Hello !

Je poste le troisième chapitre puisque je ne pourrai pas le faire ce weekend. Encore un passage de cohabitation, ce que je trouve primordial de mettre en place correctement, mais pas de panique, l'action arrive.

Je vous remercie mille fois et plus pour vos reviews et votre fidélité.

Bonne Lecture à tous !

oOooOooOooOooOooOooOooOooOo

Chapitre 3 : L'aile ou la cuisse ?

Tic. Tac. Tic. Tac.

Chtong.

Scratch scratch.

Tap Tap. Tap Tap. Tap Tap.

Tic. Tac. Tic. Tac.

Chtong.

Tap Tap Tap. Tap Tap Tap.

- C'est pas bientôt fini, non ? explosa soudain Hermione en aplatissant brutalement sa main sur la table, faisant voltiger quelques morceaux de parchemin au passage.

Drago fit un tel bond qu'il manqua de tomber de sa chaise.

- Heu... lâcha-t-il, incertain.

- Et que je me gratte les cheveux ! Et que je tapote la table ! Et que je m'amuse à faire sauter le capuchon du stylo ! Et puis cette fichue horloge là, elle ne peut pas la boucler cinq minutes ?

Drago resta figé de surprise encore quelques secondes, n'osant pas faire le moindre mouvement de peur d'être attaqué par la lionne. Heureusement, il la vit respirer un bon coup pour se calmer, et s'autorisa à se détendre à son tour.

- J'ai toujours su que t'avais un sérieux grain, Granger.

- Oui, et devine-en un peu la source ? répliqua-t-elle. Je ne peux pas me concentrer avec tous ces bruits ! Ça fait une heure que je m'arrache les cheveux à trouver tous les fichus ingrédients manquants, et tes inlassables tocs m'empêchent de me concentrer !

- Ce ne sont pas des tocs, Granger, rétorqua-t-il sur le même ton, ce sont les signes de quelqu'un qui s'ennuie ! Et tu sais pourquoi ? Parce que tu mets trente ans à faire ce qui au départ n'était censé prendre que trente minutes !

- Excuse-moi de travailler pendant que tu te prélasses sur ta chaise, s'indigna-t-elle, mais les formules sont beaucoup plus compliquées que prévu et je ne peux pas me souvenir de tout d'un seul coup ! Encore moins si je n'arrive pas me concentrer correctement parce qu'un certain Serpentard s'est pris de fascination pour un stylo !

- T'as qu'à utiliser des plumes, comme tout le monde, maugréa-t-il en reposant le capuchon bleu sur la table. Et puis, si je suis si inutile, dis-moi ce que je peux bien faire ? C'est toi le génie, non ?

Hermione desserra les mâchoires pour pouvoir articuler calmement :

- Commence par retirer cette horloge qui est en train de me rendre folle. Puis trouve-moi une plume et de l'encre, puisque tu y tiens tant. Ce n'est pas ma faute si cette cabane appartenait visiblement à un moldu. Ensuite, quittez cette pièce, toi et tous tes tocs qui me stressent !

Drago se leva d'un bond, se dirigea vers la cheminée, puis arracha brusquement l'horloge du mur avant de la fracasser contre le sol. Les tic-tac cessèrent, mais le silence ne dura pas. Drago saisit son déguisement d'Adepte et ouvrit la porte d'entrée.

- Je vais acheter une plume pour mademoiselle, lança-t-il sarcastiquement. Et pour information, c'est plutôt toi qui me stresse ! Tu n'es qu'une boule de nerfs sur pattes, Granger !

Et il claqua la porte. Hermione se leva à son tour, ouvrit le plus petit tiroir de la cuisine, et saisit quelques gallions avant de venir se planter devant la porte. Cette dernière s'ouvrit la seconde suivante, et Drago lui prit l'argent des mains avec un soupir d'agacement.

- J'avais pas oublié, marmonna-t-il en fourrant les pièces dans sa poche.

- C'est ça.

- Tu ne m'en veux pas si je prends mon temps avant de remettre les pieds dans cette cage ? dit-il avec un sourire mauvais.

- Prends tout le temps qu'il te faudra, Malefoy, répondit-elle avant de claquer elle-même la porte.

Elle revint à la table et se laissa tomber sur la chaise. Merlin, qu'est-ce qu'il pouvait être insupportable ! Apparemment, sa satisfaction d'avoir trouvé refuge lui avait fait oublié à quel point elle détestait Malefoy, et ce dernier était lentement en train de le lui rappeler. Elle n'était pas facile non plus, c'est vrai. Mais ce comportement, cette façon de la regarder travailler en faisant toute sorte de bruits gênants lui avait tellement fait penser à Ron lorsqu'elle faisait ses devoirs à Poudlard, que la bouffée de chagrin était ressortie sous forme de colère. Drago allait devoir supporter ses sauts d'humeur, tant pis. Après tout, c'était sa faute. C'est lui qui l'avait sauvée, et il devait maintenant en assumer les conséquences.

