Crédits : l'univers et les personnages appartiennent à Matsuri Hiro.

Chapitre 4 : White Day

J'étais enfin débarrassée de la Night Class ! Mon après-midi tranquille en ville pouvait commencer !

Du moins, c'est ce que je croyais naïvement.

Je n'aimais pas me promener seule en ville, mais Yori était occupée et Zero devait inspecter le dortoir de la Day Class. Je lui souhaitais bien du courage d'ailleurs. Vu comme j'en avais bavé avec les vampires, il risquait de perdre patience très vite.

J'arpentais les rues, cherchant la confiserie. J'étais bien déterminée à revenir avec des bonbons pour Shiki. D'ailleurs, j'ignorais pourquoi, mais cela me faisait plaisir d'aller acheter quelque chose pour quelqu'un. Peut-être parce que les seules personnes à qui j'offrais des cadeaux étaient Zero et le directeur. L'un n'avait jamais l'air enthousiaste et l'autre me pleurait dessus, ému à l'extrême. Je nourrissais peut-être l'espoir que Shiki me dise simplement merci en ayant l'air content. Problème : c'était un vampire, la dernière créature à qui j'aimerais offrir quelque chose. Deuxième problème : … ben heu, personne n'aurait jamais l'idée d'offrir des bonbons à un vampire. Le directeur peut-être, ce qui ne me rassurait pas vraiment.

J'en étais là de ses réflexions lorsqu'une voix retentit derrière moi :

_ Je sais que c'est toi qui as fait le coup !

Je me retournais, surprise, et me retrouvais face à … Hanabusa Aidou ! Qu'est-ce qu'un Night Class faisait donc là ? Surtout que le soleil était au beau fixe. Le vampire s'était réfugié sous le parapluie qu'il tenait à la main. Il avait l'air malin, tiens !

_ J'attends tes explications, Cross.

_ Heu…

Mais qu'est-ce qu'il me voulait, celui-là ? Ne pouvais-je donc pas être un peu tranquille ? Je soupirais et tentais de me calmer.

_ Je commence à perdre patience !

Aidou semblait vraiment en colère, et bizarrement, cette colère se dirigeait contre moi. De plus, le vampire m'avait suivi en plein jour, sous le soleil. La situation était grave.

_ Aidou-senpai, de quoi parles-tu ?

_ Je parle de mon registre sur « comment améliorer la vie au pavillon de la lune », que tu m'as volé !

Pouvait-il répéter plus lentement cette ineptie ?

_ Hé ! Mais j'ai rien volé, moi ! M'exclamais-je. Je ne vis même pas au pavillon de la lune ! Qu'est-ce que tu veux que je fasse avec ton registre ?

Aidou sembla réfléchir. Dire qu'il avait fait tout ce chemin pour rien. A Noël, il faudrait penser à lui acheter un cerveau.

_ Mais c'est TOI qui es venue faire l'inspection des dortoirs, ce matin, dit-il en pointant un doigt accusateur sur moi. Et avant, mon registre se trouvait bien dans ma chambre. Tu pars, et il n'y est plus ! Qu'est-ce que tu dis de ça ?

_ Ben… C'est une coïncidence, répondis-je.

_ Ce registre a disparu depuis que ta venue dans ma chambre !

Les passants autour de nous nous dévisagèrent et je me sentis brusquement gênée.

_ Chut ! Intimais-je au vampire. Moins fort ! Les gens vont s'imaginer des trucs.

_ Peu importe ! Lança théâtralement Aidou.

_ Mais non ! Je ne veux pas, moi ! Répliquais-je.

_ Très bien, tu veux te la jouer comme ça ? Allons-y. Je vais te suivre jusqu'à ce que tu n'en puisses plus et me révèle ou tu l'as caché.

Horrifiée, je ne pus retenir un cri :

_ Non !

_ Tu capitules ? Demanda le vampire, les yeux brillants.

_ Mais je ne l'ai pas, Aidou-senpai ! Tu cherches le coupable au mauvais endroit.

Mes protestations étaient inutiles. Aidou était persuadé que j'étais la voleuse et il comptait bien me casser les pieds jusqu'à obtenir ce que je ne possédais pas.

J'avançais donc dans une ruelle qui menait jusqu'à la confiserie, Aidou à ma gauche, toujours sous son parapluie.

