Disclaimer : Aucun des personnages de Gundam Wing ne m'appartient.
Merci à ceux qui ont laissé des reviews sur les chapitres précédents, ça m'aide à avancer dans ce texte.
Un remerciement particulier à Lotte pour sa review du chapitre 1, et oui, c'est une prise de tête et c'est pas fini^^.
Bonne lecture à tous.
Jeux de miroirs
Chapitre 4
AC 205
Heero étendit doucement le corps immobile de son clone, agité de violents frissons.
Il se sentait tellement inutile.
Jiro s'était sacrifié pour lui.
Il sentit des larmes se mettre à rouler sur ses joues.
Duo et Quatre s'agenouillèrent près de Jiro.
L'un des deux ouvrit son habit, découvrant son torse ensanglanté.
- Je m'en occupe Heero. Déclara Quatre.
- Dans ce cas laissez Quatre lui donner les premiers soins et venez nous aider à neutraliser ces hommes. Lança Wufei en passant près d'eux.
Heero hocha la tête, sécha ses larmes et le suivit.
Duo lui emboita le pas après une hésitation.
Plus vite ils en auraient terminé avec leurs ennemis plus vite ils pourraient mener Jiro aux urgences. Bien sur c'était le mettre en danger que de ne pas le conduire immédiatement, mais ils n'avaient pas d'autre choix.
Ils ne pouvaient laisser les hommes ayant attaqué et massacré tant de gens en liberté ni même ligotés et inconscients.
C'était par trop risqué et ils avaient été formés pour ne prendre aucun risque, quitte à mettre en danger la vie de l'un d'entre eux.
Cela ne leur plaisait pas, mais c'était leur devoir.
Ils firent aussi vite que possible pendant que Quatre administrait les premiers soins à Jiro toujours inconscient et restait pour veiller sur lui.
Les hommes une fois hors d'état de nuire, Heero et Duo installèrent Jiro au mieux dans l'un des appareils et foncèrent vers les urgences les plus proches.
Jiro fut immédiatement emmené vers le bloc opératoire.
Quatre retourna dans le bâtiment pour continuer à parcourir les dossiers et essayer d'en savoir plus pendant que Trowa et Wufei quand à eux restaient pour surveiller leurs prisonniers en attendant de vrais renforts.
Leurs ennemis étaient pour la plupart inconscients. Ceux qui se réveillèrent restèrent silencieux.
Quatre revint un moment plus tard et leur fit signe de le suivre.
Il les ramena à l'intérieur.
- Nous n'avons plus beaucoup de temps, je n'aime pas trop ce que j'ai lu. J'ai trouvé des copies des dossiers qui ne sont comptabilisées nulle part, sans doute celles de ces gens, je vais les emporter et les étudier chez moi. Je pense que pour le moment il vaut mieux taire le fait que je les ai en ma possession, du moins tant que nous ne saurons pas pour qui ils travaillaient et de qui nous devons nous méfier.
Wufei et Trowa approuvèrent. Ils partageaient son avis.
Quatre les laissa en leur recommandant d'être prudents, même chez les preventers.
Ils le regardèrent partir, tout aussi tendus et angoissés que lui et pas seulement à cause de cette menace pesant sur eux désormais.
Ils se faisaient également du soucis pour le blessé que l'on devait opérer au même moment et qui ne s'en sortirait peut être pas.
Finalement les renforts arrivèrent, celui qui les dirigeait leur fit savoir que Lady Une et Sally Po entendaient avoir leur rapport au plus vite.
Ils échangèrent un regard entendu.
- On va y avoir droit. Murmura Trowa.
- Et plus tôt deux fois qu'une. Soupira Wufei.
Ils se rendirent sans tarder auprès de leurs supérieures.
Lady Une les toisa avec réprobation.
- Vous pouvez nous expliquer ce qu'il s'est passé ?
- Nous avons été appelés sur les lieux d'une prise d'otages par une équipe d'intervention qui prétendait ne pas réussir à mener à bien sa mission. Aidés des éléments qu'on nous avait fourni nous avons mis en place notre action et nous sommes entrés dans les lieux où nous avons découvert que les otages en question avaient été exécutés peu de temps après l'attaque. L'équipe qui avait fait appel à nous s'est révélée du côté de l'ennemi, nous avons donc du nous résoudre à la neutraliser en même temps que nos adversaires. Commença à expliquer Wufei aussi calmement et posément que possible.