Hermione sourit en réalisant l'absurdité de ce raisonnement. Mais Drago lui avait mené la vie dure aussi, autrefois. Elle avait bien le droit à une petite revanche, non ?

Ses yeux se posèrent un instant sur un morceau de papier qui trainait sur la table. Elle s'en empara avec un sentiment de dégoût ; c'était le prospectus donné par les Adeptes, ce matin. Il invitait cordialement tous les Sang Pur de haute société à se rendre à « la vente du siècle », promettant les meilleurs produits du pays. Par produits, évidemment, ils entendaient les Sang-de-Bourbe. Les gens comme elle...

Hermione froissa le papier sous ses doigts, envahie d'une nouvelle colère. Comment le monde avait-il pu tourner aussi mal ?

Au dos du prospectus était imprimé le slogan de la Confrérie du Bien, et Hermione prit son courage à deux mains pour le lire à voix haute :

« En dépit de ne plus pouvoir adorer et vénérer notre Maître disparu,

Adorons et vénérons ce pour quoi il s'est tant battu.

Sang-de-Bourbe et traîtres à leur sang doivent périr,

Et c'est un devoir, Sorciers et Sorcières, que vous devez accomplir.

Aidez ou cachez l'ennemi,

Et vous devenez l'ennemi.

Attrapez et dénoncez l'un entre eux,

Et la récompense fera de vous un sorcier heureux.

Choisissez votre camp dès à présent,

Mais vous connaissez les gagnants.

Portez la main à la baguette,

Car la Chasse est ouverte... »

Le dernier mot s'étouffa dans sa gorge. Réciter tout haut n'avait pas eu pour effet de relativiser les choses, comme elle le croyait. Ça avait, au contraire, rendu encore plus réelle la démence des nouvelles lois. Les gens, autre que les Sang Pur, bien sûr, avaient espéré bien trop longtemps la chute de Voldemort pour sérieusement adhérer à une Confrérie aussi stupide que son nom. Ils obéissaient par peur, c'était évident. Et c'était son rôle à elle, de leur rappeler combien leur nombre ferait la force face aux quelques dirigeants. Même si, au fond, elle savait qu'ils allaient devoir repasser par la guerre, une fois de plus, et que personne ne se sentait prêt à perdre d'autres proches, d'où cette soumission rapide au nouvel ordre.

Hermione soupira. Et qu'était-elle en train de faire exactement ? Aider son pire ennemi à boucher ses trous de mémoire pour elle ne savait même pas quelle raison ! Elle devrait plutôt être en train de trouver une solution pour libérer les Sang-de-Bourbe. C'est alors qu'une petite voix, cette même petite voix égoïste et sournoise qui avait récemment pris naissance dans sa tête depuis que le monde ne lui apparaissait plus aussi plaisant qu'autrefois, cette petite voix qui se permettait désormais de faire irruption dans ses pensées chaque fois que sa bonne conscience faiblissait, lui souffla que Malefoy n'était plus là pour la surveiller, et qu'elle se trouvait actuellement dans le refuge qu'elle avait toujours désiré, à l'abri du danger. Comme toujours, la voix se taisait après avoir déposé son venin, la laissant tirer ses propres conclusions de ce qui lui restait à faire.

Hermione hésita un instant, puis balaya sur le côté de la table tous les parchemins d'un seul coup de manche, avant de déposer devant un elle un large morceau de parchemin vierge. Elle avait assez perdu de temps pour Drago.

Elle se mit alors à dessiner un schéma grossier du manoir des Jedusors, traçant trois grands murs et un toit pointu, tel un enfant à l'école. Puis, elle dessina trois longs traits horizontaux, deux à l'intérieur du manoir et un en dessous du bâtiment, représentant le rez-de-chaussé, l'étage et les sous-sols. Sa main griffonna rapidement des quadrillages sur la ligne la plus basse. C'était là que se trouvaient les cachots, elle en était sûre pour elle-même y avoir mis les pieds la veille. Malheureusement, c'est tout ce qu'elle savait des profondeurs de cet immense château, et il allait falloir découvrir bien plus de terrain ennemi si elle voulait avoir une chance de s'y introduire.

