Chapitre IV – La Magie du Premier Matin
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Samedi 21 mai, 1870
Sully ouvrit les yeux, et dut cligner plusieurs fois pour éclaircir sa vision, tandis que les premiers rayons du soleil pénétraient dans la suite nuptiale. À ses côtés, Michaela dormait encore. Sa respiration était profonde et régulière. Au cours de la nuit, elle s'était retournée et était à présent recroquevillé sur son côté comme une enfant, sa main sagement glissée sous sa joue. Loin de s'en trouver frustré ou déçu, Sully trouvait que ce petit côté ingénu la rendait encore plus attachante et irrésistible, et il profita de son immobilité pour l'observer attentivement, ses yeux se délectant de chaque petit détail : le léger nuage de taches de rousseur sur ses épaules, la courbe gracieuse de la naissance du cou, le contour délicat de son adorable petite oreille, le velours rosé de sa joue, comme un bel abricot mûr, sa poitrine qui s'élevait et s'abaissait en un long mouvement régulier, la façon dont sa chemise de nuit épousait ses courbes féminines… Comment aurait-il pu résister à l'envie de sentir son corps contre lui ? Il se glissa tout contre elle, son bras se refermant jalousement autour de sa taille, et enfouit son visage dans les cheveux de sa femme, s'enivrant du parfum et de la texture de la longue chevelure soyeuse. Il savourait tout simplement sa présence en attendant qu'elle se réveillât.
Michaela se sentait merveilleusement bien, en sécurité, bien au chaud et satisfaite. Elle ne se rappelait pas avoir jamais si bien dormi auparavant. Un soleil radieux, dont elle percevait la lumière chaleureuse à travers la peau fine de ses paupières fermées, illuminait la chambre. Elle était allongée dans le plus moelleux des lits, lovée dans les draps d'un blanc immaculé, ses membres encore lourds de sommeil mais son esprit pour une fois libre et léger, flottant comme un nuage dans un clair ciel d'été. Elle bailla et s'étira langoureusement, ses mouvements quelque peu limités par la barrière du bras de Sully autour de sa taille. Les souvenirs de la journée précédente, leur mariage et le trajet en train pour Denver, pour le moins mouvementé, se bousculaient dans son esprit et même dans son corps, lui occasionnant de nouveau des frissons de plaisir le long de son échine. Elle sentit soudain l'étreinte de Sully se resserrer et se figea, prenant conscience qu'il était réveillé… plus que réveillé, même. Les rouages de son esprit vif se mirent à tourner à toute allure, et l'espace d'une seconde, le médecin en elle, avec sa connaissance étendue de la physiologie humaine, prit le pas sur la femme et elle se demanda si c'était là le phénomène naturel qui arrivait à tout homme en bonne santé pendant son sommeil, ou s'il était conscient et avait envie d'elle. Elle se retourna pour lui faire face et rencontra le bleu assombri et révélateur des yeux bien-aimés, qui répondait à son interrogation silencieuse.
Aucune parole ne fut échangée tandis que leurs lèvres jointes se chargeaient d'exprimer leurs pensées et qu'ils s'embrassaient éperdument en guise de bonjour. Quand ils se séparèrent enfin, Michaela murmura, de cette petite voix rauque qui émouvait tant Sully : "Je t'aime.
— Je t'aime aussi," répondit-il dans un souffle. Il la serra plus fort contre lui, espérant que cet instant de tendresse calmerait ses ardeurs, qu'il sentait se rallumer dans ses entrailles. Il s'était attendu à ce qu'une fois leur mariage consommé, une fois qu'il eût trouvé l'apaisement après trois longues années au cours desquelles il avait dû retenir sa convoitise pour ne pas effaroucher Michaela, il aurait eu moins de difficultés à se contrôler. Or, cela avait été sans compter à quel point il éprouverait du plaisir avec elle. Il prenait véritablement la mesure de sa superbe et parfaite féminité, maintenant qu'il la connaissait charnellement et qu'elle avait allumé en lui comme une faim insatiable. Pourtant il n'avait guère d'autre choix que de rester maître de lui-même : s'il en venait à s'abandonner à la brutalité de son désir, il ferait bien plus que simplement la dérouter, il risquait tout bonnement de l'effrayer ou pire, de lui faire mal. Dans un suprême effort de volonté, il tenta de chasser de son esprit tout souvenir ou fantasme tentateur. Il voulait juste se réjouir de pouvoir se réveiller auprès de sa nouvelle épouse, et qu'il en serait ainsi jusqu'à la fin de ses jours.
