Coucou les p'tits bouts ! Voilà la suite, avec du retard !
Chapitre III
Avancez de deux cases puis piochez une carte :
La patience a ses limites
Le lendemain, vers le milieu de l'après-midi, le soleil peinait à traverser les épais nuages qui stationnaient au-dessus d'Icewatch. Les habitants vaquaient à leurs occupations quotidiennes, ignorant l'imposante bâtisse qu'était la base de la Marine, qui, vue de là, n'avait rien de rassurant. Après avoir aidé sa mère dans leur potager, Mino se rendit au point de rendez-vous habituel, sous le grand arbre, un peu à l'écart du village. Quand elle y arriva, elle fut assez étonnée de voir un jeune homme déjà présent. Et encore plus quand elle se rendit compte qu'il s'agissait d'un Marine, la blonde ralentit le pas, fronçant un peu les sourcils : Mino voulut faire demi-tour, préférant aller chercher Momo directement chez elle pour qu'elles puissent partir de cette île ensemble, mais le marin la retint.
« Excuse-moi, dit-il d'une voix qui se voulait timide.
- Euh… Hm… Oui ? murmura Mino en se tournant doucement vers lui.
- Tu… Viens souvent ici ? demanda-t-il en marchant vers elle. »
Mino sentit un frisson de terreur et de dégoût la parcourir, elle ne se sentait pas en sécurité et ne pouvait pas s'expliquer ce sentiment. Les Marines n'avaient pas bonne réputation auprès de la gente féminine de l'île : sifflements, attouchements même, certaines disent s'être faites violer. « Disent » parce que personne ne veut les croire. « Qu'un Marine te témoigne de l'attention, devrait t'emplir d'honneur ! » D'honneur, hein ?
La jeune femme blonde déglutit, essayant de garder une distance respectable avec cet homme qu'elle ne connaissait pas.
« …Plus ou moins, répondit-elle essayant d'être évasive.
- Ah… »
Les traits du marin se durcirent un peu, et un sourire en coin s'étira sur ses lèvres alors qu'il avala les derniers mètres qui les séparaient avec rapidité, et empoigna brutalement le bras de la jeune femme qui se tétanisa, terrifiée.
« J'étais venu pour faire taire ton emmerdeuse de copine, mais bon, tu dois pas être trop mal non plus…
- Q… Quoi ?! »
Monika dû sortir de chez elle par la fenêtre de sa chambre pour pouvoir être le plus discrète possible. Arrangeant sa cape sur ses épaules, elle se pressa vers le point de rendez-vous, pressée de voir si Mino y était ou pas. Les bottes en fourrure de Momo foulaient la neige avec rapidité. La jeune adolescente finit par se retrouver en dehors du village, elle commença à ralentir et à arranger ses cheveux tout en marchant vers le grand arbre. Cependant, elle n'arrivait pas à se débarrasser d'un sentiment qui la mettait très mal-à-l'aise.
« N'y va pas. »
La jeune fille continua, ne sentant même pas que ses sourcils se fronçaient sur son front. Que se passait-il ? L'air était si lourd ! Son cœur pesait dans sa poitrine, à chaque pas qu'elle faisait.
« N'y va surtout pas ! »
Et cette voix dans sa tête qui ne voulait pas la laisser tranquille ! Momo pressa le pas en serrant les dents, ayant un besoin plus qu'impérieux de revoir Mino. Plus elle pensa à son amie, plus son cœur lui faisait mal, quelque chose s'était passé, elle en était sûre maintenant. Momo se mit à courir, terrifiée à l'idée de ce qu'elle pourrait voir en arrivant. Le vent fouettait son visage et battait ses mèches rousses, son sang se glaçait dans ses veines, sa respiration se faisait de plus en plus courte.
« MINO ! »
Monika s'arrêta et croisa le regard noisette du marin, qui serrait Mino dans ses bras, empêchant à la jeune fille plaquée contre le tronc de l'arbre de bouger. Les affaires de son amie étaient éparpillées sur le sol, dont ses vêtements…. Elle était nue, en larmes… Contre… Lui ?
« Mi… no…? »
La scène paraissait surréaliste : le silence était lourd, faisant bourdonner les oreilles des trois personnes. Le regard rose de la jeune femme était fixé sur le Marine qui la regardait aussi. La seule chose que l'on pouvait entendre, était sûrement les gémissements, presque inaudibles de Mino, mêlés à ses tremblements dus au froid. Le jeune homme, quant à lui, eut un léger sourire victorieux peint son visage. Un sourire fourbe, sale, qui voulait dire : « C'est bon, tu es en colère ? »
En cet instant, Monika vit rouge, très rouge. Plongeant sa main dans son sac, elle en sortit un couteau, qu'elle avait toujours sur elle avant de foncer vers le bourreau de celle qu'elle considérait comme sa sœur. Il esquiva une première attaque, la seconde aussi, mais pas la troisième. Réussissant à le blesser au bras, le jeune homme tenta de prendre la fuite mais Momo ne fit que lui bondir dessus, tel un fauve, enfonçant sa lame entre les omoplates de l'agresseur de son amie qui brama avec force. Monika le poignarda, encore et encore, ne laissant aucune chance au Marine de s'en sortir. Le sang chaud de cet homme gicla en tous sens, rapidement suivit de morceaux de chair qui vinrent entacher la neige qui se gorgeait avidement de son sang, qui alla couler jusqu'aux racines de l'arbre.