Elle passa donc une bonne heure à imaginer différents moyens de pénétrer à nouveau le lieu de son cauchemar sans se faire repérer, mais chaque scénario finissait toujours de la même façon : la mort. Elle pourrait, par exemple, se faire passer pour un Adepte, ou encore une esclave, mais comment faire sortir tous les prisonniers sans se faire remarquer ? Car oui, la discrétion restait un point primordial ; si une bataille se déclenchait, aucun des Sang-de-Bourbe, y compris elle-même, ne possédait de baguette magique pour se défendre, et ils finiraient tués ou remis en cage.

Hermione lâcha le dixième soupir dans la même minute. Elle avait vraiment besoin d'aide. Jamais elle n'y parviendrait toute seule, c'était certain.

Mais qui pourrait bien l'aider dans sa tâche ?

La porte de la poignée pivota.

- Mince ! s'horrifia Hermione en faisant disparaître ses plans à la hâte.

Au moment où Drago pénétrait dans le salon, Hermione saisissait le stylo et se penchait sur les morceaux de parchemins qu'elle était censée déchiffrer. Fourrées en vitesse entre la chaise et ses fesses, les esquisses de ses projets dépassaient visiblement sur les côtés, et Hermione s'attendait à ce qu'il fasse une remarque. Mais il se dirigea vers la cuisine sans lui adresser le moindre regard. Malgré elle vexée d'une ignorance presque impolie, elle ne put s'empêcher de le fixer d'un œil réprobateur, après avoir pris soin de glisser les grandes feuilles clandestines derrière le canapé collé au mur, juste derrière.

Hermione fit quelques pas vers la cuisine. Le dos tourné, il était occupé à déballer les courses qu'il venait de faire au marché. Elle l'observa un instant, curieuse de tant de silence, avant de finalement l'entendre renifler et de le voir passer un rapide coup de manche sous son nez. Lorsque sa manche réapparut pour continuer à sortir la nourriture du sac, elle était rouge.

- Malefoy ? appela-t-elle, ses yeux restant fixé vers l'habit tâché de sang.

Il ne répondit pas et continua de vider les courses. La jeune femme vint se placer juste derrière lui et, prudemment, posa une main sur son épaule pour le faire pivoter vers elle. Elle étouffa de justesse un cri d'horreur face au visage ensanglanté du jeune homme. Son nez coulait abondamment, tandis que sa lèvre inférieure était fendue et presque aussi enflée que son œil gauche.

- Qu'est-ce que... enfin... bredouilla-t-elle, encore sous le choc.

Son regard resta impassible malgré son œil au beurre noir.

- On a dit pas de question, tu te souviens ? dit-il alors.

Et il passa devant elle pour aller rejoindre le canapé. Hermione le suivit aussitôt.

- Tu reviens du marché avec le visage complètement défiguré et tu veux que je fasse comme si de rien n'était ?

- Oui.

Elle lâcha un petit rire nerveux.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, Malefoy ? demanda-t-elle plus sérieusement.

- Ce ne sont pas tes affaires, répondit-il d'un air las.

- Ça tombe bien, je ne me préoccupe plus que celles des autres depuis récemment. Allez, raconte. Tu t'es battu ?

- Non, je me suis mis des coups de poings tout seul, je trouvais ça amusant.

Son ton ironique l'irrita au plus haut point, et Hermione tourna les talons pour aller se rassoir sur la chaise qu'elle n'avait pas quittée depuis des heures. Sans un mot de plus, elle se remit au travail et ignora les soupirs de Drago. Pourquoi s'entêter à s'inquiéter pour ce qui n'en valait pas la peine ? Il s'obstinait à garder ses secrets ? Parfait ! Qu'il ne compte pas sur elle pour le moindre petit autre service que...

- Excuse-moi.

Hermione cessa d'écrire, incertaine d'avoir bien entendu. Venait-il réellement de prononcer les mots que la logique ne pouvait absolument pas lui permettre d'avoir prononcé ? Merlin, il fallait croire que oui. Mais qu'est-ce qui clochait chez lui, à la fin ? Avait-il subi un lavage de cerveau ou quoi ? Où était donc le petit monstre de Poudlard dont la méchanceté était le seul trait de caractère ?

Elle se retourna sur sa chaise et croisa ses yeux bleus. Il était sur le point de parler, et elle le laissa donc poursuivre.

- Si je ne veux pas te dire ce que j'ai fait, dit-il, c'est tout simplement parce que je sais que tu désapprouverais.

- Et qu'est-ce qui te fait dire ça ? s'étonna-t-elle.

- Je te connais, Granger, répondit-il avec un petit sourire. Et crois-moi quand je te dis que tu ne veux pas entendre ce qu'il m'est arrivé.

Hermione réfléchit un instant, laissant entrer et sortir quelques possibilités de ce qui avait bien pu se passer, certaines se révélant en effet déplaisantes.

