Après avoir souhaité bonne nuit à sa sœur, Michele avait regagné sa chambre. Il était épuisé, aussi bien physiquement que mentalement. Si lui-même n'avait pas participé au Grand prix final, Sara avait terminée 3ème et cela restait une victoire à ne pas négliger. Et la fête l'avait vidé de son énergie.
Mais c'était amusant. Même s'il avait dû danser devant tout le monde et accomplir des gages embarrassants. Ce genre de bêtise le faisait un peu sortir de son quotidien d'entrainement intense pour passer quelques soirées avec des amis comme un jeune normal. C'était rafraichissant.
Sara aussi s'était amusée. Et Emil. Et tous les autres. Michele n'avait pas assez bu pour oublier les dance-off, les discutions endiablées, et bien évidemment leur jeu d'action ou vérité. Un sourire s'esquissa sur son visage alors qu'il retirait ses chaussures.
« Toi aussi tu embrasseras quelqu'un un jour ! »
La pique de sa sœur lui revint en mémoire. Ah ah. Merci Sara de me rappeler le désert de ma vie sentimentale, pensa-t-il. Et qu'est-ce que cela changerait s'il n'embrassait jamais personne ? Il n'avait pas besoin de ça pour aimer. Il aimait sa sœur, ses parents, ses amis…
Michele n'avait jamais été amoureux. Il n'avait jamais eu de copine ou de copain. Il était trop occupé à défendre Sara, et trop occupé à s'entrainer. Mais même sa sœur avait eu des coups de foudre, et quelques petits amis. Non, si Michele n'avait jamais eu de relation amoureuse, c'est simplement qu'il n'avait jamais été intéressé.
Il retira son pantalon, et se glissa dans un jogging confortable.
Il n'y pensait plus vraiment. Plus jeune, cette question l'avait fait réfléchir des heures. Est-ce que lui aussi allait tomber amoureux ? Est-ce qu'il était normal ? Sa sœur lui parlait des garçons qu'elle trouvait mignon, mais lui n'avait rien à échanger en retour.
En grandissant, il avait compris qu'il n'y pouvait rien, et qu'il était inutile de forcer quoi que ce soit. Si personne ne l'attirait, et bien il n'aurait jamais de relation amoureuse. Il pouvait vivre sans cela, et aimer sans cela. Il n'avait aucune honte à l'admettre.
Mais dire à tout le monde qu'il était vierge, c'était une autre histoire. Une histoire embarrassante et privée avant tout. Heureusement, personne ne pouvait connaitre le sens caché derrière la taquinerie de sa sœur.
En réalité, et Michele en était persuadé, si Sara avait fait cette remarque, c'est qu'elle avait deviné qu'il y avait quelqu'un qu'il avait envie d'embrasser. Elle le connaissait trop bien, même si l'italien ne lui avait rien dit. Et elle se délectait de sa gêne. Qu'est-ce qu'il y pouvait si à 22 ans il n'avait aucune expérience !
Il ne savait pas vraiment par où commencer. Est-ce qu'il devait même commencer ? Après tout, il avait été heureux jusqu'à présent, sans relation amoureuse. Mais Michele avait envie de se donner une chance.
Il voyait Victor et Yuuri, ridiculement aimant, et ne pouvait s'empêcher de sourire devant tant de tendresse. C'était une tendresse différente de celle qu'il partageait avec Sara ou ses parents, et il avait envie de la connaitre lui aussi.
Il ne savait pas pourquoi soudainement une personne l'attirait. Pourquoi il était amoureux de cette personne seulement et pas d'autres. Cela devait surement être lié à l'individu lui-même. Il était unique après tout. Et Michele en était tombé amoureux.
Et il avait très envie que cette personne l'embrasse. Mais il n'avait aucune idée de la démarche à suivre. Et il était encore trop embarrassé pour demander conseil. Et pour les mettre en œuvre.
Alors pour le moment il allait se coucher, et demain matin autour d'un bon petit déjeuner, peut-être trouverait-il le courage de parler à sa sœur, qui se moquera gentiment avant de l'aider. Et ensuite peut être…
Michele s'était glissé dans son lit et c'était rapidement endormi.
Il portait toujours la chemise d'Emil.
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« Chris. »
Le suisse sortait de la salle de bain, enroulé dans un peignoir confortable. Cette petite douche lui avait fait le plus grand bien, même si l'alcool dans son système le laissait un peu maladroit. La fatigue venait aussi le rattraper, et il ne souhaitait qu'un chose : dormir.
Son petit ami était allongé sur le lit, un livre ouvert à côté de lui. Il l'avait posé lorsqu'il avait entendu la porte de la salle de bain s'ouvrir. A présent, il se levait et attrapa un verre sur la table avant de le tendre à Chris. Celui-ci l'accepta, et bu.
