Destins Liés - Chapitre II
Le lendemain matin, lorsque j'ouvre les yeux, la première chose à laquelle je pense n'est d'autre que Taiyo. Après avoir passé une soirée sans penser à lui, le voilà qui fait un retour en force ! Mais pourquoi je pense tant à lui ? Je ne suis quand même pas amoureuse de lui ! Je soupire, me lève et mets mon uniforme. Je n'ai pas rêvé cette nuit. Et je ne peux pas prévoir quand je rêverais à nouveau. Le rêve que je fais depuis que je suis toute petite et qui a changé hier... Je ne sais pas quand je le referais, tout comme je ne sais pas ce qui va se passer dedans maintenant. Avant, je savais parfaitement ce qui allait se passer. Mais maintenant... Le fait que ce rêve ait changé brusquement, alors que cela faisait bien longtemps que je le faisais, m'inquiète mais je suis aussi curieuse de savoir qui est la personne que je vois. J'ai l'impression qu'elle est importante pour moi...
La voix de ma mère me sort de mes réflexions. Je me dépêche de finir de me préparer et descends manger. Je dois vite le faire sinon je vais faire attendre Akane. J'imagine sans mal sa tête si on arrivait en retard ! Elle qui a toujours eu un comportement exemplaire en primaire et au collège ! En sortant de ma maison, mon regard se pose sur un bout de papier placé sous un caillou, comme pour éviter qu'il ne s'envole. Je repense à la jeune fille que j'ai vue hier devant chez moi. Et ses paroles me reviennent.
« C'est elle. J'en suis persuadée ! [...] Oui, j'ai des preuves. Je te les montrerai ce soir. [...] Où je suis ? Devant sa maison. [...] Oui sa maison ! La maison de la... »
Ses paroles n'ont aucun sens pour moi. Qui est "elle" ? Ça peut aussi bien être ma mère que moi... Dans ce cas, devrais-je en parler à ma mère ? Peut-être qu'elle sait qui est cette fille ! Je me penche pour ramasser le bout de papier et voit que quelque chose est écrit dessus. Je lis : « Villa des Nishiko – Tokyo ». Ce doit être une adresse… La personne qui a laissé ce papier ici – que ce soit cette étrange fille ou quelqu'un d'autre – doit vouloir que je me rende là-bas. Mais Tokyo est bien trop loin d'ici, je ne pourrais jamais m'y rendre. De toute manière, ce n'est pas prudent. Je ne sais pas qui a laissé ce papier. Je le retourne et vois qu'un logo est inscrit dessus. Je distingue trois figures étranges, disposées l'une au dessus de l'autre. Je sens la nostalgie m'envahir, sans savoir pourquoi. Je n'ai jamais vu ce logo pourtant…
Je me souviens brusquement que je dois rejoindre Akane pour qu'on se rende au lycée ensemble. Je fourre le papier dans la poche de ma veste d'uniforme et pars en courant.
Lorsque je la rejoins, Akane me jette un regard furieux.
« Enfin ! s'exclame-t-elle. Je commençais à croire que tu ne viendrais jamais !
- Désolée Akane… Je n'ai pas vu le temps passer… »
Ce n'est pas vraiment un mensonge pourtant je sens la culpabilité m'envahir. Je n'aime pas mentir à Akane. Mais j'ai le sentiment que je ne dois pas lui parler de cette fille et de ce papier. Ma meilleure amie me jette un regard perplexe mais prend la direction du lycée. Je la suis et nous commençons à parler de tout et de n'importe quoi. Lorsque nous arrivons devant le lycée, Kazuki nous rejoint.
« Salut les girls ! » lance-t-il. Les girls, c'est le surnom qu'il nous donne, à Akane et moi. Il nous appelle comme ça depuis le primaire.
« Salut Kazu, lui répond Akane.
- Ouais salut le boy ! Je lance
- Ça sonne tellement mal ! grimace-t-il.
- Je sais. C'est pour ça que je le dis. »
Il me donne un coup amical sur l'épaule. Je m'écarte en riant.
« Au fait, c'était pour quoi votre fou rire d'hier ?
- On a été parler à Mawa-san, le nouveau, explique Akane. Et Yumi était toute gênée, c'était trop drôle ! Elle bafouillait et était rouge c'était trop mignon !
- Akane n'était pas mieux que moi » je me défends tant bien que mal.