Il descendit un peu dans le lit pour être face-à-face avec elle et pouvoir la regarder droit dans les yeux… ces yeux lumineux dans lesquels il aimait se perdre. D'un doigt léger comme la caresse d'une plume, il retraça les traits bien-aimés, et lorsqu'il s'attarda sur sa bouche, elle déposa un tendre baiser sur le bout de son doigt. Oh, comme il aurait aimé pouvoir lui dire ce qu'il ressentait exactement !... Mais les mots adéquats pour exprimer à quel point l'amour qu'il lui portait était puissant et profond ne semblaient pas exister. Il se rappela alors cette citation philosophique que Michaela avait faite lors de leur préparation au mariage, et cela le fit rire.
"Qu'y a-t-il de drôle ?" demanda Michaela, mi-curieuse, mi-inquiète. Sully redevint immédiatement sérieux.
"J'essayais juste de trouver les mots pour te dire quelque chose, mais ils ne viennent pas, et je me suis souvenu que tu t'attendais à ce que le mariage soit comme l'avait décrit cet allemand, un philosophe je crois…
— Oh, la conversation sans fin à la table du petit déjeuner ?
— Oui, c'est ça…
— Et qu'est-ce que tu voulais me dire qui te fasse penser à ça ?
— Justement, c'est le problème… Les grands discours, ce n'est pas trop mon fort, même si j'aimerais bien, ne serait-ce que pour pouvoir te dire combien tu es merveilleuse, combien je me sens bien avec toi, à quel point je t'aime…"
Profondément émue, Michaela eut grand-peine à répondre : "Tu es bien plus capable que tu ne le penses, Sully. Tu as toujours su trouver les mots pour me dire ce que j'ai besoin d'entendre, de manière claire et nette, avec honnêteté… et surtout avec tellement d'amour. Je me sens tellement aimée, là, maintenant, que mon cœur pourrait éclater…
— Pareil pour moi," murmura-t-il alors que déjà leurs lèvres se retrouvaient, et qu'ils se fondirent dans une nouvelle étreinte. De doux et tendre, leur baiser se fit plus passionné à mesure qu'elle s'abandonnait pleinement dans ses bras, et qu'elle savourait le doux contact des lèvres de Sully sur les siennes, le voluptueux attouchement de leurs langues qui s'entremêlaient, la chaleur de son souffle qui emplissaient sa bouche, sa gorge, comme s'il insufflait une vie nouvelle en elle. Ce fut comme si elle n'était plus vivante que par la grâce de ce baiser. Elle éprouvait cette même sensation de se noyer dans une lumière éblouissante, celle-là même qu'elle avait ressentie la vieille, dans le train. Il lui sembla alors que ne subsistait plus rien d'autre d'elle-même que la conscience qu'elle avait que c'était lui qui était là, avec elle, tout contre elle. Et c'était comme si elle se dissolvait dans les rayons de soleil qui baignaient leur lit… dans une si douce extase.
Sully se demandait si elle se rendait compte vers quoi ces embrassades matinales les menaient, et si elle était consciente que son attitude pouvait paraître comme une invitation à aller plus loin. N'ayant aucune envie de rompre le charme en posant une question indue, il préférait attendre un signe clair et net de la part de sa femme lui laissant entendre ce qu'elle désirait vraiment. Cependant, elle semblait parfaitement se contenter de leurs baisers. Peut-être était-il encore trop tôt pour qu'elle se montrât plus entreprenante…
Comme si elle avait lu dans ses pensées, Michaela mit fin à leur baiser et le dévisagea un moment. Une émotion indéfinissable brillait dans ses yeux. Et un sourire rêveur apparut lentement sur ses lèvres… ce même sourire qu'il lui avait vu un certain après-midi dans la nouvelle maison, lorsqu'ils s'étaient embrassés à même le sol.
"À quoi tu penses ?"
Michaela hésita un instant. Était-ce bien nécessaire de lui révéler un détail aussi anodin ? Cependant sa curiosité l'emporta : elle voulait savoir s'il avait ressenti la même chose.
"Hier matin, quand je me suis réveillée… J'ai regardé la place vide à côté de moi… et je me suis demandé quel effet cela ferait de me réveiller dans tes bras aujourd'hui… et demain… et tous les jours suivants…
— Et alors ? Quel effet ça fait ?" s'enquit-il en lui rendant son sourire. Pour toute réponse, Michaela ouvrit grand les yeux d'émerveillement, et Sully comprit alors, parce qu'il la partageait, cette émotion vive qui faisait briller les yeux de sa femme, et qui, pour une fois, la laissait sans voix. Néanmoins, Michaela n'en était pas pour autant privée de l'usage de ses bras, qu'elle noua autour du cou de Sully pour un autre baiser, tant elle avait un besoin irrépressible de prolonger ce moment avec lui.
