Chapitre 4 : Première mission.
« -Richelieu ! Qu'est-ce donc que ces ordres ?!
Ce fut la façon dont Bretagne réveilla Richelieu. Cette dernière, bien qu'il fût 8h00 du matin, était encore endormie dans les bras de Bismarck. La soirée donnée par les navires de la base de Kure en l'honneur de l'entrée officielle des navires européens dans la flotte japonaise s'était terminée très tard et avait été quelque peu arrosée. Et si Richelieu, pour des raisons d'étiquettes militaire auxquelles tenait absolument Bretagne, fut obligée de rester toute la soirée auprès de leurs hôtes, et donc de ne pouvoir rejoindre son lit, du moins celui de Bismarck, que très tard, le super-dreadnought de première génération lui ne resta qu'au début de la soirée. En effet, Bretagne prit en charge tout l'aspect administratif de l'application des ordres de la Flotte Française d'Extrême Orient.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis l'arrivée de l'ensemble des navires européens à la base de Kure. Néanmoins, en raison de l'activité des flottes des abysses, des communications paralysée en partie par la rupture de certains câbles sous-marins et autres, l'entretiens et la remise à niveau de l'ensemble du matériel européen prit plus de temps que prévu. Les flottes italiennes et allemandes furent les premières à pouvoir reprendre la mer. Le Flotte Française d'Extrême Orient, elle, eut ses ordres en provenance de Paris en dernière, en même temps que le matériel remis par la kanmusu Normandie nécessaire à la réparation du groupe aérien du Joffre.
Cette Normandie-là, car il y en a trois en tout en mer, un liner et deux cuirassés, avait fait un passage éclair à Kure avec sa comparse, Queen Mary. Toute deux formaient l'une des équipe de navire de transports rapide européen en vue de ravitailler les bases d'outre-mer. Elles étaient trop rapides pour les sous-marins des abysses et bien accompagnées, elles représentaient le meilleur moyen de faire parvenir du matériel et du ravitaillement le plus rapidement possible à un point du globe. A peine furent-elles déchargées à Kure et ravitaillée qu'elles reprirent la mer accompagnée de quatre destroyers, deux français et deux de la Royal Navy, ne laissant pas le temps suffisant à Bretagne pour constater l'absence des précieux documents.
Bretagne avait donc multiplié les allers-retours toute la soirée entre le bureau de l'Amiral de la Base de Kure, qui lui fut laissé à disposition le temps de régler les affaires administrative de la flotte, et les hangars de maintenance des équipements afin de s'assurer que les équipes chargé de réparer et d'entretenir le matériel européen était bien au travail et surtout ne faisait pas n'importe quoi. Cependant, à chaque passage, elle tenait à vérifier son équipement personnel, même si celui-ci avait était rangé. Une marque de plus qu'elle n'avait aucunement confiance en la flotte nippone.
A force donc de multiplier les allers-retours et presser l'ambassade de France à Tokyo pour que le Quai d'Orsay renvoie les autorisations administratives, manquantes dans les ordres et placement de la flotte française sous l'autorité de l'Amiral de Kure, Bretagne n'avait pas fermé l'œil de la nuit, chose que Richelieu remarqua immédiatement sur le visage de son second.
-Tu devrais aller dormir plutôt que me venir me réveiller…
-Oh oui allé dormir, alors que ces ordres m'imposent de prendre la mer dans 6 heures et que je les ai reçus d'une jaune qui m'assure qu'ils proviennent du Navire-secrétaire Nagato ! Navire-secrétaire qui est parfaitement au courant que je n'ai pas récupéré et qui, étonnamment, est introuvable !
-Laisse-moi cinq minutes veux-tu… Va donc prendre un petit déjeuner dans un troquet de la base, je te retrouve d'ici peu.
Bismarck, avec le raffut dont était responsable Bretagne et les mouvements de Richelieu entre ses bras ne mit pas beaucoup à voir son rêve quelque peu charnel voler en éclat et remplacer par la vision du dos nu de son ancienne seconde.
-Ca ne va pas la tête d'hurler comme ça dans une chambre !
-La Boche la ferme !
-Bretagne… je viens de me réveiller… j'ai dormis deux pauvres heures et je suis sûre et certaine qu'il y a encore beaucoup d'alcool dans mes veines, alors s'il te plait, baisse d'un ton et arrête d'appeler Bismarck comme cela, mais aussi les japonaises, ça évitera que je gère des problèmes de plus entre notre flotte et les autres…
-Bien commandant. Veuillez m'excuser pour l'intrusion, mais cela reste urgent. Je serai au café Mamiya.
-Très bien.
Bretagne laissa place à son visage énervé un visage froid durant la tenue de son salut avant de le reprendre et quitter d'un pas lourd de sens la chambre de Bismarck et Richelieu ainsi que les dortoirs où les deux cuirassés, allemand et français, avaient été placés.
