Coucou
Voila le dernier chapitre de cette petite fiction. J'espère qu'elle vous plaira. Et n'hésitez pas à me laisser une petite review pour me dire ce que vous en avez pensé.
Bonne lecture
Peter, Paul & Mary ? Or...
Un grognement sort de ta gorge alors que tu viens de pousser le canapé pour la troisième fois. Ton dos te fait souffrir et la disposition des meubles ne te convient toujours pas. Certes, tu pourrais très bien utiliser la magie et gagner du temps et de l'énergie. Cependant, tu n'as rien d'autre à faire et cela te permet au moins d'occuper tes journées.
- Bon si je mets la table ici avec le canapé comme ça… Là je peux mettre la télé. Mais je le mets où la chaîne hifi ? Aaaah !
Tu te laisses tomber entre les coussins du canapé et regardes le mur en face de toi en faisant une grimace. Tu vas bien arriver à tourner ce salon comme tu en as envie. Et tu dois faire ça avant la fin de l'après-midi. Animé par une nouvelle énergie en pensant à l'heure, tu te relèves en un bond, les poings sur les hanches.
- Je suis pas architecte d'intérieur, mais je vais m'en sortir.
Aussitôt, tu pousses la table basse dans un coin et reprends ta tâche.
Une heure plus tard, des bleus aux tibias et un mal de dos en prime, tu regardes autour de toi, fier. Tu as enfin pu disposer les meubles comme tu le souhaitais. Maintenant il ne te reste plus qu'à ranger les bouteilles d'alcool, les quelques livres, les coussins… enfin tout ce qui se trouvait dans les meubles. Tu décides de commencer par le plus fragile et surtout le plus long : l'alcool. Tu n'avais pas fait attention à quel point ton appartement ressemblait plus à un bar qu'à autre chose. Les bouteilles en main, tu t'exécutes, il te reste encore un peu de temps.
- Harry, mais qu'est-ce que tu fais ? demande soudainement une voix familière.
Virage à 180°, Draco est debout, devant toi, les yeux écarquillés et ne comprend rien à ce qu'il se passe. Quant à toi, tu es surpris de son apparition si soudaine. Tu ne l'as pas entendu. A vrai dire, tu te rends compte que tu n'as eu aucun mal de tête cet après-midi, tellement absorbé par ton travail.
- Draco ? Tu es… déjà là.
- Oui, j'ai fini plus tôt. Mais tu peux me dire ce qu'il s'est passé ici ? Et pourquoi il y a toutes ces bouteilles dehors ?
Tu réalises alors que tu es en train de passer pour un alcoolique, surtout avec tes deux bouteilles encore dans les mains. Aussitôt, tu les ranges tout en pestant contre le blond. Cet andouille est arrivé trop tôt. Tu n'as pas eu le temps de tout ranger, de finir cette journée comme tu l'avais planifiée.
Et puis, dans ton dos, Draco est bien trop bruyant et tu détestes ça. Il est pire qu'une fille quand il s'y met.
- Chuuuut, tu siffles tout en refermant la porte du buffet.
- Hein ?
- Chut, tu répètes en fronçant les sourcils.
- Oh ! Pardon. Mais…
Sauf que le regard que tu lui lances le stoppe net. Ses pensées se font plus douces, moins acerbes. Quelques secondes pour lancer tes habituels sorts et reprendre contenance et tu finis par ouvrir les bras en grand en disant :
- Surprise !
Mais tu vois bien que l'effet escompté n'est pas là et ta joie retombe tel un soufflet raté.
- J'ai pas eu le temps de finir, t'es arrivé trop tôt. Je… je t'ai fais un coin à toi, là.
Tu montres un espace vide, dans un angle, comme un coin oublié dans l'aménagement de l'espace.
- Oui je sais qu'il n'y a rien. Mais si tu étais arrivé plus tard tu n'aurais pas gâché ta surprise.
- Qui est ?
Tu soupires, ton entrain de ce matin commençant à disparaître.
- C'est un espace pour que tu puisses méditer quand tu en as envie. A chaque fois tu es obligé de pousser les meubles, puis de les remettre en place. Hier tu as même fait ça au milieu du foutoir de la nuit.
- Et tu veux que je médite là ? demande-t-il d'un ton narquois.
- Oui, à même le sol froid et dur, comme à l'ancienne, tu répliques en lui tirant la langue.
Puis tu te diriges vers ta chambre en lui faisant signe de te suivre. Ici aussi c'est tout dérangé. Des habits jonchent le sol et dans un coin, plusieurs coussins et un tapis enroulés attendent de trouver leur place.
- Je t'ai acheté ça, tu l'installes comme tu veux.
- Tu ne veux pas m'aider ?
- Non, t'avais qu'à pas arriver en avance.
Tes lèvres s'étirent en un sourire malicieux. Tu sais qu'il est content, touché de cette attention et regrette un petit peu d'avoir nuit à tes plans. Mais d'un autre côté, ta réaction du moment l'amuse tellement qu'il remercie Mme Rentic d'avoir oublié son rendez-vous avec lui. Et toi tu boudes tout en rangeant tes affaires.
Chacun dans une pièce, vous vous occupez de vos tâches respectives. Une fois que tu as terminé, tu le rejoins afin de l'aider à finir de ranger le salon.
- Je t'invite au resto, lance brusquement Draco, le nez dans les coussins.
- C'est un rencart ?
- A ton avis ?
- Non, tu pouffes, conscient de la stupidité de ta question. Tu as une idée ?
- Surprends-moi.
- Eh ! C'est toi qui m'invites, c'est à toi de me surprendre. Moi je viens de le faire y a une demi-heure.
- Ok.
oOo
Le nez dans ton verre de vodka, tu ignores une fois de plus ton téléphone qui sonne. Non, tu ne répondras pas. Tu n'as pas envie de lui parler. Pas après… tout ça.
Tu es en colère, très en colère. Et tu sais très bien que dans ces conditions, l'isolement est la meilleure façon d'agir. Tu ne dois parler ni voir personne. Sinon tu exploseras et ce sera un désastre.
Un petit bip t'indique que tu as reçu un message vocal, suivi d'un texto. Immédiatement, ta main frappe dans ton téléphone et ce dernier valse au travers de la pièce. La batterie échoue à dix centimètres de son antre. Au moins tu es maintenant tranquille pour un bon moment. Et tes lèvres plongent sur l'alcool qui tournoie sous tes yeux.
Devant tes pupilles dilatées, le soleil se couche, illuminant ton appartement de ses derniers rayons. Alors un sourire fleurit sur ton visage et ta gorge avale d'une traite le contenu de ton verre. Le poison translucide fait naître un feu en toi, promesse d'ivresse. Mais ça ne te suffit pas, tu as déjà envie de plus. Sans réfléchir d'avantage, tes mains fouillent dans le tiroir aux pilules magiques. One, pour débuter. Puis tu vas remplir ton petit réservoir d'euphorie que tu respires de suite. One, Two. Un peu tremblant, le cœur tambourinant, tu te sers un autre verre. Combien de gorgées sans respirer ? One, Two, Three.
- Oh putain dis-tu en rigolant.
