Et voilà le quatrième ! C'est à partir de celui-ci que l'on va s'éloigner, non pas de l'univers, mais de la trame de la série.

Alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ;-)

Enjoy !


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4.

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Jude rentra tard ce soir-là, et seul, comme bien souvent ces derniers temps. Ils évitaient de se montrer ensemble. Zero essayait de le protéger. Après plusieurs incidents avec les journalistes, il avait décrété que c'était mieux pour le moment. Un mois qu'il avait fait son « coming out » et tout le tapage autour de leur relation ne s'était en rien calmé.

Au début son compagnon avait fait contre mauvaise fortune bon cœur - du moins c'est ce qu'il croyait - acceptant d'être l'égérie de quelques marques ou l'image de campagnes voulant développer leur clientèle en visant une certaine partie de la population.

Jude ne le voyait pas d'un très bon œil, se demandant s'il essayait de faire des efforts ou si son côté opportuniste avait pris le dessus.

― À quoi tu joues ? s'était-il agacé en tombant sur un contrat qui trainait sur la table basse.

Il l'avait parcouru dans les grandes lignes pour découvrir qu'il s'agissait d'une pub promouvant une nouvelle carte de crédit…Arc-en-ciel.

― C'est incroyable, s'exclama le blond en sortant de la chambre, seulement vêtu d'une serviette qui descendait un peu trop bas sur ses hanches. Je croule sous les demandes. Si j'avais su que l'argent était gay, rigola-t-il.

S'en était suivi une dispute mémorable et depuis ils n'en avaient plus parlé. Jude ne savait même pas ce que son amant avait accepté ou non. Il redoutait seulement le jour où il se retrouverait nez à nez avec le visage de Zero – ou toute autre partie de son corps – placardé sur un bus ou sur son écran de télévision.

Mais ça n'arriva pas et la vie reprit son cours. Oh, de l'extérieur rien n'avait changé. Ils passaient leurs journées à l'Aréna. Jude dans son bureau, Zero sur le terrain à s'entrainer en vue des prochains matchs, et leurs nuits à s'aimer à l'abri des regards indiscrets.

Zero n'était pas retourné à son appartement depuis plusieurs semaines. Les paparazzis siégeaient toujours devant la résidence se relayant. Ils avaient été jusqu'à fouiller les poubelles dans l'espoir de trouver des informations croustillantes sur sa vie intime.

La situation lui échappait et il faisait de son mieux pour que Jude ne s'en rende pas compte. Il préférait encore passer pour un opportuniste sans scrupule, comme lui avait reproché son amant, plutôt que de passer pour un faible.

En dehors du lit, ils ne communiquaient plus. Zero ne savait plus comment lui parler et de quoi ? Sa vie ne tournait plus qu'autour d'une seule chose et ce n'était plus le basket-ball. Il ne pouvait s'empêcher de regretter son geste. Toute leur vie en avait été changée.

Jude avait tant voulu sortir, aller manger au restaurant et faire toutes ces choses que font les couples. Il voulait une relation publique ? Eh bien il l'avait. Mais ils n'avaient plus rien d'autre.

― Je savais que c'était une putain de mauvaise idée, se répéta Zero pour la énième fois et dans un excès de rage, son point s'abattit sur son reflet. Merde, siffla-t-il.

Alerté par le bruit, Jude jeta son attaché-case par terre et couru vers la chambre. Il s'arrêta derechef en apercevant le blond par la porte de la salle de bain laissée entre-ouverte. Il était nu, penché au-dessus du lavabo, ses muscles tendus. Le brun fut hypnotisé par cette vue pendant quelques secondes avant d'apercevoir des bouts de verre joncher le sol. Son regard remonta le long du corps de son amant jusqu'au lavabo taché de sang et au miroir brisé. C'est en s'approchant légèrement qu'il vit la main de Zero sous le jet d'eau. Il poussa la porte et se précipita près de lui.

― Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il paniqué, connaissant déjà la réponse.

― Rien, ça va ! Ne t'inquiète pas, je vais nettoyer, répondit Zero laconique.