"Bonne réponse," haleta Sully lorsqu'ils reprirent leur souffle un instant. "Pareil pour moi," répéta-t-il.
Et, tandis qu'ils s'embrassaient encore et encore, Sully se trouva cette fois incapable d'en rester là, ses mains se glissant sous les couvertures pour y chercher le corps de sa femme. Essayant de ne pas se montrer trop empressé, il laissa ses mains se promener le long du dos de Michaela, s'attardant au creux des reins, puis sur sa hanche… Comme elle ne se braquait pas, il se permit de lui caresser subrepticement les fesses avant de longer lentement la courbe de sa jambe pour aller chercher le bas de sa chemise de nuit et se glisser dessous. Ses doigts reprirent le chemin inverse, explorant plus en détail cette chair de femme tendre et douce, remontant jusqu'au sein. Pendant ce temps-là, il délaissa un moment ses lèvres pour aller taquiner du bout de la langue le point exquis juste derrière l'oreille. La réaction de Michaela ne se fit pas attendre : sa chair se hérissa de violents frissons de plaisir, de la tête aux pieds, sa respiration se fit plus haletante, son souffle s'échappant en plaintes à peine audibles, mais qui n'en chatouillaient pas moins délicieusement tous les sens de Sully. Doucement, on se calme, devait-il constamment se rappeler, alors que lui-même tremblait de désir.
Bien qu'étourdie par le tourbillon de sensations voluptueuses qu'il faisait naître en elle, Michaela remarqua l'état d'excitation de Sully, et comprit qu'une fois de plus, il réfrénait ses ardeurs par égard pour elle. De toute évidence, il semblait sur le point d'exploser, et pourtant, il trouvait encore la force et la patience d'attendre qu'elle fût tout à fait prête. Rien que pour cela, elle lui devait les mêmes tendres soins et la même considération. Elle se sentait maladroite et quelque peu incertaine quant à la manière de procéder, mais elle était néanmoins déterminée à apprendre à lui prodiguer le plaisir qui lui était dû. Faute de savoir comment agir, elle se borna à essayer de rendre à Sully chacune de ses caresses, ses mains parcourant sensuellement le dos de son mari. Sully n'aurait pu être plus enchanté de cette initiative, et pour l'en remercier autant que pour l'encourager à continuer, il lui mordilla amoureusement le creux de l'épaule, tout en continuant ses caresses charmeuses sous la fine chemise.
Au bout d'un moment, n'y tenant plus, Sully dut s'asseoir et repoussa les couvertures, sous lesquelles il faisait bien trop chaud à son goût. S'il ne se rafraichissait pas un instant il risquait de perdre le peu de maîtrise qui lui restait. Il se débarrassa prestement de sa chemise, la jetant sans ménagement au sol. Michaela le regarda faire, trop farouche encore pour faire de même spontanément. C'était une chose que de se déshabiller dans l'obscurité, et c'en était une tout autre que d'être entièrement dévêtue en plein jour ! Mais comme il se penchait vers elle puis s'immobilisait, la dévorant tout entière d'un regard brûlant, passant sa langue sur ses lèvres tel un fauve se léchant les babines à l'avance en guettant sa proie, elle devina ce qu'il attendait d'elle : qu'elle retira sa chemise de son propre chef. Mal à l'aise, elle ravala péniblement sa salive, et ce fut en tremblant d'un mélange de gêne, d'anxiété, et de ce besoin qu'elle avait elle aussi de sentir sa peau contre la sienne, qu'elle s'assit à son tour et ôta sa chemise de nuit.
Situation déchirante. D'une part Sully appréciait vraiment les efforts de sa femme, de l'autre, il n'aimait pas la savoir si mal à l'aise, si craintive. Plus que tout, il voulait la rassurer, lui garantir que tout se passait à merveille, car elle était merveilleuse. Mais il ne trouvait pas les mots. Il ne put que lui prendre la main pour la porter à ses lèvres. Il y déposa un baiser fervent, puis en plaça la paume sur sa poitrine, afin qu'elle sentît les battements de son cœur.
Michaela était de nouveau bouleversée par cette démonstration de l'amour qu'il lui portait, et de son extraordinaire patience. Rassemblant son courage, elle osa demander, d'une voix qui restait timide :
"Y a-t-il… quelque chose que tu… tu aimerais que je… fasse ?"
