Chapitre 3 : Liberté

Il est là dans son bureau. Je m'avance et je m'assoie sur la chaise en face de lui. Il lève la tête et me souris légèrement. Ni trop, ni trop peu. La juste dose pour que je ne sache toujours pas ce qu'il pense. Est-ce que c'est professionnel, amical, bien plus ? Je ne sais pas.

"Merci."

Il me regarde et là je sais ce qu'il pense. Il est surpris, il ne sait pas comment réagir, il ne s'attendait pas à ce que je lui parle d'hier. Comme un pacte silencieux entre nous je sais que je n'étais pas supposé en parler.

"C'est pas grave. Je n'ai rien dit. On reçu les résultats ADN ?"

"Sara… Je suis désolé…"

C'est à mon tour d'être surprise. Q'est-ce qui lui prend de s'excuser. Il était censé me parler d'ADN, pas de… de ça.

J'ouvre la bouche pour parler mais aucun son ne sort. Je n'arrive pas à articuler les mots. Ils sont comme étouffés dans ma gorge, comme si elle faisait exprès de se serrer le plus fort possible pour bloquer les mots.

"C'est pas grave…On n'a qu'à oublier."

"Grissom… s'il te plait… arrête tout de suite. Ne parle pas d'ADN… Pas maintenant…"

"Sara… Je… Je suis désolée. Sincèrement."

"Non…"

"La peau sous les ongles de la victime appartient à Samantha, elle nous à donc mentit en nous disant q'elle ne l'avait pas vu depuis une semaine. Et aussi…"

Je n'entends plus ce qu'il dit. Le son ne parvient pas jusqu'à mes oreilles. Elles sont bouchées, serrées, comprimées, écrasées tout comme les mots dans ma gorge. Tous ce que je sais c'est qu'il m'a parlé d'ADN et qu'à ce moment mes yeux ont perdus toutes expressions. Bouchées, serrées, comprimées, écrasées.

Je ne peux plus respirer.

"Sara ?"

"Hein ?"

Je suis toujours en vie. Tout a retrouvé son fonctionnement.

"Je te demandais où tu en étais avec les draps ?"

Au moment même où il prononce le mot « draps » je me lève. Je sais que c'est fini, il ne reviendra pas en arrière et continuera de me parler de travail, alors même qu'il sait très bien que je n'ai envie que d'une chose. Ne pas parler de travail.

Je cours dans les couloirs pour atterrir dans les vestiaires. Là je sens mon poing se serrer et aller frapper de toutes ses forces mon casier provoquant un son métallique que tout le labo a du entendre.

J'ai une folle envie de continuer à le frapper encore et encore jusqu'à ce que j'atteigne le mur, que mes mains soient ensanglantées et que je ne puisse plus les lever pour frapper. Mais je ne peux pas le faire. Stupide interdiction des lois morales. Alors je me contente de m'asseoir sur le banc et de le serrer entre mes mains de toutes mes forces. Je sens mes doigts agripper le bois essayant de le comprimer, de le traverser. Mes mains commencent à trembler entraînant mes bras avec elle.

Je serre les mâchoires aussi fort que je sers le banc et c'est mon corps entier qui tremble légèrement. Je sais que c'est à peine visible mais je le sens trembler comme si l'ébullition à l'intérieur de mon corps était trop forte pour être contenu. Il faut qu'elle s'échappe alors mon corps tremble. Il veut pleurer, crier, frapper aussi mais ça je ne le laisserais pas faire. Non je ne le laisserais pas faire. Je n'ai pas envie de pleurer et je ne pleurerais pas. Point final.

À ce moment la porte des vestiaires s'ouvre. Je ne tourne pas la tête. Je ne peux pas quitter la marque laisser par mon poing que je fixe depuis cinq minutes sur mon casier.

"Hey Sara !"

Greg…

"Ça va ?"

"Non, ça ne va pas."

Je ne sais même pas comment j'ai réussi à articuler ces mots sans problème.

"Qu'est-ce qu'il se passe ?"

"Je quitte Las Vegas."

Qu'est-ce que je viens de dire. Je quitte Las Vegas. Je n'ai pas réfléchi avant de parler. Les mots sont sortis tous seuls. Ma réflexion est aussi poussée que la dernière fois, mais je sais que cette fois c'est différent. Je quitte Las Vegas. Et ce ne sera pas une plante, ni des fleurs, ni même un champ de fleurs ou des excuses qui me feront rester. Je quitte Las Vegas et c'est bien mieux comme ça. J'aurais du le faire il y a bien longtemps.

Je quitte Las Vegas. Liberté.