Bonne année à tous et à toutes et bonne lecture! N'oubliez pas de laisser une petit review en partant, ça fait toujours plaisir!

Disclaimer: tout droits réservés à la FOX et à Chris Carter. Je ne reçois rien pour la publication de cette fic.

Chapitre 4 :

Il se réveilla aux légers coups frappés contre sa porte. Il avait encore oublié de mettre son réveil. En même temps, ce n'était absolument pas de sa faute s'il arrivait, enfin, à dormir plus de deux heures d'affilées par nuit depuis qu'ils étaient arrivés. Il ouvrit et se retrouva, comme pratiquement chaque matin depuis le début de l'enquête, face à sa meilleure amie.

-Panne de réveil ?

-Je ne te le fais pas dire.

-Ceci étant, tu dors mieux depuis que nous sommes arrivés ici.

-L'air marin, très chère ! Je devrais penser à prendre le large un de ces quatre.

-Balivernes matelot, tu es malade en mer !

-Pas faux, capitaine ! J'ai le temps de prendre une douche ?

-Tu as trois quarts d'heure devant toi, je vais aller chercher du café et de quoi manger.

-Tu veux que je t'accompagne ?

Elle renifla l'air autour de lui et secoua la tête.

-Tu as besoin de prendre une douche ! Et puis, Mulder, je n'ai pas besoin de me faire chaperonner pour aller jusqu'au bout de la rue !

-C'est à plus d'un pâté de maisons ! Il va bien falloir un bon quart d'heure aller-retour, voir un peu plus !

-Et alors ?

-Très bien, très bien, qu'il en soit ainsi si madame le désir !

Elle afficha un sourire énigmatique et releva de quelques centimètres son imperméable beige. Il rit légèrement en voyant son geste.

-Je suis armée.

Ils se sourirent et Dana partit en direction des escaliers. Il referma la porte seulement une fois que Scully eut disparu de son champ de vision et se précipita vers la salle d'eau.

Un frisson parcourut l'échine du docteur en médecine. Le même vent glacial que la veille soufflait sur la ville. Au loin, le tonnerre grondait. Une tempête se préparait. Scully aurait préféré ne pas être dans le coin et dehors, quand celle-ci éclaterait. L'air était chargé d'électricité, l'écho de la houle s'écrasant contre les rochers emplissait les rues désertes. Le petit café fut enfin en vue. Elle poussa la porte vitrée et une petite sonnette retentit, annonçant l'arrivée d'un nouveau client. Une femme lui sourit. Elle avait la trentaine, peut-être un peu plus, des cheveux bruns et des yeux aussi noirs que la boisson qu'elle servait. Elle portait l'uniforme de la maison, une petite robe bleue marine réhaussée de lisérés en forme de vagues écrue brodés sur le bout des manches, le bas et l'encolure du vêtement. Elle ne revêtait cependant, aucun badge qui aurait pu indiquer son identité.

-Bonjour ! Je vous sers quoi ?

-Bonjour, deux cafés noirs, s'il vous plaît.

-Avec du sucre ? Du lait ?

-Non, merci.

La femme se mit en action mais, ne tarda pas à marquer un temps d'arrêt.

-Petit, moyen ou grand ?

-Grand pour les deux, s'il vous plaît.

Elle se remit alors au boulot et, entama par la même occasion la discussion avec Dana.

-Vous n'êtes pas du coin, non ?

-En effet, j'habite Washington.

-Waouh, la capitale ! Vous êtes là en vacances ? Si c'est le cas, ce n'est pas vraiment la bonne saison, l'île est plus jolie durant l'été.

-Pas le moins du monde, je suis ici pour le travail.

-Vous travaillez dans quel secteur ? Il vous faut autre chose avec ceci ?

-Je suis agent du FBI. Oui, deux donnuts, s'il vous plaît.

-Dana Scully, c'est ça ?

Scully se troubla, cette femme savait qui elle était, pourtant, elle ne s'était pas présentée et ne pensait pas déjà l'avoir rencontrée depuis son arrivée en ville.