Et voila, Peter, Paul & Mary viennent d'arriver et veulent jouer avec toi. Tu saisis leurs mains tendues qui te tirent vers ta chambre. Leurs doigts te frôlent, t'excitent. Tes habits volent. Ils te caressent, tu gémis. Tu as tellement envie de te perdre en eux. Peter te retourne, se colle à ton dos et se frotte contre toi. Un brasier naît dans tes reins. Puis Paul te tire à lui, collant sa main sur ton sexe légèrement en érection. C'est si bon. Tu pourrais jouir s'il n'y avait pas Mary. Car c'est maintenant son tour et elle, c'est celle qui met des paillettes et des étoiles dans tes yeux.
Paré comme le plus beau, tu décides d'embarquer Peter dans ta future folie nocturne. Paul & Mary vous rejoindront peut-être plus tard.
Il ne te faut pas plus de cinq minutes pour arriver devant le bâtiment aux lumières clignotantes et aux vibrations musicales. Un petit sourire au videur, tu passes la porte et la bourrasque des basses t'embarque sur la piste de danse. Tu danses avec Peter, avec cet homme et avec celui-là. Tu passes de corps en corps, sans jamais t'accrocher, ne cherchant que de l'excitation. On t'offre un verre, puis un autre. Tu bois à la santé de Peter. Tu trinques au sexe et aux substances illicites. Les prémices de l'orgie sont là et c'est grisant.
Il ne te manque plus qu'un dernier élément. Un corps chaud, excitant, bandant. Un corps qui pourra assouvir ton envie de jouissance.
Alors que tu poses ton verre vide sur le comptoir, tu te mêles à la foule, bougeant tes hanches au rythme de la musique. Une main sur tes fesses, un doigt sur ton torse, des regards langoureux. Beaucoup te désirent, plusieurs savent qu'avec toi c'est l'extase. Et il y a ce jeune qui a un peu trop bu, cet homme parfois encore un peu enfant. Il te plaît. Son visage est entre les deux, encore indécis. Ses prunelles marrons te regardent en biais sans oser vraiment aller plus loin. Tu as décidé, se sera lui. Sans plus de cérémonie, tu te rapproches de lui et, une fois en face, lui lances un sourire qui en dit long.
- Salut, tu amorces.
- Salut.
- Peter.
- Derek.
Mais ça tu le sais déjà. Comme tu sais qu'il est venu avec deux copains qui ne sont pas loin, qu'il n'a pas quelqu'un dans sa vie, qu'il est juste là pour s'amuser et surtout… qu'il te trouve très sexy.
Une de tes mains se loge dans le creux de ses reins et tu rapproches son bassin du tien. Commence alors une danse sensuelle, pleine de sous-entendus et de promesses. La chaleur monte d'un cran. Tu poses tes mains sur ses fesses, les palpant doucement. Contre ton torse, Derek est tout aussi équivoque. Il a envie de toi et ne le cache absolument pas. Et comme il tient vraiment à finir sa nuit avec toi, il se retourne et colle ses fesses contre ton bassin, contre ton sexe tendu et reprend sa danse langoureuse. Tu gémis doucement, très content de ce traitement et des promesses muettes qu'il te chuchote sans le savoir.
- Harry.
Une voix te sort de tes songes, tu la reconnais. Un regard de côté et cette fois les iris que tu croises sont orageux.
- Qui ? Je m'appelle Peter.
- Oui si tu veux, grogne Draco.
A tes côtés, Derek a stoppé sa danse et se demande ce qu'il doit faire.
- Je t'ai attendu devant chez toi. Mais il semblerait que tu aies décidé de commencer sans moi.
- Et ?
- Tu ne sens pas comment ça m'énerve ?
- Oh que si et tu ferais mieux de t'arrêter.
- M'en moque. Tu m'as bien fait chier, à ton tour.
- Euh… vous êtes ensemble ? ose demander Derek.
- Non, vous répondez en même temps.
- Sûrement pas.
- Jamais de la vie. Et toi, casses-toi, tu me gênes.
- Tant mieux, réplique Draco.
- Viens Derek, finis-tu en tirant le jeune homme par la main et en l'emmenant plus loin. Et tu dis rien, lui intimes-tu, ne voulant pas subir un assaut de questions.
Devant toi, Draco s'éloigne et sa fureur aussi. Tant bien que mal, tu tentes de te remettre dans l'ambiance. Ton désir s'est fait la malle avec toutes les paillettes de Mary. Ayant besoin d'un remontant, tu dévisses le flacon qui se balance contre ton torse et hume l'air qui en sort. Tu en proposes à l'autre qui refuse, pas très à l'aise avec les drogues. Tant pis pour lui.
Un peu mieux, tes hanches se remettent à bouger et tu tentes d'embarquer avec toi ce qui devait être ta perdition de ce soir. Les minutes défilent, mais rien de bien concret ne se passe. Derek n'est pas vraiment là et ne cesse de penser à l'homme qui vous a interrompu, se demandant ce que vous êtes l'un pour l'autre. Du coup, tu n'arrêtes pas aussi de penser à lui et ça t'agace. C'est même pire que cela, tu es énervé à tel point que tu en arrives aux extrêmes.
Il fait chaud, mais c'est de neige dont tu rêves. Une belle poudreuse dans laquelle tu peux tracer des arabesques volatiles. No One, no Two. Three ! Tu renifles et grimaces quelque peu. Tu y es allé vraiment fort. Probablement un peu trop lorsque tu vois que tout le monde est nu autour de toi. Tu te gifles mentalement et te tournes vers Derek. Sauf que ce dernier s'est détourné de toi et est en train de discuter avec un autre homme qui a l'air de lui plaire. Quant à toi, il te trouve méprisable et bien trop cinglé pour lui.
- Merde, tu marmonnes.
Au final, ça ne t'a servi à rien puisque tu te retrouves seul. Tout ça à cause de… l'autre enculé. Tout ça à cause d'Emilie, d'Hermione, de ton médicomage, de Voldemort. Du Destin.
- Regarde ça Destin, tu vas voir, tu lances dans le vide tout en te levant.
Tu tangues un peu et finis par arriver à destination sans trop de mal. Ta main se raccroche à l'épaule qui se meut doucement devant toi et qui sursaute à ton contact.
- Toi, petit con prétentieux, tu viens de ruiner ma soirée.
- Tant mieux, réplique Draco en t'ignorant.
- Je sais très bien que tu en veux à Peter, Paul & Mary, mais sache une chose. Tu les as tous baisé et tu as adoré.
Sans le prévenir, tu le tires en arrière de toutes tes forces. Mais tu tangues et manques de tomber.
- T'es vraiment dans un sale état, cingle Draco tout en te retenant comme il peut. T'es content, t'as vraiment foutu ma soirée en l'air. Et moi qui voulais juste décompresser de ma journée.
Tu sens ton corps être soutenu et tiré doucement. La foule, les cris, les jouissance s'éloignent et tu te retrouves dans le froid mordant de la nuit. Encore perché sur les nuages en coton et faisant des glissades le long des arcs-en-ciel, tu te mets à tournoyer tel un enfant ivre de vie. Pour finir par vomir tes tripes dans le caniveau, une main douce sur ton bras frissonnant.