Ce déferlement de rage dura cinq minutes. Durant ces cinq minutes, Monika entailla, déchiqueta, déchira, coupa, trancha, écrasa, hacha, lamina, écorcha, morcela cet homme, ce Marine qu'elle ne connaissait pas mais qui avait agressé son amie.
Haletant bruyamment, tremblant comme une feuille, lâchant son arme, Momo se jeta sur Mino qui s'était recroquevillée sur elle-même, ses joues baignées de larmes chaudes, les tempes brûlantes. Momo la serra contre elle, tâchant sa peau d'opaline de sang tiède, après l'avoir aidée à se rhabiller, ne posant pas de questions sur ce que cet homme avait bien pu lui faire, ça semblait quand même assez clair.
« Il faut qu'on parte Mino, gémit Monika qui sentait les larmes lui monter aux yeux. Y'a plus rien pour nous ici, c'est pas une vie… »
Alors que Momo commençait à marcher pour la ramener vers le village, Mino se bloqua, ce qui attira l'attention immédiate de la rousse.
« Ne me touche pas… souffla Mino en la repoussant d'une main.
- Quoi ?
- Ne me touche pas, répéta la blonde avec plus de force. »
Monika lâcha Mino et la dévisagea, comme on regardait quelqu'un qui venait de vous insulter. La blonde lança un regard dur à son amie, alors qu'elle reculait de quelque pas, comme pour se protéger d'un assaut. Peut-être qu'on pouvait la comprendre ? La Suppai était couverte de sang, de sang qui n'était pas le sien. Elle en avait jusque sur le visage, couvrant ses joues et ses lèvres, comme si elle venait de se repaître des chairs de sa victime. Elle était effrayante.
Un vrai monstre.
« Mino, c'est bon, c'est fini, on peut y aller ! sourit faiblement Momo en lui faisant signe de venir.
- Momo… Non, je ne viendrai pas, dit Mino en baissant les yeux dans un soupir.
- Q…. Hein ? Eh ! C'est pas le moment de rire ! Dépêche-toi de venir !
- Pour aller où ? soupira Mino qui avait l'air exaspérée. »
Monika eut un mouvement de recul en l'entendant prononcer ces mots de cette manière. Qu'est-ce qu'il se passait ? Qu'est-ce qu'elle lui faisait ? Il n'y a même pas un jour, elle disait tout le contraire !
« Partir d'ici ne changera rien, on aura des problèmes ici ou ailleurs ! dit Mino sur un ton un peu plus dur.
- Mais Mino ! La vie est terrible ici ! On peut trouver mieux en partant de cet endroit ! Tu as pensé au marin qui t'a violé ? Tu vois ce type gît à terre ?!
- Il aurait pu être jugé si tu n'avais pas agi comme ça ! De plus il n'avait encore rien fait !
- Et ?! C'est tout ?! Il t'a agressé je te rappelle ! Si je n'étais pas intervenue, il aurait fait pire ! s'écria Monika, une lueur folle dans le regard.
- Ecoute Monika ! Moi, j'ai aucune envie de partir d'ici ! Il est venu, oui, mais il n'est pas allé plus loin ! Il y aurait eu une compensation plus tard, si tu l'avais juste arrêté, blessé mais pas mortellement ! On aurait pu le dénoncer ! J'ai eu peur c'est sûr, mais est-ce que c'était une raison pour l'abattre ?! Regarde-toi, couverte de sang ! Tu as du sang sur les mains Monika ! Du sang qui n'est pas le tien ! Tu es une meurtrière ! Moi je ne veux pas être comme toi ! Je ne veux pas apporter le déshonneur sur ma famille et puis, Icewatch est mon île, je n'ai rien à faire sur la mer ! Va te faire tuer si tu veux, mais moi je reste ici ! Les autres ont raison tu n'es qu'une source de problèmes ! »
La douche froide. Sibérienne. Monika la fixa avec des yeux ronds, la bouche entrouverte, ne pouvant prononcer un seul mot. Ce n'était pas Mino, ce n'était pas possible. Mino… Mino ? La Suppai serra sa mâchoire et mordit sa langue jusqu'à la faire saigner. La rage, la haine, tout cela secouait chaque fibre de son corps. A présent, elle était seule contre tous…
« Allez tous crever en enfer, grommela Monika en tournant les talons. »
Voilà, voilà !
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