- Tu...tu as tué quelqu'un ? hésita-t-elle.

Il voulut rire, mais la fente de sa lèvre s'étira et la douleur l'obligea à redevenir sérieux.

- Non, je n'ai tué personne. J'ai volé. Je suis allé dans la boutique, et j'ai volé ce dont j'avais besoin. Je me suis fait attrapé, et le commerçant était malheureusement loin d'être chétif. Je n'ai même pas eu le temps de saisir ma baguette.

Hermione le dévisagea.

- Tu te fiches de moi ?

- Non. Quoi ? Tu ne vas pas me réciter à quel point le vol est malhonnête et immoral ?

Ce fut au tour d'Hermione d'éclater de rire sous l'air confus du jeune homme.

- Ah, Malefoy, soupira-t-elle en allant à la cuisine. Je l'aurais sûrement fait il y a quelques années, c'est vrai. Mais les temps ont changés. La Hermione que tu connaissais a dû se faire à l'idée que l'honnêteté et la justice ne signifiaient désormais plus rien dans ce monde qu'est la guerre. Je ne dis pas que j'approuve ce genre de comportement, et je garde l'espoir de pouvoir un jour le mépriser à nouveau, car cela voudrait dire que nous vivons dans un monde bien...

Elle vint s'asseoir à ses côtés, un torchon mouillé dans les mains.

- Mais je ne m'arrête plus à ce genre de détail, avoua-t-elle en lui tendant le tissu qui dégoulinait sur ses genoux. Les gens meurent massacrés ou torturés, et le vol est devenu le dernier de mes soucis. Surtout s'il est commis par le bon camp. Et puis, bien que je n'en sois pas fière, il m'est arrivé de voler pour me nourrir durant les dernières années. Si par chance j'avais quelques mornilles, je les laissais sur le comptoir. Glace le torchon avec ta baguette.

Drago obéit avant de poser le morceau de glace sur sa lèvre abîmée, tout en la toisant étrangement du regard.

- Depuis quand est-ce que je suis dans le bon camp ? demanda-t-il.

- Depuis que tu m'as sauvée, Malefoy, répondit-elle sincèrement. Tu ne te soucis pas des autres, j'ai bien compris. Et tu n'es probablement même pas dans mon camp, au final. Mais tu ne me feras pas croire que tu es dans celui des Adeptes.

Elle s'attendait à ce qu'il dise quelque chose, mais Drago garda le silence, continuant de nettoyer ses plaies avec sa baguette magique. Cela l'encouragea curieusement à poursuivre son raisonnement.

- Pourtant, tu n'as rien à gagner à vivre ainsi, réfléchit-elle. Après tout, il te suffirait de faire ta réapparition chez les Adeptes, et tu arriverais facilement à la tête, étant un ancien allié de Voldemort. Fini le danger, finis les risques, fini le vol... Mais tu ne le fais pas.

Drago fixait à présent la cheminée, sans même l'interrompre. Elle en profita pour prolonger encore sa réflexion, tant qu'elle en avait encore la possibilité, car son silence répondait à ses questions bien mieux qu'il ne le pensait.

- L'une des raisons de cette solitude pourrait, évidemment, se résumer au refus d'une autorité dont les idéologies ne sont pas à ton goût.

Elle avait dit ça avec une pointe de moquerie.

- Bien que je ne pense pas que ce soit le cas. Tu n'as jamais eu de problème à te soumette à plus grand que toi à l'époque de Poudlard, que ce soit Rogue, Ombrage...Voldemort. Exécuter les ordres était même une tâche qui te rendait fier. Quant à l'idéologie de bannir les Sang-de-Bourbe, on sait tous les deux que ça n'a jamais déclenché un quelconque désir de révolution chez toi.

Le visage de Drago avait maintenant retrouvé de sa beauté, tout de même décoré d'une belle cicatrice à la lèvre. Il plongea alors ses yeux de glace dans ceux de la jeune femme, et Hermione sentit sa précédente assurance fondre littéralement.

- Poursuis donc, miss je-sais-tout, souffla-t-il si près qu'Hermione se sentit mal à l'aise.

Elle ne bougea pas d'un centimètre, cependant, refusant de se laisser impressionner malgré l'océan hypnotique dont ses yeux étaient victimes.

- Alors il y a deux solutions, murmura-t-elle. La première : tu fuis. Tu te caches de quelqu'un qui se trouve parmi les Adeptes, seule justification qui t'empêcherait d'être parmi eux. La seconde... tu prépare une revanche.

Drago ne cilla pas une seule seconde, à son plus grand regret.

- Une importante revanche contre un ou plusieurs Adeptes, et tu as besoin de temps pour ça, ce qui rendrait impossible ta participation à la Confrérie.