_ Aidou-senpai, glissais-je pour que les passants ne nous entendent pas. Nous avons l'air ridicule. Range ton parapluie.

_ Bien sûr ! Lança Le vampire en relevant la tête d'un air fier. Tu veux que ce soleil de plomb brûle ma peau satinée !

Ce qu'il ne fallait pas attendre !

Nous arrivâmes à la confiserie… qui était fermée !

_ Oh non ! Me lamentais-je. Il ne manquait plus que ça !

_ Qu'y a-t-il, Yuki-chan ? Demanda Aidou sur un ton mielleux qui ne présageait rien de bon.

Je pris un air distant.

_ Depuis quand on est intimes toi et moi ?

Aidou se mit à rire.

_ On peut le devenir plus si tu me fais goûter à ton sang, susurra le vampire.

_ Beuh, pas question !

Je détournais vivement la tête.

_ Ah, soupira Aidou, Ichijou-san t'appelle bien « Yuki-chan », lui et tu n'y trouve rien à redire. Tu as le béguin pour lui ?

Mieux valait entendre ça que d'être sourd…

_ Je connais mieux Ichijou-senpai, c'est tout.

Aidou se rapprocha avec un sourire.

_ Vraiment ? Tu lui as déjà donné ton sang ?

Je le repoussais le plus loin possible de ma personne.

_ On n'est pas obligé de donner du sang à quelqu'un pour le connaître, répliquais-je. Bon, comment je vais faire, moi ?

Aidou se passa paresseusement la main dans les cheveux tout en regardant la rue d'un air ennuyé.

_ Pourquoi as-tu l'air contrarié ? Demanda t-il.

Je me doutais que la réponse lui importait peu, mais je répondis :

_ Je voulais offrir des bonbons à quelqu'un, mais la boutique est fermée.

_ A qui ? S'empressa de questionner Aidou. A moi ? C'est pour te faire pardonner d'avoir volé mon registre ? T'inquiètes, une goutte de ton sang suffira à réparer l'affront.

Je ne relevais pas la dernière réplique.

_ Alors ? C'est qui ?

_ Ca ne te regarde pas, lançais-je d'un ton sec et hautain qui ne m'allait pas du tout.

_ Je vais devoir demander à ta copine, Wakaba-san.

Je le fusillais du regard.

_ Ne t'approches pas de Yori-chan ! M'exclamais-je, en pointant un doigt menaçant sous son nez.

Aidou leva les mains devant lui.

_ Ca va, ça va. Je ne ferai rien. Mais je me demande quand même quand tu comptes me rendre mon registre.

_ Aidou-senpai, je n'ai que faire de ton registre. Je me fiche d'améliorer la vie de la Night Class.

_ Alors ? reprit Aidou. Que vas-tu faire ?

_ Je vais te dénoncer à Kuran-senpai pour m'avoir suivi toute l'après-midi !

Aidou prit un air ennuyé et distant.

_ Nan ! Je ne parle pas de ça. Pour ton cadeau ?

_ Ah !

Heu… bonne question. Je me trouvais un peu dans la mouise, là.

Le vampire aux cheveux blonds passa ses bras derrière sa tête, en s'étirant.

_ Tu n'as qu'à acheter des chocolats, suggéra t-il. Cela fait toujours plaisir de recevoir des chocolats.

Tiens, c'était pas bête du tout. Qui aurait cru qu'un jour, Aidou me donnerait un conseil avisé ?

_ Parfait ! M'exclamais-je, enthousiaste, il y a une jolie boutique pas loin qui vend des chocolats délicieux !

Je laissais Aidou planté là et courais vers la ruelle de droite.

_ Hé ! Attends ! Ce conseil vaut bien mon registre !

_ Je ne l'ai pas !

oOo

Bien entendu, Aidou me rattrapa sans difficultés et nous arrivâmes devant la boutique. Le vampire attendit devant, pendant que je choisissais un petit paquet de chocolats, emballé dans une boîte bleu ciel avec un ruban blanc.

Je sortis en souriant, contente d'avoir trouvé mon cadeau de remerciement et de pouvoir enfin me débarrasser d'Aidou. Ce dernier renifla le paquet avec un regard avide. J'éloignais rapidement la petite boîte.

_ Je peux en avoir un ? Demanda le vampire avec une voix de petit garçon.