-Je m'appelle Judith Parris-Corvin, vous et votre collègue, êtes venus interroger mon mari, Darin. Il construit des yachts à South West. Il m'a parlé de vous. Et puis, vous avez fait la une du Portland Herald Press ce matin.

La femme lui tendit le canard avec sa commande. Elle avait raison, une photo de Mulder et elle ornait la couverture du journal. Ils sortaient du commissariat, Fox avait une main sur ses reins à elle et tenait le dossier de l'enquête dans l'autre ; Dana quant à elle, tenait sa serviette. Ils avaient le visage dénué de toutes expressions et les yeux dans le vague. Elle ne se souvenait pas que Mulder eut été aussi proche d'elle hier soir. La photographie était en couleurs. Le journal titrait : « Le Marionnettiste continu sa représentation ». L'image était légendée d'un court paragraphe : « Les fédéraux envoyés par Washington les agents Fox Mulder et Dana Scully, quittant le poste de police de Bar Harbor après la découverte du corps de la dernière victime : Alice Amesbury, 15ans. ». Mulder et elle avaient décidé qu'il valait mieux ne pas révéler à la presse le fait qu'ils soient à la recherche de plusieurs tueurs et non pas juste du « Marionnettiste ». Ils voulaient à tout prix éviter de créer une psychose collective. Les parents avaient déjà commencé à retirer leur progéniture du lycée depuis quelques jours. L'institut secondaire de l'île, le Mount Desert Island Hight School, avait pratiquement perdu un tiers de ses effectifs, qui n'étaient pas vraiment très élevés. Le docteur en médecine parcourut rapidement le reste de l'article des yeux. Rien de nouveau sous la pluie du Maine. Il relatait l'affaire depuis son commencement, en plus des circonstances de la découverte du corps d'Alice, en précisant tout de même que le dossier s'essoufflait, comme c'était toujours prévisible dans ce genre de cas. Cependant, le journaliste avait cru amusant d'évoquer sa relation avec Mulder, après les avoir vus dîner en tête-à-tête, en la qualifiant, elle citait, « d'ambiguë ».

-C'est vraiment inquiétant n'est-ce-pas ? Mon mari et moi, nous faisons du souci pour notre petite Mary.

-Votre fille ?

-Oui, elle a 16 ans, regardez.

Elle lui tendit son porte-monnaie ouvert. A l'intérieur, figé sur du papier glacé, un visage au sourire timide était encadré par de longues mèches rousses brillantes et des yeux bleus rieurs. La photo avait été prise sur la proue d'un petit yacht, le soleil couchant l'auréolant d'une douce lumière. Elle portait une chemise blanche trop grande pour elle, ouverte sur un débardeur vert émeraude. Sa chevelure tenait en place uniquement grâce à ses lunettes de soleil, qu'elle avait remonté sur le haut de son crâne.

-Vous lui ressemblez beaucoup.

Dana sourit doucement à la mère. Elle lui rendit son portefeuille. Puis, elle dépose un billet de 10 dollars sur le comptoir.

-Merci, vous voulez garder le journal ?

-Non, merci, bonne journée.

-A vous aussi et bon courage !

Dana lui offrit un dernier sourire respectueux et jeta un coup d'œil sur le bas de l'article. Le nom du journaliste la fit tiquer. Il allait falloir qu'elle ait une discussion avec son ami pour voir comment ils pouvaient gérer cet homme. Et puis, de son point de vue, sa relation avec Fox n'avait rien d'ambiguë. Elle regarda sa montre et constata qu'une demi-heure s'était déjà écoulée. Elle pressa le pas tout en remontant de sa main libre le col de son imperméable. La brume avait envahi les boulevards et les avenues de la ville. Scully marchait d'une foulée active, tendue tout entière vers son objectif, à savoir revenir le plus vite possible au motel et retrouver son partenaire. Elle ne remarqua absolument pas l'homme qui la pistait. Il était emmitouflé dans une doudoune kaki de chasseur. Un bonnet noir lui tombait sur les yeux et une barbe grisonnante recouvrait un bon tiers de son visage. Ses mains étaient fourrées dans les poches de son habit. Il la suivit jusqu'à l'entrée de l'établissement hôtelier. Il se fondit dans l'obscurité d'une ruelle adjacente et se fit engloutir par la brume et le brouillard matinal.