Comme si son corps se rappelait d'une vieille habitude, sa poitrine se souleva légèrement de fierté, attendant de savoir si elle avait réussi l'examen ou non. Le petit sourire qu'il tira la perturba, ne sachant comment l'interpréter.

- C'est vrai que t'es plutôt impressionnante comme fille, finit-il par dire.

Hermione sentit avec horreur ses joues prendre une teinte rosée. Heureusement, Drago cessa de la fixer et se leva du canapé pour aller préparer à manger.

- Alors, ça veut dire que j'ai visé juste ? espéra-t-elle.

- Retourne-toi le cerveau autant que tu le veux, Granger, je ne vais pas te raconter ma vie qui ne te regarde en rien.

Bras croisés, lèvres pincées, Hermione se laissa retomber lourdement dans le canapé comme une petite fille punie.

- Pourquoi t'acharnes-tu tant à comprendre ? demanda-t-il alors. Qu'est-ce que ça t'apporte de savoir, hein ?

Hermione haussa les épaules. C'est vrai ça, pourquoi voulait-elle connaître la vérité sur Drago ? A part lui apporter d'autres problèmes, il n'y avait aucune utilité à ce qu'elle sache.

- Je vais te dire pourquoi, moi, reprit-il. Tu fais parti de ces gens à la curiosité maladive, voilà.

Hermione lui balança le torchon à la figure, mais il l'évita sans mal.

- Ma-curiosité-n'est-pas-maladive ! articula-t-elle, fatiguée d'entendre les mêmes bêtises. Je porte de l'intérêt à autrui, sentiment que tu ne peux malheureusement pas comprendre.

Connaissant ce refrain par cœur, il leva les yeux au ciel, sa bouche mimant silencieusement des « blablabla » agacés.

- Appelle ça comme tu veux, dit-il en sortant un poulet à peine déplumé. Et puis, je te signale que ton raisonnement ne colle pas. Si, comme tu le prétends, je préparais une revanche qui prend du temps, et seul Merlin sait d'où t'es venu une idée pareille, le fait d'être parmi eux de façon clandestine ne pourrait logiquement qu'arranger mes plans, car alors, je serais proche de ma cible. Alors, que répondez-vous à ça, miss Granger ?

Hermione tira un petit sourire de victoire. Il essayait sans nul doute de l'écarter d'une vérité qu'il savait dorénavant en péril, et elle fut plus certaine que jamais qu'il s'agissait bel et bien d'une revanche, même si elle en ignorait la raison. Pour le moment...

- Je réponds, monsieur Malefoy, que mes deux hypothèses se rejoignent alors en une seule : tu fuis la Confrérie car la présence d'un Adepte t'empêche probablement de mettre les pieds là-bas, et c'est contre cet homme même que tu mijotes une vengeance. J'ajouterai aussi, sans certitude, que c'est une histoire d'ordre personnel puisque la Brigade Magique, élément majeur de la Confrérie, n'a pas l'air d'être au courant de quoi que ce soit. S'ils savaient que tu en as après l'un d'entre eux, ils ne t'auraient jamais proposé de les rejoindre sans prendre de précaution. Ils avaient même l'air surpris de te voir encore en vie...

Cette fois, elle vit bien que Drago eut du mal à rester impassible. Il resta silencieux une longue minute avant de finalement se retourner vers elle, médusé.

- Ok, soupira-t-il. Dix points pour Gryffondor.

Hermione ne retint pas son sourire qui s'élargit d'une oreille à l'autre, trop heureuse de prouver à Malefoy qu'il ne faisait pas le poids sur ce terrain-là. Elle sauta joyeusement sur ses pieds et vint l'aider à la cuisine, ignorant son regard noir. Mais, lorsqu'elle vit le pauvre poulet abattu, le déjeuner lui remonta à la gorge.

- Mais quelle horreur ! s'exclama-t-elle en reculant. Tu n'aurais pas pu prendre autre chose, non ?

- Bah quoi ? dit-il en haussant les épaules. T'es végétarienne, maintenant ?

- Non, mais je... enfin, je n'aime pas manger ce que... ce que j'ai vu mort avant, voilà.

- C'est ridicule, pouffa-t-il. Tous les poulets que t'as mangé dans ta vie ont été tués, Granger.

- Je sais ! s'énerva-t-elle. Mais d'habitude je n'assiste pas à la préparation.

Drago ferma les yeux et s'empêcha de soupirer, continuant de cuisiner en laissant vagabonder son esprit dans un monde où toutes les Hermione Granger seraient muettes. Il serait bien resté sur cette planète imaginaire pendant des heures, mais la douce voix de la Gryffondor était malheureusement trop envahissante pour le laisser partir.

