Déserteur
Partie 4
Gojyo étouffait.
La chaleur de la maison semblait augmenter pendant la nuit, et son pyjama lui collait à la peau. Il repoussa les couvertures au pied du lit et soupira de soulagement en sentant le courant d'air qui le parcourut, frais par rapport à la fournaise qu'était son lit.
Il s'assit sur le matelas et regarda son réveil. Il indiquait quatre heures dix du matin.
Il entamait son septième jour chez Hakkai.
Voilà une semaine qu'il vivait chez son ami qui lui avait accordé l'hébergement en attendant que la guerre se lasse.
Toute une longue semaine passée à jouer aux cartes, parlé des années passées, se remémorer les souvenirs communs…
Toute une semaine où Gojyo n'avait cessé de sentir son cœur battre pour son ami. L'affection qu'il lui portait était si forte que parfois, il le serrait contre lui en riant, heureux de l'avoir retrouvé et de voir qu'il n'avait pas changé.
Hakkai. Doux, gentil, calme et intelligent Hakkai.
Gojyo se rallongea dans son lit et fixa le plafond.
Beau Hakkai qui commençait à hanter ses rêves…
Il ferma les yeux et soupira. Son cœur avait recommencé à battre de façon insistante. Il roula sur le ventre et enfouit le visage dans l'oreiller.
Il voyait Hakkai, sa longue silhouette gracieuse marchant dans un champ de blé à l'âge de dix ans, le précédant en riant et l'appelant, lui tendant la main pour qu'il se dépêche. C'était un jour d'été, le soir, et ils passaient les vacances dans la ferme du grand-père de Gojyo, avec les cousins et les parents. Ils traversaient le champ tous les deux, échappant un peu à l'activité grouillante de la ferme pour êtres un peu seuls. Ils avaient finalement trouvé une rivière avec une petite cascade, où ils s'étaient déshabillés (Gojyo avait dû traîner Hakkai pour l'obliger à faire de même) et s'étaient baignés dans l'eau froide. Le corps d'Hakkai, nu et ruisselant, plaqué à un rocher pour ne pas être emporté par le courant.
Hakkai, plus grand, environ quinze ans, lui souriant debout à côté de la voiture où il était assis, prêt à partir pour la ville de Washington. Hakkai avait un sourire triste et ses longues mains blanches qu'il avait toujours eu étaient posée à plat le long de la porte. Et la voiture qui s'éloigne. Hakkai qui court à côté pour essayer de rester le plus près possible le plus longtemps possible de son ami. Puis abandonnant, sa mauvaise endurance prenant le dessus. Gojyo se souvint qu'il avait pleuré sur la banquette arrière, ce jour-là.
Le corps d'Hakkai. Long, mince, blanc et nacré.
Sans bien s'en rendre compte, Gojyo, les yeux mi-clos et le nez dans l'oreiller, commença à imaginer son ami dans des positions de plus en plus érotiques.
Allongé sur le lit, les draps glissant le long de sa peau, ses mains douces et agiles courant le long du torse musclé du roux, infiniment plus fort et bronzé que celui de son ami, ses lèvres fines, presque trop, déposant des baisers papillons dans son cou. Gojyo était sûr qu'il devait être extrêmement doux lors d'un rapport sexuel.
La main du roux glissa le long de sa taille, et il roula sur le dos afin de toucher l'érection naissante dans son pantalon. Il soupira et chassa quelques cheveux qui collaient à ses tempes. Un bras calé sous la tête et l'autre le long du corps, sa main frôlant son sexe, il ferma complètement les yeux et glissa ses doigts dans l'élastique de son pantalon de pyjama.
Un seul contact peau contre peau de ses doigts contre la peau sensible de son entrejambe suffit à le ramener à la réalité. Il rouvrit brutalement les yeux et se redressa, retirant sa main de son pantalon. La respiration saccadée, il se frotta le visage et soupira de nouveau.
« Qu'est-ce qui ne va pas chez moi… » Marmonna-t-il en posant ses pieds par terre.
Il se leva en silence et se déplaça comme un fantôme vers la porte de sa chambre. Il l'ouvrit et sortit sur le palier, remonta le couloir en direction de la chambre du brun.
