Blabla inutile: toujours dans le même élan d'angst et de tristesse infinie, aha. Mais je promets, ça finira par s'arranger... pour quelques temps.
Le défi du jour 4 était d'insérer la phrase "Tu as la capacité émotionnelle d'une petite cuillère" dans le chapitre.
Merci pour les reviews qui me font toujours très plaisir!
GruviaCrazy, je te réponds ici pour te dire un grand merci pour tous ces compliments qui m'émerveillent! Je suis très heureuse de lire que cette histoire fonctionne bien pour toi et qu'elle en vienne à te bouleverser, c'est juste une immense fierté pour un auteur de lire ça! Merci beaucoup, et j'espère que la suite te plaira tout autant!
Bonne lecture!
Aux premières heures du jour, des tons tendres de parme et de rose baignent la chambre de doux échos chatoyants ; le quilt traînant au bout du lit ajoute une touche de couleur dépareillée dans l'ensemble, et les rideaux se meuvent tranquillement sous l'effleurement de la brise légère du matin, ces rares moments où l'été autorise le monde à récupérer une once de fraicheur dans la canicule terrible qui assiège les villes.
Le soleil qui monte lentement semble couler sur les toits comme une pâte jaunâtre, s'immisçant entre les tuiles ocres et les nervures de béton et de ciment qui unissent les pierres des bâtiments ensemble.
Le monde est paisible, et Remus se sent mourir autour de ces flaques de soleil qui ne daignent même pas le considérer.
James laisse son regard s'étaler sur la scène devant lui et reste accoudé un long moment contre le montant de la porte, observant Sirius qui, de dos, contemple depuis le jardin les nuances rougeâtres qui soulignent la blancheur grisonnante des nuages cotonneux, saupoudrés arbitrairement dans un ciel où naitra incessamment sous peu le soleil.
Qui l'eût cru? Au cœur de la guerre jaillissent parfois ces instants de calme pur où tout se stabilise et se gèle dans un souffle ; les minutes ralentissent et la courbe de chaque muscle s'apaise, se détend et l'air parcourt les poumons, peint l'intérieur des organes d'une lumière dorée d'espoir où la profusion de haine et de désespoir disparaît pour n'être plus qu'un vague souvenir cristallisé, en arrière-plan, que l'on peut choisir d'étouffer sous l'impulsion soudaine d'une flamme si forte qu'elle en devient presque douloureuse.
La voix mal assurée, James interpelle son ami qui se retourne abruptement, ce qui n'est pas sans l'étonner ; Sirius a des réactions étranges ces temps-ci, énigmatiques et incohérentes qui s'accumulent dans un coin de son esprit. Lily a vraisemblablement raison : la guerre resserre de plus en plus ses griffes d'acier sur chaque membre de l'Ordre, au point qu'ils en sortent métamorphosés et ce, généralement, pour le pire.
James le rejoint à grandes enjambées, et l'espace d'une respiration partagée, ils se sourient dans la douceur céleste de l'éther.
- Tu me sembles bien préoccupé, Sirius, confie James d'une voix basse qui contraste fortement avec ses habituelles envolées lyriques, lesquelles explosent d'ordinaire dans l'air sous les rires de ses amis ; mais le ton général n'est plus à cette joie absolue et candide qui ne se montre que très peu en ces temps mouvementés.
Un tremblement imperceptible agite la lèvre inférieure de Sirius, mais ce dernier se force à garder un visage composé, même s'il sait parfaitement que James n'est pas dupe ; et ce ne serait que lui manquer de respect de lui faire croire le contraire.
- Quoi de plus normal, avec ce qu'il est en train de se passer? J'ai tellement de mal à savoir où je me situe... ou plutôt, et il prend une grande inspiration qui semble lui demander un effort difficile puisqu'il grimace comme s'il venait de manger quelque chose d'acide, je sais parfaitement où j'en suis, et j'ai peur d'aller de l'avant.
James, le visage fermé, comprend le message implicite qui court le long de ces mots fatidiques. Du fond de ses yeux, il découvre l'inhumaine beauté de ce premier jour de Septembre et un désir soudain le prend, comme lorsque le sommeil brusque le plonge dans les ténèbres d'une nuit sans rêves : il voudrait pouvoir capturer ce moment dans une bouteille et le garder gravé en lettres d'or au creux de ses os.