Mulder attendait Scully depuis dix bonnes minutes, son estomac grondait et lui rappelait sans cesse qu'il travaillait à vide. Il fut soulagé de voir son docteur en médecine préféré franchir la porte vitrée. Son brushing avait été mis à mal par l'humidité ambiante propre à l'île. Ses boucles rousses lui tombaient sur le front et l'une d'elle, s'était collée par mégarde sur ses lèvres. Elle portait une poche en papier marron dans ses bras. Il huma l'air et la douce odeur du café chaud mélangé à celle sucrée, des donnuts frais atteignit ses narines. Il offrit un magnifique sourire à son amie. Il s'avança vers elle, mais avant qu'il n'eût pu ouvrir la bouche, elle lui intima de se taire d'un geste de la main.

-Mulder, on a un problème.

-Effectivement, je ne voulais pas te le faire remarquer mais, il semblerait que ta coiffure soit fichue.

Elle lui lança un regard sévère, le réprimant de son effronterie.

-Veux-tu bien rester sérieux un instant ?

Elle parcourut la dizaine de mètres qui la séparait du comptoir et se saisit du journal, qu'elle lui fourra durement sous le nez. Il lui prit des mains et laissa ses yeux glisser rapidement sur la première page et l'article. Il sourit encore plus et reposa le quotidien sur la banque. Scully lui tendit ensuite la poche, ayant déjà pris son gobelet. Il profita du transfert pour remettre en place la mèche qui barrait, auparavant, la bouche de Dana et qui avait migré vers sa joue. Elle lui sourit presque timidement en signe de remerciement. Mulder savait parfaitement que le café serait noir et pur comme il l'aimait. Il but une gorgée du breuvage tant désiré et soupira d'aise. Ils partirent en direction de leur véhicule, Fox croquant à pleines dents dans le gâteau rond et moelleux. Il remarqua que Scully n'avait rien dans les mains de solide qui lui aurait permis de se remplir la panse. Il s'aperçut, également, qu'elle lui avait donné toute la nourriture qu'elle avait ramenée.

-Scully ?

-Hum, hum ?

-Je suppose que tu as mangé ce matin.

-Bien évidemment.

-Montres-moi comment tu mens bien.

Ils étaient arrivés à la voiture et se faisaient face par-dessus le toit de celle-ci. Il la fixait intensément et elle refusa de détourner le regard. Cependant, ses joues se parèrent d'une charmante rougeur.

-Scully ?

-Il se trouve que j'évite la nourriture trop calorique en ce moment.

-D'où les salades à répétition et les yaourts au pollen. Je peux savoir pourquoi ?

-Disons, que notre dernière affaire nous a fait faire le tour de trop de restaurants locaux aux plats riches.

-Ne me dis surtout pas que tu te trouves grosse !

-Je n'ai pas dit ça ! Seulement, disons juste que j'ai pu prendre un ou deux kilos…

-Mettons et alors ? Scully, si c'est ta ligne qui t'inquiète, laisse-moi te dire qu'elle est parfaite ! Alors, ne chicane pas pour si peu, cela ne se voit absolument pas, tu es très bien ainsi, crois-moi !

Elle baissa enfin les yeux, et Mulder eut le loisir de remarquer que même son cou gracieux s'était teinté de rouge. Il lui tendit la poche en papier légèrement graisseuse. Elle refusa tout de même de la prendre.

-Scully, fais-moi confiance.

Dana releva brusquement la tête, elle n'aimait pas que son ami mette sa confiance envers lui au milieu de cette discussion banale. Sa voix devint rauque quand elle répondit.