Un moment de silence passa, avant que son partenaire ne reprenne la parole.
« Ça va ?
-Tu sais bien que ce n'est pas la première fois que je bois. Et je suis encore debout et lucide. »
Le regard qu'il reçut était sans appel : je ne parle pas de ton taux d'alcoolémie mais de toi.
Chris reposa le verre d'eau, qu'il avait terminé. Il savait qu'il n'avait pas à se voiler la face. Depuis combien de temps étaient-ils ensemble déjà ? 6 ans ? 7 ans. Il connaissait Chris, l'avait vu vulnérable aussi bien que triomphant, et savait toujours l'aider.
« Je suis déçu bien sûr… mais il y aura toujours l'année prochaine. La compétition était serré, et les médailles sont méritées. J'ai patiné comme je le voulais. Ils ont juste été meilleurs que moi cette fois ci. »
Le sourire de Chris pour son petit ami était sincère, et sa volonté de toujours se dépasser aussi. C'est une des choses qu'il aime chez lui. Il attrapa la main du patineur et la serra dans la sienne. L'affection qu'il ressentait pour Chris devait se lire dans ses yeux, puisque celui-ci sourit plus encore.
« C'est mignon quand tu t'inquiètes pour moi.
-Excuse-moi d'être un petit ami attentionné qui fait attention à ton bien être. »
Chris l'embrassa chastement.
« Je sais. J'adore. »
Ils restèrent enlacés de longues secondes, avant que son petit ami ne les fasse basculer sur le lit. Ils atterrirent sur le matelas moelleux. Chris aida à ramener les couvertures, et ils éteignirent les lumières. Toujours entrelacés, les deux amants se souhaitèrent bonne nuit.
« Je t'aime.
-Je t'aime aussi. »
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« Merci encore pour aujourd'hui. »
JJ et Isabella étaient tous les deux glissés sous les couvertures, de retour dans leur chambre d'hôtel. Déjà avant le banquet, ils s'étaient retrouvés, Isabella pour féliciter le patineur pour sa médaille et le rassurer, et JJ pour s'accorder quelques minutes de repos et relâcher la tension. Jamais auparavant n'avait-il fait une pareille compétition, et il ne savait pas quoi en penser.
Le banquet fort heureusement lui avait changé les idées. Il avait été anxieux à l'idée de revoir les autres compétiteurs : allait-il se moquer de lui ? De ses performances ? Isabella l'avait rassuré que tout se passerait bien, et ce fut le cas. Quelques piques de Yuri, mais il les avait cherchées. Il avait pu chanter, danser, et s'amuser. Même leur partie d'action ou vérité l'avait fait rire.
Et s'il avait été moins vocal que d'habitude tout au long de la soirée, personne ne lui en tint rigueur. Après l'avoir vu aussi démuni sur la glace, tout le monde avait réalisé qu'il y avait plus à JJ que son image de King confiant. Phichit était venu le voir pour discuter, et Chris l'avait félicité. Rien n'avait vraiment changé dans leurs comportements, mais JJ devinait dans leurs regards une compréhension nouvelle.
C'était un peu effrayant, mais aussi libérateur, de voir que ces crises ne l'avaient pas rendu incapable aux yeux de ses confrères. Qu'ils comprenaient la pression du sport de haut niveau, et la difficulté de toujours vouloir faire de son mieux.
De manière surprenante, c'était Yuuri qui le comprenait le mieux. Le timide japonais qui avait royalement raté sa compétition l'année dernière. Et qui en était sorti grandi. Il était venu le trouver pour lui assurer que ça pouvait arriver à tout le monde, et qu'il devrait en parler à quelqu'un. JJ avait suivi ses conseils et en avait discuté avec Isabella peu après.
Et c'était le cœur plus léger qu'ils avaient rejoint les autres pour une partie d'action ou vérité.
Puis la fête c'était terminée, tous ces participants épuisés
Avant de regagner leur chambre, le couple avait croisé les parents de JJ, qui l'avaient encore rassuré, lui rappelant encore et encore qu'il ne devait pas hésiter à leur parler, qu'ils l'aimaient et qu'ils étaient fier de lui. JJ les avaient enlacés, et avait pleuré. C'était bon de se sentir aimé et accepté.
Le jeune couple était à présent prêt à dormir et reprendre de l'énergie pour demain. Comme de nombreux autres patineurs, ils allaient encore rester quelques jours à Barcelone pour prendre des vacances bien méritées, avant de reprendre l'entrainement.
Isabella sourit en entendant les remercîments murmurés par son fiancé, même s'il ne devait pas la voir dans le noir. Elle se rapprocha encore pour lui répondre, et ferma les yeux.