Tu as vraiment abusé ce soir. Beaucoup trop. À tes pieds, Peter est inerte et tu te demandes si tu ne vas pas le rejoindre d'ici peu.
- Potter ! crie une voix juste à coté de toi, te faisant sortir de tes songes.
Tu regardes Draco qui tente de te retenir vainement. Ton corps glisse tout seul, attiré par la force terrestre. Le bitume te semble être le lieu parfait pour te reposer. Sauf que la rencontre avec ce dernier ne se fait pas car un bras vient de se glisser sous tes jambes et l'autre dans ton dos.
- Putain, t'es lourd, jure Draco en te soulevant.
Et toi tu rigoles, ballotté contre son corps moelleux et contre ses émotions lacérantes. Le nez dans son cou, tu fermes les yeux, éreinté.
oOo
L'émission débile sur les mariages se terminent et tu soupires, peu convaincu que Jeanne gagne cette semaine vu les notes reçues. Une nouvelle fois, tu regardes ton téléphone qui est toujours par terre, scindé en deux. Depuis que tu t'es réveillé, tu n'as pas eu le courage d'aller le voir. Tu sais très bien qu'en l'allumant, les événements de la veille vont venir hurler dans ton appartement, te ramenant à une réalité écœurante. Mais tu sais aussi que tu ne peux pas l'ignorer plus longtemps. Un peu fébrile, tu remets la batterie dans ton portable et l'allume.
One, two, three… Huit appels manqués, treize textos et trois messages vocaux. En quelques secondes tu effaces tout, ne voulant pas en savoir plus. Parce que tu devines déjà les mots, les reproches, les excuses et les injures qui s'y trouvent. Tu t'occuperas des premiers plus tard. Avant tout tu voudrais régler le soucis des injures. Tu prends une grande inspiration et composes le numéro de Draco. Deux sonneries et tu tombes sur la messagerie… il vient de te raccrocher au nez et vu ce dont tu te souviens, tu comprends parfaitement sa réaction.
- Salut, c'est… Harry. Avant tout sache que ce sera mon unique message et que je ne chercherai pas à te recontacter après ça. Je voulais juste te dire que je suis un vrai con qui ne mérite pas que tu t'y intéresses. Je sais très bien que j'ai été odieux hier soir et que mon comportement est une fois de plus inadmissible. Je sais que tu me détestes et je te rassure, tu n'es pas le seul. Sauf… que… je me suis tordu la cheville hier soir et que j'ai besoin de médicaments, mais je n'ai rien. Et tu es le seul qui pourrait… enfin tu vois. Alors si tu veux te venger et jubiler face à mon impuissance, je ne bouge pas de chez moi.
Tu marques une pause de quelques secondes…
- Tu me manques, tu termines dans un murmure juste avant de raccrocher.
Tout tremblant, tu déposes ton téléphone à côté de toi et remontes le son de la télé. Tu as besoin de te lobotomiser.
oOo
Un coup très fort contre ta porte te réveille brusquement et tu grognes en pestant contre l'andouille qui vient de te sortir de ton sommeil. Il est quatre heures du matin et pour une fois depuis quelques jours, tu dormais à poings fermés. Encore dans les brumes de tes songes, tu n'arrives pas à bien savoir qui se trouve dans la cage d'escalier.
Un autre coup contre ta porte t'oblige cette fois à te lever. Alors que tu te redresses, une douleur fulgurante te prend au pied et te rappelle que tu as une très belle entorse.
- Merde, fais chier, tu geins.
Encore un coup.
Tu commences à sauter à cloche pied, mais comme tu n'as pas un bon sens de l'équilibre, tu finis à quatre pattes, pestant contre une voix qui te semble plutôt familière au fur et à mesure que tu avances. Avec quelques difficultés, tu finis par ouvrir la porte et te retrouves face à un Draco aux cheveux en bataille et à la mine fatiguée.
- T'as une sale gueule.
- Ne me fais pas regretter d'être venu dit-il en te poussant pour passer.
Tu le regardes aller dans le salon et poser un sac sur la table basse. Et toi, tu n'as pas bougé. Parce que tu essayes de te réveiller afin de ne pas finir une nouvelle fois à ramper par terre.
- Ramène ton cul ici Potter, ordonne sèchement ton invité nocturne.
Tu fermes la porte et obéis en recevant ses mots comme une tempête. Il va falloir que tu y ailles doucement avec lui si tu ne veux pas que tout explose, que tout se brise.
Tout en te redressant, tu prends de l'élan et commences à clopiner vers ton canapé. Sauf que tu trébuches et tombes lamentablement. Le rire étouffé qui vient te caresser la nuque te donne des frissons. Et les éclats qui te chatouillent lorsque tu termines ton avancé sur les genoux ont une saveur sucrée. Après plusieurs efforts, tu finis par t'asseoir dans les coussins.
- Vas-y, marre toi.
- Oh que oui ! rigole Draco sans retenue. Finalement je ne regrette pas d'être venu. Tu es tellement… pathétique.
- Je t'en pris.
Tu plonges ton regard dans le sien et y lis tant d'émotions contradictoires que tu ne sais pas trop comment te comporter.
- Tu me donnes la potion anti-douleur steu plaît.
L'étonnement suivi de la raison laissent place à l'euphorie de l'instant. La réalité des derniers jours est de nouveau là.
Il fouille dans le sac et en sort un flacon qu'il te tend. Sans hésiter, tu l'avales directement, espérant qu'elle fasse vite effet.
- Merci d'être venu, oses-tu avouer en reposant le flacon.
- Tu me fais trop pitié Potter. Tu es tellement pathétique, c'en est risible.
- Trop aimable, répliques-tu mal à l'aise.
Il secoue la tête, las de tous ces non-dits. Fatigué, épuisé, il te lance un dernier regard et prend son manteau qu'il avait enlevé quelques secondes auparavant.
- Tu sais que je ne reviendrai pas, souffle-t-il en s'arrêtant à côté de toi.
Tu hoches de la tête, incapable de parler. Bien sûr que tu sais. Tu sais presque tout de lui. Tu connais ses peurs, ses craintes, ses doutes, ses colères, ses joies, ses frustrations, ses désirs. Tout.
Et alors qu'il ouvre la porte, tu entends une dernière demande, faible, presque inaudible dans ce tumulte.
- Draco, tu l'interpelles vivement.
Son dos se crispe, son corps se fige. Le temps semble suspendu, attendant les trois secondes fatidiques à ton existence. Three… Two…
- J'ai besoin de toi, te confesses-tu avec gêne.
One. Pour une fois, tu l'as devancé et Draco s'est retourné vers toi, heureux que tu aies répondu à sa requête inavouable.
- Évidemment. Comment saurais-tu à quoi peuvent bien servir les autres potions ? L'ignare en potions que tu es ne sais même pas reconnaître une potion de sommeil d'une potion de régénération sanguine. Je me demande même comment tu peux être encore en vie.
- Je suis pugnace.
- J'avais remarqué. J'ai beau essayer de me débarrasser de toi, t'es toujours là… à me regarder. J'ai beau te repousser, tu reviens à la charge et… Oh Merlin je crois que je deviens dingue.
