifiante. Mais d'un autre côté, elle pouvait peut-être obtenir quelques informations sur Roman ou au moins sur ses tatouages luminescents…
-« Je…je vais le faire », dit-elle finalement, son hésitation montrant clairement combien la décision lui coûtait. Keaton afficha un air de satisfaction tinté de soulagement, alors que l'équipe se resserrait autour de la brune.
-« Tu n'es pas obligée », lui dit Kurt en se penchant vers elle.
-« Je sais mais…ils ont raison. Nous obtiendrons peut-être des informations utiles. Pour le moment nous n'avons rien à part les tatouages, et qui sait combien de temps il faudra pour les décoder… ».
-« D'accord, alors si Jane y va, nous y allons aussi », dit résolument Patterson.
-« C'est une prison secrète pas un site touristique », fit valoir Keaton en fronçant les sourcils.
-« Comme si nous allions vous faire confiance pour sa sécurité », répliqua Reade en croisant les bras.
-« Je me moque de ce que tu veux. Nous venons tous avec elle ou Jane ne bouge pas d'ici », gronda Kurt en écho.
-« D'accord, d'accord », soupira le directeur adjoint de la CIA, conscient que son homologue du FBI ne céderait pas sur ce point.
-« Et si l'un de vos hommes de mains ne fait ne serait-ce que regarder Jane de travers, on le descend », ajouta Zapata d'un ton mortellement sérieux. La brune lui jeta un regard soulagé et reconnaissant, mais occupée à foudroyer l'agent de la CIA du regard, son amie ne s'en aperçut pas.
-« Je vous garantit que ce ne sera pas nécessaire ».
-« Ça vaut mieux pour toi », lui dit Kurt en lui jetant un regard qui promettait milles morts s'il manquait à sa parole.
…
Cinq heures plus tard, site noir de la CIA, localisation inconnue
La camionnette s'immobilisa finalement dans un crissement de pneu. Jane prit une profonde inspiration et serra un peu plus fort la main de Kurt. Ils n'avaient aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient et que ce soit faute de réseau ou à cause d'un brouilleur, cela faisait plus de trois heures que leurs téléphones ne captaient plus rien. Au départ, les hommes chargés de les emmener sur place avaient voulus leur bander les yeux afin de garder la localisation de la prison secrète, mais l'air paniqué de Jane à cette idée avait entrainé de vives protestations de Kurt et de l'équipe. Finalement, les agents de la CIA avaient changé de véhicule, les entassant à l'arrière d'un van aux vitres obscurcis les empêchant de voir la route et les environs.
-« Tout va bien se passer ma belle », lui souffla son mari. L'équipe lui adressa des regards de soutien mais personne ne fit de commentaires, préférant laisser le couple dans sa bulle.
-« Vos armes », exigea le chauffeur en ouvrant la porte.
-« Je ne crois pas non », riposta aussitôt Zapata en portant la main sur la crosse de son automatique d'un air menaçant.
-« C'est bon laisse les entrer », intervint Keaton en sortant rapidement du bâtiment, voulant éviter un incident. Le petit groupe suivit le directeur adjoint de la CIA à travers un dédale de couloirs dans ce qui était manifestement un bureau désaffecté. Ils passèrent devant une cellule carrelée sale et brillamment éclairée dont la porte était ouverte. L'odeur de saleté et d'humidité qui en émanait ramena de très mauvais souvenirs à la surface, et inconsciemment Jane se rapprocha de Kurt alors que sa respiration accélérait.
-« Jane, si tu ne t'en sens pas capable, nous sortons immédiatement », essaya de la rassurer son mari en lui serrant la main plus fort.
-« Non…ça va aller », souffla la brune en prenant plusieurs petites inspirations. Keaton s'arrêta devant deux portes.
-« Salle d'observation à gauche et ta mère à droite », dit-il.
-« Ne t'en fait pas, nous sommes juste à côté », lui assura Zapata en lui tapotant l'épaule. Patterson s'approcha pour l'enlacer brièvement et Reade lui adressa un clin d'œil. Après une autre étreinte de Kurt, Jane attendit quelques secondes qu'ils aillent se placer dans la salle d'observation, avant d'entrer à son tour.
Sa mère adoptive l'attendait, assise sur une chaise dans une combinaison sale qui rappelait celle qu'elle-même avait portée deux ans plus tôt. Elle semblait amaigris et ses cheveux blond décolorés étaient emmêlés et avaient par endroit retrouvés leur couleur initial. Quelques ecchymoses marquaient encore son visage, ce qui était étrange puisque Keaton avait dit qu'ils avaient abandonné la torture physique.
-« Bonjour Jane, c'est gentil de rendre visite à ta vieille maman », la salua la femme en la regardant avec une lueur rusée et déterminée dans les yeux, malgré sa mine fatiguée.