-Mulder, tu es la seule personne à qui je fasse entièrement confiance, là n'est pas la question.

-Bien, alors, pour l'amour du ciel, mange Dana !

Elle tiqua à l'entente de l'expression utilisée par Fox, ainsi que de son prénom mais, obtempéra tout de même. Il sourit et déverrouilla les portières de leur véhicule de fonction. Elle grignota son donnut durant le cours trajet jusqu'au poste de police. Ils avertirent le shérif et ses adjoints qu'ils partaient parler à certains suspects de la liste. L'homme leur proposa de les appeler pour qu'ils se déplacent au commissariat mais, les fédéraux refusèrent poliment. Ils préféraient les voir dans leurs environnements quotidiens respectifs. Ils avaient une petite dizaine de personnes à visiter avant ce soir. Ils se mirent en route rapidement, ne voulant pas perdre de temps en discussions stériles et inutiles. Ils choisirent de s'occuper de toute la partie nord de l'île, c'est-à-dire de celle correspondant à la commune de Bar Harbor et à ses environs en premier. Cette nouvelle tournée ne donna rien de plus que la précédente. D'un accord commun, ils décidèrent de déjeuner à Tremont. Ils repartirent après une petite pause d'une heure environ.

-Qui est la prochaine personne que l'on doit voir ?

Dana consulta une petite liste qu'elle tira de sa poche. Son sourcil se fronça et elle prit la parole.

-Darin Corvin.

-Tu as l'air soucieuse.

-J'ai rencontré une femme ce matin au café. Elle savait qui nous étions.

-Avec le journal, c'est normal.

-Non, non, elle s'est présentée après, c'est la femme de ce monsieur Corvin.

-Oh, eh bien ?

-Ils ont une fille Mulder et, elle correspond parfaitement au profil des victimes.

-Je vois.

Le reste du chemin se fit dans un silence de plomb. Mulder comprenait l'inquiétude de Dana vis-à-vis de cette petite. Elle avait toujours eu un lien bien particulier avec les enfants qui leur étaient arrivé de rencontrer, cela s'étant même amplifié, bien malgré elle, depuis Emily. Même si elle ne lui en avait pas clairement reparlé, il savait qu'elle avait été bouleversée par cette découverte. Puis, juste après cela, il y avait eu l'enquête sur ces gamines handicapées qui avait été retrouvées mortes dans d'étranges circonstances. Cela l'avait encore chagriné un peu plus, cruel écho du chagrin de la perte de la petite. Emily, une blessure qui ne cicatriserait sûrement jamais.

Les Corvin habitaient une maison à l'architecture typiquement locale. Une façade en bois blanc et une petite terrasse. Un vieux rocking-chair, qui avait dû connaître la guerre de Sécession, servait de lit à un chat à poils gris et blancs. Il portait un collier vert et, la plaque qui y était accrochée portait le numéro de téléphone de la famille ainsi, que le nom quelque peu étrange de l'animal : Erwin Schrödinger II°. De la fumée blanche s'échappait par le chapeau de cheminée. L'habitation se situait à la sortie de la petite ville, au bout d'un chemin de gravier blanc et à l'orée de la forêt. Une citrouille qui pleurait, était posée au bas des marches menant à la porte. Mulder toqua quelques coups sur le panneau. Lorsque celui-ci s'ouvrit, il laissa place à une femme d'âge moyen. Elle reconnut aussitôt les deux agents et les invita à entrer.

-Agent Scully et Mulder, vous voulez entrer ? Je suppose que vous êtes là pour parler à Darin !

Ils hochèrent la tête et suivirent Judith à travers les différentes pièces. Les couloirs étaient ornés de photos de famille, certaines remontants à un autre temps, bien éloigné du nôtre. Les couleurs étaient chaudes, passant de l'orage au rouge. Les meubles étaient anciens et possédaient du caractère, les détails creusaient dans le bois massif étaient discrets et d'une précision chirurgicale. Ils débouchèrent dans une sorte de salon chauffé grâce à une immense cheminée en pierres grises. Des dessins et des tableaux agrémentaient les cloisons écrues. Un chat au pelage noir se prélassait devant les flammes, ronronnant sous les caresses délicates et distraites d'une jeune fille plongeait dans un lourd volume relié. Une tasse de thé au jasmin fumante était posée sur le pied en marbre de l'âtre. La pièce sentait l'encens.