La réponse de Sully ne se fit pas attendre, bien qu'il parlât d'une voix étranglée, tant le désir l'oppressait : "Je veux que tu fasses ce que tu veux, ce dont tu as envie, toi. Je veux juste que tu écoutes ton cœur, pas ta tête." Il lui laissa un instant pour saisir le sens de ce qu'il lui disait, avant de se risquer à ajouter : "S'il y a quoi que ce soit qui te gêne, que tu ne te sens pas prête à faire, alors ne le fais pas, surtout pas sous prétexte que tu penses que c'est ce que j'attends de toi. Tu ferais semblant, et ça ne serait pas juste ni pour toi, ni pour moi. Et tu as parfaitement le droit de me dire d'arrêter si tu n'as pas envie qu'on fasse un câlin en même temps que moi…
— Mais Sully…
— Non, non, pas de mais qui tienne ! Dis-moi plutôt ce dont tu as envie, maintenant… ?
— Je… J'aimerais te montrer à quel point je t'aime…
— Alors fais-le, mais de la manière qui te convient le mieux. Si tu veux juste m'embrasser, ça me va très bien… Si tu veux me toucher, me caresser, tu peux… Mais uniquement si tu en as vraiment envie, d'accord ?" Il baisa de nouveau sa main en guise de conclusion à cette courte conversation qui par ailleurs lui avait permis de se calmer suffisamment pour que, dans l'éventualité où Michaela n'eût pas souhaité aller plus loin, sa frustration n'aurait pas été trop pénible à surmonter. Certes, cela l'aurait déçu, mais plus que tout autre chose, il aurait surtout été mécontent de lui-même pour avoir gâché l'atmosphère romantique en se montrant trop empressé et en initiant un nouveau rapport, si tôt après le premier...
Michaela devinait à l'attitude de son mari, à sa voix rauque, mais aussi à ce qu'il ne disait pas, que bien qu'il prétendît le contraire, il serait sans nul doute douloureusement frustré si elle coupait court à leur rapprochement. Loin d'elle cette d'idée, bien au contraire : elle rêvait de retrouver cette sensation d'être en totale harmonie avec lui, d'une communion de leurs sens lorsqu'ils ne faisaient qu'un, qu'elle le sentait en elle, cette chaleur et cette sécurité merveilleuses que lui seul lui procurait… Cela valait bien la peine de faire un petit effort pour vaincre sa pudeur, n'est-ce pas ?... Si tu veux me toucher, me caresser, tu peux... les mots qu'il venait de lui dire résonnaient encore dans son esprit. D'une main aussi tremblante d'incertitude que la première fois, elle parcourut doucement le torse, les épaules et les bras de Sully. En revanche, cette fois-ci rien, ni vêtements, ni draps, ne l'empêchait d'explorer ses membres inférieurs. Timidement, elle caressa la cuisse musclée de son mari en une sorte de léger massage circulaire, tandis que leurs yeux ne se détachaient pas l'un de l'autre… jusqu'à ce que, par inadvertance, sa main lui effleura l'entrejambe. Sully inspira bruyamment sous l'effet de la surprise, et Michaela retira vivement sa main comme si elle venait de se brûler.
Sully savait que c'était à lui de la rassurer et l'encourager, aussi lui reprit-il la main pour la remettre sur le haut de sa cuisse : "Tout va bien, 'Chaela… ce que tu viens de faire, c'est très agréable, j'aime beaucoup…"
Michaela était si nerveuse qu'elle en avait la gorge nouée. Néanmoins, se gendarmant mentalement pour s'être montrée encore si pudibonde, elle reprit ses caresses, se contentant de nouveau de rester bien sagement au-dessus de la taille.
Que sa peau était chaude et ferme, ses muscles bien dessinés, puissants… ! Le médecin en elle admirait le remarquable travail de la Nature, la femme cultivée qu'elle était ne pouvait s'empêcher de le voir comme une superbe incarnation du dieu grec Apollon, un idéal de virilité, et la jeune mariée, elle, s'enorgueillissait d'avoir un tel homme pour époux, de savoir qu'il était à elle, pour l'aimer et le chérir jusqu'à la fin de ses jours.