_ Si tu en veux, tu n'as qu'à aller t'en acheter, répliquais-je sur un ton relativement calme.

Aidou soupira.

_ Comme la vie est cruelle !

Je le laissais se lamenter sur son «pauvre » sort, bien contente de rentrer.

_ Oh ! Regarde, Yuki-chan ! Mon salon de thé préféré ! Allons-y !

_ Quoi ?! M'exclamais-je.

Et c'est ainsi que je fus entraînée dans le salon de thé avec Hanabusa Aidou, le vampire le plus pénible de la Night Class, Kuran arrivant juste après.

Bien entendu, lorsque la serveuse se présenta, il fallut qu'Aidou se mette en mode « lover » et que la pauvre Yuki que je suis supporte son air niaiseux et le regard brillant d'admiration de la jeune femme. Lorsqu'elle revint avec du thé et des gâteaux, elle me jeta un coup d'œil attristé. Moi, je ne lui prêtais guère attention et me ruait sur le thé glacé que j'avais commandé. Après tout, je méritais bien une douce boisson sucrée après tout ce qui m'était arrivé. Aidou, lui, prit délicatement un gâteau entre ses doigt, tout en complimentant la serveuse qui rougit jusqu'aux oreilles.

_ Vous êtes sa petite amie ? Me demanda t-elle au bout d'un moment tout en se penchant vers moi avec un faux sourire aimable.

Je faillis m'étrangler avec le thé -que je buvais à cet instant précis- manquant de tout recracher partout. De son côté, Aidou fût sur le point de s'étouffer avec son gâteau. La serveuse nous regarda à tour de rôle avec de grands yeux éberlués. En même temps, elle ne pouvait pas savoir…

_ Plutôt crever, murmurais-je.

Aidou me lança un regard narquois, puis déclara :

_ Elle ? Ma petite amie ? (il se mit à rire) Non, c'est mon assistante. Elle porte mes paquets. Mon sous-fifre, quoi, ajouta t-il plus doucement, mais de façon à ce que j'entende quand même.

_ Hé ! Non, mais ça va pas ! M'exclamais-je, furieuse.

La serveuse jeta un coup d'œil à la boîte de chocolats et sourit, satisfaite, alors que je fusillais Aidou du regard.

Une fois seuls à la table, et après avoir fini mon thé glacé, nous nous étions enfin calmés. Un sursaut de bonne volonté me saisit, aussi me tournais-je vers le vampire.

_ C'est gentil de m'avoir payé un thé, lui dis-je.

Ce dernier sourit, puis avança sa chaise vers moi.

_ J'ai toujours voulu t'entendre me dire « merci », dit-il d'un ton moqueur.

Mon sourire à moi se cassa légèrement la gueule, si vous me pardonnez l'expression.

_ Ah… c'est juste pour ça.

Aidou éclata de rire.

_ Tu croyais que c'était pour quoi ?

_ Ben, par gentillesse, répondis-je, blasée.

Aidou balaya l'air de la main.

_ Pff ! C'est grotesque, déclara t-il.

_ Je ne vois pas ce qu'il y a de grotesque à être gentil avec quelqu'un, répliquais-je.

_ Pas avec quelqu'un, corrigea le vampire. Avec toi.

Je le foudroyais du regard, piquée au vif.

_ Tu te crois drôle ? Maugréais-je.

_ Oui.

Il se rassit plus confortablement dans son siège, passant ses mains derrière sa tête.

_ Je suppose que la politesse m'y contraint… M'ci, maugréais-je, les yeux rivés sur mes poings.

_ Je n'ai pas bien entendu.

_ Merci, répétais-je, sans grande conviction.

Aidou soupira avec un air très théâtral, comme à son habitude.

_ Vraiment, tu n'y mets pas de la bonne volonté. Essaye encore.

_ Merci ! M'exclamais-je avec fureur, attirant ainsi les regards étonnés de nos voisins de table.

_ Voilà qui est mieux, commenta Aidou. Mais j'aimerais un ton plus gentil. Après tout, je t'ai payé ce thé glacé alors que tu m'as volé mon registre.

J'étais au bord de la crise de nerfs.

_ Mais je ne l'ai pas, Aidou-senpai, dis-je, au bout du rouleau, en insistant bien sur chaque mot.

oOo

Une fois Aidou satisfait de m'avoir tourmenté tout l'après-midi, nous repartîmes enfin. Il me tardait de retrouver l'Académie.