-Mary, s'il te plaît, veux-tu bien dire bonjour.

L'adolescente sursauta, surprise d'entendre la voix de sa mère qu'elle croyait être dans la cuisine. Elle se releva, épousseta son pull en laine vert des poils du félin et tendit une main parée d'un nombre assez imposant de bagues et bracelets. Les agents la serrèrent chacun à leur tour, se présentant au son des breloques en argents s'entrechoquant. Elle jeta un regard à sa mère et se replongea dans sa lecture.

-Venaient, je vais vous conduire à Darin, il est dans le cabanon de derrière, en train de bricoler.

-Madame Corvin, pourrais-je parler avec votre fille ?

-Bien évidemment, je vous en prie agent Scully.

Mulder suivit la brune à travers le jardin aux multiples aménagements. Des bassins avec des restes de nénuphars et des poissons, une balancelle, une marelle et un petit kiosque agrémentaient la petite clairière. Ledit cabanon, tenait plus d'un petit hangar. Fox était pratiquement certain qu'il devait être aussi grand que son bureau du sous-sol au FBI. Judith toqua et annonça à son mari qu'il avait de la visite. Le bruie d'une scie stoppa et la porte s'ouvrit sur Darin Corvin. C'était un homme blanc, la quarantaine bien tassée, aussi grand que Mulder et possédant des yeux et des cheveux couleurs de jais, semblable à ceux de sa femme. Fox se demanda un instant comment ces deux-là avaient pu mettre au monde une petite qui avait plus de points communs avec sa Dana qu'avec ses propres parents. La génétique faisait parfois de drôle de choses. L'homme essuya ses mains sur un torchon blanc et lui tendit la main. Fox la serra.

-Agent Mulder, comment allez-vous ?

-Bien, merci. J'aimerais vous poser quelques questions complémentaires si vous me le permettez.

Il hocha la tête en signe d'assentiment et Mulder commença son interrogatoire.

Mary tournait à un rythme régulier les pages de l'ouvrage poussiéreux. Dana avait pris place sur l'un des fauteuils en cuir marron. Elle observait la jeune fille. Celle-ci finit par soupirer et marqua sa page avant de regarder le docteur en médecine droit dans les yeux. Scully fut surprise de lire de la mélancolie dans le regard de la petite. Le chat s'étira et s'en alla.

-Je m'appelle Dana. J'aimerais qu'on discute un peu si tu es d'accord.

-Pourquoi pas.

-Tu lis quoi ?

-La Guerre et La Paix de Léon Tolstoï. Je ne pense pas que vous connaissiez.

-Au contraire, je l'ai lu quand j'avais à peu près ton âge mais, c'était il y a longtemps déjà.

-Vous n'êtes pas si vieille que ça. Quel est votre personnage préféré ?

-Mais plus si jeune. J'aime bien Pierre Bézoukhov, mais j'avoue que celui qui m'avait le plus plu est secondaire, Annette Pavlovna Scherer. Et toi ?

-J'adore Pierre aussi et Natalia Rostov. Vous avez un livre que vous aimez beaucoup ?

-Oui, Moby Dick et toi ?

-Moi c'est La Guerre et la Paix, mais aussi La Maison d'Âpre Vent de Dickens et Le Silence des Agneaux d'Harris, j'ai hâte de lire la suite.

-Très bon choix !

-Merci.