- Bienvenu au club, ricanes-tu.
- Je t'emmerde Potter. Depuis que tu es né tu me pourris l'existence. Ça a commencé avec mon père et ses sermons à ton sujet, puis à Poudlard. Pauvre petit pote Potter l'orphelin. Tu étais déjà pathétique te crache Draco, déversant sa haine à vos pieds. Le Sauveur, grand Harry Potter. Le Survivant. Tu parles. Regarde-toi. Tu es toujours là, mais tu n'es plus rien. Juste une merde sans nom. Tu n'oses même pas affronter le vrai monde. Toujours enfermé dans tes jérémiades, à te plaindre de tout. Oh je suis malheureux. Oh je suis triste. Oh Vous-Savez-Qui a encore essayé de me tuer. Oh j'ai mal à la tête. Oh je suis complètement défoncé. Regarde-toi, tu es a gerbé. Tu peux te foutre en l'air comme tu veux, je m'en contrefiche. Juste une chose, préviens-moi, que je ne reste pas à côté, c'est trop écœurant. Mais le pire, c'est qu'au final, je reste là, je reste avec un taré qui ne m'apporte rien. Alors pourquoi je ne pars pas ? J'en sais rien. Je suis dois être masochiste.
Son souffle est saccadé et tu sens qu'un poids énorme vient de le quitter. De ton côté, tu ne sourcilles pas, tu avais deviné tous ces mots tant de fois.
- Alors, à ton tour.
Cette fois tu clignes de des yeux ne comprenant pas où il veut en venir. Il prend une chaise et s'assoit dessus, le dossier contre son ventre, ses bras reposant nonchalamment par-dessus.
- Tu vois, l'avantage d'être Potionniste, c'est que tu as accès à un nombre incalculable d'ingrédients et que tu peux faire tes propres expériences.
Tu portes une main fébrile à tes lèvres, réalisant d'un seul coup que tu lui as fait confiance… peut-être un peu trop vite.
- Donc maintenant que le véritasérum coule bien dans tes veines couplé à la potion anti-douleur qui est en train de te rendre amorphe, je vais pouvoir aussi un peu m'amuser.
Tu déglutis en comprenant que tu ne peux pas t'échapper et que tu es à sa merci. En face de toi, Draco te sourit, satisfait de son effet de surprise.
- Bon, on va commencer doucement. Quel est ton plat préféré ?
Résigné, sachant pertinemment que lutter ne servira à rien, tu te résous à satisfaire son désir sadique pour le reste de la nuit.
- La tarte à la mélasse.
- Bien. Comme tu le sais, je n'aime pas tourner autour du pot alors je vais aller à l'essentiel. C'était quoi ce coup de pute hier soir ?
Tu déglutis, ton cœur s'accélère dans la poitrine. Tu vas devoir tout lui dire.
- Sincèrement, que tu baises avec un autre, ça m'est bien égal, on a pas signé d'acte d'exclusivité. Mais… je t'ai attendu, j'ai poiroté longtemps devant chez toi. Je me suis inquiété car ces derniers jours, on sortait ensemble et ça avait l'air de te convenir. Tu aurais pu me laisser un mot, m'envoyer un message ou je ne sais quoi. Alors, Harry… pourquoi m'avoir posé un lapin ?
- Tu es marrant. Tu me méprises, en entier. Tu crois que ma vie n'est pas si horrible que ça. Que toi, tu as vécu bien pire.
- La ferme.
- Oh que non. Tu as voulu jouer au plus malin, être vil et fourbe comme avant en me donnant du véritasérum, assume. Je sais très bien que tu as vécu des atrocités et que la guerre t'a laissé beaucoup de cicatrices. Mais moi aussi. Et encore aujourd'hui, ça continue. D'un certain côté, toi tu as pu passer au-delà. Alors que moi… je suis toujours coincé en 1998. Rien n'a vraiment changé. Ma vie ne m'appartient pas. Tiens, pour preuve.
Tu attrapes un papier qui traîne sur la table basse et lui jette, accompagnant le tout d'un regard noir. Devant toi, Draco lis le courrier et fronce des sourcils.
- C'est pour quoi ? Ils te veulent quoi ?
- Je suis convoqué pour plaider la non folie si tu veux tout savoir. Ma chère et tendre amie, Hermione, pense que je ne suis plus apte à m'occuper de moi, tout seul. Tu te rends compte, je ne prends plus mon traitement, mon médicomage est très inquiet. Et puis je ne leur donne plus de nouvelles, j'ai déserté mon appartement et j'ai arrêté ma profession. Pour elle je suis sur la pente raide et même si elle a raison, ça fait bien longtemps que j'y suis et j'en suis pas encore mort.
- Elle veut te mettre sous tutelle ?
- Tu te rends compte, ricanes-tu. Le Sauveur, comme tu disais, sous la tutelle de sa meilleure amie. Comment tu appellerais ça toi ? Ah oui, le déshonneur. Tu réagirais comment ?
- Je crois que j'irais la voir en personne et lui jetterai mille sorts horribles.
- Bah moi j'ai perdu pied. J'ai reçu cette lettre avant-hier. J'avoue, j'ai déconné, j'aurais pu au moins te prévenir qu'on ne se verrait pas ce soir là… mais… je sais plus faire les choses convenablement.
- C'est vrai que niveau comportement social tu es en régression totale.
- Tu vois.
- P'tit con.
- Vantard.
- Égocentrique.
- Narcissique.
- Taré.
- Et fier de l'être vu les événements, rigoles-tu, suivi de près par Draco.
Il ne t'a pas vraiment pardonné, mais sais qu'il va devoir faire avec s'il veut continuer à te voir. Parce qu'il préfère côtoyer ta folie destructrice plutôt que ne plus te voir du tout. Pourquoi ? Tu ne sais pas trop. Peut-être parce qu'il apprécie ta compagnie, qu'avec toi il n'a pas besoin de faire semblant, tout comme toi.
Soudain tu te rends compte à quel point Draco a pris une grande place dans ta vie, dans ton quotidien. Tu as besoin de lui, tu l'admets enfin. Car avec lui, tu peux être toi, sans crainte, sans jugement. Simplement Harry. Et parfois Peter, Paul & Mary.
- Allez, tiens.
Draco te tend une autre potion pour la douleur, puis une autre pour réparer ta cheville. D'ici quelques heures, tu devrais avoir retrouvé une bonne mobilité.
oOo
Un grognement contre ton oreille te tire de ton sommeil. Encore endormi, tu te retournes un peu brusquement dans ton lit et grimaces aussitôt. Ta cheville te lance brusquement, te ramenant à une certaine réalité. La douleur achève ton état de somnolence et tu ouvres les yeux. Ces derniers se posent sur une touffe de cheveux blonds qui sentent le chèvrefeuille.
Draco est dans lit… et en train de dormir. C'est la première fois que cela se produit.
En règle générale, lorsque que tu te réveilles, il est soit parti, soit en train de prendre son petit-déjeuner, soit en train de méditer. Jamais tu ne l'as vu… entendu dormir. C'est un peu comme si tu découvrais une nouvelle facette de lui. Et tu aimes ça.