Je me précipitais vers la porte d'entrée, presque les larmes aux yeux.

Zero nous vit arriver et je fus presque déçu de ne pas avoir d'appareil photo pour immortaliser ce moment. Surpris n'était pas assez fort pour exprimer l'expression peinte sur son visage.

_ Bon, je rentre au pavillon de la lune, déclara Aidou. L'air a une drôle d'odeur, ici.

Il insista sur cette dernière phrase tout en regardant Zero droit dans les yeux.

Ce dernier ne se formalisa pas : il avait l'habitude. Il soutint pourtant le regard du vampire jusqu'à ce que ce dernier disparaisse.

Une fois Aidou parti, Zero m'adresse un regard assassin.

_ Je peux savoir ce que tu fais avec ce crétin ?!

Je m'assis sur un banc, me décomposant d'un coup.

_ J'en peux plus ! Me lamentais-je.

Zero sursauta devant ma réaction.

_ Yuki ? Aidou t'a fait quelque chose ?

_ Oui ! Il m'a saoulé ! Il s'est persuadé que j'ai volé son registre pour améliorer la vie au pavillon de la lune ! Il m'a suivi partout ! Partout ! Même le soleil n'a eu raison de lui !

Zero soupira tout en secouant la tête.

_ Je ne sais pas comment tu fais pour t'attirer toujours des ennuis.

_ Moi non plus, répliquais-je. C'est inné je crois.

Mon ami détourna la tête.

_ Je te retrouve tout à l'heure devant le pavillon de la lune. N'oublies pas que cela va être agité.

Agité ? Parce qu'il existait un seul jour durant lequel se rendre au pavillon de la lune ne causait aucune agitation peut-être ? Du moment que les filles de la Day Class s'y trouvaient, je voyais mal pourquoi ce ne serait pas agité. Je ne relevais pas car Zero allait sûrement m'envoyer sur les roses. Malheureusement pour moi, j'aurais dû…

Je passais donc le temps à me prélasser, après avoir eut un avant-goût de ce à quoi ressemblait l'enfer. Je chassais les images d'Aidou de mon esprit. Rien que d'imaginer le son de sa voix suffisait à épuiser mes pauvres nerfs.

En fait, je n'osais plus penser à rien tellement je me sentais crevée. Tout ça à cause de ce vampire blondinet ! D'un autre côté, en y réfléchissant bien, j'avais été rassurée de ne pas me trouver seule en ville. Aucune peur ne s'était manifestée, mis à part celle de griller mes neurones au contact d'Aidou.

J'attendis ainsi que le crépuscule tombe pour me rendre au pavillon de la lune. Les filles n'étaient pas encore arrivées et Zero non plus, d'ailleurs. Les vampires venaient tout juste de sortir et ils semblaient se préparer à quelque chose. Un cours particulièrement difficile peut-être ?

Bref, comme aucun gêneur (ou plutôt aucune gêneuse) ne se trouvait dans les parages, je trouvais ce moment idéal pour offrir mon paquet de chocolats à Shiki. Cela me permettrait de me débarrasser de cette tâche, car faire un cadeau à un vampire me perturbait toujours autant. Après cela, nous serions quittes… si l'on supposait qu'offrir des chocolats équivalait à une vie sauvée bien sûr…

Malgré ma résolution, une impression bizarre ne me quittait pas. Les vampires paraissaient vraiment attendre quelque chose. S'il s'agissait des filles de la Day Class, ils étaient vraiment devenus masos. Ils se tenaient tous éparpillés devant la porte et discutaient calmement. Pourquoi n'allaient-ils pas en cours, d'ailleurs ? Ils pourraient bavarder plus tard ou sur le chemin. Après, ils allaient encore se plaindre comme quoi ils étaient constamment harcelés et que les chargés de discipline ne servaient à rien.

Je vis soudain un nuage de poussière se diriger vers nous, tandis que des cris non-identifiés retentissaient au loin. Je sus d'office que les filles de la Day Class arrivaient en courant.

Bon, c'était le moment ou jamais ! Vite !

Je me dirigeais aussitôt vers Shiki et son air extrêmement ennuyé, tout seul dans son coin. Tant mieux, moins il y aurait de témoin, mieux ce serait.

