Elle parvint à réussir son examen sur les maladies auto-immunes sans avoir à remettre les pieds à la bibliothèque et feinta d'être malade le dimanche qui suivit. Elle força Daniel à se promener avec elle un soir, se disant que l'homme avec qui elle était n'avait rien avoir avec ce qu'elle avait ressenti, que c'était juste le romantisme cliché d'une ballade au clair de lune qui avait agit. Le cliché n'agit pas ce soir là. Au bout d'un quart d'heure, elle avait froid, mal au pieds et s'ennuyait. Elle blâma sa jupe courte et ses talons, oubliant le reste. C'était mieux ainsi.

Les vacances de noël passèrent et bientôt, ses cours s'accompagnèrent de travaux pratiques. Elle subit sa première humiliation en vomissant devant un pot de testicules au formol. Le prof eut beau la rassurer en lui disant que c'était la réaction normale de la plupart des élèves, elle avait beau se dire qu'elle avait été loin d'être la seule à être malade, elle découvrit qu'elle s'était surestimée. Elle n'était pas si forte qu'elle le croyait.

La semaine qui suivit, elle étudia deux fois plus et réussit à obtenir du professeur un premier contact avec un cadavre. Il n'était pas question qu'elle se ridiculise de nouveau en public, elle voulait être prête. Surpris, mais appréciant l'initiative, son professeur accepta qu'elle « révise » sur un cadavre auquel on avait récemment découvert une déformation génétique et qui était donc inutilisable en cours.

Le soir même, elle entra dans la salle d'anatomie pleine de courage. Le labo n'avait pu être libéré qu'à partir de 9h et la soirée était déjà bien avancée. Chacun de ses pas faisait écho à travers la pièce vide, manquant de peu de la faire sursauter. Elle resta figée devant le corps recouvert d'un drap. Elle était consciente que ce n'était qu'un tas de chair inanimé, mais malgré elle, sa gorge était serrée, son estomac noué et son cœur battait bien trop vite. Elle n'avait jamais été directement confrontée à la mort auparavant. Techniquement, elle connaissait la mort et des centaines de causes biologiques pouvant la provoquer, mais elle n'était jamais réellement entrée en contact avec la mort brute. Elle savait devoir y venir un jour pour devenir médecin, que c'était part du travail, mais elle se trouvait bien plus impressionnée que ce qu'elle avait imaginé.

Figée à un mètre de la table, elle observait le drap en face d'elle, devinant les contours du corps qu'il recouvrait, tentant de trouver le courage de le découvrir.

Tout à coup deux mains se posèrent sur ses épaules accompagné d'un « Bou » fantomatique. Elle fit un bon en avant, le cœur manquant d'exploser et un cri s'échappant de ses lèvres. Elle se retourna, mains en avant en signe de défense. Elle hurla silencieusement en reconnaissant son « agresseur ». Elle ne put alors retenir une bonne dose de toutes les insultes qu'elle connaissait alors que ses paumes rentraient violemment et répétitivement en contact avec l'épaule de Gregory House. Il se laissa faire un moment entre rire et douleur.

Finalement, il attrapa ses poignets en pleine attaque et la tourna brusquement vers la table. Tenant ses poignets d'une main, il découvrit le corps de l'autre révélant un homme d'une quarantaine d'année rigidifié et d'une pâleur spectrale. Elle retenu un nouveau cri et ferma les yeux, tous les muscles de son corps se contractant sous le rejection. Il s'approcha d'elle jusqu'à ce que son dos capte la chaleur de son torse sans avoir à le toucher et posa son menton sur son épaule. Il l'entendit déglutir, les yeux résolument clos.

« Tu vas pas vomir sur Andy, hein ? »

Elle tourna la tête vers lui. Leurs nez entrèrent en collision durant le processus, mais aucun d'eux ne sembla y faire attention. Elle ouvrit doucement les paupières, et planta un regard entre détermination et terreur dans celui de l'homme.

« Tu donne des petits noms à tous les cadavres ou t'as une relation particulièrement intime avec celui là ? », parvint-elle à articuler, la voix incertaine.

Il sentit que les mots avaient été horriblement durs à libérés, son corps si tendu qu'il devait être douloureux.

« Les cadavres ne sont que des cadavres. Crois-moi, j'en ai côtoyé pas mal et aucun d'eux ne m'a jamais mordu. A vrai dire…. aucun d'eux n'a même jamais daigné m'adresser la parole, quelle bande d'ingrats ! Je les coupe en morceaux et ils disent même pas merci ! »

Si la première partie de sa tirade avait semblé la détendre, cette dernière la fit déglutir difficilement.

« Tu ne peux pas passer outre », ajouta-t-il sérieusement le regard toujours plongé dans le sien.

« Je n… »

« Tu ne peux réussir ce que tu n'essaies pas », assura-t-il.