Kazuki nous regarde mi-blasé, mi-amusé. Pour ne pas avoir à entendre ses remarques sur les raisons de notre fou rire, Akane et moi nous dépêchons de rentrer dans le bâtiment principal et commençons à chercher notre salle de cours. En chemin, nous croisons Taiyo qui, comme je l'avais prédit, est suivi de lycéennes de tous les niveaux. Je ne peux m'empêcher de trouver ces filles ridicules. Avec leurs gloussements stupides à chaque fois que Taiyo dit quelque chose, elles ressemblent à des poules. Et encore, le terme est léger.
Je soupire. Akane me jette un regard en coin mais ne dit rien.
La matinée s'écoule lentement. J'ai du mal à me concentrer en classe après ce long mois de vacances que nous venons d'avoir. Et notre professeur de maths n'arrange rien. Avec sa voix soporifique et ses explications sans queue ni tête, elle ne semble pas vraiment qualifiée pour être prof. Pour finir en beauté, elle nous donne trois exercices à faire pour le prochain cours, c'est-à-dire demain. Je peste intérieurement. C'est le premier jour et elle nous donne déjà des devoirs ? Ça promet pour le reste de l'année !
Lorsque nous arrivons à la cafétéria, il ne reste déjà pas beaucoup de tables. Nous réussissons néanmoins à en trouver une avec quatre places. Akane, Kazuki et moi commençons à parler de nos vacances respectives. Pour ma part, je n'ai rien fais de particulier à part passer deux semaines en France. Akane est restée au Japon et Kazuki a fait un séjour linguistique en Espagne.
« Du coup tu parles espagnol maintenant ? je lance avec un sourire moqueur.
- Un poco, señorita ! » me répond-t-il avec un semblant d'accent espagnol.
J'explose de rire, bientôt imitée par Akane. Kazuki nous regarde avec une moue boudeuse mais la lueur amusée dans ses yeux rend son visage peu crédible. Nous continuons de parler de nos vacances et brusquement je repense à la fille mystérieuse. Devrais-je parler d'elle à mes amis ? Je n'en ai pas parlé à Akane ce matin mais peut-être que je devrais le faire... Mais comment aborder le sujet ? Alors que je me questionne sur la manière de leur en parler, un raclement de chaise me sort de mes pensées. Sur la quatrième chaise de notre table, auparavant inoccupée, est désormais assis Taiyo. Nos regards se croisent et il me sourit. Je sens mes joues s'empourprer.
« Tiens Mawa-san ! lance Kazuki d'un air surpris. Que pouvons nous faire pour toi ?
- Je voulais parler à Akata-san et Shinomiya-san, qui m'ont proposé leur aide hier.
- Je vois. Je suis Kazuki Sôma, enchanté.
- Le frère de Sôma-sempai ?
- Si tu parles d'Akari, oui. Mais comment la connais-tu ? demanda Kazuki.
- Mes nouvelles « amies » m'ont parlé d'elle. »
Nous nous mîmes à sourire en percevant le ton sarcastique de sa voix à la mention de ses « amies ».
« Et donc... Qu-que pouvons-nous faire pour toi, Mawa-san ? bafouillais -je.
- On m'a dit qu'il y avait des clubs ici. Je voulais savoir si vous les connaissiez.
- Oh, moi je les connais ! » lance Akane d'un ton enthousiaste.
Je ne sais pas pourquoi mais son enthousiasme me tape sur les nerfs.
« Il y a un club d'art, un club de jardinage, un club de cuisine, un club de musique, un club de base-ball...
- Un club de base-ball ? la coupe Taiyo.
- Un club de musique ? je fais en écho.
- Oui. Yumi, me dit-elle, tu es intéressée par le club de musique ?
- Euh oui, je fais gênée. Je sais jouer de la guitare donc...
- Tu sais jouer de la guitare ? font Taiyo, Akane et Kazuki d'une même voix.
- Oui... »
Je tourne la tête, gênée par leurs regards insistants et curieux. Particulièrement celui de Taiyo. Malheureusement pour moi, ils ne veulent pas lâcher l'affaire.
« Tu ne m'as jamais dis que tu prenais des cours de guitare ! insiste ma meilleure amie.
- C'est parce que je n'en ai jamais pris..., je marmonne.
- Mais alors comment...?
- J'ai toujours su en jouer. Par instinct. Selon mes parents je suis une surdouée mais seulement en ce qui concerne la guitare.
- Incroyable, souffle Kazuki. Tu devrais vraiment rejoindre le club de musique.