_ Bonsoir, Shiki-senpai.

_ 'Soir.

Je décidais de ne pas me formaliser de ce salut peu cordial. D'ailleurs, j'étais trop angoissée pour ça. Une fois devant lui, je n'osais plus lui offrir mon paquet. Cela paraissait ridicule comme réaction, mais c'était plus fort que moi. Je n'y arrivais pas.

_ Je… heu… je voulais…

Je vis Aidou se tourner vers nous. Rah ! Le pénible ! Il n'y avait donc pas moyen d'être honteux tranquillement dans cette Académie !

A son tour, Rima Tôya me jeta un regard en biais. Elle ne fit pas beaucoup d'effort pour le dissimuler, d'ailleurs. C'est vrai qu'elle traînait souvent avec Shiki.

Je tentais de l'ignorer, mais c'en fut trop lorsque Kaname Kuran s'intéressa lui aussi à la scène. Rien ne me serait épargné !

Je fourrais immédiatement le paquet dans les bras de Shiki plus que je ne lui offrais, évitant soigneusement de le regarder.

Ses yeux s'arrondirent alors qu'il reniflait légèrement le paquet. Quant à moi, je fronçais les sourcils en voyant la surprise se peindre progressivement sur ses traits.

_ C'est un chocolat ? Demanda t-il.

Pendant un instant, je me demandais s'il n'était pas un peu abruti, puis je me dis que quelque chose devait clocher. Je n'avais jamais vu le vampire aussi surpris. Non, en fait je ne l'avais jamais vu surpris du tout. Qu'est-ce que j'avais bien pu oublier, encore ?

_ Ben… oui, répondis-je, de moins en moins rassurée lorsque je vis l'expression profondément interloquée de Kuran.

Je décidais de me retirer après une légère courbette, car je me sentais de plus en plus mal à l'aise. Qu'est-ce qu'ils avaient tous avec leur expression hébétée ?

Soudain, les filles débarquèrent en hurlant. Jusque là, rien d'anormal. A ceci près que chacune portait dans ses mains un petit paquet aux couleurs plus ou moins voyantes selon les personnes. Et je savais ce qu'il y avait dedans : des chocolats ! Parce que c'était tout simplement le jour de la White Day, la Saint Valentin que j'avais totalement occulté de ma mémoire !

Je me frappais le front.

_ Quelle idiote ! Me lançais-je à moi-même.

Après cela, je n'arrivais même pas à penser à autre chose qu'à ma bourde. Impossible de se concentrer sur ma tâche de chargée de discipline. Je me sentais dans un état nébuleux, l'esprit à la fois conscient et absent de la réalité. Mes bras esquissaient de vagues mouvements pour contenir les filles et les placer en rang, mais je ne m'occupais même pas du maigre résultat obtenu.

Mon regard finit par accrocher celui de Shiki qui me dévisageait, le paquet en main.

Ichijou s'approcha alors de moi en douce, me faisant sursauter tant son pas était silencieux.

_ C'est toi qui as offert un chocolat à Shiki ou mes yeux me jouent des tours ?

_ Tes yeux vont bien, mais ce n'est pas ce que tu crois, expliquais-je en sentant malgré moi un fard s'étaler sur mes joues.

Ichijou sourit, visiblement très amusé par la scène.

_ Oh, mais je ne crois rien, répondit-il sur un ton équivoque.

Je lançais un regard peu amène au vice-président de la Night Class.

_ Ichijou-senpai, retourne boire tes tisanes, s'il-te-plait.

_ Thé ! Je bois du thé ! S'exclama le vampire, scandalisé.

Cette remarque eut cependant le don de le réduire au silence. Alors, Aidou prit le relais et décida de se mêler de la conversation.

_ C'était donc à Shiki que tu voulais offrir un chocolat ?

_ Aidou-senpai ! M'exclamais-je, consciente que Shiki regardait toujours dans ma direction et que les oreilles des vampires avaient tendance à traîner par ici, depuis quelques minutes. Tu m'as suivi tout l'après-midi, tu sais très bien que je voulais lui acheter des bonbons mais que la confiserie était fermée ! C'est TOI qui m'as suggéré de lui acheter des chocolats !

Aidou se pencha vers moi.

_ Le registre et je te sauve de cette situation.