Le vieux cuirassé français était hors de d'elle. Se faire imposer un ordre de mission aussi grotesque que celui de se faire escorter, avec une certaine Fuso qu'elle devait en plus de cela former, par Aquilla et trois pauvres destroyers inconnu au bataillon. Le cuirassé français avait entendu vaguement parlé de Fuso, mais les retours étaient surtout négatifs car soi-disant, elle apportait sans cesse la malchance partout où elle allait. Au moins elle serait deux se disait Bretagne en prenant une table dans le café de Mamiya. En effet, Bretagne fut la seule des trois navires de sa classe à avoir était coulé par l'ennemi pendant la grande guerre et son naufrage emporta pas moins des trois quart des victimes de la bataille de Mers-el-Kébir. Elle fut la seule à couler durant cette bataille… une malchance comme une autre en temps de guerre. Mais qui lui occupait l'esprit assez souvent et qui la disqualifiait toujours face à sa sœur Lorraine quand il y avait une place de commandement à prendre.
Elle soupira et fut sorti de sa réflexion négative par Mamiya qui, ayant déjà servi les autres clientes, commença à lui faire la conversation, ce qui diminua l'énervement du cuirassé.
-Vous êtes le cuirassé Bretagne c'est ça ?
-Très juste. Et vous êtes ?
-Mamiya, la tenancière de cet établissement. Quelque chose vous ferait plaisir avant votre départ en mission ?
Un brin d'énervement pouvait être lisible sur le visage du cuirassé. Elle ne voulait entendre parler de cette mission qu'elle trouvait stupide non pas par sa nature, mais par la composition de la flotte qui devait l'effectuer.
-Un café noir avec du pain et du beurre.
-Vous semblez tendue… votre mission vous inquiète ?
-La mission ne m'inquiète pas. La composition de la flotte qui doit l'accomplir elle oui. Depuis quand on ordonne à un cuirassés d'escadre d'effectuer une mission d'exploration au beau milieu d'îles perdues du Pacifique…
-Oh ça, l'Amiral doit bien avoir ses raisons. Mais si j'ai bien compris Nagato ce matin, il semble qu'en fait ce soit pour former Fuso que vous fassiez cette mission d'exploration.
-J'avais cru comprendre cela… Devoir former une jaune…Tsss-
-En fait Fuso a été terminée il n'y a que très peu de temps. Et aucun des navires de la flotte actuelle ne possède de disposition de tourelle comme la sienne sauf vous. Il semblerait donc que ce soit pour cela que vous ayez été envoyé avec la Force E…
-Parce qu'en plus elle n'arrive pas à utiliser ses tourelles?! Bretagne se leva et quitta dans un état d'énervement avancé le café. Mamiya surprise par la réaction du cuirassé couru un peu derrière lui jusqu'au bout du chemin menant au troquet.
-Mais Bretagne, ça devrait être un honneur…
-Un honneur ? Un honneur de servir de navire école ? J'ai combattu pendant la Grande Guerre moi ! J'ai donné du feu face aux batteries Turcs, j'ai donné du feu face aux italiens, aux autrichiens et même face aux allemands ! Et maintenant on me fait traverser le globe pour m'occuper d'une jaune qui ne sait pas tirer correctement avec ses tourelles ?
-Hormis le fait que tu n'as pas combattue combattu pendant la Première Guerre Mondiale et que ta vie opérationnelle fut avortée à cause des anglais, je dois te rappeler que c'est grâce à toi si aujourd'hui les cuirassés des classes Normandie et Lyon font partis des unités les plus puissantes de la flotte de l'Atlantique. ALORS OUI TU ES ICI POUR FORMER FUSO !
Mamiya et Bretagne se tournèrent en direction de la voix. Il s'agissait de celle de Richelieu. Cependant, elle était accompagné de Nagato, Mutsu et d'une jeune fille aux cheveux noir de jais, comme ceux de Bretagne, mais longs alors que la coiffure du cuirassé français faisait penser à celle des femmes nobles sous le Second Empire Français. Il n'y avait pas que la coiffure qui rappelait cette époque. L'uniforme de Bretagne ressemblait énormément à celui des amiraux de Napoléon III, à l'exception des collants tricolores, la chose que tous les cuirassés français possédaient.
Le jeune fille, en voyant le regard sombre de Bretagne se plaça légèrement en retrait derrière Nagato qui haussa un sourcil avant de la forcer à se placer à côté d'elle.
-Je suis outrée par la tournure des événements commandant ! Alors que je suis votre second vous…
-Ces ordres sont ceux de notre nouvel amiral qui souhaite former au mieux Fuso avant notre retour pour la métropole et la mise en cale de Yamashiro. .
-Cependant la construction du cuirassé Yamashiro a dû être arrêtée par manque de moyen suite à la multiplication des raides ennemis sur nos routes d'approvisionnement, se permit de compléter Nagato. Une fois qu'elles seront de nouveaux sécurisées, nous pourrons la reprendre. D'ici là, Fuso devrait être en mesure d'avoir suffisamment d'expérience pour former Yamashiro elle-même.
-De fait, comme la Flotte Française d'Extrême Orient est désormais sous commandement japonais, je te demande de te plier aux ordres de Nagato.
-Soit soit… Bretagne détourna le regard et le laissa se poser sur l'eau de la baie de Kure. Je remplirai mes obligations à l'égard du commandement Japonais et de celui de la Force Française d'Extrême Orient.
