L'averse de l'entreprise
Le sergent Chesterfield est complètement anéanti par le refus du caporal Blutch.
Les épaules voûtées, il se déplace tel un fantôme dans le camp en ressassant les images de sa déclaration. Au bout d'une dizaine de minutes, il se rend compte qu'en vérité son subbalterne n'a jamais dit non. Qu'il s'est seulement contenté de sourire, d'hausser les épaules et de partir sans dire quoi que ce soit. Du coup, mais il n'en est pas sûr, c'est peut-être pour lui une chance de plus. Il a encore un essai. Enfin... Peut-être que ce n'est qu'une impression mais ne dit-on pas que l'espoir fait vivre ?
Il relève soudain la tête et son visage s'orne d'un sourire rayonnant. Il peut le faire. Il va le faire. Il a la nette impression qu'en vérité son cadet à juste envie de le faire tourner en bourrique et de se faire languir. C'est bien lui ça. Lui et ses piques. C'est d'accord. Il va jouer le jeu de séduction, peut importe les retombées que cela peut avoir. Il fait alors demi-tour. Le couvre-feu est déjà passé, les hommes dorment, sa tente jumellée avec le caporal Blutch est vide depuis la dernière charge : les conditions sont parfaites.
Les pas lents deviennent rapidement des foulées soutenues et en moins de cinq minutes il est arrivé à la structure de toile lui servant de toit pour les nuits. Sur la pointe des pieds, un sourire narquois sur les lèvres, il pense mettre son plan à exécution et entre sans un bruit. Son subbalterne semble plongé dans le sommeil et rien si ce n'est ses respiratoins ne dérange le silence régnant dans la tente vide. Le sergent Chesterfield se glisse tel un serpent à côté de sa couchette et lui embrasse délicatement le cou avant de faire glisser une main sur le corps endormi du cadet qui ne tarde pas à ouvrir un oeil puis un deuxième.
Alors, le rouquin resserre son emprise dans le pantalon de son subbalterne gémissant de surprise sous le baiser avide qui emprisonne ses lèvres. Son souffle se fait plus chaud et des soupirs d'aise remplissent l'espace où ils sont tous les deux. Quand finalement vient l'érection et que le caporal Blutch referme ses bras autour de son supérieur se hissant sur son lit, ce dernier rompt le lien entretenu par sa bouche et plante ses yeux glacés dans ceux du plus petit.
Est-ce que tu m'aimes ?