- Alors, c'est fini, pour de bon? demande-t-il d'une voix qu'il souhaiterait détachée, mais l'idée-même est impossible à poursuivre tant il se sent incapable d'imaginer les Maraudeurs amputé d'un membre. Remus, un traître... cette phrase sonne faux, tellement faux, et un goût amer gratte le fond de sa gorge alors que Sirius sort une cigarette de la poche de son pantalon. Un léger nuage de fumée âcre s'élève devant lui, et il se tourne lentement vers James, le petit morceau de papier roulé pendant de ses lèvres gercées malgré le temps chaud : son regard décoloré ressemble à la cendre qui s'accumule progressivement au bout de sa cigarette.
- Rappelle-toi bien qu'il essaie de vous tuer. C'est ce que je me répète pour ravaler mes doutes et les quelques remords qui parfois m'envahissent. J'ai du mal à mettre un point à cette histoire, mais... mais il le faut bien, n'est-ce pas? Sinon, qui le fera ?
Sa respiration se fait plus lourde et un peu de cendre tombe sur le col de son pull, puis dégringole en cascades d'argent le long de son estomac.
- Autant sacrifier rapidement le membre nécrosé plutôt que de risquer une mort lente, ajoute-t-il platement, se gardant autant que possible de l'emprise de ses plus futiles émotions.
Depuis la fenêtre de la chambre de Harry, Lily rassemble les longues mèches safranées qui fondent sur ses épaules et étudie sans bruit la scène se déroulant sous ses yeux. Elle constate l'absence qui hante Sirius, ses tremblements involontaires qui deviennent de plus en plus évidents lorsque le regard s'habitue aux lignes droites de son dos, et se demande comment ils en sont arrivés là ; pour la folie d'un homme et de son armée aveugle, le monde court à sa perte et fait de la bienveillance sa victime la plus sévère.
Les ombres glacées se précipitent le long de ses terminaisons nerveuses ; ses bras, engourdis, peinent à attraper la tasse de thé qu'il fixe du blanc des yeux depuis de longues minutes.
Sirius semble parti pour de bon, évaporé dans l'air fin des journées qui se ressemblent de plus en plus : quelques Moldus massacrés, des sorciers exécutés sommairement, et toujours aucune trace de l'homme dont l'ombre plane au-dessus de sa tête et qui hante ses moindres gestes. Il ne comprend pas le ravin qui s'est forcé entre eux, ne comprend toujours pas la haine qu'il a vue dans ces yeux capables du meilleur comme du pire ; et surtout, il ne comprend pas pourquoi maintenant alors que Lily et James comptent tant sur eux, plus que tout au monde.
La forte odeur des feuilles d'Assam et de Ceylan afflue autour de lui comme pour l'envelopper, et il a la très nette sensation de sentir Sirius autour de lui ; quel homme pathétique il est, à ressasser l'absence sans cesse, à le voir partout, sans exception aucune. Mais que peut-il faire contre ce mélange de sensations qui lui rappelle une présence aimée et désirée depuis si longtemps? Comment oublier ces dix ans passés à rêver au son d'une même cloche, à entreprendre des projets de vie, certes mis entre parenthèses à cause du contexte actuel, mais des projets quand même? Comment penser que, dorénavant, ce ne sont plus des sourires qui le tirent de sa torpeur matinale mais l'absence-même de mouvement auprès de son corps?
Au loin, le vent aux angles coupants dilue le goût salé de cette disparition à laquelle rien ne le préparait.
10 Avril 1979. L'eau s'écoule lentement sur la bâche de la tente blanche qui les abrite, et Sirius part dans un grand éclat de rire qui ne manque pas de faire sursauter légèrement l'assemblée d'invités assis autour des tables apprêtées pour la fête. Le fond de l'air, bien qu'un peu frais pour le mois, n'est pourtant pas désagréable ; la joie a retrouvé le chemin des visages légèrement rougis par l'évènement, et probablement aussi à cause de l'alcool servi.
- A mariage pluvieux... mariage heureux! lance-t-il joyeusement sous le regard amusé de Remus qui laisse une grande gorgée de vin lui brûler la gorge de ses vapeurs délicieuses.
- J'aurais préféré ne pas avoir toute cette humidité qui gonfle ma robe, plutôt! rétorque Lily d'un air faussement agacé, mais bien vite, un sourire remplace ses sourcils froncés, et James ne peut s'empêcher de rire, ses amis dans son sillage.