Le cuirassé français croisa ses mains dans le dos et reprit la direction du café de Mamiya. Elle n'avait pas du tout envie de s'occuper de cette Fuso. Non elle voulait enfin re-gouter au stress de la bataille sans pour autant devoir jeter des coups d'œil partout autour d'elle pour s'assurer que celle qu'elle devait former s'en sortait. Elle avait assez joué au navire école avec la Classe Normandie et la Classe Lyon et maintenant, elle voulait simplement reprendre du service. Enfin, les ordres étaient les ordres et elle était attachée à l'idée de les respecter à la lettre bien qu'ils ne lui conviennent pas.
Cela, Richelieu le savait parfaitement, c'est pourquoi, même si Bretagne laissait clairement apparaître son manque de motivation quant à la réalisation de la mission à venir, le super-dreadnought français pouvait assuré à Nagato et Mutsu que Fuso serait très bien prise en charge. Cette dernière prit elle aussi la direction du café quand Nagato l'y poussa pour qu'elle se présente au vieux cuirassé français.
Bretagne reprit place à la table qu'elle avait violemment délaissée plus tôt et pris soin de s'excuser auprès de Mamiya, lui assurant que son énervement n'avait rien à voir avec elle et qu'une telle saute d'humeur de sa part n'allait plus se reproduire. Mamiya ne lui en avait pas tenu rigueur et servit Bretagne toujours avec ce même sourire apaisant, même pour un vieux cuirassé comme Bretagne qui était très difficile à détendre.
-Excusez-moi Bretagne-san ? Fuso, que Bretagne ne connaissait pas et ce fut pourquoi le cuirassé regarda la jeune fille avec un air interrogateur, s'était adressée dans un français approximatif qu'elle avait dû apprendre sur les conseils de Nagato après quelques discussions à distance avec Richelieu et Bismarck.
-Oui ? C'est pour… ?
-Je suis le cuirassé super-dreadnought Fuso dont vous devez assurer la formation. Je…
-Passez-moi vos politesses de jaunes et asseyez-vous. Et dites à vos trois macaques de venir aussi au lieu de rester à leur table et nous regarder comme si nous étions des extra-terrestres.
Les trois macaques en question n'étaient autres que les trois destroyers qui étaient en charge de l'escorte de Bretagne et Fuso pendant la mission d'exploration. Il s'agissait de trois des quatre premiers navires de la Classe Shiratsuyu. Shiratsuyu elle-même, Shigure et Murasame. La quatrième, Yuudachi, devait rester à Kure pour les manœuvres communes entre les flottes européennes et la flotte japonaise.
-Euh… tout de suite Bretagne-san… le cuirassé japonais continua dans sa langue natale Shiratsuyu, Shigure, Murasame, Bretagne-san voudrait qu'on soit toute là pour parler de la mission.
Les trois destroyers se regardèrent un instant puis quittèrent leur table avec leur plat et se posèrent aux places restantes. Bretagne présidait, Fuso avait pris sa droite et Shiratsuyu sa gauche. Murasame se mit à côté de Fuso et Shigure de sa sœur.
-Bien, je ferai l'effort de parler en anglais avec vous. Ne vous attendez pas à ce que j'en fasse davantage, surtout que normalement, vous devriez savoir parler français vu que nous sommes à l'origine de votre marine. Enfin passons… Mamiya posa le café de Bretagne en face de celle-ci et prit la commande de Fuso. Bretagne resta silencieuse le temps que Mamiya fasse office puis reprit. Notre mission est de patrouiller dans les mers du sud afin de trouver les routes majeurs, localiser les bases principales et neutraliser les flottes de patrouille des Abysses dans cette région le temps que le corps principal supprime toute menace au nord. La recherche d'informations est capitale vous l'aurez donc comprise. Notre base sera celle de Truk. Des questions ?
Les jeunes filles se regardèrent puis Shiratsuyu leva la main. Bretagne soupira, indiqua au destroyer qu'elle n'était pas en cours ici à la différence de Fuso, qu'elle devait donc s'adresser à elle comme si elle s'adressait à un supérieur.
-Bretagne-san puis-je ?
-Allez-y destroyer Shiratsuyu.
-Ma question est double. Tout d'abord, aurons-nous par la suite un renforcement de nos effectifs ? Ensuite, ne devons-nous pas avoir le soutien d'un porte avion ?
-Vous me surprenez destroyer Shiratsuyu. Deux excellentes questions. Bretagne se mit à tartiner une tranche de pain sans même regarder Shiratsuyu ou même son élève. Fuso, premier court, lorsqu'un subordonné pose de bonnes questions, il est très important de le lui signifier ouvertement et ce quelle que soit la situation et le profond manque de confiance envers lui que l'on peut éprouver envers lui. Cela renforce sa confiance en lui et cela peut redonner courage au cours d'une bataille. En tant que capital-ship, vous devez savoir ça. Fuso hocha la tête pour signifier qu'elle en avait pris bonne note puis Bretagne reprit en se penchant légèrement vers Shiratsuyu. Alors pour répondre d'abord à votre seconde question, le porte-avion en question est le porte avion léger Aquilla de la Regia Marina. La connaissant, elle doit surement être aux bains. Elle nous rejoindra sur les quaies où je l'informerai des tenants et des aboutissants de la mission. Quant à votre première question qui est surement la plus intéressante des deux, Nagato enverra à ma demande des effectifs supplémentaires lorsque j'en sentirai le besoin. D'autres questions ?