- … Et puis franchement, disait-elle en prenant place à table après s'être fait un thé, tu aurais pu voler de la nourriture plus facile et plus discrète.

Drago la dévisagea.

- Attends, dit-il, tu crois que j'ai volé ce poulet ? Tu crois sérieusement que j'ai risqué ma vie pour manger un piaf ?

Il explosa de rire, tandis qu'Hermione se tassait légèrement sur sa chaise, mal à l'aise. De toute évidence, il avait acheté à manger. Mais qu'avait-il donc bien pu...

Hermione se redressa d'un coup.

- Les livres, bien sûr ! dit-elle en se remémorant la charrette remplie de manuels de potions. Tu étais aussi en train de voler tous ces bouquins, hier, au marché, lorsque tu te faisais poursuivre. C'est pour la potion d'Amplification, c'est ça ? Tu espères retrouver les ingrédients manquants à...

- Bon, t'as fini ? la coupa-t-il sèchement. Tu comptes m'interroger toute la nuit, Granger ? T'en sais déjà beaucoup trop, alors mets-là en veilleuse un moment !

Il avait l'air vraiment énervé, cette fois, et aucun des deux ne prononça plus un seul mot pendant l'heure qui suivit.

Si elle ne parlait pas, en revanche, Hermione continuait de réfléchir. Qu'avait-il bien pu advenir de la fortune des Malefoy ? Pourquoi Drago ne se trouvait-il pas au manoir de son père, celui-ci ayant rendu l'âme ? Qui ou que pouvait bien craindre un Malefoy pour se cacher ainsi au milieu de nulle part ? Autant de questions sans réponses qui lui trottinaient dans la tête jusqu'à en avoir la migraine. L'une d'entre elles, cependant, ne l'avait pas quittée une seule seconde depuis la veille, mais Hermione n'osait pas aborder le sujet, certaine de devoir ensuite affronter un Drago furax. Et la dernière chose qu'elle souhaitait, c'était de se faire virer du refuge. Elle allait donc devoir se montrer un poil plus aimable, et cette seule pensée difficile suffit à la mettre de mauvaise humeur. Parce que, tout de même, il avait beau avoir mûri, elle le verrait toujours comme cette sale petite fouine arrogante qui avait fait une tâche noire longue de six ans sur sa scolarité.

- Tiens, lui dit-il alors en posant une assiette de poulet cuit devant elle.

Hermione jeta un œil dégoûté à la viande sur laquelle quelques fines plumes blanches étaient restées collées.

- Il est hors de question que j'y touche, déclara-t-elle en repoussant l'assiette.

Devant l'air abasourdi du jeune homme, elle ajouta un rapide « désolée » pour compenser son impolitesse. Mais Drago ne semblait même plus d'humeur à débattre, probablement fatigué de la jeune femme, et se mit à manger sans un mot. Hermione le regarda dévorer la cuisse avec avidité. On aurait dit qu'il n'avait pas mangé depuis des jours, ce qui était, en fait, son propre cas. Elle se surprit à se demander qui engloutirait le plus vite si Ronald avait été là.

Son estomac se contracta. La faim passa son chemin.

- T'es sûre que tu ne le veux pas ? demanda alors Drago en désignant son assiette d'un mouvement de tête.

Elle hocha la tête et poussa l'assiette vers lui.

- Tu devrais manger, conseilla-t-il contre toute attente. T'es maigre à faire peur. Je veux dire, encore plus peur que d'habitude.

Et il planta ses dents dans un nouveau morceau.

- Merci... déglutit Hermione. J'apprécie la finesse avec laquelle tu me traduis ton inquiétude, Malefoy, mais te regarder manger est une très bonne méthode coupe-faim. Sur ce, je te prie de m'excuser pour le reste du repas.

Elle se leva de table, posa sa tasse vide dans l'évier et se dirigea vers la chambre, saisie d'un coup de fatigue. Espérant empêcher la bonne odeur de nourriture de rentrer dans la pièce, elle ferma la porte et manqua alors de sursauter en se retrouvant face au miroir qui était suspendu derrière. Après s'être intérieurement traitée d'idiote, Hermione s'approcha lentement de son reflet et se contempla, le cœur serré.

Était-ce vraiment elle, Merlin ? Cette fille au teint blanchâtre, aux joues creusées, aux yeux cernés et aux cheveux sales ? Elle se posta de profil, et réalisa pour la première fois la gravité de son état de santé face à la vision d'un corps si maigre et si frêle qu'il était étonnant que ses jambes le supportaient encore sans fléchir. Drago avait raison ; elle était effrayante.