_ Mais je ne l'ai paaaas ! Rétorquais-je.

Aidou haussa les épaules.

_ Comme tu voudras.

Il se tourna vers Ichijou.

_ Elle a offert des chocolats à Shiki et elle n'assume même pas !

Je le dévisageais, complètement anéantie. Il fallait que je trouve un moyen de lui faire avouer la vérité, coûte que coûte ! Si mon geste s'ébruitait, les filles ne cesseraient de me poursuivre en croyant que je venais de déclarer ma flamme –inexistante- à Shiki !

_ N'oublie pas ton rôle de chargée de discipline, Yuki, me rappela Kaname. Tu t'expliqueras sur ta vie sentimentale, plus tard, s'il te plait.

Il venait de surgir derrière moi et sa voix lente et sombre m'avait tiré brutalement de mes pensées catastrophées. Je me trouvais, à ce moment là, dans un état proche de l'explosion, ce qui pouvait parfaitement expliquer la remarque suivante, que je n'aurais jamais dû prononcer :

_ Bon, ce n'est qu'un malentendu, ok Kanape ?! … Heu, je veux dire Kaname !... Oups…

Ce fut comme si le temps avait suspendu son cours.

Kaname me regarda comme si c'était la première fois qu'il me voyait, Aidou devint encore plus pâle que d'ordinaire, Kain se figea sur place, Ruka de même. Ichijou se cacha derrière sa main, étouffant maladroitement un sourire et Rima observa d'un air intéressé la réaction de Kuran. Quand à Shiki, il souriait à moitié, le regard rivé sur le vampire de Sang Pur.

Je ne savais plus où me mettre.

_ Heu… je… je vais justement parfaire mon rôle de chargée de discipline, dis-je avec un grand sourire à l'adresse de Kuran, qui ne broncha pas.

Je retournais aussitôt devant les filles pour les maintenir à distance des vampires... ou pour me noyer dans cette masse hystérique. Pour être franche, j'étais dans un état second. Je faisais les choses machinalement, sans même m'en rendre compte. Je venais d'appeler Kaname Kuran, le Sang Pur, « Kanape ». Je vous jure que je ne cultivais aucune tendance suicidaire !

Kaname risquait de me faire payer cet affront toute ma vie et plus encore. Je doutais que l'avoir rebaptisé ainsi passerait comme une lettre à la poste. Mais qu'avais-je bien pu faire aujourd'hui pour mériter ça ?

Alors que je me posais cette pertinente question, les filles choisirent ce moment pour me pousser, tel un bélier que l'on charge contre la porte d'une forteresse. Dans un cri lamentable, je fus projetée sur le sol et piétinée par une dizaine de folles furieuses. Je ne pus m'empêcher de penser que Kaname devait être bien content en voyant ce triste spectacle.

Mon « Aaaaaah ! » distingué fut étouffé par les pieds des filles de la Day Class. Une main se tendit vers moi et je la saisis de la même manière que si je m'étais trouvée prisonnière d'une mer déchaînée et qu'une bouée de sauvetage arrivait subitement sur moi. Je m'apprêtais à remercier Zero –persuadée que mon coéquipier venait à ma rescousse- lorsque je m'aperçus qu'il s'agissait en fait de Shiki. Je sentis ma respiration se couper instantanément. Le vampire ne m'aida pas vraiment à me relever puisque je dus compter sur la force de mes jambes et de mes bras tandis qu'il demeurait immobile, mais son intervention eut au moins le mérite de calmer les filles. J'évitai soigneusement de rencontrer son regard, tout en sentant l'aura haineuse de la Day Class qui se propageait peu à peu dans tout le périmètre.

_ Ça va ? Demanda t-il.

Le ton employé supposait que peu importait la réponse, cela ne lui ferait ni chaud ni froid. C'était tout de même assez incroyable de se faire aider à plusieurs reprises en très peu de temps par une personne qui semblait n'en avoir rien à faire. Pourquoi le faisait-il alors ?

_ Oui… ça va, répondis-je d'une voix étriquée.

Ce fut un miracle qu'il m'entende.

Nous restâmes l'un en face de l'autre, comme deux idiots.

_ Merci, dit Shiki au bout d'un moment.

L'intonation demeurait toujours égale. J'eus peine à comprendre pourquoi il me remerciait avant que la lumière ne s'allume dans mon esprit.