-Bretagne-san ?
-Destroyer Murasame ?
-Comment doit-on vous appeler ? Je veux dire… On vous appelle Bretagne-san mais si vous préférez une autre appellation…
-En flotte comme ceci, vous pouvez m'appeler comme vous le souhaitez, tout en gardant à l'esprit que je suis votre navire amiral. Les destroyers se regardèrent un peu surprises dans la mesure où Bretagne s'était autoproclamée navire amiral, chose qui n'arrivait jamais dans la flotte nipponne car les kanmusus avaient tendance à trouver un accord s'il n'y avait pas d'ordre de l'Amiral. Le vieux cuirassé français ne prêta aucune attention à ces mimiques et continua après avoir fini une tartine. De fait, Bretagne-san ira très bien, mais n'envisageait même pas de m'appeler avec vos suffixes affectueux. En réunion officielle, vous ne vous adressez à moi que lorsque je vous en donne la permission et surtout en rappelant mon rang et ma classe.
-Navire-Amiral Cuirassé Bretagne ? Demanda alors Shigure.
-Exact destroyer Shigure. Quant à moi, je vous appellerai comme je le fait actuellement sauf s'il advenait que nous nous retrouvions au dock ensemble. Deuxième leçon Fuso, un navire-amiral ne fait pas parti de la troupe, il est au-dessus. Les navires qu'il commande lui doivent le respect le plus total et cela passe par l'appellation. Celle-ci doit être formelle en présence des autres escadres, respectueuse au sein de l'escadre et peut aller jusqu'à l'affectif en privé ou dans les endroits où nous sommes toutes à nue comme les bains.
-Je vois Bretagne-san…
-Aquilla sera la seconde de cette escadre. Quant à vous destroyer Shiratsuyu, vous prendrez la tête de l'escorte avec Murasame. Shigure, vous assurerez l'escorte rapprochée d'Aquilla. Des objections ?
Toutes les filles répondirent d'un franc non tandis que Bretagne finissait son café. Suite à cela, elle se leva, paya Mamiya puis sortie en invitant Fuso à la suivre. Le cuirassé japonais se leva, allait en faire de même auprès du navire de ravitaillement, mais celle-ci lui assura que Bretagne avait tout pris à sa charge, même pour les destroyers. Lorsqu'elle sortit, elle voulue remercier Bretagne qui l'arrêta avant qu'elle ne finisse.
« -J'ai beau ne pas avoir envie de vous gérer, n'avoir aucune confiance ni en vous ni envers l'escorte que je dois supporter, je reste tout de même votre supérieure. Il est donc de mon devoir d'assurer un certain niveau d'étiquette à cette escadre. Enfin… Bretagne croisa ses mains dans son dos et prit la direction des bains. Il nous reste environ cinq heures avant notre départ cuirassé Fuso. M'accompagnerez-vous aux bains pour participer à ma réunion avec Aquilla ?
Fuso suivait de près Bretagne et lorsque le vieux cuirassé lui posa la question, elle se mit à son niveau, tout en conservant une certaine timidité.
-Bretagne-san, je suis désolée, mais si je peux profiter de ces heures pour dire un dernier au revoir aux autres kanmusus…
-Mauvaise réponse cuirassé Fuso.
-Com-
-Vous êtes sous mes ordres directs. Ce que je viens de vous dire était une question rhétorique. Vous n'aviez donc pas le choix. Apprenez-le, lorsque votre navire-amiral vous propose quelque chose, ne lui refusait jamais. Sauf si évidemment cela va à l'encontre de tous vos principes et peut mettre votre vie en danger, en tout cas si ce qu'il vous demande n'est pas un ordre lors d'une bataille.
-Désolée Bretagne-san, je ne savais pas…
-Biensur que vous ne savez pas. Vous ne savez rien, vous êtes un navire de guerre d'un pays qui se veut civilisé alors qu'il n'en est rien et cela ne m'étonne en rien pour une jaune ! Donc, pour en revenir à cette réunion, vous allez venir avec moi et je vous libérerai suffisamment tôt pour que vous puissiez faire vos « au-revoir » avec vos collègues de cette base.
-Merci Bretagne-san.
-Hm…»
Les deux cuirassés continuèrent de marcher jusqu'aux bains. Fuso avait repris sa place légèrement en retrait de Bretagne qui marchait rapidement. Les talons du cuirassé français claquaient sur le sol pavé des trottoirs de l'Arsenal de Kure. Le cuirassé japonais quant à lui observait avec attention son supérieur et mentor pour l'heure. Elle devait être plus grande que Bretagne d'environ dix à quinze centimètres, leur poitrines n'étaient pas vraiment comparable, il faut dire que leur tonnage n'avaient aucun point commun. Mais l'uniforme de Bretagne avait une allure certaine avec les dorures et les belles épaulettes de celui-ci.
