Bowser, l'histoire oubliée…

Chapitre 4 : Dévotion paternelle

Des ombres se déplacèrent rapidement dans les couloirs sombres du château. Wart et Bowser couraient, bousculant quelques fois des majordomes au détour d'une porte et tombant, se prenant les pieds dans les tapis. Bowser se prenait pour un avion, courant avec les bras étendus, pour imiter l'appareil. Les koopas prenaient des coups au passage et tombaient, n'ayant pas fait attention à son passage. Le bruit régnait. Ils ciraient, riaient et hurlaient. Ils arrêtèrent, arrivés devant le bureau de leur père pour recommencer, quelques mètres plus loin, tout aussi bruyamment qu'avant.

-Bowser, viens jouer !

-Wateau !

Il balbutiait encore un peu le nom de son frère mais réussissait quand même à marcher. C'est ce que Wart ne comprenait pas.

-Arrête ça. Allez, viens, je vais te montrer un super coin !

Ils arrivèrent dans les jardins quelques instants plus tôt. Wart couru jusqu'aux limites, suivit par son jeune frère qui essayait tant bien que mal de le suivre. Là, devant leurs yeux, s'ouvrait un monde inconnu, étrange mais magnifique. L'herbe verte resplendissait sous un soleil d'or, les torrents d'eau bleu rafraichissants éclataient de splendeur… Au loin, une ombre. Le château royal. Ils poussèrent un cri, émerveillés. Wart sauta par-dessus la clôture imposante et fit signe à Bowser, qui sauta mais difficilement. Il s'accrocha sur une des barres et tomba à la renverse, criant mais son frère le rattrapa de justesse. Ils coururent jusqu'au village le plus proche.

La première chose qu'ils remarquèrent dans le village, hormis les magasins de jouets en forme de champignons, était un magasin de friandises. Ils y entrèrent sans réflexion et bavèrent devant les étalages. Bowser attrapa une sucette en forme de champignon par-dessus le plexiglas tandis que Wart prit un paquet de champignons à la noisette enrobés de chocolat au lait et des bonbons au caramel ayant la même forme. Bowser remarqua particulièrement une petite fille, qui prenait quelques friandises aussi, entourée de toad dont un avec une moustache brune et un habit de sortie. Elle avait des cheveux blonds comme les blés, des yeux bleus océan, des habits roses et… Une petite couronne dorée avec des pierres roses et bleues. Son cœur battait vite à cet instant, son souffle était court et il n'y avait qu'eux dans le monde… Bowser la regarda passer, bouche ouverte. Il fit un pas en avant pour lui parler mais s'arrêta, elle était accompagnée d'autres personnes, une autre fille semblable mais brune, deux garçons, un à salopette verte et un à salopette rouge. La salopette rouge lui tenait la main. Il soupira longuement en les regardant passer, triste. Ils étaient sortis. Il se retourna quand un bruit attira son attention. Une tétine rose qui était sous son pied. Il la ramassa et la garda. Ils allaient partir après la dégustation mais des mains les attrapèrent.

-Où allez-vous ainsi ? Vous avez oublié de payer, mes petits…

Ils se regardèrent, surpris.

-On n'a pas de sous.

-Alors il faudra que vos parents paient.

-Ils ne paient rien.

Le marchand, un toad assez ventru, les regardait, incrédule. Il haussa les épaules et les attrapa de nouveau. Il devint rouge. Wart se débattit, les libérant de son emprise. Il se mit devant Bowser pour le protéger. Le marchand l'attrapa par le col de sa cape. Il tapait des pieds et des mains mais il ne lâchait pas. Bowser lui mordit la jambe. Il lança Wart contre le mur avant de lancer Bowser contre le contoir. Affolé, il se mit devant Wart, qui tremblait. Il cracha quelques boulettes de flammes qui vinrent brûler les tabliers. Cela ne suffit pas. Ils furent pris.

-Alors, vous irez à la police et serez punis.

-On n'est jamais punis, déclara Bowser d'une voix aigu pour le contester.

-Oh vous serez punis, petits vandales !

-Si Papa t'attrapes, tu seras rôti !

-Il n'a qu'à venir ton père !

Un bruit lourd se fit entendre et des sirènes et alarmes résonnèrent brusquement. La porte d'entrée vola jusqu'au contoir et des flammes surgirent, brûlant l'entrée.

-On te l'avait dit !

Le toad demeura un instant sans bouger avant de courir vers le poste de police, poursuivit par la bête qui était dans une tête de clown volante. Des engins tirèrent des boulets en tête de champignon vers l'engin volant, sans effet. L'armée était là. Browse descendit de son engin et entra dans le commissariat. Il s'avança d'un pas lourd vers le toad, qui lâcha les enfants. Ceux-ci se ruèrent aux pieds de leur père. Il lança une bourse d'argent sur le bureau du toad policier et se retourna. Il alla gronder ses enfants quand quelque chose le projeta au sol.