_ Pour les chocolats, précisa le vampire en lisant mon incompréhension.

Je me sentis basculer dans le néant. J'aurais bien aimé, en tout cas. Maintenant, il me remerciait alors que je ne lui avais toujours pas dit que ce n'était qu'un malentendu. Et puis, qu'est-ce que j'attendais, moi aussi ?!

_ Je… heu… en fait…, balbutiais-je.

Shiki se mit alors à bailler, sous mes yeux effarés. S'il ne m'écoutait pas, les explications risquaient de devenir compliquées…

Alors que j'allais persistant en lui avouant pour quelle raison je lui avais offert ces chocolats, je fus happée par une main à la poigne ferme. Zero !

_ Hé ! Attends ! M'exclamais-je, alors qu'il me traînait en arrière sous le regard blasé de Shiki.

_ J'ai dû quitter mon poste parce que je t'ai vu ensevelie sous les pieds du club « Kyakyakya ! » ! grogna-t-il. Tu ne peux pas faire attention ?!

_ Mais je fais attention ! M'énervais-je. Et puis, je n'étais plus ensevelie, je te signale ! Parce que, encore une fois, c'est un autre qui m'a aidé, alors que toi aussi tu es chargé de discipline !

Zero se renfrogna. Il ne fit cependant aucun commentaire en constatant mon air déprimé. Je n'avais même pas pu expliquer à Shiki que tout n'était qu'un malentendu. Quelle journée insupportable ! J'aurais dû m'y attendre dès le matin avec le coup de la brioche !

oOo

Une fois que les filles eurent donné leurs chocolats aux garçons, nous repartîmes tranquillement au pavillon du soleil. Enfin, tranquillement, si on oubliait que Zero me jetait des regards en coin toutes les trente secondes.

_ Qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda t-il, au bout d'un moment.

Mes épaules s'affaissèrent et je baissais la tête, comme enveloppée dans un nuage de mauvaises ondes.

_ Ça ne va vraiment pas, constata Zero.

Non, pas possible. On lui avait déjà dit qu'il était perspicace ?

_ Je suis une paria, une reprise de justice. Kuran va sûrement demander mon exil à vie.

_ Tant que ça ?

Je relevais la tête et regardais Zero droit dans les yeux.

_ Je l'ai appelé « Kanape », sans le faire exprès.

Les yeux mauves de Zero s'arrondirent, sa bouche se tordit, ses traits se crispèrent. Cette grimace était absolument immonde. Un rictus tordait sa bouche et je me demandais s'il n'était pas tout simplement en train de se transformer en quelque chose.

_ Heu… Zero, ça va ?

Soudain, il se mit à rire. Un rire dément. J'eus très peur, surtout quand je le vis s'appuyer contre un arbre pour reprendre son souffle, en vain. Il était accroupi, se tenant le ventre, et continuait à rire à gorge déployée.

_ Répète le… s'il te plaît, dit-il, le souffle court, entrecoupé de rires nerveux.

_ De quoi ? Que je suis une paria, ou « Kanape » ?

_ HAHAHAHA !

_ Zero, j'ai peur ! Arrête !

C'est au bout d'une demi-heure que Zero se calma enfin. J'étais recroquevillée dans un coin. Je n'avais plus peur, mais je boudais.

J'avais toujours rêvé d'un jour où je pourrais provoquer un fou rire à Zero. Mais, à cet instant précis, je n'avais vraiment pas envie de rire…

Je regagnais donc ma chambre, en espérant que le lendemain serait une meilleure journée et surtout que Kuran avait la mémoire courte. Je constatais alors avec surprise que Yori n'était pas là. Etrange. A cette heure-ci, Yori devrait être en train de finir ses devoirs ou de bouquiner sur son lit.

Je croisais la chef du dortoir des filles.

_ Salut, lui dis-je. Est-ce que tu as vu Yori ?

_ Oui, répondit-elle. Elle est partie se coucher tôt parce qu'elle n'avait pas bien dormi la veille. Du moins, c'est ce qu'elle m'a dit. Elle ne voulait pas venir au pavillon de la lune avec nous.

Je jetais un coup d'œil inquiet vers la chambre.

_ Elle n'est pas là, répliquais-je avec angoisse, repensant soudainement aux craintes que m'avait confiées mon amie.