La cérémonie s'est faite en petit comité, et la plupart des personnes présentes sont des membres de l'Ordre qui ont chaleureusement accepté l'invitation ; un mariage n'est pas banal en ces temps où le bonheur est rarement au rendez-vous, bien vite remplacé par l'horreur d'une purge au nom du sang sacré.
La fête ne s'éternise pas, mais lorsque la musique s'élève doucement pour se cogner contre le plastique tendu des bâches et le parquet provisoirement installé, l'œil de James se met à briller et il entraîne Lily avec lui, sous les regards légers et ravis des convives.
Sirius préfère sortir quelques temps dans la clarté évanescente du soir, et Remus le suit, laissant Peter dans une grande discussion avec Marlene McKinnon qui le toise de ses grands yeux pâles.
Sous la mousse du ciel presque entièrement englouti par l'obscurité opaque de la nuit, leurs mains se touchent comme si elles se redécouvraient après un temps infini passé loin l'une de l'autre, et les sourires se partagent timidement, intimité pâle se gorgeant de la force des premières étoiles éclatant dans le ciel. Un instant et la bouche de Sirius trouve celle de Remus ; l'herbe est grasse et humide sous leurs pieds et leur vie semble juste commencer dans l'étreinte fragile d'un monde précaire.
La langue sèche, Peter jette un dernier coup d'œil à Sirius.
- Tu es sûr?
- Certain. Ils seront en sécurité si les Mangemorts pensent que c'est moi, la cible principale ; et je me fiche d'être torturé ou tué, si ça les sauve.
Une petite voix lui tend les bras et lui souffle, tout bas, qu'il pourrait rester digne et protéger ses frères et sœurs d'arme, et la caresse s'éternise, tendre cruauté qui bouleverse l'espace d'un instant ses plans...
Et puis, la vague d'honnêteté qui l'a submergé se retire aussi vite que le chant d'un oiseau, et la voix de Voldemort l'étourdit de peur.
Peter Pettigrew est à présent le Gardien du secret de James et Lily Potter. Un long frisson de fièvre le parcourt ; combien de temps avant de les livrer au Seigneur des Ténèbres?
25 Septembre 1981. Le soleil prend des teintes brunes et l'air, bien qu'encore chaud et chargé des vents humides, commence à embarquer dans son champ des nouvelles notes, mélodie lente où les feuilles amorcent leur longue ascension vers le sol chargé des pluies préfigurant l'automne.
25 Septembre 1981. Dans l'air brûlant de l'après-midi, Peter Pettigrow s'autorise un écart et laisse un temps de répit à James et Lily ; pris par la surprise de vieux fantômes aux mains pâles, il retarde la fin imminente, le souffle court, la culpabilité battant à tout rompre dans ses veines charnues.
25 Septembre 1981. Sirius ne s'installe pas à un endroit précis et préfère parcourir les terres qui s'offrent à lui plutôt que de retourner auprès de Remus ; peut-être pourrait-il découvrir le changement précipité opéré, et si même Dumbledore ne le sait pas, alors autant ne rien risquer. Remus Lupin n'est plus rien pour lui ; juste un souvenir terne mêlé de fumée et de déception.
Le mois de Septembre meurt dans les bras d'Octobre avec la lassitude des jours d'hiver passés à attendre le retour promis de l'effervescent soleil ; les heures et jours passent, et Remus finit par trouver un certain rythme dans cette tragédie ; l'ombre collée à son dos qui l'accompagne comme une amie chaque matin le suit dans la fureur de ses pas durant toutes ses journées, et s'assoit à ses côtés lorsque le matelas s'affaisse sous son poids, le soir venu.
Sirius court certainement le monde pour sauver la vie des autres, scénario le plus probable, mais il semble avoir oublié que, pour se faire, il a brisé une vie à laquelle il semblait pourtant tenir. Mais, au final, que vaut-il dans cet océan où sa voix se perd sans fin entre les vagues liquoreuses?