Il était difficile de résister à la force de leur attraction mutuelle, aussi se rapprocha-telle encore davantage de lui. Il en profita pour l'enserrer dans une étreinte possessive et, ensemble, ils se rallongèrent sur le lit, leurs lèvres se cherchant et se retrouvant de suite. En s'abandonnant totalement aux caresses de Sully, Michaela sentait en même temps son corps vibrer et brûler de cette même curieuse impatience qu'elle ne pouvait absolument pas contrôler, qu'elle avait déjà éprouvée la veille au soir. Cependant, cette fois-ci, elle était bien plus consciente et à l'écoute de ses sensations qu'elle ne l'avait été lors de leur première fois : chaque centimètre de leurs peaux collées l'une contre l'autre, la plus légère friction, le moindre souffle, le moindre effluve, chaque soupir, chaque saveur distillée par leurs baisers… Elle sentait avec une acuité fulgurante la façon dont ses seins étaient pressés contre la poitrine de Sully, dont les poils drus agaçaient délicieusement sa chair tendre, désormais si sensible; en l'embrassant avec gourmandise dans le cou, elle goûtait la saveur salée de cette peau d'homme en sueur, comme enivrée par cette odeur encore peu familière que dégageaient leurs corps dans l'effervescence du désir. Elle en était étourdie comme après avoir bu un verre de l'un de ces généreux vins de France… Ses entrailles palpitaient au même rythme lourd que son cœur, réclamant de concert l'assouvissement, et ce fut de son propre chef que son corps s'ouvrit et s'offrit de lui-même à celui de son mari.
Sully n'hésita pas une seconde. Ou plus exactement, il ne put résister à pareille invitation, sans équivoque. Son corps répondit d'instinct à l'appel éternel. Une fois de plus, leurs corps se joignirent pour n'en former plus qu'un.
Ce fut un immense soulagement pour elle, et pourtant, très vite, son corps en réclama encore plus, et plus elle recevait, plus elle en voulait, sans pourtant réellement comprendre ce qu'était cette chose indéfinie dont elle avait tant besoin. Tout ce qu'elle savait, c'est que ce besoin était aussi puissant qu'un océan tempétueux sur lequel elle était ballotée, perdue, noyée dans les vagues de plaisir, avec pour seule ancre… son corps à lui.
Sully, quant à lui, était déterminé à l'entraîner avec lui dans l'abîme des délices de la chair. Arc-bouté au-dessus d'elle, il glissa une main entre leurs corps joints, et ses caresses lestes combinées aux longues et puissantes poussées de ses reins eurent bientôt l'effet recherché. Avec un mélange exaltant de fierté et de révérence, il se délecta du spectacle d'abandon que lui offrait sa femme, sa tête qui roulait sur l'oreiller, ses cils qui frémissaient, ses lèvres et sa poitrine que son souffle haletant faisait trembler. Et à nouveau, ces plaintes douces qui ponctuaient chacun de ses mouvements. Existait-il chant plus doux, plus ensorcelant, susceptible de lui faire perdre tout entendement, tout contrôle de lui-même ? Cependant, ce qui vint à bout de la résistance de Sully, ce fut la sensation indescriptible de la pression douce et rythmique de son intimité sur lui, et la façon dont elle gémit longuement son nom, d'une voix brisée et suppliante. Il lui répondit de la même manière lorsqu'il succomba à son tour au plaisir suprême et s'effondra sous sa puissance…
Oh, comme il la devinait, comme il savait d'instinct où et comment la caresser ! Et comme il savait si parfaitement accorder ses mouvements aux tourbillons déchainés de la tempête intérieure qui l'assaillait ! Brusquement, lorsqu'elle eut le sentiment qu'elle ne pouvait plus en supporter davantage, trop tendue, ses sens trop sollicités, quelque chose explosa en elle et l'assomma véritablement… elle n'avait plus conscience de rien, sauf un vague sentiment de paix et de plénitude inexplicables. Était-elle morte ?
Peu à peu, Sully reprit conscience de leur environnement. Michaela ne bougeait plus, et son immobilité et son silence avaient quelque chose de déconcertant. Inquiet, il rassembla le peu d'énergie qui lui restait pour s'écarter d'elle et rouler sur son flanc. Toujours pas de réaction. L'avait-il blessée dans son élan ? Était-elle évanouie ?... Un battement de ses longs cils, si léger qu'il crut l'avoir imaginé, puis un soupir s'échappant de ses lèvres, y laissant une minuscule amorce de sourire, le rassura et suffit à lui faire comprendre qu'elle se remettait à peine de ses émotions. Le cœur de Sully se gonfla de tendresse pour la femme extraordinaire qui était désormais la sienne et lui donnait tant de joie. Une fois de plus, il se complut dans la contemplation des moindres détails de ce qui la rendait si radieusement belle, et il la trouva plus envoûtante que jamais ainsi alanguie, épuisée d'amour. Il la fixa ardemment, gravant à jamais dans sa mémoire cette vision ravissante. Avec beaucoup de précautions pour ne pas la déranger, il glissa son bras autour de la taille de sa femme et la regarda s'endormir, étalée dans la position où le plaisir s'était abattu sur elle. Puis il se laissa à son tour gagner par le sommeil et s'accorda une sieste bien méritée.