Il essaya de s'emparer de sa main pour vérifier qu'il n'y avait pas de bout de verre dans les plaies. Il voulait l'aider simplement, mais ce dernier le repoussa, arguant qu'il s'en chargeait et qu'il ferait mieux d'aller se détendre après sa journée de travail.

Jude avait peur. Zero lui échappait, il le sentait, mais ne savait pas quoi faire pour mettre un terme à cette situation. La fatigue, la peur, la tension, tous ces sentiments qui se manifestaient en même temps, c'était trop.

― Je n'en peux plus, cria-t-il. Tu ne peux pas continuer à refuser mon aide, à me rejeter constamment. J'ai cru que nous serions assez fort pour surmonter ça…ensemble, mais de toute évidence j'ai eu tort. Tu crois que je ne sens pas que tu t'éloignes ? Cette distance que tu mets entre nous est insupportable. Je fais de mon mieux pour limiter les dégâts. L'équipe se pose des questions quant à la suite et j'ai fait mon possible pour les rassurer, mais, il s'arrêta net en remarquant le regard de Zero.

Il s'était laissé emporter par la colère et en avait trop dit. Il s'était juré de ne pas parler de la réaction de certains joueurs face à leur couple. Jude avait imaginé une nuit torride pour se dire au revoir avant le départ du blond. C'était la première fois qu'il partait avec l'équipe disputer un match à l'extérieur depuis leur baiser suivi par des millions de téléspectateurs et il savait que ça l'angoissait.

Il s'en voulait, mais il ne pouvait ravaler ses mots.

― N'en parlons pas. Je sais que tu appréhende pour demain, mais ne t'inquiète pas tout va bien se passer et nous pourrons discuter à ton retour, dit-il confiant.

Zero sortit de la salle de bain, sa main bandée sommairement, attrapa son sac de voyage glissé sous le lit et se mit à rassembler des affaires.

― Qu'est-ce que tu fais ?

Après quelques secondes de silence et alors qu'il multipliait les allers-retours dans l'appartement, Zero desserra enfin les dents.

― Je vais aller dormir à l'hôtel.

― C'est ridicule ! À la moindre engueulade tu fuis ?

― Mais arrêtes ! Tu vois bien que c'est un enfer de sortir avec moi ? On n'y arrive pas. J'ai apprécié chaque seconde passée avec toi. C'était bien le temps que ça a duré, mais ça ne sert à rien de s'accrocher, on va finir par se faire du mal, termina-t-il sans un regard.

Son ton était froid, sans émotion et Jude reçu cette déclaration comme une gifle, le laissant sans voix.

Sur ces derniers mots, Zero prit les clefs de son Aston Martin et quitta l'appartement.

Lunettes de soleil vissées sur le nez, casquette bien enfoncée sur la tête, il marcha tête basse jusqu'à sa voiture. Il ne vit aucun journaliste, mais il ne se fit pas d'illusion quant à l'apparition de quelques clichés le lendemain dans la presse. Il appela un hôtel proche de l'aéroport, dont il connaissait bien le directeur et en qui il avait confiance. Il lui assura qu'il n'avait qu'à passer par le parking sous-terrain où il sera pris en charge immédiatement.

― Je vous enregistre sous quel nom, monsieur ?

Zero réfléchit quelques instants avant que l'évidence le frappe.

― Gideon Smith, s'il vous plait, et il raccrocha sans plus de cérémonie.

Il battu un record de vitesse pour se rendre à l'hôtel, craignant d'être suivi. Il put finalement rallier sa chambre sans encombre.

― Puis-je faire autre chose pour vous ? lui demanda le directeur sur le pas de la porte.

― Non, ça ira ! dit-il peu aimable et il s'en voulu. Alors que le quinquagénaire quittait la pièce, il le héla. Je suis désolé, dure journée. Merci Frédéric, ajouta-t-il simplement avec un sourire reconnaissant et l'homme comprit.

― C'est normal, monsieur, dit-il en lui renvoyant son sourire avant de prendre congé.