La discussion se poursuivit autour de la littérature puis s'en éloigna. Mary voulait être danseuse classique, ses compositeurs favoris étaient Bach et Stravinsky, sa couleur préférée le vert, elle croyait aux esprits et aimait tout ce qui touchait au paranormal. Elle proposa même de tirer les cartes pour la femme assise en face d'elle. Scully voulut en savoir plus sur comment était sa relation avec ses parents, mais la jeune fille se braqua, proposant à nouveau à Dana de lui lire son avenir, mais cette fois-ci à l'aide de feuilles de thé. Elle accepta pour ne pas la faire se fermer plus. Dans le jardin, la discussion se poursuivait. Mulder n'avait rien appris de nouveau concernant Darin. Il vivait avec sa femme depuis toujours sur l'île. Ils étaient nés là et mouraient là. Il avait repris l'entreprise de son père, petit business s'adressant à des particuliers souhaitant investir pour prendre le large. Pas de nouveauté non plus sur ses clients. En somme, rien de bien inhabituel pour un homme de son statut.

-Vous n'êtes pas venu avec votre collègue monsieur Mulder ?

-Si, elle parle avec votre fille, à l'intérieur.

L'homme n'attendit pas plus longtemps et se dirigea vers la porte vitrée. Il entra en trombe dans le salon, en s'excusant auprès de Scully, prétextant que Mary n'avait pas fini ses devoirs et devait immédiatement monter dans sa chambre les terminer. La jeune fille partit sans prononcer le moindre mot, abandonnant Tolstoï, ses cartes et son thé au jasmin devant l'âtre rougeoyant. De la musique s'éleva du premier étage et les notes caractéristiques de la Goldberg Variations Aria de Bach emplirent la maison. Les Corvin s'excusèrent et demandèrent aux agents s'ils en avaient terminé avec eux. Ils remontèrent en voiture et bouclèrent leurs ceintures. Scully était sceptique, il pouvait le voir à son sourcil froncé. Cependant, il garda le silence jusqu'à ce qu'elle parle d'elle-même.

-Tu sais, je trouve cela bizarre.

-Qu'on se soit fait chasser de la maison ? Oui, moi aussi.

-Oui, mais pas que. Mary lit les feuilles de thé.

-Tu ne vas pas croire à cela tout de même…

-Non, bien sûr que non, mais ce qu'elle m'a dit me taraude.

Elle se tut et laissa ses yeux fixer le paysage qui défilait derrière la vitre. La pluie s'était remise à tomber, prenant de la puissance de minute en minute. Un appel du shérif les prévint qu'il fallait qu'ils regagnent Bar Harbor au plus vite, avant que les routes ne soient plus praticables car totalement inondées. Ils prirent donc le chemin du retour. Scully tripotait sa croix de manière inconsciente et se mordait la lèvre inférieure, signes d'agitation chez elle.

-Crache le morceau.

Elle souffla un grand coup.

-Je sais que c'est faux, mais elle m'a lu mon avenir dans les feuilles. Elle y a vu une dague, une tasse, les lettres M et C, ainsi qu'un cœur.

-Scully, j'ai beau être branché paranormal, la voyance, très peu pour moi.

-D'après elle, cela signifie que je cours un grand danger à ce moment même, que je vais être au centre d'une tragédie qui est naît il y a de cela des siècles. Mais aussi, que la personne que j'aime sera près de moi pour m'aider.

-Ça correspond à quels symboles ?

-La dague, le cœur et la tasse.

-Et pour les lettres ?

-L'une est celle de la personne que j'aime et l'autre, celle de mon bourreau.

-Oh je vois.

-Elle a conclu en me disant que nous avions une lettre en commune dans nos feuilles ainsi que la dague, mais qu'à la différence, je survivrais et pas elle.

Sur cette réplique brutale, elle se tut. Collant simplement son front contre la vitre glacée de la voiture, son regard suivant le tracé des gouttes le long de la paroi translucide. Mulder se crispa. La gamine pourrait-elle avoir raison ? Dana était-elle en danger ? Trop de possibilités et pas assez de preuves concrètes. Lui qui aimait l'abstrait en venait à vouloir que la science rentre en compte dans l'équation. Il jeta un rapide coup d'œil sur son amie et constata qu'elle s'était endormie.