La porte n'était pas fermée, elle baillait, laissant apercevoir un bout de la fenêtre de la chambre de son ami.
Le roux poussa délicatement la porte et celle-ci s'ouvrit sans grincer, contrairement à ce qu'il aurait pu craindre. Il entra dans la chambre sans refermer la porte derrière lui, et se glissa jusqu'au pied du lit.
Il dormait sur le dos, dans une position détendue et offerte, quelque chose qui rappelait à Gojyo les tableaux de nymphes qu'il avait vu dans les livres d'art d'Hakkai.
Choses surprenante, il dormait nu. Alors qu'il passait ses journées toujours emmitouflé car frileux, la nuit, il se découvrait entièrement. Même le drap ne recouvrait pas intégralement son corps. Gojyo resta un long moment à l'observer, à regarder le calme mouvement de sa poitrine qui montait et descendait en rythme avec sa respiration, à admirer le scintillement de sa peau à la lumière de la lune qui rentrait à flot par la fenêtre.
Gojyo fit le tour du lit et vint s'asseoir doucement sur le bord du matelas, à droite d'Hakkai. Celui-ci bougea légèrement la tête, mais rien d'autre. Gojyo l'observa encore plusieurs minutes, détaillant le visage taillé avec finesse, comme celui d'un ange.
Gojyo leva la main et effleura la peau de la joue de son ami. Elle était douce et chaude, comme une pêche. Le roux sourit et se pencha vers le faciès de son compagnon, ses lèvres effleurant tout justes celles de ce dernier.
Gojyo passa doucement ses doigts le long de cette bouche qui s'entrouvrit sous le contact. Le roux ferma les yeux et se pencha un peu plus, déposant avec le maximum de douceur dont il était capable pour presser légèrement ses lèvres contre celles du brun.
Un gémissement échappa de la gorge de celui-ci et Gojyo se redressa brutalement, sans se lever du lit néanmoins. Les paupières d'Hakkai papillonnèrent un peu avant de s'ouvrir complètement. Les yeux verts se concentrèrent d'abords sur le plafond, puis, réalisant qu'il n'était pas seul et que son réveil avait une cause bien précise, il tourna la tête vers Gojyo.
Il ne bougea pas et fixa le roux longuement, tandis que celui-ci, toujours assis sur le bord du lit, lui rendait la pareille.
Finalement, un sourire s'esquissa sur les lèvres que Gojyo venait d'embrasser.
« Tu as du mal à dormir, Gojyo ?
-Mh… Il fait la température d'un four, ici.
-Ah, désolé. Je suis très frileux alors j'ai tendance à monter les radiateurs de temps en temps. Veux-tu que je les baisse ?
-Non, ça ira.
Hakkai hocha la tête, et ne fit pas un seul geste pour couvrir sa nudité, et ne demanda rien à propos du baiser. Il se contenta de sourire.
Gojyo, en baissant un peu les yeux, voyait que la cage thoracique de son ami, en plus d'être étroite et fragile -Les côtes ressortaient- tremblait des battements de son cœur, vifs et accélérés. Il regarda de nouveau le brun et demanda :
-Ca ne te gêne pas ?
-De quoi ?
-Ce que je viens de faire.
Hakkai serra les lèvres et sembla réfléchir à la réponse adéquate. Finalement, il plissa gentiment les yeux et murmura en levant une main qui alla se perdre dans les mèches rousses :
-Je crois que j'attendais cela depuis longtemps… Presque depuis le jour où nous nous sommes rencontrés, en fait.
Gojyo sentit sa respiration se bloquer dans sa poitrine. Il se pencha encore une fois, très lentement, laissant le temps à Hakkai de se dérober si jamais il le voulait.
Cette fois, les lèvres étaient entrouvertes et humides, chaudes et répondantes. Le baiser fut lent, tendre et réchauffa l'âme de Gojyo comme cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas été réchauffée. Il s'était toujours senti glacé. Les doigts d'Hakkai s'étaient refermés sur les cheveux rouges, sans pour autant tirer. Son autre main était toujours sur l'oreiller, entre sa tête et la main de Gojyo qui s'était appuyé pour garder l'équilibre.