Il se débattait mais cette chose le serrait au torse. Quand il arriva à se relever, la chose l'attrapa par la queue et le faisait tourner. Il agrippa le sol avec ses griffes mais rien n'y pu. Il se tortillait, affolé, perdu. Il voyait peu à peu le paysage se troubler et il ne vit plus qu'une masse de couleurs troubles. Il se retrouva ensuite projeté contre une fontaine. La douleur le traversa vivement, sa carapace était fendue par un bout de marbre qui y est resté coincé. Il se releva difficilement, pour ses fils qui le regardaient, terrifiés. La chose était un moustachu grand et bedonnant, à la moustache lisse et à la salopette marron. Il posa un pied triomphant sur le ventre de la bête avant de la prendre par le cou.

-Si tu oses revenir dans le royaume champignon, Browse, tu pourras dire adieu.

Il serra une ultime fois sa gorge, le faisait suffoquer, croisait son regard de braise menaçant, avant de le libérer. Il se retourna, partit vers le commissariat quand il croisa les deux bambins. Ils tremblèrent en le croisant. L'homme s'avança alors résolument vers eux, le regard dur et impénétrable. Le roi réagit de sitôt, protégeant ses petits. Browse grogna et s'élança sur son ennemi qui esquiva de côté. Il sauta pour l'écraser mais il passa en-dessous. Il tenta alors de cracher des flammes mais il était parvenu derrière lui. Pour parvenir à le piéger, il sauta à l'arrière et écrasa ses pics au sol mais il l'avait dépassé. Il attrapa alors sa queue et le claqua contre terre. La fissure s'agrandit, faisant couiner le roi de douleur. L'adversaire l'attrapa de nouveau et le lança contre un banc qui se détruisit. La carapace fissurée, il ne bougea plus, allongé sur le sol. Il mit un pied sur lui, sur la crevasse et appuya. Le roi hurla. Il enleva alors son pied et repartit vers le commissariat. Arrivé à mi-chemin, il regarda la bête chancelante se relever.

-N'oublies pas : ne reviens jamais. Ni toi ni tes petits.

-N'ose même pas toucher à eux, Muiri, ou tu le regretteras amèrement !

Il partit définitivement, toisant du regard les enfants apeurés. Browse se releva très difficilement. Il s'avança vers son engin en boitant, les habitants partaient en courant. Bowser s'avança alors.

-Papa, je voulais juste…

-Assez ! Il est tant de grandir maintenant, ça suffit vos bêtises !

Ils restèrent sous le regard plein de reproches de leur père. Ils n'osaient même pas le regarder en face. Ils avaient plus peur de lui que de Muiri.

-Rentrons.

La voix grave et résonnante de Browse déchira leur silence, les faisant sauter dans l'engin. Ils repartirent alors vers le château avec les friandises, à bord de la tête de clown. Le voyage se passa dans le silence. Personne ne parla. Browse ne regardait que devant lui, les mains sur les rebords de l'engin volant. Bowser, triste, regardait le paysage du bas, l'herbe verte et les arbres en fleur, pleins de vie, qui laissaient place au arbres morts et aux sols épineux, défiler sous ses yeux tandis que Wart regardait d'un œil triste son jeune frère. Ils atterrirent sur la piste d'envol, accolée contre une des nombreuses tours du château royal. Browse descendit le premier, attrapa ses fils et les posa à terre. Une douleur vint lui traverser le corps, le faisant frémir.

-Rentrez tous les deux, je vous en reparlerai tout à l'heure, j'ai des réglages à faire sur le clown…

Ils obéirent, sans respirer, la tête basse, tristes, honteux et inquiets. Wart osa regarder son frère et rompre en premier le silence.

-Tu as été très brave, frangin…

-Toi aussi, bro'…

Ils fermèrent la porte derrière eux. Browse les regarda partir en souriant. Puis, une douleur vint lui transpercer son silence et le fit tomber à genoux, hurlant. Il tenta de se lever de toutes ses forces, s'appuyant contre le rebord de son engin mais il retomba lourdement au sol, cloué. Il tremblait, des secousses le firent hoqueter. Il hurla, cherchant de l'aide. Il raclait le sol de ses griffes pour se tirer jusqu'à la porte comme un malheureux. La douleur avait commencé à l'extérieur et se propage dans ses entrailles. Il s'ébranlait de l'intérieur. Il s'appuya sur son bras droit et tendit le gauche pour saisir la poignée mais son bras fut saisit de douleur et il tomba tête au sol. Il tendait encore son bras gauche tant qu'il le pouvait pour saisir l'insaisissable. Il grognait, frappait ses pattes contre le mobilier, hurlait… Quand des pas se firent entendre. Il leva sa tête comme il pu et hurla de pleins poumons, n'arrivant plus à parler.

-Monseigneur ? On arrive ! Nous voici !

Les pas se firent plus pressants, plus forts. Il commençait à ne plus pouvoir avoir les yeux ouverts, ses paupières se fermaient lentement. La porte s'ouvrit en grand, en un seul et unique élan, claquant contre la mâchoire du roi, qui ne ressentait plus rien, tellement la douleur l'avait anéanti…

-Monseigneur !

Le noir emplit sa pensée et il ne vit, ne ressentit, ne pensa plus rien. Il sombra dans le néant.