Le cou douloureux d'avoir été si tendu toute la journée, il se laisse glisser entre le cercle épais de ses draps où tout son devient sourd et où la peine est laissée à l'abandon, sauvage comme les fleurs au cœur battant de pollen et dont les pétales dégoulinent de couleurs fortes et vives. Ses doigts couvrent la surface plane de son estomac et il sent les os racler contre la peau rognée de ses membres ; triste réalité que sa maigreur de plus en plus morbide, mais, étrangement, c'est cette souffrance d'être constamment au bord du gouffre qui l'aide à survivre ; à la frontière de l'évanouissement certain, il marche sur un fil aveugle, tel un équilibriste, et gravit des marches pourtant jugées inaccessibles à la vue de son état. Mince accomplissement, certes, mais un accomplissement tout de même alors que son corps n'est plus que l'ombre d'une terre aride et stérile, confinée à mourir à petit feu.
- Qu'est-ce qu'il fait encore là?
Sa voix est si dure qu'il ne la reconnaît même pas. A-t-il tant changé en un mois seulement? Le tourment a un goût fade sur ses lèvres et il ne saurait expliquer la douleur sourde qui perturbe ses entrailles quand il regarde Remus, ses récentes cicatrices cachées par la courbe bouclée de la pointe de ses cheveux. Il sait qu'elles sont fraîches ; il connaît par cœur les signes, les caractéristiques particulières de ces blessures auto-infligées. Elles barrent son visage de longues traînées argentées et certaines plaies saignent encore puisque des croûtes parsèment discrètement ses bras et son visage, et, il le sait, des parties cachées de son corps.
Alice lui lance un regard irrité, presque blessé, et Sirius reste confus, surpris par une telle réaction.
- Laisse-le donc en paix ; ça ne te suffit pas de l'avoir laissé en plan comme tu l'as fait?
Les mots piquent bien plus que Sirius ne voudrait, réveillant le petit monde meurtrier et infâme qui sommeille en lui. Du coin de l'œil, il remarque que Lily pose une main sur la joue de Remus, et la vision lui glace le sang : pourquoi tout le monde s'obstine-t-il à lui passer l'éponge, à le prendre pour cet être torturé alors qu'il se joue de tous avec la plus délectable des joies morbides qui puisse exister sur terre? Personne ne semble voir et comprendre que cet homme, cette bête sans nom sera la fin de ces secrets si bien gardés, de ces instants de paix qu'ils souhaiteraient tous voir éclore et s'épanouir de façon universelle.
- Il est en train de nous tuer à petit feu, Alice, tu devrais t'en être aperçue! Ne me dis pas que je dois faire ton travail à ta place? gronde Sirius avec une colère et une amertume qu'il ne se connaît pas ; il se déteste immédiatement lorsqu'il voit les yeux d'Alice s'agrandir, puis ses traits se contracter âprement sous l'insulte prononcée.
- Amuse-toi bien à douter de tes alliés, Sirius, je ne voudrais pas te gâcher le plaisir, répond-elle cyniquement avant de lui tourner le dos pour rejoindre Frank et Maugrey, assis un peu plus loin dans la grande salle qui sert de lieu de réunion pour l'Ordre.
Lorsqu'il reporte son regard vers Lily, il se rend compte qu'elle a disparu et que Remus le jauge de ses yeux moroses où les reflets de la lune mortifère dansent encore, agars et ivres de cette lutte incessante. Incapable de soutenir son regard plus longtemps, Sirius s'avance rapidement vers lui et le coince contre le mur ; sous ses mains, les muscles de Remus sont tendres et il s'en veut de rechercher le contact pour combler cette absente crève-cœur qui le taraude ; il s'en veut d'apprécier la peau pliante qu'il a entre les doigts lorsqu'il saisit son poignet où il se sent le sang brûler et bouillonner.
- Tu devrais avoir honte d'être ici, lui murmure Sirius, les dents serrées. Il tente tant bien que mal de refouler cette profonde envie qu'il a d'embrasser Remus, honteux de l'apparition d'un tel désir alors qu'il s'est juré de tuer ces sentiments à la racine.
L'autre homme le scrute, impossible à lire, mais bientôt ses canines s'enfoncent dans la peau claire de ses lèvres et brise la barrière fine et rose ; le sang abonde en minuscules flaques dont des gouttes glissent lentement le long des sentiers rebondis.
Ils sont si près l'un de l'autre que Sirius peut apercevoir la profondeur des nouvelles blessures, peut voir la constellation de bleus qui hantent la chair pâle et amaigrie de Remus, les traces de morsures dans la peau tirée de ses mains : l'odeur du sang est presque palpable et il a envie de vomir.