- Et où sont messieurs Yuy, Maxwell et Winner ? demanda Lady Une d'un ton rogue.
Si l'on en jugeait par l'expression de son visage elle n'appréciait pas du tout ce qu'il venait de lui dire.
Il lui fallait un prétexte pour se mettre en fureur et les deux hommes le comprirent immédiatement.
Il surent qu'ils étaient sur le point d'avoir droit à ce qu'ils redoutaient depuis qu'ils avaient reçu la convocation.
Un laminage dans les règles de l'art.
Mais ils ne pouvaient sans doute pas y couper désormais.
- Les agents Yuy et Maxwell ont accompagné un civil blessé aux urgences, monsieur Winner est retourné à ses bureaux pour régler un problème urgent. Répondit Wufei avec prudence.
Il avait volontairement omis les grades pour ne pas irriter Lady Une qui avait encore parfois du mal à accepter qu'on ait pu honorer de la sorte ceux qu'elle voulait encore voir comme les ennemis de l'homme qu'elle aimait et vénérait.
- Un civil ? Ne veniez vous pas de dire que les otages avaient été exécutés au tout début de l'attaque ?
- Je l'ai dit en effet, le civil blessé était venu avec nous. Admit Wufei.
Il attendit avec fatalisme l'explosion inévitable.
- Il était venu avec vous ? répéta Lady Une d'un ton ironique. Vous amenez des civils sur les lieux d'intervention à présent ?
- Ce n'est pas un civil ordinaire. Intervint Trowa.
- Tiens donc. Et qu'a-t-il donc de spécial ?
- Il est de la famille du lieutenant colonel Yuy. Répondit Trowa qui n'avait pas les scrupules de Wufei.
- Agent Barton, il me semblait que le lieutenant colonel Yuy n'avait aucune famille. Pouvez vous dans ce cas me dire comment un membre d'une famille inexistante pouvait se trouver avec vous ?
- Il ne m'appartient pas de vous révéler les circonstances de la réunion familiale du lieutenant colonel Yuy Madame. Répondit calmement Trowa.
Lady Une le fusilla du regard sans qu'il ne bronche, il en avait vu d'autre.
- Autre chose Madame ? demanda t'il avec une courtoisie certaine mais tout de même teintée d'ironie.
- Non, vous pouvez disposer. Aboya Lady Une.
Trowa s'inclina avec politesse et se dirigea vers la porte.
Wufei tenta un pas dans la même direction mais Lady Une n'en avait pas fini avec lui.
- Agent Chang ! Pas vous, je n'en ai pas terminé.
Trowa se retourna vers elle.
- Je croyais vous avoir entendu dire le contraire…
- Pour vous oui, mais pas pour lui.
- Dans ce cas je reste, étant partie prenante dans l'intervention je me dois de témoigner avec lui.
- Il n'a pas tort. Intervint Sally qui s'était juste là contentée d'écouter.
Lady Une capitula de mauvaise grâce.
- Très bien, j'interrogerais l'agent Yuy sur cette famille miraculeuse en temps et en heure, dites moi donc comment son parent s'est retrouvé mêlé à l'intervention et y a été blessé.
- L'agent Maxwell se trouvait en affaire avec ce parent et a jugé bon de le mener avec lui en lui recommandant de rester en sécurité. Nous voyant en difficulté ce jeune homme n'a pas hésité à intervenir et c'est en agissant qu'il a été blessé en protégeant son parent. Expliqua Wufei.
L'intérêt de Sally fut aussitôt en éveil.
Bien que Lady Une soit perçue par beaucoup pour la dirigeante des preventers Sally était l'un des éléments principaux du commandement et elle n'était pas de ceux qui passent à côté d'une occasion.
Son instinct lui soufflait qu'il y avait peut être un élément à récupérer pour les preventers et elle n'entendait pas rater le coche.
- Parlez moi donc de ce parent du lieutenant colonel Yuy, comment est il ? Quel est son nom ?
- Il est comme son parent, son nom est Jiro et c'est tout ce que nous pouvons vous dire. Pour le reste vous devrez vous adresser à lui et à Heero. Répondit Trowa.
Lady Une fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour s'indigner mais Sally ne lui en laissa pas le temps.
- Très bien, nous vous remercions pour vos réponses, nous tirerons cette affaire au clair ultérieurement, vous pouvez vous retirer.