Bretagne avait rapidement regardé le cuirassé japonais pendant leur petit déjeuner. Il ne lui en fallait pas beaucoup plus pour se faire une idée de celle qu'elle allait devoir entraîner. Fuso était introvertie, timide, avait tendance à être un peu trop docile, ce que Bretagne aurait pu apprécier d'une conquête d'un soir, mais certainement pas d'un officier subalterne, et n'avait pas confiance en ses capacités. Il lui fallait donc faire un peu plus que simplement lui apprendre à utiliser ses tourelles. Un challenge que le cuirassé français avait bien l'intention de relever. En effet, ce serait une revanche de plus sur la Royal Navy, en qui elle n'avait aucune confiance et qu'elle ne supportait pas du tout, que de pouvoir former correctement Fuso. Bretagne confondait sans cesse les deux premières unités de la classe Kongo avec Fuso et Yamashiro, et il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour s'en rendre de nouveau compte.
Alors que les deux cuirassés entraient dans les vestiaires des bains, le cuirassé français demanda à Fuso pourquoi elle parlait aussi mal anglais alors qu'elle était née dans la perfide Albion.
« -Excusez-moi Bretagne-san, mais vous devez confondre avec les cuirassés rapide Kongo et Hiei. Elles deux sont nées au Royaume-Uni, comme Mikasa-san longtemps avant elles.
-Mikasa ?... Hm, celle qui a commandé la flotte nippone lors de la bataille de Tsushima. Il me semble que Danton entretient une correspondance avec elle.
-J'ai cru voir sur son bureau à Tokyo des lettres écrites en français, avec de belles lettres latines.
-De la part de Danton, ça ne m'étonnerait pas. Mikasa se trouve donc à Tokyo.
-Oui, elle est auprès de l'Amiral en chef de la flotte du Japon.
-Soit, je lui rendrai visite afin de lui remettre un cadeau de Danton. Pour ce qui est de la confusion ma chère Fuso, je m'en excuse.
Le ton de Bretagne avait changé. Bien que Fuso puisse encore sentir une pointe d'autorité dans la voix du cuirassé français, ce dernier, alors qu'il s'enroulait dans une serviette, était devenu moins froid qu'auparavant. Fuso avait, elle aussi, quitté son habit pour une simple serviette. Voyant que Bretagne cherchait où était l'entrée des bains, le cuirassé japonais lui tapota l'épaule.
-Ce n'est pas grave Bretagne-san, on se ressemble un peu avec Kongo à cause de nos habits. Suivez-moi que je vous montre les bains.
-Fort bien… ah merci. J'ai encore du mal avec le japonais. Fort heureusement, il paraît que votre Navire secrétaire à fait poser des panneaux en français à Truk. Il ne manquerait plus que je perde mon temps à apprendre le japonais !
-Vous devriez essayer Bretagne-san. Cela faciliterait le travail de Nagato-san et surtout la transmission des informations entre les kanmusus de notre flotte.
-Notre ? Bretagne s'arrêta et posa un regard interrogateur et hautain à Fuso, lui faisant comprendre que le « notre » était de trop.
Fuso, qui était devant le cuirassé français se retourna et regarda Bretagne avant de baisser les yeux. Bien que Bretagne soit moins armée qu'elle et plus petite, elle dégageait une aura imposante. Lui tenir tête, pour une jeune fille au caractère timide, serait une folie. Elle resta un instant le regard baissé avant de reprendre sa marche sur le peu de chemin qu'il restait à parcourir vers la porte des bassins.
-La flotte… entre les kanmusus de la flotte… Bretagne-san.
-Je préfère… je considérerai peut-être votre proposition Fuso s'il advient que des problèmes apparaissent pendant les opérations. Ah, nous voilà… »
Les deux cuirassés entrèrent dans les bains et tandis que Bretagne regardait autour d'elle, Fuso commença à entrer dans le bassin principal. Elle qui voulait entrer tranquillement dans l'eau chaude n'eut pourtant pas cette chance. Alors que son pied droit se posait au fond du bassin, ce même pied glissa. Le cuirassé japonais lâcha un cri de surprise alors qu'elle basculait en arrière et par appréhension de la chute, ferma les yeux.
Pourtant, rien ne survint. La seule chose qu'elle sentit, c'est quelque de moue et chaud qui amortit sa glissade. Cette même chaleur, Fuso la sentait au niveau de son ventre et se sa poitrine. Elle l'enlaçait fermement sans pour autant faire mal. Le cuirassé japonais rouvrit les yeux et se rendit compte qu'elle était tombée sur Bretagne qui avait basculé en arrière en voulant la rattraper et la tenait au niveau du ventre et des seins. Le cuirassé japonais tenta de se lever mais le cuirassé continuait de la tenir et elle comprit rapidement pourquoi. Tandis qu'elle tombait sur Bretagne, le dos de cette dernière rencontra violemment les marches carrelées du bain, l'immobilisant un moment à cause de la douleur. Le vieux cuirassé ne disait rien et dès que Fuso bougeait pour se dégager et aider Bretagne, elle laissait entendre de légers gémissements de douleur. Les deux cuirassés restèrent quelques minutes dans cette position avant que Bretagne ne finisse par se rendre compte qu'elle tenait Fuso au niveau de la poitrine. Elle poussa doucement Fuso qui se sentant libérée se leva pour aider le cuirassé français. Ce dernier avec le teint plus rouge qu'accoutumé à cause du contacte qu'elle avait eu avec Fuso, sans pour autant lui faire perdre toute contenance.