Alors tu te rallonges en silence et te concentres sur sa respiration, sur ses songes. Quels sont-ils te demandes-tu. Il y a ces couleurs un peu ternes, un peu sombres qui viennent te chatouiller avec une sensation désagréable. Ce souffle incertain, désordonné qui griffe ta peau en une caresse provocante. Ces flashs de lumière qui t'aveuglent et te donnent mal à la tête, lueur vive et trop verte. Tu comprends immédiatement qu'il n'y a rien de plaisant dans ces rêves ou plutôt ces souvenirs d'une enfance gâchée, écrasée par des adultes aux raisons puériles. Devant toi, Draco grimace et serre les draps entre ses doigts. Tu sais très bien ce qu'il se passe, ce qu'il vit. Tu en as fait les frais toi aussi. Alors, sans réfléchir d'avantage, tu te rapproches de son corps et l'entoures de ta chaleur. Une de tes mains vient se perdre dans ses cheveux que tu te mets à caresser comme le ferait un père avec son enfant. Combien de fois as-tu espéré un tel geste quand tu pleurais dans ton lit ? Beaucoup trop.
Quelques secondes après, tu sens ses muscles se détendre et ses pensées s'apaisent. Tu soupires, la douleur dans ta nuque disparaissant en même temps. Et alors que tu fermes les yeux, prêt à te rendormir, une pique s'enfonce brusquement dans ta gorge. C'est comme si tu étais vraiment en train de se faire transpercer par cette douleur. En un bond tu es hors du lit, le souffle court et tes mains contre ta poitrine. La violence du choc te vrille les tympans. Quelle horreur es-tu en train de subir ? Quelle horreur a-t-il subi ?
Devant toi, Draco te dévisage, les iris écarquillés, sans comprendre ce qui vient de lui arriver. Ses questions viennent te marteler avec une force qui te donne envie de vomir. Fébrile, tes genoux rencontrent le sol en un fracas qui réveille tes voisins de dessous. Leurs plaintes se mêlent au reste du brouhaha.
- Harry ! s'inquiète Draco en se ruant vers toi.
Tu le vois fouiller la poche de son pantalon, sa baguette s'agiter devant toi et les sorts fuser un peu tout autour. Doucement, les hurlements deviennent cris, puis murmures. Tu reprends ta respiration avec quelques difficultés.
- Harry ? chuchote Draco.
- Merci, tu souffles entre deux inspirations.
- Tu veux que je parte ?
Tu secoues la tête, incapable de vraiment parler.
- Que je médite ?
Ta tête reproduit le même mouvement. Tout ce que tu désires c'est être sourd au reste du monde, sourd au passé, au présent et au futur.
Plusieurs minutes s'écoulent avant que tout revienne à la normale… enfin si on peut parler de normalité dans ton cas. Tu tentes de te relever, mais ta cheville te rappelle à l'ordre.
- Attend, il faut encore quelques heures avant que tu sois totalement remis, t'explique le blond en glissant un bras sous ton épaule pour te ramener vers ton lit.
Une fois assis, un sourire contrit sur le visage, tu te demandes comment tu vas pouvoir répondre à ses interrogations. Comment aborder votre enfance détruite, brisée en morceaux, piétinée par la guerre ?
- Tu…
- Tu n'es pas obligé Harry, te coupe-t-il.
Mais il ignore de quoi tu veux parler.
- Tu as déjà parlé de la guerre à quelqu'un ?
Cette fois sa stupéfaction et ses craintes inavouables te fouettent sans vergogne. Tu crois même entendre un enfant crier et pleurer. Il secoue la tête, te suppliant en silence de ne pas aborder ce sujet, t'expliquant à demi-mot qu'il n'en a pas le force.
Tu hoches de la tête, comprenant parfaitement ce qu'il ressent puisque tu l'as vécu aussi. Les seules fois où tu as pu parler de la guerre, de tes souvenirs d'effroi, c'était lorsque tu prenais ces potions qui t'empêchaient de ressentir à nouveau toute cette souffrance morbide. Quand tu étais un zombie.
Draco revient avec un verre d'eau qu'il te tend et tu apprécies cette attention anodine et pourtant si rassurante.
- Je te laisse là, je vais aller méditer dans le salon. Tu peux continuer à te reposer.
Sans un mot, tu acquiesces. Vous en avez besoin tous les deux.
oOo
A nouveau le mal de tête qui persiste depuis des heures, glisse le long de ta nuque, s'enroule sur tes épaules, caresse tes clavicules, se colle dans ton dos et griffe ton ventre. C'est une étreinte qui t'enserre de toute part, un étau auquel tu peines à échapper. Encore quelques mètres et tu serras débarrassé de lui. Juste le temps de tourner à l'angle de cette rue, de passer ce feu rouge et le taxi arrivera à destination, te déposant devant chez toi. Encore quelques mètres et tu pourras retrouver Peter, Paul & Mary ainsi que leurs amies. Three, two, one…
Tu tends un billet au chauffeur, lui souris et indiques d'un mouvement de main qu'il peut garder la monnaie. Mais tu n'as pas le temps d'entendre sa gratitude car déjà tu te rues vers ton immeuble, te frayant un passage parmi les passants, tentant de faire fi de tous leurs mots. C'est si douloureux que tu ne réalises que quelqu'un t'attend que lorsque tu te retrouves face à lui.
- Draco ?
La surprise passée, la main toujours figée dans ton sac à la recherche de tes clefs, tu tentes de comprendre la raison de sa venue parmi le flot de paroles. Il te sourit doucement et sa gêne vient caresser ta joue. Il espère ne pas te déranger et craint d'être de trop. Tu comprends alors qu'il sait d'où tu viens et ce qu'il s'est passé cet après-midi. Il a retenu la date.
Auras-tu le courage de l'affronter ? Tu ignores encore la réponse, mais tu n'as pas la force de le renvoyer. Dans l'escalier, ses pas résonnent bien trop fort face à son silence. Il ne veux pas t'effrayer et risquer de perdre le peu de fragilité qui réside entre vous. C'est pourquoi il utilise toute son énergie à l'occlumencie, masquant au mieux ses pensées. Seules les plus persistantes, seuls les battements de cœur remplis d'incertitude persistent.
Machinalement, tu ouvres la porte de ton appartement, lances plusieurs sorts d'un simple mouvement de main et jettes tes affaires à travers le salon. Ton regard se pose immédiatement sur le poste qui te chuchote sa mélodie enivrante. Dans ton dos, Draco s'est assis dans le canapé et te fixe.
- Tu ne vas pas m'en parler ?
Tes dents mordent tes lèvres tremblantes. Tu as peur de sa peur. N'est-ce pas ironique ?
Sans le regarder, sentant que tu perds le contrôle et qu'Harry Potter va bientôt crever sur place, tu te diriges vers le bar et en sors une bouteille. Mais alors que tu vas pour boire directement au goulot, une main blanche s'accroche à ton poignet. Énervé d'être interrompu, tu le fixes avec colère. Sauf que la supplique qui se peint dans ses iris et effleure tes lèvres te paralyse.
Ne te cache pas.