Remus tente de se libérer de la poigne de fer de celui qui a si longtemps partagé sa vie et finit par repousser les doigts qui encerclaient son poignet, quelques minutes auparavant. Par-dessus l'épaule de Sirius, il attrape le regard terrifié de Peter qui, bouche-bée, l'observe sans rien faire, les mains tremblantes. James finit par relier les quelques mètres qui le séparent de ses deux amis et pose une main acerbe sur l'épaule de Sirius, serrant plus fort que nécessaire.
- Ça suffit. Laisse-le tranquille.
Les rares couleurs habitant encore le visage de Remus disparaissent, drainées rapidement sous l'effet de cette altercation qui lui laisse le souffle coupé.
Pourquoi Sirius s'acharne-t-il à l'accuser sans fondement? Et l'accuser de quoi, exactement?
Tu devrais avoir honte d'être ici.
Honte de quoi? Les murmures emplissent sa tête et il se sent défaillir, incapable d'en entendre plus.
James lui adresse un regard désolé, confus, et, alors que Sirius part en sens opposé, les épaules contractées vers l'intérieur de son corps, il s'avance légèrement, sa grande silhouette peignant une ombre épaisse sur les murs. Au fond de la pièce, il entend vaguement Lily gronder telle une tempête, et les mots sortent comme des flèches lorsqu'elle agrippe la manche de Sirius assez sèchement pour que l'assemblée présente se retourne et observe la scène.
- Tu as la capacité émotionnelle d'une petite cuillère! crie-t-elle, elle d'ordinaire si calme et si posée.
- Mais enfin, écoute-moi! Je...
Et le reste de la phrase n'atteint pas les oreilles de Remus puisqu'il se rend compte que James lui parle.
- Tu devrais rentrer, dit-il dans un souffle. Il ne veut pas reconnaître sa défaite face à Sirius, mais force est de constater que la peur l'envahit lui aussi, et Remus n'est plus qu'une connaissance lointaine qu'il évite d'approcher sur les indications qu'on lui a données.
Remus hoche la tête, retroussant les lèvres, et ses joues brûlent d'embarras, d'échec, de dégoût pour lui-même. Sans plus attendre, il transplane et se retrouve à nouveau seul, dans son petit appartement aux murs carrés et aux angles imprécis.
Comment en sont-ils arrivés là?
Il se laisse tomber sur le sol et la nuit finit par l'engloutir dans son ombre protectrice.
Le jour d'après, Dumbledore le convoque, le visage pâle et grave ; cela ne laisse généralement rien présager de bon, mais Remus ravale sa salive et corrige sa posture pour se montrer droit, et non pas brisé par les récents évènements qui taillent des blessures traumatisantes le long de sa colonne vertébrale.
L'entretien n'est pas très long ; le vieil homme lui assigne simplement une mission au Nord de l'Angleterre pour une durée de quelques semaines, et il accepte sans attendre l'offre proposée. De toute façon, il n'a pas vraiment le choix : personne ne peut décemment refuser une mission donnée en personne par Dumbledore.
Essaie-t-il de l'éloigner de l'Ordre? Le mystère reste entier alors qu'il marche, la tête basse, et que la pluie dégouline de ses pointes sur son visage émacié. L'air du nord lui fera probablement du bien, et ce n'est pas comme si quelqu'un l'attendait encore chez lui.
Octobre est déjà bien avancé et ses bras automnaux se transformeront bientôt en hiver, couvert de son manteau blanc et de ses arbres sans feuilles.
Une lueur de satisfaction totale luit au fond des orbites creusées de Voldemort et Peter se sent si important qu'il en oublierait presque qu'il vient de se jeter à corps perdu en enfer : il a totalement et irrémédiablement vendu son âme au diable. Il ne se retournera pas. Il ne reviendra pas sur ses choix ; c'est ce que les gens forts font, n'est-ce pas?
31 Octobre 1981. Sirius Black traîne des pieds, une sensation étrange collée dans les battements de son cœur. Est-ce l'ambiance pesante d'Halloween? Il ne manquerait plus que ça.
31 Octobre 1981. Remus Lupin respire l'air froid de la campagne et sort sa baguette, prêt à attaquer le Mangemort qui tient la garde au détour d'une rue.
31 Octobre 1981. Le Seigneur des Ténèbres se met en chasse des Potter dont le Gardien du secret a parlé jusqu'à n'en plus pouvoir.