« -Je suis désolé Bretagne-san, ma malchance ma fait tombée je…
-Ce n'est pas grave Fuso, ce n'est pas grave. J'ai connu pire et ça ne fera que quelques marques dans mon dos rien de plus.
-Je suis encore désolée je ne voulais pas…
-Je m'en doute Fuso que vous ne vouliez pas. Vous n'avez encore aucune raison de me vouloir morte. AQUILLA !
Le cuirassé, le visage toujours teinté de rouge au souvenir de la sensation de la peau de Fuso contre la sienne, avait fermé les yeux et croisé les bras en attendant que le porte avion italien se manifeste. Fuso se rapprocha doucement de Bretagne et finit par être à côté d'elle.
-Bretagne-san…
-Une seule remarque sur les couleurs de mon visage et je vous fais manger les algues de tout le lagon de Truk…
Fuso sur le coup n'avait pas compris puis en remarquant la raison d'une telle menace, elle resta silencieuse. Mais Aquilla ne tarda pas à rompre celui-ci.
-Elle en mange déjà tu sais.
-Tu es lente Aquila…
-Lente ?! Moi lente ?! J'ai traversé tous les bains quasiment en courant ! fit le porte avion léger en se glissant dans le bassin principal.
-Peu importe. Aquila, je te présente le cuirassé Fuso, elle sera mon « élève » durant toute la durée de notre mission dans les îles du sud Pacifique.
-Enchantée Fuso. Le porte avion léger fit un rapide salue qui arracha une grimace à Bretagne à cause du traditionnel manque de formalisme de l'Italienne.
-Ravie de vous rencontrer Aquila-san.
-Oh, merci Fuso tu viens de me faire penser à quelque chose. Bretagne ?~
-Quoi ?... le regard noir de Bretagne se posa sur le porte avion léger qui, malgré cette aura pesante qui émanait du cuirassé français, s'approcha et serra le bras du vieux cuirassé contre elle.
Aquila savait comment rendre confuse Bretagne. Cette dernière avait une droiture exemplaire. Mais à cause de celle-ci, n'avait entretenue que de très courtes liaisons plus de l'ordre de la conquête d'un soir qu'autre chose, habitude qui lui venait directement de Courbet. Dès lors, dès qu'un contacte « humain » devenait trop important et qu'elle ne l'avait pas souhaité, le cuirassé français rougissait. Si le contact devenait trop important, elle finissait par perdre ses moyens. Or, dans un bain, où les trois kanmusus n'avaient pour habit qu'une simple serviette, Aquila se savait en position de force face à Bretagne.
-Je peux t'appeler Bretagne-chan ?~
-Non. La réponse de Bretagne fut nette. Mais son visage qui redevenait rouge trahissait sa gêne face à une Aquila de plus en plus collée à elle.
-Allé… laisse-moi t'appeler Bretagne-chan… le porte avion léger se colla de façon quasi outrancière à Bretagne, qui se tendit en réponse, et approcha sa bouche de l'oreille du cuirassé pour la mordre doucement avant de se rassoir à côté du cuirassé. Alors ?
-…..
Bretagne était rouge de gêne et par réflexe, fuit de l'autre côté du bassin dans l'espoir que les deux autres ne voient pas les couleurs de son visage.
-Bretagne-chan, tu es tellement mignonne quand tu rougis~
Malgré sa gêne, le cuirassé français jetait un regard noir au porte-avion qui s'adossa contre le rebord du bain, fière d'avoir encore une fois pu perturber le cuirassé français. Il s'agissait de l'un de ses passe-temps favori de taquiner Joffre et Bretagne. La première parce qu'elle perdait ses moyens rapidement quand elle était prise par surprise, lorsqu'elle n'était pas en combat bien évidemment, et alors se mettait à bégayer tout en essayant de repousser l'Italienne, chose qui faisait sans cesse craquer ledit porte-avion et qui était la source de sa jalousie envers Graf-Zeppelin qui passait son temps à utiliser le porte-avion d'escadre français comme sa peluche personnelle.
Pour Bretagne, c'est uniquement pour la forcer à se détendre un peu. Le vieux cuirassé, tout comme ses deux sister-ships avait hérité de la sévérité et du sens de l'honneur de leurs grandes sœurs, actuelles navires de commandement des différentes flottes Françaises.
-Hm Hm… Cessons la plaisanterie…
-Roh pour une fois que je peux m'amuser avec toi Bretagne-chan !
Fuso regardait les deux européennes alternativement et laissa se dessiner un sourire sur son visage. Sa première rencontre avec Bretagne lui avait donné de mauvais pressentiments quant à l'atmosphère de la mission. Mais il semblait que Bretagne puisse être davantage souple qu'elle ne le laissait paraître.