Les deux hommes ne se firent pas prier, quand un tigre et un dragon vous laissent une chance de filer on ne perd pas de temps à réfléchir.
Une fois dehors ils échangèrent un regard soucieux, leur devoir accompli ils revenaient à un autre soucis qui les tourmentait tout autant.
- On les rejoint ? demanda Trowa.
- Je suis d'accord.
Pendant qu'ils étaient aux prises avec Lady Une et Sally Po Duo lui regardait Heero tourner en rond dans la salle d'attente.
Il n'y avait pas cru au départ, mais l'expression d'Heero, sa façon de marcher de long en large comme un fauve dans une cage avaient fini par lui faire prendre conscience d'un détail primordial.
Heero se faisait vraiment du soucis pour Jiro.
- Tu t'inquiète vraiment alors… murmura t'il.
Heero se tourna vers lui les sourcils froncés.
- Tu me prends pour un pauvre type hein ? lança t'il d'une voix empreinte d'amertume.
Duo ne put s'empêcher de rougir mais répondit avec humeur.
- Je te prends pour ce que tu m'as montré être Heero Yuy.
- Tu me revois après cinq ans et tu penses me connaître ?
- Je te revois après cinq ans et je me rends compte que je ne te connais pas du tout !
- Alors tu préfères me voir comme un salaud…
Duo secoua la tête.
- Non… pas comme un salaud. J'ai bien compris que tu tenais à lui… mais je me suis rendu compte que je ne t'ai jamais vraiment connu…
Le regard de Duo se riva au sien.
- Je t'aimais vraiment Heero… mais voila, je viens de me rendre compte que celui que j'aimais n'était qu'un fantasme d'adolescent… c'est ironique non ? Réléna m'a agacée un bon moment avec sa façon de te courir après sans réfléchir et finalement je ne faisais pas mieux…
- Tu ne m'as jamais couru après.
- Non, j'ai fait pire, je t'ai attendu comme un idiot. J'aurais peut être du te courir après aussi, au moins j'en saurais un peu plus sur toi. Au lieu de cela j'ai attendu que tu viennes à moi, encore et encore.
Duo se rapprocha de lui, le fixant toujours droit dans les yeux.
- Est-ce que tu serais resté si j'avais fait plus Heero ?
- Je ne peux pas te répondre Duo. Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Avoua Heero mal à l'aise.
Il n'aimait pas cette lueur triste dans le regard violet qui fixait le sien.
Il n'aimait pas le tremblement léger des lèvres de Duo.
Il n'aimait pas ce que cela laissait deviner.
- Je t'ai fait mal… souffla t'il sans pouvoir se retenir.
Duo recula d'un pas, instinctivement, comme pour nier, ses épaules s'affaissèrent.
- Tu n'imagines pas à quel point. Soupira t'il.
Heero ne voulait pas le laisser mettre de la distance entre eux.
Il en avait lui bien assez mis comme cela.
Il était temps qu'il soit celui qui se rapproche.
Il réduisit donc la distance en avançant à son tour.
Duo continua à reculer, Heero persista à avancer, jusqu'à ce que le dos du natté se retrouve contre un mur.
Plus de moyen de fuite, Heero lui bloquait le passage et il savait qu'il ne réussirait pas à l'éviter.
Il n'était pas certain de vouloir fuir de toute façon.
Il prit une profonde inspiration et regarda à nouveau Heero.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Je veux qu'on discute.
- Ce n'est pas vraiment l'endroit idéal… biaisa Duo.
- Alors où Duo ? Quand ? Je sais que j'ai perdu mon temps et le tien, mais… je n'avais pas la maturité nécessaire pour ce que tu attendais… je voudrais vraiment que tu me crois… quand je suis revenu, j'avais honte d'avoir mis si longtemps… je te l'aurais sans doute dit ce jour là si…
- S'il n'y avait pas eu Jiro…
- Oui.
- Mais il y a Jiro maintenant Heero.
- Et tu l'aimes.
- Oui.
- Alors, c'est lui que tu vas choisir ?
Malgré ses efforts Heero ne réussit pas à maîtriser sa voix et Duo remarqua qu'elle tremblait.
Il secoua la tête en soupirant.
Posa délicatement sa main sur la joue du brun.
Heero ferma les yeux.
C'était agréable et pourtant ça faisait mal.