Et c'est vrai que tu as ce droit avec lui. Uniquement avec lui. Tu l'as toujours eu, depuis votre enfance. La bouteille retrouve ses consœurs dans la pénombre et tes doigts frôlent les siens. La tête penchée, tu murmures :
- Ça été l'enfer.
Ton corps est attiré contre lui et vous échouez dans le canapé.
- Je les entendais tous. C'était horrible. Pire qu'une condamnation à mort. Ils avaient déjà pris leur décision, avant même que je ne rentre dans la salle, avant même que j'ouvre la bouche. Leur Sauveur est tombé bien bas. S'ils avaient pu m'empailler et m'exposer au musée, ils l'auraient fait.
Une main passe dans ton dos.
- J'aurai la réponse officielle dans deux jours, mais je la connais déjà. Harry Potter, Sauveur de sa Nation doit revenir. Et moi je dois crever. Avec Peter, Paul et Mary.
Quelques larmes s'échappent de tes paupières et lacèrent la peau de tes joues, sel acide qui la brûle. Ton visage se retrouve encadré par deux mains impérieuses qui te forcent à relever le visage. Et une bouche s'écrase sur la tienne. Le baiser est léger et pressant en même temps. Les pouces sur tes pommettes essuient les traces humides de ton désarroi en une caresse à peine appuyée. Mais toi, tu as besoin de plus. Tu as besoin de te perdre.
- A… attend, tu gémis.
Draco te dévisage, craignant d'être allé trop loin. Tu le rassures d'un petit étirement de lèvres et te lèves. Tes pas te mènent inexorablement vers le buffet et ses tiroirs aux multiples couleurs. Tu as envie d'engloutir un arc-en-ciel, quitte à t'écraser dessus. Un sourire béat sur le visage, tu détailles chaque petit rond qui te tend les bras. Peter te propose un vert, Paul un bleu et Mary un rose. Et comme tu n'as pas le cœur a leur dire non, tu les prends tous. One, two, three, quelques centimètres et tu pourras faire le décompte.
- Non.
Mais le cri qui vient te te gifler et le souffle léger dans ta nuque te font sursauter. Les cachets crient leur chute et tombent à tes pieds, entre vous deux. Tu fais désormais face à Draco qui a les lèvres pincées et s'autoflagelle pour son intervention. Pourquoi ne veut-il pas que tu profites de ton sursit de quarante-huit heures ?
Son souffle est long et tu sais qu'il tente de ne rien laisser paraître. Sauf qu'en ta compagnie c'est peine perdue. Car tu lis déjà son désir, ses envies, ses soupirs et son excitation. Sauf que tu ne peux pas y répondre.
Tu secoues la tête et recules d'un pas.
- Pourquoi ? te murmure-t-il.
- C'est une mauvaise idée Draco. Je… je ne suis plus cet homme. Harry Potter est mort.
- Je ne veux pas de lui.
- Mais tu ne veux pas des autres non plus. Alors… qui ?
- Toi, juste toi. Harry.
Tu fais un nouveau pas en arrière et ton dos percute le meuble derrière toi, tandis que tes pieds écrasent les drogues au sol, les réduisant en poudre. La peur s'empare de chacune de tes cellules et c'est comme si tu avais reçu un sort de pétrification.
Draco se rapproche de toi et pose ses mains sur ton torse. Ses doigts tremblent légèrement, signe d'une impatience mêlée à de l'appréhension. Ils se mettent à déboutonner ta chemise, sans un regard. Et ses pensées effleurent ta peau nue. Toi, toi, toi, toi, toi. Juste toi.
Il ne lui reste plus qu'à faire glisser le tissu de ton buste et tu seras à demi-nu, à demi dévoilé. A cette idée, tes poings se serrent et tu enserrent les poignets de Draco pour le stopper.
- La dernière fois que j'ai fait ça… je suis tombé dans le coma et mon partenaire s'est retrouvé projeté contre un mur avec un traumatisme crânien. Je ne veux pas…
Mais tes mots meurent entre tes lèvres car une bouche et une langue viennent de t'envahir alors que le tissu tombe par terre. Ton premier geste est de le repousser. Cependant, lorsque tu entends ses mots t'avouer que tu peux faire ce que tu veux de lui, sans aucune crainte, tu abandonnes. Ce ne sera jamais pire que toutes ces années de confrontation à Poudlard, que tous ces mots et ces regards haineux que tu lui as lancé pendant ta scolarité, que tous ces sortilèges impardonnables lancés et reçus, que tous ces morts à ses pieds, que toute cette guerre. Et il a raison dans un sens. C'est alors que tu comprends enfin pourquoi tu as continué à coucher avec lui alors que tu ne réitères presque jamais tes plans-culs, pourquoi tu l'as laissé entrer dans ta vie sans réellement lutter. Parce qu'il est lui, ta Némésis, parfaite opposition à ta vie et pourtant au reflet parfaitement miroitant.
Il est toi de l'autre côté. Et tu es lui en miroir
Tu gémis alors que ses doigts s'agrippent à tes fesses et que son bassin se colle au tien. Tu sens son désir qui se mêle au tien et t'étourdit. Tu as envie de lui, il a envie de toi. Tu veux le faire tien et être à lui. Rapidement tes mains s'activent sur son corps et les vêtements volent dans la pièce.
Totalement nu, assis entre les coussins et lui au-dessus de toi, tu peines à garder les yeux ouverts, tellement les sensations t'assaillent. Tu ignores si tu arriveras à tenir le choc, mais tu as cette envie de lui faire plaisir, d'être entièrement toi, comme tu ne l'as jamais été. Comme tu n'as jamais pu l'être.
Ses fesses se collent à ton sexe gorgé de sang qui palpite et tu rejettes la tête en arrière. Sa bouche lèche, mordille et suce ton cou, le marquant de multiples façons. Des marques qui viennent camoufler celles plus honteuses, celles d'un passé qui vous relie et vous sépare. Avec difficulté, tes doigts enserrent sa virilité et commencent l'habituelle torture. Son plaisir vient aussitôt te vriller les tympans alors que son gémissement est à peine audible.
- Draco, tu soupires, au bord de l'explosion.
Ses ongles griffent ta peau, la faisant rougir, tentative désespérée de garder pied, de ne pas trop s'abandonner.
- Laisse-toi aller, lui susurres-tu. Tu n'as pas besoin de te cacher non plus.
Ses pupilles dilatées te dévisagent et un son rauque franchit ses lèvres. Toutes ses barrières s'abaissent brutalement, te projetant contre le canapé, te plaquant avec force et sans ménagement. Et ce n'est que lorsque tu sens ton sexe être enfoncé dans une chaleur moite que tu réalises qu'il n'est plus sur toi, mais entre tes cuisses et que sa bouche te donne milles plaisirs. Tu te dis que tu dois aussi le préparer, que tu ne dois pas être le seul à prendre du plaisir. Tes doigts s'ancrent dans ses épaules, dans une vaine tentative de le faire se relever. Car tu es incapable de bouger.