_ Elle ne doit pas être bien loin. C'est toi la chargée de discipline, insista sèchement la chef du dortoir.

Je me retenais de l'envoyer balader, trop inquiète pour m'occuper de ce genre d'enfantillages. Mes pas me conduisirent de nouveau vers la chambre, mais je savais que je n'y trouverai pas mon amie. Alors, je dis demi-tour, arpentant tout le dortoir et les alentours. Je croisais quelques filles qui se rendaient dans leurs chambres respectives après le couvre-feu, mais aucune n'avait vu Yori. Je remontais les couloirs, tandis que la nuit tombait progressivement et que les lumières au mur s'allumaient. Je voyais mon ombre s'étirer sur le sol comme si elle cherchait à me devancer dans mes recherches.

Au bout d'une heure, toujours aucune trace de Yori. A nouveau, je revins vers la chambre, dans l'espoir qu'elle soit juste sortie faire un tour. Mais rien.

Tant pis, j'allais l'attendre. Et j'attendis longtemps. Il n'était pas encore onze heures du soir. Les minutes s'écoulaient interminablement. Chaque heure qui passait emportait peu à peu mes espoirs. Je grelottais de froid, recroquevillée sur mon lit, les yeux grands ouverts rivés sur la porte.

Soudain, mon regard accrocha sur le sol le ruban rouge de l'uniforme de Yori. Je n'y avais même pas fait attention, tout à l'heure. Je pris soudain conscience que la chambre était en désordre par rapport à d'habitude. Avec Yori, l'ordre et la propreté régnait. Mais là, des livres jonchaient le sol et de l'encre avait été renversée sur le bureau. Et si… et si Yori s'était battue pour se défendre d'un agresseur ? Yori aurait-elle été… enlevée ?

Alors, lentement, ma tête se tourna vers la fenêtre grande ouverte. Il n'était pas rare que Yori l'ouvre pour aérer la pièce pendant que nous étions en cours, mais le doute vint me cueillir.

Je me penchais, même si je connaissais déjà l'évidence : on était au troisième étage. Un humain n'aurait pu sauter. Mais un vampire le pouvait…

oOo

POV : Narrateur

Au pavillon de la lune, Senri Shiki rentra dans sa chambre, satisfait que la corvée soit finie. Il déposa la pile de chocolats qu'il avait acceptés (forcé par Ichijou) et déposa un paquet bleu avec un ruban blanc sur son bureau. Il ne s'attendait pas à recevoir un chocolat de Yuki. Pourtant, il ne pouvait se défaire de l'idée que la jeune fille se conduisait de manière étrange. Son geste, il l'avait peut-être mal interprété. Elle-même ne semblait pas savoir ce qu'elle faisait et elle avait paru tellement surprise que le vampire supposait que le White Day lui été sorti de la tête.

Il quitta la pièce, car Ichijou servait le thé juste au moment où se profilait la silhouette d'Hanabusa Aidou. Ce dernier attendit que le brun aux yeux bleus s'éloigne pour se glisser dans la chambre de son camarade. Il mit un certain temps à entrer car le blond voulait s'assurer que Senri était bel et bien parti. Ce dernier était tellement tête en l'air qu'il pouvait tout aussi bien revenir chercher quelque chose.

Hanabusa était fâché que Yuki ai volé son registre. Il comptait bien le lui faire payer. Il avait réussi à trouver une boîte bleue dans ce qui lui restait de sa collection. Ce n'était pas tout à fait le même bleu, mais bon… Il avait déniché un ruban blanc au cœur des affaires bien soignées de Ruka, puis il était allé acheter des bonbons à l'ail qu'il avait trempé dans du chocolat.

Avec ça, Senri serait dégoûté. Et Yuki éprouverait toutes les peines du monde à s'expliquer.

Hanabusa était on ne peut plus satisfait de son plan. Une fois ceci fait, il ne put s'empêcher de jeter un œil au tiroir ouvert devant lui. C'est alors que le vampire découvrit… son registre !

Le voleur n'était donc pas Yuuki Cross, mais Senri Shiki !

Il s'empressa d'ouvrir le fameux registre avec un empressement des plus incroyables et s'aperçut que Shiki avait noté quelque chose dedans.

« Intégrer un distributeur de bonbons au pavillon de la lune. »