- Heero… je ne peux pas te répondre maintenant, pas tant qu'il ne sera pas avec nous. Pas tant qu'il ne sera pas hors de danger. Mais je peux te promettre quelque chose en attendant que ce jour arrive.
- Quoi donc ?
- Je ne vais pas te laisser tomber, je vais rester à tes côtés jusqu'à ce qu'il soit sur pieds d'accord ?
- Tu es certain de vouloir ? demanda Heero en rouvrant les yeux pour l'observer.
- Oui.
Ce n'était pas vraiment la réponse qu'il attendait, mais il ne pouvait pas en vouloir à Duo.
Du moins pas complètement.
Et il voulait souligner un point qui lui posait problème avant de clore le sujet.
- Duo…
- Oui ?
- Je ne te connais pas plus.
Duo ne s'attendait pas une telle affirmation, il fixa Heero avec incrédulité.
Il devait avoir mal entendu, Heero n'avait pas pu dire une chose pareille.
- Tu veux bien répéter ?
- Tu dis que tu as pris conscience que tu ne me connaissais pas. Je t'affirme moi que je n'en sais pas plus sur toi que toi sur moi.
Duo battit nerveusement des paupières.
Il avait presque l'impression de manquer d'air.
S'il restait ça allait mal tourner, il fallait qu'il sorte.
Juste quelques minutes, le temps de se reprendre.
Heero ne semblant pas disposé à s'écarter il n'avait pas d'autre solution que de recourir à la force, c'était le moyen le plus rapide.
Il serra les poings avant d'en envoyer un frapper avec violence son vis-à-vis au ventre, là où il était certain de faire mal et de lui couper le souffle un moment, fut il bref.
Comme il l'espérait Heero se courba de surprise et de douleur quelques secondes.
Il profita de ce laps de temps pour se dégager et gagner la porte.
Une fois assuré de pouvoir sortir, il savait qu'Heero n'oserait pas le poursuivre dans les couloirs d'un hôpital, il se retourna et posa un regard qui se voulait froid sur le brun.
Un regard qui était à la limite de se remplir de larmes.
Un regard qui figea Heero sur place et le rendit muet.
- Je voulais te connaître… je t'aurais tout dit sur moi… mais tu as choisi pour nous deux. Laissa tomber Duo avant de sortir.
La porte se referma derrière lui.
Heero qui s'était retourné et s'appuyait au mur se laissa glisser jusqu'au sol, agité de tremblements.
Duo avait frappé vraiment fort et il en ressentait encore la douleur comme une pulsation désagréable au creux du ventre.
Mais ce n'était pas cela qui le faisait trembler.
La dernière phrase de Duo lui avait fait prendre conscience de la gravité de l'erreur qu'il avait faite cinq ans plus tôt en partant réfléchir.
Si seulement il pouvait revenir en arrière…
Comment avait il pu se montrer si stupide ?
Il avait l'amour de Duo à portée de main et au lieu de saisir cette occasion inespérée d'être heureux et aimé il était parti.
La douleur qui l'envahissait était trop forte pour qu'il puisse pleurer.
Il se contenta de porter les mains à sa tête.
Duo sortit dans le parc pour se reprendre.
Il en parcourut plusieurs allées, laissant les larmes rouler sur ses joues.
Les personnes qu'il croisait eurent la bonne idée de ne pas tenter de lui parler ou la délicatesse de faire ceux qui ne voyaient pas ses larmes, ce qui lui convenait parfaitement.
Il ne voulait parler à personne, encore moins expliquer pourquoi il pleurait.
D'ailleurs cela ne regardait que lui.
Tout en marchant il réfléchissait à plein régime.
Il avait beau se dire qu'Heero ne pouvait pas savoir qu'il remuait le couteau dans la plaie il ne souffrait pas moins.
Il avait tout fait pour se rapprocher du brun sans pour autant lui donner l'impression de le harceler depuis la guerre.
Mais visiblement Heero ne s'était rendu compte de rien ou n'avait pas compris.
Il s'immobilisa sous un arbre et s'adossa à l'écorce rude.
Oui… il avait fait tout son possible à l'époque.
Il s'était installé d'office dans le même bureau.
Prétexte tout trouvé : ils seraient plus efficaces s'ils pouvaient communiquer sans intermédiaire.
Heero n'avait pas protesté et il avait pris cela pour un signe encourageant.
Au moins le brun ne refusait pas sa présence, c'était déjà ça.
