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Et hop, voilà la suite, j'espère que ça vous plaira ! Un chapitre important qui marque un tournant pour notre peureuse Emily... Bonne lecture !


Chapitre 4 : Le pacte

Suite à sa discussion avec Erwan, Emily ne dormit presque pas de la nuit, et son habituelle grasse matinée du dimanche s'en trouva compromise. À sept heures du matin, elle se résolut et, lassée de se retourner dans son lit, se leva. Elle lut un manuel de potions que quiconque d'autre aurait trouvé mortellement ennuyeux pour s'occuper l'esprit. Puis elle entendit Abelforth se lever - il était toujours extrêmement matinal même le dimanche. Elle alla donc préparer le petit-déjeuner pour eux deux. Faute de clients, le barman et la serveuse tuèrent le temps en s'affrontant plutôt sauvagement aux échecs version sorcier. Vers midi, deux jeunes hommes assez mal réveillés vinrent demander si le bar était ouvert et, Abelforth ayant assuré que oui, ils réclamèrent des cafés très fort. Le samedi soir n'était décidément pas reposant pour tout le monde.

En début d'après-midi, Emily n'y tint plus et se rendit chez Scribenpenne. Le dimanche, le magasin était censé être fermé mais la jeune femme avait sympathisé depuis longtemps avec le propriétaire des lieux, un minuscule vieillard ratatiné passionné par son métier qui avait toujours des histoires fascinantes à raconter, et celui-ci lui ouvrit tout de même la porte. Emily aurait adoré travailler chez Scribenpenne mais malheureusement le vieillard n'avait pas besoin d'une assistante pour le moment. À l'intérieur de l'échoppe flottait une odeur d'encre bien plus raffinée que l'odeur de chèvres de la Tête de Sanglier, et Emily se sentait bien parmi les rayonnages remplis d'objets tant affectionnés.

La jeune femme se trouvait à cours de plume et d'encre et comme ce n'était pas des objets qu'Abelforth utilisait réellement très souvent à part pour sa comptabilité, il n'avait pas pu la dépanner. Elle racheta donc tout le nécessaire.

Revenue à la Tête de Sanglier, elle rédigea une lettre à Alcide. Elle s'était un peu éloignée de son grand frère ses derniers temps et à cause de son travail très prenant à Sainte Mangouste elle ne le voyait que très rarement, mais elle considérait son avis comme honnête et sage, et c'était le seul à qui elle avait envie de raconter ses derniers jours en détails pour lui demander conseil. Elle écrivit également une lettre à Thaïs, sa meilleure amie du pensionnat moldu, mais celle-ci était plus courte et occultait quelques détails, les plus gênants ou ceux qu'elle arrivait le moins à expliquer.

Elle envoya ensuite le hibou d'Abelforth à Alcide et résolut d'aller à la poste moldue le lendemain pour envoyer la lettre de Thaïs. Cette tâche achevée, elle se sentait beaucoup mieux, comme soulagée d'un poids. L'après-midi se passa rapidement entre parties d'échecs version sorciers - l'esprit libéré, Emily se montra un peu moins nulle et se fit écraser moins radicalement par Abelforth -, lecture de la Gazette du jour et service des quelques clients du dimanche. Elle n'était pas censée travailler le dimanche mais, en l'absence de tâches plus passionnantes, il lui arrivait d'aider un peu son employeur.

Seuls deux clients attirèrent l'attention d'Emily ce jour-là. Le premier fut Erwan, qui revint exactement à son heure habituelle, commanda la même bière et agit tout à fait normalement comme si leur discussion aux Trois Balais n'avait jamais eu lieu. Ses manières étaient tout juste encore plus cordiales voire chaleureuses envers la jeune serveuse.

Le second fut le jeune Malefoy qui s'aventura seulement accompagné de l'unique fille du groupe de l'autre jour alors qu'il était presque huit heures et demie du soir. Affreusement curieuse de savoir ce qui poussait Malefoy et l'autre gamine à se risquer jusqu'à la Tête de Sanglier un jour où ils n'avaient manifestement pas la permission de leurs professeurs et à une heure si tardive, il fallut tout le contrôle d'Abelforth pour qu'Emily reste en place.

- Emy, laisse-les ! lui rappelait-il toutes les cinq minutes.

Le jeune Malefoy et la fille brune à l'air toujours aussi apeuré commandèrent des Bièraubeurres et eurent une discussion plutôt animée pendant environ un quart d'heure. La situation sembla ensuite se calmer, mais il était presque neuf heures et demie lorsqu'ils quittèrent les lieux. Et malgré toute la volonté de son patron de ne jamais se mêler de ce qui ne le regardait pas, Emily ne pouvait pas s'empêcher de trouver toute cette situation extrêmement louche.

- Accio ballon !