Zero n'avait plus l'habitude d'être seul et il fut étonné d'apprécier ce sentiment. Après tout, c'était peut-être ce dont il avait besoin : un peu de solitude. À l'Aréna c'était l'équipe et le coach. En rentrant c'était Jude et à l'extérieur c'était les hordes de paparazzis. Depuis combien de temps n'avait-il pas passé du temps seul ? Vraiment seul ?

Pas simplement une heure ou deux avant que Jude rentre. Heures pendant lesquelles il prenait sa douche, appelait son agent pour régler certains détails, étudiait les offres de sponsors et autre qu'il avait reçu dans la journée.

La vraie solitude. Celle qui vous oblige à penser. À tout remettre en question et qui vous aide à y voir plus clair. Même s'il avait détesté ça durant son enfance, c'était quelque chose qui faisait partie de lui désormais et dont il avait besoin de temps en temps.

La nuit fut courte et agitée, ce qui n'échappa pas à Pete quand Zero arriva au jet.

― En sachant qu'on a un match très important ce soir, tu aurais pu te reposer, lui reprocha-t-il. Je ne veux pas connaitre les détails, mais je pense que quarante-huit heures ce n'est pas si terrible, vous auriez pu vous rattraper après, ajouta-t-il avec une pointe d'ironie.

― Merci de vous inquiéter pour moi, coach, mais je me passerai de vos commentaires, gronda Zero.

Pete ne releva pas le ton employé par son joueur. Il savait que les choses étaient compliquées pour lui en ce moment, mais cette attitude ne lui ressemblait pas. C'est inquiet qu'il monta à son tour dans l'appareil.

Le vol fut silencieux, à l'exception de quelques joueurs que l'on pouvait voir discuter et rigoler, l'atmosphère était tendue.

Zero s'était mis à l'écart, son casque sur les oreilles et il n'avait pas décroché un mot depuis qu'ils avaient décollé. Il commença à se demander s'il ne s'était pas passé quelque chose entre les joueurs sans qu'il n'en soit informé.

La journée passa rapidement entre le trajet, leur arrivée à l'hôtel, les interviews – auxquelles Zero ne participa pas – et l'échauffement. Dans les vestiaires l'atmosphère était semblable à celle qui avait régné dans l'avion et Pete décida d'y mettre un terme.

― Je ne sais pas ce que vous avez, mais je vous conseille de régler ça maintenant, avant d'aller sur le terrain. Parce qu'il faut une équipe soudée pour gagner et c'est loin d'être le cas. Alors crevons l'abcès et nous pourrons peut-être aller faire ce pour quoi nous sommes venus, s'exclama-t-il agacé.

Seul le silence lui répondit. Il les fixa tour à tour alors qu'ils baissèrent la tête face à son regard inquisiteur. Contre toute attente c'est Zero qui se leva pour prendre la parole.

― Je n'ai qu'une chose à dire. Si vous avez un problème avec moi, venez me le dire en face bande de lâches. Je vous interdis d'aller emmerder Jude, c'est clair ?

Sa déclaration surprit Pete, mais en voyant la réaction de ses joueurs, il comprit que Zero avait raison.

― Quelqu'un va m'expliquer ce qui se passe, ordonna-t-il.

― Il fait ce qu'il veut en dehors du terrain, mais il n'était pas obligé de le faire partager, explosa Derek.

Et les autres suivirent.

― Il a trouvé un moyen pour qu'on ne parle que de lui. Maintenant il faut faire avec ses caprices. Il ne participe plus aux conférences, ni aux interviews et les journalistes ne nous parlent que de lui.

― C'était ça ton plan pour faire oublier l'affaire des call-girls ? J'espère que c'est agréable de baiser le fils du patron, surtout si tu le fais par intérêt. Ou peut-être que tu mens ?

― Alors Zero, t'es pédé ou pas ? rigola Otis d'un ton moqueur. Un arrière avec qui Zero n'avait que peu parlé.

Pete n'eut pas le temps de calmer le jeu que Zero frappa Otis.