Ses mains retenaient toujours ses poignets et elles glissèrent le long de sa main pour joindre leurs doigts. Il leva la main droite, entrainant celle de la jeune femme avec lui et la fit glisser sur le torse du corps sans vie. Il la sentait trembler, lutter pour ne pas s'enfuir en courant, mais elle ne bougea pas, ses yeux bleus toujours plantés dans les siens. Il serra les dents quand elle planta inconsciemment ses ongles dans sa main gauche si fort qu'il sentit sa peau se déchirer. Se concentrant sur sa main droite, il la fit glisser sur les principales parties du corps, énonçant le nom de chaque os et organes sous la peau. Peu à peu, il la sentit se relaxer et ne put retenir son sourire quand il la vit jeter quelques regards furtifs vers Andy avant de se tourner complètement vers lui. Tout à coup, l'appréhension fut remplacée par la curiosité dans le regard de la jeune femme alors qu'elle lâchait sa main et laissait la sienne glisser librement sur l'épiderme gelée du cadavre. Il faillit rire quand elle se tourna vers lui le regard interrogatif alors qu'elle désignait le scalpel.

« Honneur aux dames. »

Elle prit une longue inspiration et saisit le petit instrument pour la première fois de sa vie. Il resta là, juste derrière elle, observant ses mouvements hésitants d'abord, puis plus assurés par la connaissance. C'était probablement la pire dissection qu'il n'ait jamais vu, mais elle y mettait de la volonté et même si elle le faisait de travers, il sentait qu'elle savait ce qu'elle faisait. Quand elle eut fini d'observer tout ce qu'elle voulait observer, elle se laissa retomber légèrement en arrière, contre le torse de l'homme qui n'avait pas bougé de toute l'expérience. Il y avait des milliers de raisons de considérer son geste comme inapproprié, mais à cet instant, elle s'en moquait.

« Alors ? », demanda-t-elle avec appréhension.

« C'est un désastre », jugea-t-il.

Elle fronça les sourcils, glissa le regard sur un Andy massacré et sourit.

« Tu crois qu'Andy m'en veut ? »

« Je crois qu'il est content que tu ne te sois pas aventurée sous la ceinture. »

Elle rit légèrement. Depuis combien de temps étaient-ils là ? Elle était épuisée physiquement et intellectuellement. Elle avait mis toute sa concentration, ses connaissances et sa dextérité dans ce qu'elle faisait et elle avait l'impression qu'elle pouvait s'écrouler d'un instant à l'autre. Comme sentant sa faiblesse, il posa ses mains sur ses hanches et elle s'appuya un peu plus contre lui.

« Quel est ton verdict ? »

« Hum ? »

« Je sais que t'es pas très douée, ni très intelligente et que ton derrière est probablement… »

« Eh ! », se plaint-elle en lui donnant un léger coup de coude dans l'estomac.

« ET tu as une tendance inquiétante à la violence. Cela dit, je te laisse une chance de me prouver que tu n'es pas qu'une paire de seins en me disant ce qui cloche chez ce pauvre Andy »

Elle se tut un instant, observant le corps devant elle. Elle avait bien remarqué quelque chose, mais n'en n'avait entendu parler que dans ses lectures personnelles et savait que se tromper face à House n'était pas une option. Elle inspira profondément, consciente que ne rien répondre serait probablement pire.

« Cranyosynostoses », lâcha-t-elle subitement.

« Hum… », fit-il mine de réfléchir. « Ok, tu n'es peut-être pas qu'une paire de seins après tout. Je dirais même que t'atteins le stade de… »

Il se pencha en avant matant ouvertement sa poitrine et elle frappa la main qui remontait dangereusement.

« Tu atteins définitivement le stade de paire de seins presque parfaite. »

« Presque ? »

« Me faudrait une observation beaucoup plus approfondie et beaucoup moins de tissus pour te mettre un zéro faute. Qu'est ce qui me dit que t'es pas recouverte d'écailles là dessus ? Bien sûr, si tu veux me prouver le… »

« Je vais me contenter d'un presque », affirma-t-elle en souriant.

Elle resta un moment silencieuse.

« J'arrive pas à croire que je viens d'opérer. »

« Oui enfin tu es loin de l'avoir… »

Elle se retourna brusquement, mais il ne lâcha pas prise, ses bras s'enroulant autour de ses hanches. Elle faillit perdre équilibre et se rattrapa en posant ses mains contre son torse, prenant le temps de sentir les battements de son cœur avant de lever les yeux vers son visage interrogateur. Elle l'observa un instant et mal à l'aise, il brisa le silence.

« Faut vraiment que tu fasse quelque chose… »

« Au sujet de mes problèmes de gravité, je sais. »

« Si tu veux je peux te donner des cours de physique », proposa-t-il avec une mimique qui prouvait que sa physique à lui n'avait rien de cantique.

Elle lui sourit légèrement et pencha la tête sur le côté.

« Merci. »

Il s'apprêtait à répliquer, mais fut couper par le contact des lèvres de la jeune femme sur sa joue rappeuse. La caresse ne fut que furtive. Elle profita de sa surprise pour se libérer de son emprise et quitter la pièce. Il resta coi, songeant que s'il s'était rasé il y a deux jours, il aurait probablement pu sentir la douceur des lèvres de Lisa Cuddy…

TBC…