Dehors, la pluie redoublait encore d'intensité. Les rigoles ne remplissaient plus leur fonction, l'eau dégoulinant à torrent sur le bitume. Des éclairs zébraient le ciel et le tonnerre couvrait le bruit du moteur. Le brouillard rendait la visibilité quasi nul, les phares de la voiture n'éclairant pas à plus de dix mètres. La météo avait annoncé l'arrivée d'un anticyclone violent. Le voilà qui couvrait maintenant l'île. Arrivé à un croisement Mulder du bifurquer. En effet, le petit pont traversant un des ruisseaux du parc se trouvait engloutit par des flots brunâtres. La route était étroite et formait de grands virages. Soudain, une forme apparut à travers le rideau d'eau et des phares. Un homme, agitait les bras. Il était à côté d'un van apparemment en panne. Il portait une doudoune kaki de chasseur et des bottes de pêcheur, le tout rehaussé par un bonnet noir. Mulder ralentit et s'arrêta au niveau du pauvre homme. Celui-ci portait des gants de manutention et un collier de barbe grisonnant. L'homme s'approcha du côté conducteur. Mulder ouvrit sa fenêtre.

-Un problème monsieur ?

-Et pas un petit pardi ! Ma caisse vient de me lâcher, j'peux pas redémarrer, vous pourriez pas me câbler par hasard ?

-Si, bien entendu, on peut essayer mais je ne sais pas si ma batterie sera assez puissante.

Fox rejoignit l'homme sous le déluge. Avant qu'il n'ait pu faire le moindre geste, il se retrouva plaqué contre le capot de sa voiture. Trois personnes descendirent du van en vitesse. Ils se précipitèrent vers Scully, l'extirpant brutalement du véhicule. Elle se débattait comme un beau diable, mais les gorilles qui lui servaient de kidnappeur ne lui laissèrent pas le temps de s'échapper. Mulder sorti de sa torpeur. Il se retourna et envoya un crochet du droit au barbu. Celui-ci relâcha sa prise une seconde de trop, seconde qui permit à Mulder de se jeter dans la lutte. Scully résistait tant bien que mal. Un autre assaillant apparut. Alors que Mulder s'apprêtait à cogner sur un des singes, le cinquième homme le frappa violemment derrière la tête à l'aide d'un objet. L'agent du FBI s'écroula inerte sur le sol boueux. Scully voulut crier, mais la claque magistrale qu'elle reçut l'en empêcha. Le goût métallique de l'hémoglobine emplit sa bouche. Un poing vint s'abattre au creux de son estomac, lui coupant le souffle et l'immobilisant par la même occasion. Elle fut jetée sans ménagement à l'arrière de la camionnette. Deux des cinq hommes grimpèrent avec elle. Un torchon humide et malodorant fut plaqué sur son visage. Sa dernière vision fut celle de son ami, gisant à terre, du sang s'écoulant doucement de son crâne. Le noir se fit.

-Bordel, Mike, faut le remettre dans sa bagnole !

-Laisse le crever là.

-Le chef veut pas qu'on le tue et s'il reste là où il est, il est cuit le type.

-Les gars vous foutez quoi ? Bougez-vous le cul !

La sonnerie stridente du téléphone emplit le vaste couloir. Un chat noir poussa un miaulement d'indignation. Des pas firent grincer le plancher.

-J'écoute.

-On l'a patron, c'est bon.

-Et l'autre ?

-Amoché mais toujours en vie aux dernières nouvelles. On l'a abandonné dans sa voiture sur une petite route au niveau du carrefour juste avant le lycée.

-Parfait, vous savez où on se rejoint.

L'homme reposa le combiné sur son socle et revint vers la cuisine. Une femme l'attendait, assise devant un bol de soupe aux orties. Elle se tendit à la vue du sourire de l'homme. Elle savait ce qui allait se produire et, même si elle si était préparée, ne pouvait toujours pas l'accepter. Cependant, le regard que lui lança l'homme fit taire toutes ses objections.

-Va la chercher, c'est le moment.