Sanglantes Représailles : Spencer Reid : 2.2.
Le froid l'assaillait de toutes parts, à tous les pores de sa peaux se pressaient un sentiment glacé, morbide et pénétrant. Son esprit n'était plus qu'un bloc de glace compact fixé sur le même objectif : une simple porte rouillée. Il se sentait fléchir, il se sentait faible... Rien ne semblait pouvoir l'aider. Il allait donc bien devoir pénétrer dans cette pièce où semblait l'attendre la mort. Il n'avait que vingt-huit ans. Il n'aurait pas dû être ici. Raisonnablement, il devait avoir un demi-siècle devant lui, pas une demi-heure. Il savait qu'il ne pouvait pas rester ici, à se laisser mourir. Il devait prendre son courage, affronter la mort, aussi atroce soit-elle. Il soupira et un nuage de buée masqua un instant son objectif. Il faisait vraiment froid. Il avança comme un pantin désarticulé pris au piège dans un petit théâtre, prisonnier des fils que des mains plus puissantes dirigeaient... Ses mains lui faisaient horriblement mal mais la douleur semblait s'apaiser pour lui laisser des derniers instants plus paisibles avant la fin.
Il poussa la porte, comme dans un mauvais rêve. Une nouvelle pièce plongée dans l'obscurité. Son cœur battait dans ses tympans et sa respiration haletante troublait l'atmosphère lourde et silencieuse. Ses mains en lambeaux s'égarèrent sur le mur de droite et rencontrèrent un interrupteur. Un flash. La lumière le fit fermer les yeux un instant. Quand il les rouvrit, ils se remplirent de larmes de terreur.
Il était là.
Un spasme incontrôlable le prit en voyant son état et à quoi il était relié. Qu'est-ce qu'il devait faire ici ? Soudain, une voix s'éleva à sa gauche, le faisant sursauter et crier. Une télévision, une image floue, une ombre aussi sinistre que le spectre de la mort s'adressait à lui.
-Spencer. Comme tu peux le voir, je ne t'ai pas menti. Je ne ferais jamais cet affront à quelqu'un… Je connais le respect. Alors, c'est ici que tu dois choisir entre la souffrance ou la facilité… Je t'en prie, observe un peu mieux ce qui t'entoure. J'ai appris que tu étais d'un naturel curieux. L'intelligence, sans doute.
Il tentait en vain de reconnaître kidnappeur, mais sans succès... Il se retourna à nouveau vers la droite et regarda avec une affreuse douleur dans la poitrine la scène à laquelle il faisait face. Timothy Andrews. LE garçon populaire de l'université. Monsieur le sportif pour lequel toute les filles craquaient, avec lequel tout le monde voulait être ami... Monsieur humiliation, aussi... Un tremblement d'horreur le prit en repensant au traquenard utilisé par ce dernier pour l'emmener sur le terrain de foot, pour le déshabiller complètement et l'attacher durant des heures à un goal. Il avait des nausées. Cette fois, c'était lui qui était nu, suspendu par les poignets et attaché aux chevilles aux piquets d'un goal de foot par des chaînes en acier. Ainsi, ridiculement exposé, il ressemblait à un insecte prit dans une toile, prêt à se faire dévorer par une énorme araignée... Mais où était-elle, cette araignée ? Il tenta de faire abstraction du regard suppliant et paniqué de cet être muet qu'il détestait tant et remarqua que les chaînes qui l'attachaient partaient vers le plafond et s'enroulait autour d'un moteur.
Pour l'écarteler.
Une nouvelle nausée le prit. Son regard dévia en face du goal ou se trouvait une espèce de lanceur de balles de tennis dirigé et bloqué droit sur Timothy.
Pour quoi faire ?
Sa respiration était à nouveau plus rapide, incontrôlable. La voix du téléviseur le fit encore sursauter.
-Bien, comme tu peux le voir, ici se trouve la personne que tu abhorres le plus au monde, la personne qui t'a humilié à jamais... Je vais t'expliquer les règles qui sont très simples. En face du goal auquel il est attaché se trouve un lanceur automatique de balles que j'ai programmé moi-même. Dedans se trouvent dix balles faites d'aiguilles effilées d'environ six centimètres. Propulsées cette vitesse, elles peuvent donc pénétrer assez profondément la peau de ce cher garçon. Ton but sera d'arrêter les balles en bon gardien de but, pour ne pas qu'il meurt, avec ton propre corps. De plus, lorsque les dix balles seront parties, tu auras dix secondes pour les remettre toi-même dans la machine, sinon, les chaîne qui entourent les poignets et les chevilles de cet être vil commenceront tout doucement à s'enrouler dans le mécanisme au-dessus de lui. Il sera doucement écarteler. Peut-être que jusqu'ici, tu ne trembles qu'à peine. Pas d'enjeu, tu pourrais le laisser mourir, n'est-ce pas ? Seulement vois-tu, si tu le laisses mourir, tu auras la mort d'un de tes collègues sur la conscience. Si tu te laisses aller à la vengeance, Aaron Hotchner recevra une balle dans la tête. Sur ce, je n'ai qu'un mot à te dire : « Bonne Chance ». A la fin du décompte et durant 30 minutes, tu en auras vraiment besoin.