-Arrête avec ce « chan » Aquila… enfin, comme tu n'étais pas là au petit déjeuner, je suis venue juste pour te dire que nous partons dans les mers du sud Pacifique faire une mission de reconnaissance et de destruction des bases des abysses dans la région. Tu as le rôle du soutien aérien et sera escortée par un destroyer japonais du nom de…
Bretagne n'avait pas encore retenue le nom du destroyer en question. Bien qu'elle n'ait pas envie de retenir le nom d'une jaune de plus, elle avait pour habitude le connaître le nom de tous ses subalternes. Et si là elle évoluait avec une petite flotte, habituellement elle évoluait dans de très grandes escadres, d'où la nécessité, pour des raisons d'efficacité, de connaître tous les noms.
-Shigure, elle s'appelle Shigure, destroyer de la classe Shiratsuyu. Compléta Fuso avec sa voix légère.
-Merci bien. Donc je te conseille d'aller la voir Aquila avant que nous ne prenions la mer. Nous n'avons pas le temps de faire des essaies avant d'être en sécurité à Truk. Sur ce, vous pouvez disposer. »
Bretagne se leva et quitta le bassin. Fuso remarqua les hématomes dans le dos du cuirassé et cette vision détourna le regard. Elle avait de quoi se sentir coupable car sa malchance avait encore frappée. Alors qu'elle allait quitter elle aussi les bains pour dire au-revoir à ses camarades, Aquila se leva et l'accompagna.
« -Dit moi Fuso, que penses-tu de Bretagne-chan ?
-Hein ? Euh… elle a l'air très compétente et très attachée à sa fonction.
-Roh ne te cache pas derrière ton formalisme. Je ne suis pas la police secrète de notre cher navire Amiral. Je voulais savoir comment tu la trouves physiquement, mentalement tout ça.
-Aquila-san, je ne sais pas… je ne la connais que depuis deux heures.
-Avoue que tu as aimé être entre ses bras hm ?
-C…co…comment as-tu ?
Un sourire de satisfaction se dessinait sur le visage du porte avion. Elle aimait tellement taquiner ses camarades.
-Je n'ai fait que regarder. Après, je n'ai pas tout compris.
-Je suis tombée sur elle ! Je n'ai aucune relation avec le navire-amiral Bretagne, Aquila-san !
-Si si, pas encore.
Les deux navires de guerre se rhabillèrent et Aquila resta à côté du cuirassé japonais qui marchait en direction des dortoirs.
-Aquila-san ?
-Si ?
-Pourquoi n'allez-vous pas dire au revoir à vos amies européennes ?
-Aucun intérêt. Mais connaissant Graf, elle va aller chercher Joffre et me diront au revoir depuis les quais.
-Et les autres italiennes ? Vous ne vous entendez pas avec elles ?
-Ne m'en parle pas. Elles comprennent pas l'intérêt d'un porte avion de toute façon et puis, je n'ai pas beaucoup de relations proches avec elles, vu qu'elles... j'en ai plus avec Strasbourg par exemple. Mais Bretagne ira lui dire au revoir pour moi.
-Ne serez-ce pas vous qui n'aimez pas les au revoir Aquila-san ?
Aquila qui avait croisé ses bras derrière sa tête s'arrêta à la question de Fuso et devint tout à coup toute sombre.
-En Méditerranée, il n'y avait pas d'au revoir… seulement des adieux… le porte avion italien reprit soudainement un air jovial alors que Fuso s'en voulait d'avoir abordé un sujet qui semblait sensible pour l'Italienne. Bon, on ne va pas rester planter ici ! Elles sont où tes camarades !
Aquila reprit sa marche et Fuso la rejoint.
-Désolée d'avoir abordée ce sujet… je ne pensais pas…
-Roh ne t'inquiète pas Fuso-chan ! Nous avons tous des pertes, il n'en reste pas moins que la vie continue. Oh ! Ça sent le sucre !
Le porte-avion se mit à courir en direction de l'origine de l'odeur. Fuso, plus élevée en tonnage, avait un peu de mal à le suivre et, étant essoufflée, n'arrivait guère à lui demander de ne pas aller par là car il s'agissait des dortoirs des porte-avions et plus précisément de celui de Hosho.
-Aquila-san ! A…ar…arrêtez-vous… s'il vous… plaît… normalement… je ne… dois pas… être… ici….
-Qué ? Depuis quand on ne peut pas aller entre les dortoirs ? Vous êtes bizarres les japonais…
Le porte-avion continua alors à chercher l'origine de l'odeur de sucre, mais cette fois-ci en laissant Fuso se rapprocher.
-Ce n'est pas que l'on n'a pas le droit, c'est plutôt qu'a cette heure-ci, Hosho n'aime pas être dérangée.
-Hosho ?
-Hm… La « mère » de tous les porte-avions japonais.
-Ah je vois maintenant, comme Béarn et Ark Royal en quelque sorte ?
-C'est ça…
-Se pourrait-il qu'on parle de moi ?
Une jeune femme aux alentours de la trentaine, un peu comme Bretagne, avec un plateau en bois à la main et à ses côtés une jeune fille qui semblait être un porte-avion, interpela Fuso et Aquila depuis le parvis d'une maison sur pilotis typiquement japonaise.