Jude passa la nuit à ruminer. Il avait mal parce qu'il y avait cru. Personne n'avait jamais fait un tel sacrifice pour lui. C'était la plus belle preuve d'amour qu'il pouvait lui faire et durant un instant il vit une multitude de possibilités pour eux. Ils s'aimaient et rien n'allait les séparer.

Quelle connerie !

Il avait honte d'avoir était si naïf. Son père avait fait la même chose et bien d'autres personnes avant lui, mais il refaisait inlassablement les mêmes erreurs. C'était une des choses que Zero aimait chez lui. Son utopisme et sa loyauté à toute épreuve.

La journée se passa dans un brouillard opaque. Il fit son travail, géra ses affaires comme d'ordinaire. Ses gestes étaient des automatismes et rien ne pénétra la bulle de laquelle il était prisonnier…pas même Lionel.

― Jude, tu m'entends ?

Il n'avait pas écouté le moindre mot. Lui si compréhensif, toujours à l'écoute, ne pouvait pas supporter ses jérémiades.

― Non, parce que je m'en contrefous, Lionel ! Tu n'es pas la seule à avoir des problèmes, donc tu me feras le plaisir de les régler sans moi et sans venir m'en rabattre les oreilles, expira-t-il agacé.

Il ramassa ses affaires, ses clés et sa veste, qu'il ne prit pas la peine d'enfiler et partit, laissant la brune, assise sur son bureau, bouche bée.

Il roula inhabituellement vite pour rejoindre son appartement. Les yeux obsédés par l'heure qu'affichait son tableau de bord. Ses affaires fut jetées à l'entrée, tandis qu'il se précipitait sur la télécommande et sans y réfléchir, zappa sur la chaine qui allait retranscrire le match.

Assit sur la table basse, les coudes sur les genoux, il attendait, nerveux, que les présentateurs donnent le coup d'envoi. Ses jambes ne cessaient de tressauter d'impatience et il se morigéna de se mettre dans un tel état.

Voilà quel effet Zero avait sur lui. D'un naturel calme, il se transformait en boule de nerfs. Incapable de rester en place. Aurait-il été dans le même état s'ils ne s'étaient pas engueulés la veille ? Il n'aura jamais la réponse. Peu importe, de toute façon les faits étaient là. Ils avaient passé la nuit séparés et Jude ne savait pas dans quel état d'esprit son amant était parti ce matin.

Dans sa tête, il avait imaginé Zero le regard sombre ou détaché, mais jamais il n'aurait pu imaginer ce que l'écran lui montrait.

Pas de Zero.

Il fixa les joueurs entraient un à un, inquiet.

― Il semblerait que Los Angeles ne soit pas en forme ce soir, rigola un présentateur.

― À votre avis, que pouvons-nous conclure de l'absence de Zero et de la mise sur la touche d'Otis ?

― Vu la tête de ce dernier, je parie que les deux sont liés.

Ils bavassèrent quelques minutes, émettant des hypothèses toutes plus ridicules que la précédente. La caméra fit un gros plan sur le coach, l'œil agar et la mine défaite. Les craintes de Jude semblaient se confirmer, quand la caméra dévia sur le banc de touche. Passant d'un remplaçant à l'autre, quand elle s'arrêta sur un visage amoché, arborant une lèvre et une arcade coupées et enflées, un œil qui sans conteste allait virer au bleu, Otis.

― Mais qu'est-ce que tu as fait ? souffla Jude choqué.

La respiration rapide, il se jeta sur son téléphone et maintes et maintes fois, en vain, essaya de joindre le blond, tombant sans cesse sur sa messagerie.

Son amant envolé dans la nature, il ne savait pas ce qu'il devait craindre. Perdre le contrôle ainsi et mettre sa carrière en péril, ne lui ressemblait pas. Il s'était battu pour en arriva là, tenant sa revanche sur la vie. Alors quoi ? Tous ces efforts pour ça ? Pour tout envoyer valser à la moindre difficulté ?

Mais si ça n'était pas Zero… serait-ce…

― Gideon, expira le brun, craignant les réactions de cette personne qu'il ne connaissait pas.

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A bientôt pour la suite

Sarah