Chaque fois que quelqu'un l'invitait il faisait son possible pour qu'Heero soit invité aussi.
Prétexte : il fallait rendre Heero sociable.
Là ça n'avait pas été si évident.
Certains de ceux qui l'invitaient n'avaient pas du tout envie de passer du temps avec Heero.
Il y avait ceux qui faisaient contre mauvaise fortune bon cœur et acceptaient pour lui faire plaisir à lui mais qui mettaient un point d'honneur à ignorer Heero, ceux qui acceptaient parce qu'ils comprenaient ce qu'il essayait de faire, à savoir faire d'Heero un être sociable, et voulaient l'y aider, qui faisaient de leur mieux pour inclure Heero dans les discussions, ce qui n'était pas toujours une réussite. Si Heero trouvait le sujet sans intérêt ou qu'il pensait qu'il n'avait rien à dire dessus il ne faisait guère d'efforts pour participer, se contentant de regarder le vide.
Duo savait qu'il entendait et retenait chaque propos, qu'il était pleinement conscient de ceux qui l'entouraient, mais tout le monde ne pouvait pas se douter de cette réalité et au final on le priait de ne plus amener Heero.
Il y avait ceux qui voulaient lui faire un plan cul et préféraient annuler que d'endurer Heero.
Le seul intérêt de ces tentatives et de leurs résultats était très certainement que cela avait eu le mérite de lui permettre de faire le tri parmi ses connaissances.
Et puis, heureusement, il y avait tous les autres.
Duo soupira et s'écarta de l'arbre.
Il n'avait plus envie de penser à cette époque.
C'était un temps révolu.
Heero avait changé, lui aussi.
Il se sentait à présent assez calme pour retourner auprès d'Heero sans avoir envie de lui en coller une.
Il n'avait plus qu'à espérer que le brun ne réussirait pas à lui mettre les nerfs à nouveau.
Parce qu'il n'était pas certain de pouvoir réagir aussi bien une seconde fois.
Franchement, passer cinq ans à réfléchir et revenir presque comme il était parti, il n'y avait qu'Heero pour cela.
Il regagna la salle sans se presser.
Lorsqu'il y entra son regard chercha aussitôt Heero.
L'habitude sans doute.
Il ne le trouva pas immédiatement, il le cherchait à hauteur d'homme.
Lorsqu'il le repéra finalement, assis par terre, le dos au mur, tremblant et les mains plaquées sur le crâne il ne put s'empêcher de s'alarmer.
- Heero ? Heero, ça ne va pas ? Tu te sens mal ?
Heero laissa retomber ses mains mais garda les yeux fixés sur le sol.
Son tremblement qu'il essayait de contrôler s'apaisa quelque peu.
Duo s'accroupit devant lui, sincèrement inquiet.
Ce n'était tout de même pas son coup de poing, même s'il devait admettre qu'il avait cogné dur, qui avait pu mettre Heero dans cet état, il devait y avoir autre chose.
Il sentit son cœur s'affoler dans sa poitrine devant l'idée alarmante qui lui venait.
Etait il possible que pendant qu'il marchait dans le parc quelqu'un soit venu annoncer que Jiro était mort ?
- Ne me dis pas qu'il est mort !
Heero se tendit en percevant la note affolée qui vibrait dans la voix du natté.
Il comprenait ce que redoutait Duo. Il redoutait la même chose.
Mais heureusement cela ne s'était pas encore produit.
- Non, personne n'est venu. Répondit il. Il est toujours en salle d'opération.
Duo soupira de soulagement et se passa la main sur le front.
Puis le regarda en fronçant les sourcils.
- Mais alors, qu'est ce qui t'arrive ?
- Je te demande pardon…
- Hein ?
- Tu as raison… j'ai mal agi. Je n'aurais pas du partir. C'est de ma faute si j'en suis là maintenant, si tu ne veux plus de moi.
- Heero…
- J'ai été lâche… je le comprends à présent… mais j'avais peur.
- Peur ? Toi ?
- Oui, moi…
- Mais, peur de quoi ?
Heero ferma les yeux, la question était simple mais y répondre ne l'était pas.
Comment expliquer une chose pareille ?
Il les revit, cinq ans plus tôt.
Ce n'était à priori qu'une journée comme les autres pour lui.
En dehors du fait que Duo venait de prendre des jours de repos et lui avait demandé de lui consacrer au moins une heure de son temps au moment du déjeuner.