Hermione détourna la tête de ce reflet étranger, désireuse de penser à autre chose. Elle se demanda alors où est-ce qu'elle allait dormir ce soir. Il était hors de question qu'elle dorme à nouveau dans la charrette, la nuit était trop froide. Et il y avait peu de chance pour que Drago lui laisse son lit. A moins que... Était-il possible qu'il ait tellement mûri qu'un côté gentleman ait soudainement germé en lui ? Après tout, il venait bien de cuisiner pour elle, ce soir. Il lui avait même prêtée des chemises pour qu'elle porte autre chose que le vieux torchon appliqué aux esclaves. Oui, peut-être que le nouveau Drago lui laisserait la chambre, finalement. Et elle, qui se sentait désormais détenir le rôle de la méchante face à tant de bonté, accueillerait l'offre à bras ouverts malgré sa bonne éducation.

Hermione tira une grimace devant le lit du garçon. Désirait-elle vraiment dormir là-dedans, en fin de compte ? Les derniers mois en tant que prisonnière avaient été si horribles que n'importe quel matelas, même miteux et troué, aurait représenté un lit d'hôtel de luxe. Mais ce lit-là... C'était celui de Drago Malefoy. Rien que de prononcer son nom dans sa tête faisait aussitôt ressurgir des souvenirs pénibles de Poudlard ; elle revoyait encore ses petits rictus à glacer les sangs, tandis qu'il l'humiliait devant tout le monde en insultant ses parents moldus.

Un frisson la parcourut. Cela paraissait peut-être ridicule, mais dormir dans les draps du Serpentard était vraiment trop intime et définitivement gênant. C'était comme emprunter le lit de Rogue pour une nuit : beurk !

Et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer sa tête s'enfoncer dans l'oreiller moelleux qui lui faisait face, les muscles de son corps se détendre sur le doux matelas. Depuis combien de temps n'avait-elle pas dormi dans un lit ? Elle ne s'en souvenait même plus.

Sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, Hermione se retrouva sous les draps. Savourant le confort, elle en oublia le propriétaire. Elle posa sa tête sur l'oreiller et fut alors stupéfaite de découvrir une odeur agréablement douce. Le parfum naturel du jeune homme n'avait rien à voir avec ce qu'elle imaginait être brut et rebutant. Le sourire aux lèvres, elle laissa son esprit voguer sur les fleuves d'un rêve apaisant.

Elle se trouvait à Poudlard, en cours de potion. La voix de Rogue résonnait dans le cachot, froide et mielleuse. Mais elle était entourée d'Harry et Ron, et la présence de ses deux amis suffisait à réchauffer l'atmosphère. Tous trois rigolaient devant la couleur verte cramoisi de la potion de Ron, tandis que Rogue levait les yeux au ciel, marmonnant un « pitoyable » exaspéré. Il s'arrêta ensuite devant le chaudron d'Hermione, dont la couleur bleue turquoise était impeccablement réussie.

- Eh bien, dit-il en reniflant la potion d'un air mauvais. On dirait que vous passez deuxième de la classe sur ce coup-là, monsieur Malefoy. Qu'en pensez-vous ?

Hermione vit alors avancer vers elle la petite tête blonde encore enfantine du Drago tel qu'elle l'avait vu la première fois à Poudlard. Il regarda le chaudron de la Gryffondor et déclara d'une voix plus grave que son âge :

- J'en pense qu'elle est plutôt impressionnante comme fille, professeur.

Hermione sentit son cœur battre, tandis que Ron et Harry s'échangeaient un regard surpris.

- Qu'est-ce que c'est que ça, miss Granger ? demanda alors Rogue en levant un sourcil dédaigneux. Vous vous croyez drôle, peut-être ?

- Comment ça, professeur ? s'inquiéta Hermione. Je ne vois pas ce...

Mais elle fut interrompue par l'éclat de rire des élèves de la classe, tous pointant son chaudron du doigt. Hermione baissa la tête vers sa potion et découvrit avec horreur une poule déplumée qui flottait tranquillement dedans.

- Ce n'est pas ma faute, professeur ! s'était-elle mis à crier.

Mais sa voix n'était que murmure. Elle plongea les mains dans le liquide pour enlever le volatile, mais se dernier commença à se noyer, et plus elle tentait de l'attraper, plus il coulait dans les profondeurs de la potion devenue étrangement noire.

- Non ! pleurait-elle, essayant désespérément de sauver le poulet de la noyade.

Autour d'elle, les rires redoublaient d'intensité. Même Harry et Ron ne pouvaient s'empêcher de ricaner avec les autres.

- Cela nous fera donc un T, notait Rogue avec un rictus.

- Non, pitié ! criait Hermione. Pas un T !