Finalement, le roux dû se redresser pour reprendre sa respiration, et il baissa les yeux sur Hakkai. Celui-ci respirait vite, ses yeux étaient restés fermés. Au bout d'un moment, il les rouvrit, et ils se contemplèrent longuement.
Gojyo traça la ligne de la bouche du brun de ses doigts et il murmura, très, très bas :
-Moi aussi je le voulais depuis longtemps… Mais je crois que je ne m'en étais pas rendu compte…
Hakkai hocha la tête avec un doux sourire, lui faisait comprendre que ce n'était pas grave. Sa main quitta les cheveux de son ami et se reposa sur le drap à côté de lui.
Gojyo le regarda encore un peu, silencieux. Puis doucement, il s'allongea à côté du brun, qui se poussa afin de lui laisser un peu de place.
Gojyo était sur le côté droit, la main du même côté sous la tête, regardant Hakkai qui était toujours sur le dos, seul son visage avait bougé pour se tourner vers l'autre homme.
Gojyo posa son bras gauche sur le ventre nu de l'autre et il ferma les yeux. Hakkai se tourna et se cala contre lui, se nichant entre ses bras.
Ses gestes étaient à l'image de sa personne : lents, précautionneux, doux et gentils. Ses doigts effleurèrent le dos de Gojyo lorsque ses bras s'enroulèrent autour de son torse, comme s'il osait à peine le toucher. Gojyo soupira et rouvrit les yeux, souriant doucement à son vis-à-vis. Celui-ci le lui rendit et posa sa tête contre son épaule.
Leurs jambes s'entremêlèrent et Hakkai enfonça son visage dans le creux du cou de son ami, inspirant profondément l'odeur musquée de sa transpiration et sa propre odeur. Gojyo lui caressa les cheveux, sans trop serrer la silhouette mince entre ses bras. Il avait tellement peur de le briser.
Ils s'embrassèrent encore, doux, calmes, presque sans passion, malgré leurs sexes qui commençaient à se faire sentir entre leurs ventres, se réveillant au contact de touchers sensuels.
Gojyo relâcha le visage du brun et le fit très doucement allonger, passant au-dessus de lui. Les mains d'Hakkai étaient moites contre sa peau et ses lèvres étaient gonflées à cause des baisers échangés et tout cela plaisait beaucoup à Gojyo.
Ils firent l'amour si lentement qu'on aurait pu croire qu'ils ne faisaient que de se serrer dans les bras. Gojyo ne voulait pas brusquer le fragile jeune homme sous lui, qui tremblait avec force à chaque fois que le roux allait en lui. Le déserteur osait à peine le toucher, de peur de le briser comme une poupée de porcelaine. Il avait peur aussi de déclencher une crise d'asthme ou d'hyperventilation s'il allait trop brusquement.
Hakkai laissant échapper un faible couinement étranglé lorsqu'il atteignit l'orgasme, et Gojyo le suivit dans la seconde, émettant un râle dans le cou rougit du brun.
Ils ne bougèrent pas après l'acte, restant emmêlés et essoufflés. Puis Gojyo s'endormit avant Hakkai, les bras passés autour de sa taille et le nez dans sa nuque. Hakkai lui caressa longuement les bras du bout des doigts avant de s'endormir à son tour.
°°°°
Le lendemain, lorsque le soleil perça les rideaux, Gojyo ouvrit les paupières après un sommeil sans rêve. Il se frotta les paupières avec un soupir et se redressa dans le lit, les couvertures révélant sa nudité. Il regarda à ses côtés, et vit que Hakkai n'était plus là. Il soupira de nouveau et un léger sourire ourla ses lèvres.
Il se pencha, ramassa son bas de pyjama et l'enfila d'un geste souple, avant de se diriger vers la porte de la chambre et de sortir sur le palier.
Le matin ne devait pas être si loin déjà, car l'odeur des toasts et du café planait dans l'air. Gojyo prit une grande inspiration et descendit l'escalier jusqu'à la cuisine.