- Oh, je ne sais pas...
- Mais si Akata-san ! approuve Taiyo. Ce serait vraiment super ! »
Oh non. Si lui aussi me le demande, je ne sais pas comment je vais m'en sortir. Je ne peux pas dire non à Taiyo. Surtout s'il me regarde comme ça...
« Et donc, Mawa-san, tu es intéressé par le club de base-ball ? questionnais-je pour changer de sujet.
- Oui. Il se trouve que je suis également un surdoué mais en base-ball.
- Mon dieu, lance Akane. Kazuki, rassure-moi, tu ne vas pas me dire que tu es un surdoué toi aussi ?! Si je suis entourée de surdoués, je vais me sentir quelconque ! »
Sa remarque nous fait rire. Kazuki la rassure en lui disant qu'il n'est pas un surdoué.
« Et vous, demande Taiyo lorsqu'il cesse de rire à Akane et Kazuki, vous comptez rejoindre un club en particulier ?
- Le conseil étudiant je pense, répond rapidement Akane.
- Aucun, fait Kazuki avec un sourire.
- Ça ne m'étonne pas de toi, flemmard ! je le taquine.
- Oh ! fait-il avec un air faussement outré. Moi flemmard ?
- Oui ! répond Akane. Tu es le type le plus flemmard que je connaisse ! »
Kazuki tente de taper celle-ci mais elle l'esquive. Un rire nous parvient ; en effet, Taiyo est actuellement en train de se tordre de rire. Nous le regardons, sans savoir quoi faire ni dire. Lorsqu'il cesse de rire, il dit :
« Vous êtes un drôle de trio vous ! »
Sur ces mots, il se lève et quitte la cafeteria. Nous échangeons des regards perplexes et finissons rapidement notre repas. Les cours de l'après-midi passent plus vite que ceux du matin. En sortant de notre dernier cours, nous prenons des chemins différents : Kazuki se dirige vers le portail du lycée, Akane se rend dans la salle du conseil étudiant. Quant à moi, je me dirige vers l'amphithéâtre du lycée.
Quand j'arrive, plusieurs personnes sont présentes. D'après la couleur de leur cravate, il y a surtout des premières années comme moi. Sur la scène, des élèves improvisent une pièce. Il s'agit sûrement des futurs potentiels membres du club de théâtre. Lorsqu'ils terminent leur scène, ils quittent l'amphithéâtre et une troisième année aux cheveux courts blonds monte sur scène. Elle porte sur sa cravate l'épingle montrant qu'elle est la présidente du club.
« Bonjour à tous. Merci d'être venus si nombreux à cette audition pour déterminer si vous pouvez rentrer dans le club de musique. Nos places sont limitées d'où cette sélection. J'espère que vous êtes venu car vous êtes motivés et non car vous souhaitez vous amuser. Dans le cas contraire, je vous prie de quitter cette pièce. »
Personne ne bouge. La présidente esquisse un sourire.
« Parfait. Vous l'avez sûrement compris mais je suis la présidente du club de musique, Kotoe Mochiko. Je suis en troisième année et je suis la chanteuse de notre groupe, Kira Kira Killer. Que ceux qui sont venus pour avoir une place de chanteuse vienne me voir. Ceux qui désirent jouer d'un instrument, allez voir Erika Sushita, notre bassiste. »
Je me dirige vers la deuxième année brune se trouvant sur un côté de la scène. Elle a l'air assez gentille. Quatre autres filles me suivent. J'en reconnais quelques unes, qui étaient dans le même collège que moi.
« Bien, lance Erika, vous êtes donc cinq à vouloir rejoindre notre groupe en jouant d'un instrument. Nous ne pouvons prendre que trois personnes maximum donc deux d'entre vous repartiront déçues de cet amphithéâtre. Pouvez-vous me donner vos noms ?
- Yumi Akata, je déclare en premier.
- Je suis Umika Orena, déclare une fille blonde. Et voici Kotori Anero » ajoute-t-elle en désignant une fille aux cheveux violets.