L'écran s'éteignit laissant place à un silence de mort. Spencer avait le regard vide... C'était impossible. C'était impossible. Il avait envie de vomir... Il ne tenait presque plus debout. Un décompte tonitruant se fit alors entendre :
-30... 29... 28...
Il se mit à hurler d'avance, comme si la douleur était déjà présente en lui :
-NOOOOOON !!!
Il se jeta à terre et poussa des cris aigus, comme devenu fou : il ne voulait pas faire ça... Il ne voulait pas souffrir... Mais Hotch... Il ne pouvait pas le laisser mourir, lui.
-21...20...19...
Il se releva regarda la pièce fébrilement : rien pour arrêter les balles mortellement douloureuses. Il se remit à hurler, courut vers le lanceur de balles.
-14...13...12...
Il tenta de le tourner, de le déplacer... Mais il était fixé au sol. Il se mit à quatre pattes et gratta les vis, n'arrivant qu'à abimer plus fort ses mains brûlées et à fendre ses ongles.
-8...7...6...
Le décompte arrivait à sa fin. Il hurla à nouveau, en pleurs, désespéré. Il se releva se mit devant le canon aussi sombre qu'on ciel d'orage et attendit la déflagration. Il tenta de mettre ses mains à vif en avant pour protéger son corps. Il avait tellement peur... Il allait se faire dessus. Il serrait les dents, tremblant... Ca ne devait pas faire si mal... Ca ne devait pas.
-3...2...1...0.
Il resta là, devant, hébété par la fin de ce vacarme. Rien ne se passait. Le canon pointé vers lui et vers Timothy qui, bâillonné, n'émettait aucun son, restait inerte. Il crut un instant à une panne, était sur le point de croire en Dieu quand un bruit énorme éclata. Un sifflement, une douleur atroce, l'aveuglement, du sang l'éclaboussa, un hurlement aigu sortit de sa propre gorge. Il rouvrit les yeux. Une première balle avec littéralement transpercé sa main gauche. Il poussa à nouveau un cri atroce et se jeta à terre pour se tordre de douleur au sol. Il enleva la boule d'aiguilles... Il s'était fait dessus, maintenant. Mais la honte était le moindre de ses soucis. Un autre bruit se fit entendre, suivit de près par un écho mat. Il se releva péniblement : une balle était dans la poitrine de Timothy...
Il ne devait pas mourir.
Il garda la première en main et, en pleurant et criant se releva pour à nouveau intercepter une balle. Un nouveau bruit. Il utilisa la première balle pour contrer la troisième. Elle enfonça à nouveau sa congénère dans sa main gauche ce qui lui soutira un nouveau hurlement... Il n'eut pas le temps de se remettre, qu'une quatrième le frappa à l'épaule et s'y planta profondément. Il poussa un cri inhumain tellement la douleur était violente. Comprenant que le rythme s'accélérait, il se remit courageusement en face du trou béant. Un nouveau bruit, il utilisa la première toujours plantée dans sa main pour se protéger... Il voyait les aiguilles ressorties de l'autre côté. La douleur se fit encore plus forte avec celle-ci... et la suivante. Il ne put s'empêcher d'utiliser une fois sa main droite qui fut aussitôt empalée. Il n'avait plus vraiment de conscience... Il bougeait juste par mécanisme, ralenti pourtant par sa propre douleur. Enfin, les dix premières balles furent passées... Il s'effondra au sol et retira ses propres épines... Il avait trois balles dans le corps... les mains trouées. Les autres balles gisaient au sol, puisqu'il avait réussi à les arrêter... Mais pas toute... Du sang coulait du torse de Timothy jusqu'à ses pieds... Vu son visage, la douleur devait également être intense. Spencer se souvint alors dans un éclair qu'il n'avait pas le droit au repos.
Dix secondes...
Il se releva en chancelant, arracha la balle de la poitrine du jeune homme et entendit un léger grincement continu : les chaines s'enroulaient... Il se dépêcha, pris d'une certaine frénésie, de ramassa les autres balles pendant qu'il entendait des gémissements étouffés dans son dos. Il se les plantait à nouveau dans le tas de chair qui avait été autrefois de belles mains fines... Il les remit en place et le grincement s'arrêta. Le supplice par contre...
Après une demi-heure, voyant avec ce qu'il lui restait de conscience, que les balles ne sortaient plus, il se jeta enfin à terre, inerte... Timothy n'avait pris que quatre balles... Il était vivant... Il avait les épaules déboitées, mais il vivait... Il avait réussi... Il avait gagné... Il ramena ce qu'il restait de ses bras percés à mille endroits sur son torse meurtri par deux fois... et ferma les yeux. Des pas se rapprochèrent... Il n'avait plus la force de regarder. Une morsure légère se fit sentir à la base de sa nuque et tout devint noir.
A suivre...