Cela ne lui plaisait pas trop que le natté prenne des jours de congé.
Pas qu'ils aient énormément de travail, une certaine paix avait fini par s'instaurer et le travail des preventers s'en était trouvé considérablement allégé.
Mais comme il n'était pas lui en congé il allait devoir travailler seul jusqu'au retour de Duo.
Cela l'ennuyait, il s'était habitué à travailler avec le natté, il savait qu'il serait moins productif seul.
Il avait attendu midi en s'irritant tout seul dans son bureau.
Avait rejoint Duo en vitesse, contrarié et maussade.
Le sourire de Duo avait quelque peu pâli en voyant son expression.
- On mange où ? avait demandé Heero. Je ne peux pas m'absenter longtemps… le travail…
- Oublie un peu le travail, j'ai à te parler. Avait soupiré Duo.
- Je t'écoute.
- Heero… ça fait cinq ans qu'on se connaît. Tu sais que je suis homosexuel et que je n'en ai pas honte.
- Oui et alors ?
- Tu me plais Heero.
- Pardon ?
- Je suis amoureux de toi Heero, j'ai envie de partager ta vie, pas seulement un bureau et un travail. Je veux qu'on vive ensemble.
Heero l'avait fixé en silence, comme s'il le voyait pour la première fois de sa vie et l'avait vu rougir.
Duo semblait mal à l'aise soudain, il triturait sa natte nerveusement.
Heero lui ne savait pas ce qu'il convenait de dire.
D'accord il savait que Duo était homosexuel et cela n'était pas un soucis, mais il ne s'était jamais posé de questions sur sa propre sexualité.
Ou plus exactement, sur son absence de sexualité.
Les propos de Duo l'obligeaient à se remettre en question.
C'était trop soudain.
Trop brutal pour lui.
Il n'était pas prêt.
Il avait senti qu'il perdait pied, qu'il était sur le point de paniquer comme un gosse.
Il avait préféré fuir.
- Je dois réfléchir. Avait il dit d'un ton neutre avant de planter Duo devant les portes du restaurant où ils devaient manger.
Duo n'avait pas tenté de le retenir ni de le suivre mais lui avait crié quelques mots pendant qu'il s'éloignait.
- Je comprends Heero. Je serai patient, prends tout le temps qu'il te faudra, je t'attendrai !
Ça pour prendre le temps de réfléchir il l'avait pris.
Mais il n'était plus temps de réfléchir.
Il était temps d'avouer.
Si seulement il réussissait à relever les yeux et à regarder Duo.
Pourquoi est-ce que c'était si dur ?
Il avait beau vouloir il n'y arrivait pas.
Il sentit finalement la main de Duo se glisser sous son menton et lui faire relever la tête en douceur.
Il fixa avec un peu d'angoisse le visage du natté, le regard violet était empreint de curiosité et d'un reste de tristesse mais il n'y avait pas d'accusation ni de colère en lui.
- Dis moi Heero. Je veux savoir ce qui te faisait si peur. Ce n'est pas mon homosexualité. Tu n'as jamais mal réagi face à elle. Dit calmement Duo en retirant sa main.
Heero apprécia qu'il lui laisse la liberté de détourner le regard.
Cela lui donna la force de parler enfin.
- Je ne savais pas ce que j'étais. Je ne m'étais jamais posé la question. Je n'avais pas de sexualité et ça me convenait.
Duo commençait à comprendre à présent.
Il n'avait pas trop laissé de choix à Heero.
C'était autant de sa faute que de celle du brun.
- Et moi je suis arrivé avec ma proposition, ça t'a déstabilisé…
- Oui.
- Et maintenant, tu sais ?
- Je sais que ça ne me déplairait pas de le faire avec toi. Je ne sais pas si je suis homosexuel, mais c'est possible.
Heero se mordilla les lèvres.
- Je veux vraiment être avec toi Duo, cela je l'ai vite compris.
- Alors pourquoi as-tu mis cinq ans à revenir ?
Heero baissa à nouveau la tête.
Il aurait préféré ne pas avoir à révéler ce qu'il allait dire.
Mais Duo méritait de savoir la vérité.
Il prit une profonde inspiration avant de répondre.
- Après avoir quitté les preventers je me suis engagé dans une autre organisation, c'était un contrat de cinq ans.
A suivre.