Les deux autres filles se présentent à leur tour. Erika décide de nous faire passer par ordre alphabétique. C'est donc moi qui passe en premier. Je saisis la guitare qui jusqu'à présent était posée sur la scène et commence à jouer. Je choisis d'interpréter la première chanson que j'ai composée. Enfin « composé » est un grand mot puisque le rythme m'est venu naturellement. Lorsque j'ai fini, tous ceux présents dans l'amphithéâtre applaudissent, y compris le groupe de chant et la présidente du club. Erika me félicite et c'est à Kotori d'entrer en scène. Elle se dirige vers la batterie et commence à jouer. Sa performance est très stimulante. Après elle, les deux autres filles jouent de la guitare également. La dernière est Umika qui prend la basse. Une fois sa performance terminée, Erika nous réunit autour d'elle.
« Vous jouez toutes très bien ! s'exclame-t-elle. Cependant, il me faut faire un choix. C'est donc Akata-san, Anero-san et Orena-san qui rejoindront le groupe. »
Bonnes perdantes, les deux autres nous félicitent et partent. Nous restons avec Erika le temps que Kotoe termine son "audition". Elle finit par venir, seule.
« Je n'ai trouvé personne, soupire-t-elle. Aucune de ces filles ne se démarquait des autres. » Elle se tourne vers nous, les trois nouvelles recrues. « Il n'y en a pas une de vous qui sait chanter bien ? Avant nous étions deux chanteuses mais l'autre était une troisième année donc elle a quitté le lycée...
- Hum... Je peux essayer ? » Je demande
Kotoe acquiesce. Je monte sur la scène, emplie de trac. Mes parents m'ont souvent dit que je chantais bien mais... Kotoe et Erika le penseront-elles aussi ? Je commence à chanter une chanson que j'ai souvent en tête. Je ne sais pas de qui elle est ni comment je la connais mais je l'aime beaucoup. A la fin de ma prestation, Kotoe, Erika, Umika et Kotori me félicitent.
« Cette chanson est superbe ! me félicite Kotori. Elle est de toi ?
- Non... Je l'ai juste souvent en tête.
- En tout cas, tu chantes très bien ! s'exclame Erika. Tu penses pouvoir jouer de la guitare et chanter ?
- Peut-être...
- On verra ça mardi, à la réunion du club, nous coupe Kotoe. Il se fait tard, on devrait rentrer chez nous. »
Chacune de nous acquiesce et part. En sortant, je regarde l'heure : il est plus de vingt heures. Je n'ai aucune chance de trouver Akane à l'école. Je lui demanderais demain si elle a été prise au conseil étudiant. En arrivant chez moi, je vois ma mère sur le pas de la porte.
« Maman ! je m'exclame.
- Oh Yumi ! Où étais-tu ?
- Je participais à l'audition pour rentrer dans le club de musique mais ça s'est éternisé... Désolée...
- J'étais si inquiète ! Enfin, tu es là maintenant. Tu as été prise dans le club ?
- Oui, je joue de la guitare et je chante.
- Oh, c'est merveilleux ! »
Elle s'écarte de la porte et me laisse rentrer. Je retire mes chaussures et pose mon sac. Ma mère m'informe qu'elle a mis mon repas de côté. Je la remercie et me dépêche d'aller manger. Elle me regarde faire avec une lueur maternelle dans les yeux. Je repense brusquement.
« Maman… Tu as connu quelqu'un qui avait pour nom de famille Nishiko ?
- Je ne crois pas… Pourquoi ? »
Bon, je suppose que je n'ai pas le choix. Je vais devoir lui en parler.
« En fait hier en rentrant, j'ai vu une jeune fille devant chez nous. Elle téléphonait et dès qu'elle m'a vue, elle a raccroché. Ce matin en partant, j'ai trouvé un papier devant la maison. Il était coincé sous une pierre donc on l'avait délibérément laissé là. Deuus, il y avait juste marqué « Villa des Nishiko – Tokyo ». »
Une lueur d'inquiétude passe dans les yeux de ma mère.
« Je ne crois pas avoir connu particulièrement quelqu'un de la famille Nishiko. Mais c'est une famille assez importante de la capitale. Je ne sais pas ce qu'ils te veulent mais sache que les gens de ce genre de famille obtiennent toujours ce qu'ils veulent. Sois prudente Yumi. C'est peut-être dangereux… »
Mal à l'aise, je me dépêche de finir mon repas. Ensuite, je monte dans ma chambre. Je fais mes devoirs en vitesse et vais me coucher. Au moment de m'endormir, les paroles de ma mère résonnent dans mon esprit.
« Je ne sais pas ce qu'ils te veulent mais sache que les gens de ce genre de famille obtiennent toujours ce qu'ils veulent. Sois prudente Yumi. C'est peut-être dangereux… »