Il était là, appuyé sur le plan de travail, penché en avant pour aller chercher le beurre de cacahuète dans le placard, qui semblait vouloir rester sur son étagère. Gojyo se glissa derrière lui sans bruit, et tendit le bras afin d'attraper le pot récalcitrant, faisant sursauter le brun, qui avait retrouvé ses couches de vêtements superposés. Il tourna la tête et sourit tandis que Gojyo lui glissait le pot entre les mains, détournant les yeux. Le roux n'était pas sûre de vouloir parler de ce qui s'était passé la nuit d'avant. Mais le doux baiser que déposa Hakkai sur sa joue chassa ses doutes et ses craintes. Son regard se planta dans celui si vert de son vis-à-vis. Non, pas vis-à-vis. Amant. Il sourit et ses doigts s'enroulèrent dans le cou mince du brun, afin de l'attirer contre lui et l'embrasser correctement sur la bouche. Le brun soupira de bien-être contre lui et ferma les yeux, juste avant que l'autre homme ne le relâche. Il rouvrit les paupières et dit avec un doux sourire : « J'ai fais des toasts.
-Hm-mh.
-Voudras-tu autre chose ?
-Non. Répondit Gojyo tout en s'éloignant du brun vers la table. Il s'assit et posa son menton dans sa main, fixant le corps souple de son compagnon bouger dans la cuisine.
Ce dernier vint enfin s'asseoir à table avec les assiettes de toaste et des tasses de café. Il en tendit une de chaque au roux et pris les siennes devant lui. Tandis qu'il attaquait son petit déjeuner avec appétit, Gojyo continua de le contempler pour finalement murmurer :
-Quand la guerre sera finie…
Il vit les épaules d'Hakkai se crisper brusquement, et le brun garda les yeux baisser, sa mâchoire broyant les aliments avec beaucoup plus de lenteur. Gojyo continua :
-…Il va falloir que je fasse attention à ne pas me faire prendre… Même s'il n'y aura plus de raison d'être enrôlé, on pourrait toujours me sanctionner pour avoir fui…
-Oui… Ça ne va pas être une vie facile, Gojyo… Tu n'as pas pris une décision facile.
-Non. Mais je préfère fuir vivant que rester immobile le reste de l'éternité dans le même endroit, si tu vois ce que je veux dire…
-Tout à fait.
Il y eu un silence pesant. Hakkai refusait toujours de lever les yeux.
-Mais… D'un autre côté, si je reste terré au même endroit, un endroit sûr, je peux être sûr de ne pas me faire attraper…
Les yeux verts d'Hakkai se levèrent, brillants d'espoir. Gojyo baissa les siens.
-Hakkai… Est-ce que tu voudrais bien que ta maison soit mon endroit sûr ?
Un long soupir de profond soulagement s'échappa d'entre les lèvres du brun, ce qui fit lever les yeux du roux. Le brun souriait, une main posée sur le cœur. Sa respiration semblait l'aborieuse. Gojyo eut peur pendant quelque instant que son ami allait avoir besoin de ventoline, comme il lui avait expliqué, mais le souffle irrégulier du jeune homme se calma et redevint normal. Il regarda son amant assis en face de lui et murmura si bas que Gojyo cru avoir mal entendu :
-Bien sûr, Gojyo. Autant de temps que tu voudras.
Il le fixa bien en face, le visage très sérieux.
-Toute ta vie, si tu veux.
Gojyo ouvrit la bouche pour observer quelque chose, mais Hakkai le coupa :
-Même si notre histoire en tant que relation sentimentale ne dure pas. Tu resteras une personne chère à mon cœur, et pour rien au monde je ne jetterais dehors.
Il serra les lèvres après ces mots, le regard presque dur. Cela surprit Gojyo, qui ne se souvenait pas avoir déjà vu autre chose que de la douceur sur ce visage. Puis un sourire vint se former sur sa bouche. Il se pencha en avant et pour la seconde fois de la matinée, ses doigts prirent place sur la nuque du brun.
-En fait, tu sais quoi ? Je crois au j'ai envie d'autre chose pour le petit-déjeuner.
Et après avoir embrassé le brun, il ajouta d'un demi-ton en dessous :
-De toi. »
À suivre…
Gnn, Gnnn, mal au doooos…. /Pleurs/