Et c'est là qu'il te demande de le laisser faire, qu'il t'explique qu'il va s'occuper de tout et que tu dois juste rester toi. Tu hésites quelques secondes, juste le temps de sentir un faible plaisir entre tes fesses. Pourtant il ne te touche pas à cet endroit. Tu comprends que ce sont ses propres doigts dans sa propre intimité qui impriment un mouvement de va-et-vient. Il se prépare tout seul et c'est comme si c'était toi qui était entre ses mains. Tu sens Draco partout. Sur toi, en toi, autour de toi. Encore un peu et tu vas jouir entre ses lèvres.
Avec le peu de force et de cohérence qu'il te reste, tu le repousses et, la seconde suivante, mords ses lèvres. Ses gestes deviennent sauvages, empreints d'une vie de restrictions. Ou alors ce sont les tiennes. Tu ne sais plus trop et tu n'as pas envie. Il n'y a plus de questions à se poser, juste des gestes à exécuter. Comme ton sexe qu'il frotte le long de la fente de ses fesses. Comme le sien qui glisse le long de ton ventre. Comme tes ongles qui s'enfoncent dans le tissu. Comme tes yeux qui se ferment sous l'intensité des sensations. Comme son front qui se colle au tien et sa respiration qui se mélange à la tienne.
- Ouvre les yeux.
Tu secoues doucement la tête. Tu ne t'en sens pas capable. Et surtout tu as peur qu'en croisant ses iris orages tu ne perdes pied et que tout s'arrête instantanément.
- Non, non, non, non.
Tes mots sortent telle une litanie.
- Harry.
Son souffle t'effleure et t'insuffle un nouvel élan de courage. Tes paupières se soulèvent et au même instant ton gland le pénètre. Ta respiration se coupe dans ta gorge et ta tête se met à tourner. Il faut te raccrocher à quelque chose, n'importe quoi. Même à la douleur s'il le faut.
- On a rien mis, balances-tu comme si c'était la seule chose qui te préoccupait en cet instant.
Sauf que les pensées impudiques que te renvoie Draco chassent immédiatement cette raison. Il ne veut pas de ça entre vous. Il a été clair sur ce point, il te veut toi, en entier, sans rien autour, sans rien entre vous. Toi, juste toi.
Et tu es au fond, en lui, entièrement. Ses lèvres te brûlent, air incandescent, poison s'infiltrant dans tes poumons. Un peu comme si Mary venait de t'embrasser, de s'embraser. Tu sais que tu dois bouger, que tu dois assouvir son besoin, ton besoin. Mais ton corps tremble, perdu dans les méandres du plaisir. Tu es en lui, il est en toi. Tu es sur lui, il est sous toi. Tu ne sais plus où tu commences et où il finit. Double overdose de jouissance prête à exploser.
Il entame les mouvements de bassin et siffle, satisfait des sensations qu'il ressent. Et toi tu te perds.
Tu es. Simplement.
Tu vis comme tu n'as jamais pu le faire, comme tu n'as jamais osé.
Tu es. Totalement.
Autour de toi, tu sens ta magie crépiter et se manifester sans ta volonté. Tu crains qu'elle ne t'échappe, mais la bouche qui se pose contre ton oreille et la confiance qui s'y déverse te fait grogner. Il s'en fou. Sa seule préoccupation est son plaisir, ton plaisir. Tout le reste n'a plus d'importance. Il envoie valser son éducation, ses règles, ses codes. Il renie père et mère pour toi et l'allégeance qu'il a faite au Seigneur des Ténèbres. Au final ça a toujours été comme ça entre vous. Mais vous étiez trop jeunes pour le comprendre, pour en saisir toutes les subtilités. Trop de règles, trop de contraintes, trop de barrières.
Une vague d'énergie naît entre tes reins alors qu'il accélère le rythme. Tu as atteint le point de non retour et advienne ce qui pourra. Tes doigts enfoncés dans ses hanches, tu l'aides à se soulever, sentant que ses muscles commencent à gémir de douleur. Ou d'extase ? Peu importe.
La pièce est emplie de vos grognements, de vos soupirs, de vos gémissements. Et de ta magie. Et des étoiles, et des suppliques. Peter, Paul & Mary dansent autour de vous, baisent devant vous. Et ils jouissent. Et tu jouis. Et il jouit.
Submergé par la vague de folie destructrice qui s'abat sur toi, tes muscles se tendent et ton esprit s'effondre. Il n'y a plus que du blanc. Ou du noir. C'est si flou. Et en même temps tu ne voudrais quitter cet endroit pour rien au monde. Es-tu mort ? Tu l'espères. Ce serait assez ironique de finir ses jours dans un orgasme aussi fabuleux.
- Harry ?
Quelqu'un t'appelle.
- Harry.
Tu la connais.
- Harry.
Tu n'es pas seul.
- Harry !
Ils sont tous là en réalité.
C'est peine perdue, la vie est encore en toi et le monde te martèle de ses maux. Mais le plus étouffant est la panique qui serre ta gorge et fait pression. Tu dois lui signifier que tu n'es pas parti et qu'il doit se calmer, sous peine de provoquer un désastre que tu refuses de voir.
Un faible grognement franchit tes lèvres, le rassurant aussitôt. Du bout des doigts tu relances tes habituels sorts. Tu as presque failli, tu l'as effleurée et tu as trouvé ça si grisant. Maintenant que tu l'as dans la peau, tu sais que tu ne pourras plus t'en passer.
Le reste te semble si fade maintenant que tu as atteins le summum avec Draco.
C'est exquis.
Plus tard, les yeux clos, une ligne de poudreuse perdue dans tes narines et un verre d'alcool à la main, tu te laisses bercer par la musique qui hurle dans tes oreilles. Malgré cette dernière, tu sais que Draco vient de finir de prendre sa douche et qu'il se dirige vers le salon.
Il est maintenant devant toi et ne bouge pas, attendant que tu te décides à réagir. Tout en retirant un écouteur de ton pavillon, tu ouvres un œil. Il est beau.
- Tu es beau, tu murmures.
Tes mots le surprennent. Une main tendue en sa direction, tu espères. Tu sais qu'il ne sait plus quoi faire maintenant qu'il t'a tout dévoilé. Il hésite, incertain de la décision à prendre. Va-t-il se perdre à ton contact ? Probablement. Et lorsque ses doigts touchent les tiens et qu'il finit assis sur tes genoux, tu te demandes qui est le plus déraisonné de vous deux.
- Tu restes, affirmes-tu.
oOo
Ton regard se perd sur la Tamise devant toi. Le soleil se couche au loin et les passants se font plus rares. Tu n'étais pas venu ici depuis des années. Pourtant tu aimais bien cet endroit. Il y avait quelque chose d'impalpable qui te faisait vibrer. Aujourd'hui, ce n'est qu'un vulgaire pont qui n'a plus d'intérêt.
Accoudé à la rambarde, tu attends. Tu sais qu'il ne devrait pas tarder. Tu lui as fait une promesse et lui aussi. Car tu sais qu'après ce coucher de soleil tu n'existeras plus.