Elle se tourna vers Drago pour obtenir de l'aide. Ce dernier affichait un petit sourire en coin, soudain redevenu le garçon cruel de la troisième année.

- Pourquoi t'acharner, Granger ? disait-il. Tu es mauvaise en potion, et sais-tu pourquoi ? Parce que tu es une Sang-de-Bourbe !

Et il rit avec les autres. Hermione sentit alors le sol se dérober sous ses pieds, et devenir si lisse et si glissant que la salle de potion bascula dangereusement. Le carrelage se souleva et Hermione perdit l'équilibre, sa tête cognant contre le coin du bureau de Rogue.

Elle ouvrit les yeux, une affreuse douleur au crâne. Où était-elle ? Et pourquoi avait-elle la joue écrasée contre de la vieille moquette poussiéreuse ? Lorsque ses yeux se furent habitués à l'obscurité de la chambre, elle distingua alors Drago en train de se faufiler sous les draps.

Les draps où elle s'était trouvée quelques secondes plus tôt. Les draps qu'il avait gentiment secoués pour la faire basculer par terre, son front cognant la table de nuit.

- Qu'est-ce que tu fais ? dit-elle, ahurie.

- Je me couche dans mon lit, ça ne se voit pas ? répondit-il en bâillant.

- Mais... mais, fulminait-elle de rage, je dormais dedans !

- Et alors ? dit-il d'une voix déjà à moitié endormie.

- Alors tu aurais pu avoir la décence de me laisser ton lit, non ? s'énerva-t-elle en s'époussiérant avec colère.

Il se retourna pour l'observer. Même dans le noir, ses yeux bleus brillaient comme des diamants.

- Que je te laisse mon lit ? répétait-il comme s'il ne comprenait pas le sens de la phrase. Tu pensais sérieusement que tu allais dormir dans mon lit, Granger ?

- Eh bien oui ! avoua-t-elle. Je pensais que tu me laisserais ce privilège, en effet !

- Heu... t'as mis quoi dans ton thé, sinon ?

- Où je vais dormir, moi, maintenant ? se plaignit-elle.

- Ça, c'est pas mon problème.

- Vive l'hospitalité malefoyenne ! s'emporta Hermione en se dirigeant vers la porte à grand pas.

- Désolé de ne pas pouvoir t'offrir un palace, princesse ! s'énerva-t-il à son tour.

- Je ne demandais qu'un lit, Malefoy, rétorqua-t-elle.

Il se redressa en position assise, avant de lancer :

- Pour le moment, oui !

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Allons, je sais très bien comment ça fonctionne avec toi, Granger. Au début tu veux juste à manger, ensuite tu veux juste un toit, et après tu veux juste mon lit ! Et cette histoire va finir que je vais me retrouver chassé de ma propre chaumière, dehors et nu comme un vers, tandis que tu seras confortablement installée à l'intérieur avec mes chemises !

Hermione resta sidérée un moment, avant de murmurer, vexée :

- Je profite peut-être d'un confort qui m'a longuement manqué et que je crains de perdre bientôt, mais je ne suis pas une voleuse. Crois-le ou non, j'apprécie chacun de tes gestes généreux avec beaucoup de gratitude, même si elle est difficile à montrer. Ça me désole que tu puisses penser que je cherche à te devancer. Tu te trompes, Malefoy, tu ne me connais pas. Tu ne me connais pas du tout.

Elle ouvrit la porte, et s'arrêta une dernière fois.

- Et pour ta gouverne, dit-elle la tête haute, j'ai obtenu un Optimal en potion ! Pas si mauvaise, la Sang-de-Bourbe, hein ?

Ignorant le regard confus du jeune homme, Hermione sortit de la chambre après avoir, comme à chaque fois, claqué la porte. Furieuse, ou triste, elle ne saurait dire. Par dessus tout, elle se sentait seule. L'absence d'Harry et Ron avaient laissé un trou béant qui s'agrandissait un peu plus chaque jour, et il avait fallu que, parmi tous les hommes sur Terre, ce soit Drago Malefoy qui devienne sa nouvelle compagnie. Merlin la détestait, c'était certain.

Hermione tourna un regard sombre vers le vieux canapé troué. D'un pas traînant, elle se dirigea vers son nouveau lieu de sommeil, mais s'arrêta à mi-chemin. Hésitante, elle finit néanmoins par retourner dans la cuisine et se posta devant le volatile à moitié dévoré.

- Vraiment désolée, gémit-elle.

Et c'est avec une sauvagerie non dissimulée qu'Hermione, affamée, engloutit le reste.

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Bon Weekend à vous, chers lecteurs !

En vous remerciant de votre temps,

Bisous !

MalefoyHeartless