Des rires de gamins de treize ou quatorze ans qui courent dans un jardin. Le soleil brillait, tout aurait pu être parfait. Alcide et Pernelle jouaient en tout innocence. Assise au bord, presque cachée dans un buisson, la petite Emily pleurait doucement et silencieusement, un livre serré contre elle comme s'il avait pu être une source de réconfort. Elle aurait tellement voulu jouer avec son frère et sa sœur, comme tout enfant normal ! Mais tous leurs jeux ou presque impliquaient la magie. Ou alors ils jouaient au Quidditch. Emily les enviait. Elle leur enviait tout, depuis leurs pouvoirs jusqu'à leur innocence. Ils savaient d'où ils venaient et où ils allaient, eux. Ils savaient à quel monde ils appartenaient. Emily ne trouvait jamais d'enfant qui lui ressemblait, elle, elle n'était jamais à sa place nulle part. Ni parmi les sorciers ni parmi les Moldus. Était-elle condamnée pour toujours à vivre dans l'ombre de ces enfants prodiges ?

Elle ne se sentait pas capable de supporter plus longtemps ce spectacle. Toujours aussi muette et discrète, elle se glissa jusqu'à la cuisine ou elle retrouva ses parents qui préparaient le dîner. Cela aurait pu être un moment chaleureux, et Emily aurait pu participer. Mais encore une fois, ses parents utilisaient leurs pouvoirs magiques, et elle se sentait exclue. Les assiettes volaient à travers la pièce et se posaient à l'endroit voulu, des couverts se lavaient seuls dans l'évier en chantant, et sa mère invoquait des épices. Non, elle se ferait jamais partie de ce monde-là...

Emily se réveilla brusquement, en sueur. Ou était-ce peut-être de vraies larmes inconscientes qui avaient coulé sur ses joues pendant son sommeil ? Les cauchemars sur son enfance revenaient de plus en plus fréquemment en ce moment. Elle se tourna dans son lit et jeta un regard par la fenêtre à moitié ouverte ; elle dormait toujours les volets ouverts. La noirceur du ciel attestait qu'on était encore en plein milieu de la nuit. La lune presque pleine brillait violemment, et des bruits légers se faisaient entendre dans la rue plus bas. Prise d'une brusque intuition, elle se leva et surprit par la fenêtre un petit groupe de personnes toutes vêtues de noir et encapuchonnées. De son premier étage, elle se trouvait suffisamment près d'eux pour comprendre qu'ils ne voulaient surtout pas être vus et que, bien qu'ils parlent à voix très basse, leur discussion restait extrêmement animée. Elle repensa aux sinistres prédictions d'Abelforth et d'Erwan sur le retour inévitable de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Se pouvait-il que ces hommes fassent partie de ses partisans ?

Elle se posait trop de questions. Cela ne la regardait pas. Elle n'était qu'une pauvre Cracmolle, elle ne pouvait rien faire, même pas surprendre leurs mots. Tout cela était vain. Elle se recoucha avec un vague sentiment de désespoir lui enserrant le cœur.

Le lendemain soir, quand Erwan débarqua à la Tête de Sanglier à son heure routinière, toujours lisant la Gazette du Sorcier et dégustant sa bière habituelle, elle savait ce qu'elle avait à faire.

- Excusez-moi... Puis-je vous parler ?

- Oui, bien sûr ! répondit aussitôt Erwan qui paraissait enchanté qu'elle prenne enfin l'initiative de venir à lui.

- Votre petit groupe de... d'opposants à Vous-Savez-Qui, vous pouvez m'en dire plus ?

- Nous sommes une petite quinzaine selon les périodes, des personnes que peut-être vous avez déjà croisées mais je ne peux pas vous révéler leur identité pour des raisons évidentes de sécurité. Nous sommes actuellement sûrs du retour de Vous-Savez-Qui et nous accumulons les preuves. Nous récoltons toujours plus d'informations et à terme nous espérons pouvoir agir, même si nous n'avons pas encore assez d'éléments.

Il lui désigna tristement du doigt une nouvelle brève dans la Gazette du jour, et elle put lire :

Un incendie spectaculaire ravage trois immeubles d'un quartier majoritairement de Moldus aisés à Stratford. Les victimes, sans doute principalement moldues, se comptent par dizaines.

Puis une autre :

Une famille de sorciers de Cobham décimée dans des circonstances mystérieuses. Cinq victimes.

- Il faut se battre, il faut éviter que ça arrive de nouveau !

Erwan avait presque crié à voix basse, exprimant toute sa rage et sa détermination. Emily l'admirait de pouvoir être si sûr de lui. Bien sûr, elle se sentait révoltée quand elle lisait ce genre d'informations dans les journaux et elle espérait que tout cela se terminerait. Mais elle n'avait pas envie de se battre ; la peur viscérale de faire à son tour partie de ces sinistres victimes semblait plus forte, l'envie de mener sa petite vie tranquille toujours plus importante. L'aventure, ce n'était pas pour elle, elle le savait et plus encore, elle le ressentait profondément. Cependant, elle souhaitait par-dessus tout s'intégrer d'une quelconque manière au monde des sorciers, se sentir vivante et utile, faire partie d'une communauté qui l'accepterait. Sans compter qu'Erwan avait le mérite de lui témoigner de l'intérêt. C'est ainsi plus par faiblesse que par conviction profonde qu'elle lâcha :

- J'accepte.

Le sourire d'Erwan lui valut toutes les récompenses du monde.