Tu es sorti du tribunal i peine deux heures et le verdict est tombé. Comme tu le savais déjà. Aucune surprise. Tu n'es plus capable de te gérer tout seul. Ils te laissent le temps de rassembler tes affaires et tu devras aller vivre chez ta tutrice, ta chère amie Hermione Granger. Bien évidemment, interdiction de quitter le territoire. De toute façon, ta magie sera immédiatement détectée et des aurors viendront te chercher sans aucune cérémonie. A quoi bon, tu n'as pas envie de partir d'ici. Cela ne te servirait à rien.
Dès demain, tu redeviendras Harry Potter, parti vivre chez ses meilleurs amis pour ne plus être seul, zombie à ses heures perdues, gentil pantin du Ministère. Quel avenir radieux !
Tu repenses à ces deux derniers jours qui ont été d'une puissance inouïe. Tu n'as même pas eu le temps de poser un pied au sol tellement tu as abusé de tout. Deux jours où tu as baigné dans la drogue, l'alcool, la musique et le sexe. Peter, Paul & Mary n'ont cessé de te caresser, électrisant tes nerfs à chaque seconde. Et Draco… Draco s'est plié au moindre de tes désirs sans jamais rechigner. Quarante-huit heures d'extase pure, de jouissance éternelle et de déchéance ultime.
Un rire sort de ta gorge et la vieille dame qui passe derrière toi à cet instant sursaute. Elle se demande ce qui peut bien pousser la jeunesse à être aussi étrange. Tu aurais envie de lui répondre que c'est le monde, que c'est elle et les autres qui t'ont rendu fou. Mais à quoi bon, c'est une moldue et elle ignore qui tu es.
Ton menton se pose dans le creux de tes mains, tu as mal à la tête. Brièvement, tu fermes les yeux et tu rêves. Tu pourrais partir d'ici en une seconde, transplaner à l'autre bout de la terre et tout envoyer balader. Tu pourrais t'exiler sur une île déserte et fuir le monde. Oh, tu y as déjà pensé. Mais tu as trop besoin des autres pour respirer. Besoin de leur détresse, de leur folie et de leurs regards. Besoin de la vie. Même si ça te ronge à chaque seconde. Tu as vraiment un côté masochiste en y réfléchissant bien.
Mais tu n'as pas le temps de t'étaler et de te rouler dans cette utopie car Draco est en train de s'approcher. Tu n'as même pas besoin de tourner le visage, tu le sens à des mètres de là. Tout comme son inquiétude et ses peurs.
Pourtant il ne se presse pas, vestige de son éducation d'aristocrate. Et tu aimes ça. Ce côté que tu lui as toujours envié, qui t'a attiré dès votre première rencontre. Quelques instants d'attente où il te parle sans bouger ses lèvres, où il chante une chanson qui te fait sourire et il se poste à côté de toi.
- Salut.
- Salut.
- C'est fini ?
- Oui. Je suis fini.
Les secondes passent. Puis tu finis par tourner ton visage vers lui. Du bout des doigts tu retraces les contours du sien, imprimant chaque trait dans ton esprit. Tu es satisfait. Presque heureux tu pourrais dire.
Sa joue se love contre ta paume et ses paupières se ferment brièvement. Il savoure ce contact, le dernier entre vous. Lui aussi a profité de ces deux derniers jours, aspirant chaque seconde avec toi, dansant sur les cordes du Destin en ta compagnie et le narguant à chaque bouffée d'oxygène interdit.
Il te sourit et pose délicatement ses lèvres sur les tiennes. Mais tu n'as pas envie de finir sur cette note à peine mesurée. Tu n'es pas comme ça, tu ne l'es plus. Tu te retournes et tes mains se mettent à fourrager dans la chevelure blonde, alors que tu approfondis le baiser. Draco te laisse faire, totalement soumis, ne voulant pas que toute votre histoire se termine maintenant. Il veut encore te revoir, encore se perdre, encore dire fuck à tout ce qui vous a défini.
Ses mains se posent sur tes fesses, la fièvre naissant entre vos deux corps avides de se rencontrer une fois de plus. Ça a toujours été physique entre vous, depuis le début. Vos corps se sont toujours attirés, cherchés. Des aimants qui se poussent et se repoussent sans cesse.
Tu reprends ton souffle et occultes les regards des passants sur vous. Il y a du dégoût, de l'incompréhension, et de la gêne. Et du désir, des soupirs et de la passion dans celui de Draco. Tu sais qu'il va falloir vous séparer, qu'il va falloir mettre un terme à votre histoire. Tes doigts serrent avec force le fer dans ton dos. En face de toi, Draco étire ses lèvres et hoche de la tête. Il est prêt, ou en tout cas s'est fait une raison. Et toi ? Tu doutes encore car tes doigts frôlent ses lèvres. Encore une seconde, encore un souffle, encore un peu de lui.
Peter prend ta main et la serre fortement, l'éloignant de ton objet de perdition. Paul enserre ta taille et te tire doucement en arrière, t'éloignant de lui. Et Mary… Mary ferme tes paupières pour que tu gardes une image parfaite de votre dernier échange.
Ton corps bascule d'un seul coup en arrière, attraction terrestre à l'œuvre. Tu entrevois une mèche blonde, un bout de ciel orange et un nuage rouge. Tu n'as pas de regret, c'est bien trop tard pour ces choses là. Trop futile. Sauf peut-être un en y réfléchissant bien. Celui de ne pas avoir serré sa main lorsqu'il te l'avait proposée il y a bien des années de cela. Tu aurais pu être son ami, aller à Serpentard et le connaître avant que la guerre ne vous détruise. Tu aurais pu…
Peter caresse tes cheveux d'une main tendre et rassurante, repoussant quelques mèches de cheveux de ton front. Paul dépose délicatement sa bouche dans ton cou, embrassant ta peau nue qui frissonne au contact de l'air, le tout en un baiser d'adieu. Et Mary te chante une berceuse qu'elle a inventée uniquement pour toi, pour ces quelques secondes d'allégresse.
Three. Souffles qui sortent de tes lèvres entrouvertes en une mimique heureuse.
Two. Mains tendues vers l'astre luisant du jour, brûlant la terre de son aura.
One. Murmure inaudible à la terre entière et hurlement de bonheur à tes songes.
Je t'aime.
La seconde d'après, ton corps s'écrase lourdement sur la berge de la Tamise dans des hurlements d'horreur. Tu es devenu sourd, tu n'entends plus rien. Hormis cet aveu qui lance une dernière pulsion sanguine dans ton cœur. Et puis le noir. Et son silence parfait.
Vous êtes morts.
FIN
Piouf, ça me fait vraiment étrange de me dire que ça y est, c'est fini, je l'ai terminée. Des années que j'ai cette histoire dans ma tête avec cette fin car pour moi ça ne pouvait pas être autrement. Ce dernier chapitre c'est cette scène de sexe sans rien, juste eux deux et la fin. De tous.
Cette fiction c'est un bout de déchéance avec cette narration qui m'a prise aux tripes. J'avais besoin que ça sorte. Et maintenant que c'est le cas, je suis à la fois soulagée et en même temps un peu frustrée. Peut-être parce qu'ils vont me manquer.
Merci à tous ceux qui m'ont suivie et un dernier petit mot de votre part me fera très plaisir.
Je vous retrouve sur mes autres fictions ?