-Hosho-san ! Désolé de vous déranger, je disais à Aquila-san qu'il ne fal…
-Aquila ? La jeune porte avion italien ? demanda Hosho en donnant le plateau qu'elle tenait au porte avion qui l'accompagnait.
Aquila regarda le porte avion japonais avant de la saluer formellement, comme elle avait pris l'habitude de le faire sous le commandement de Graf Zeppelin.
-RM Aquila, porte avion léger de la Regia Marina. Ravie de vous rencontrer !
-Oh, ne soyez pas si formel avec moi. Je suis Hosho, porte avion d'entraînement de sa majesté l'empereur du Japon. Je vous attendais.
-Vous m'attendiez ? dit Aquila en abandonnant sa posture formelle.
-En quelque sorte. J'aurai espéré que vos amies Graf Zeppelin et Joffre aient été avec vous, mais il semble que vous partiez aujourd'hui… je leur ferai la présentation de mes filles plus tard. Vous voulez manger quelque chose en attendant qu'elles n'arrivent ?
-Comment refuser !
-Puisque vous avez trouvé à faire, je vais vous laisser Aquila-san. N'oubliez pas que nous devons être aux quais de lancement dans quatre heures.
-Ne t'inquiète pas Fuso-san, je ne compte pas la retenir aussi longtemps.
Le cuirassé japonais salua Hosho puis prit la direction des dortoirs pour faire ses adieux à ses camarades. Alors qu'elle marchait, elle aperçue au loin Bretagne qui discutait avec ce qui semblait être deux croiseurs, très certainement Algérie et Georges Leygues. Tandis que le vieux cuirassé français faisait face à la mer avec ce qui semblait être une cigarette au bout des lèvres, les deux croiseurs étaient juste derrière elle, assises sur un banc. Mais elle ne resta pas à regarder cela très longtemps. Il ne lui restait plus que quelques heures avant le départ pour parler aux autres japonaises.
Et ces heures passèrent à toute vitesse. Tous les navires qui participaient à l'expédition en mer du Sud furent pris par le temps. Sauf Bretagne qui, forte de son commandement auto-proclamé, était depuis un moment sur les quais à s'assurer que les équipes de maintenance n'avaient pas fait n'importe quoi avec son équipement et celui d'Aquila. Pour les autres, ce fut la voix de Nagato, robotisée par le son imparfait des haut-parleurs de la base de Kure, qui les rappela à leurs obligations. Les cinq navires de guerre au corps de femme ne tardèrent donc pas à rejoindre Bretagne qui leur transmit les derniers ordres.
Avant de s'élancer, Graf Zeppelin et Joffre vinrent auprès d'Aquila pour lui souhaiter bonne chance. Le porte avion d'escadre français avait presque les larmes aux yeux tandis que le porte avion lourd allemand, toujours aussi froid, vérifiait qu'Aquila se soit bien préparée pour un voyage qui se voudrait surement plus long que ne le pensait Nagato. En effet, Bretagne, la plus lente de tous les navires, avait clairement dit qu'elle ne donnerait pas de sa vitesse maximale afin de ne pas se fatiguer pour la mission à venir. De fait, il était fort probable que le voyage ne dure au moins une demi-journée de plus. En soit, il ne s'agissait pas de quelque chose de gênant. Du moins c'est ce que pensait les trois portes avions.
Lorsque l'alarme de lancement se fit entendre, Graf Zeppelin prit Joffre par les épaules et la poussa vers l'extérieur. Cependant le porte avion français se dégagea et fit un dernier câlin à Aquila qui ne demandait que cela.
Ce fut Bretagne qui, avec un regard compatissant, posa une main sur l'épaule d'Aquila et lui dit qu'il était temps. Le porte avion léger serra une dernière fois le porte avion d'escadre contre elle puis donna un salue à Graf Zeppelin qui le lui rendit avec un léger sourire avant de disparaître avec Joffre.
Les six kanmusus s'alignèrent et attendirent que leur nom soit mentionné par le haut-parleur pour se lancer.
Les deux premières à partir furent Aquila et Shigure. Le destroyer sortit en premier, suivi de très près par le porte avion léger qui, à la différence de son escorte, ne manifestait pas une joie immense à partir en mission. Cela était certainement dû au fait qu'elle ait été obligée de se séparer de sa flotte habituelle dit Bretagne à Fuso lorsque celles-ci remarquèrent l'attitude du d'Aquila après être sortie elles-aussi et avoir rejoint Shigure et le porte avion.
Alors que les six filles-navires se mettaient en formation, Bretagne lâcha un ultime sourire à Richelieu qui, accompagnée de Bismarck, regardait la flotte prendre la direction du large. Richelieu savait que Bretagne allait faire de son mieux pour répondre à toutes les exigences de sa mission, comme Bretagne savait que Richelieu n'allait pas profiter de son absence pour faire n'importe quoi avec la Flotte Française d'Extrême Orient. Elles se faisaient mutuellement confiance et s'appréciaient beaucoup. D'où cet ultime échange avant que Bretagne n'ordonne d'un ton ferme à toute la flotte de prendre sa vitesse de croisière et mettre le cap sur fortifié l'atoll Truk.
La route pour Truk devait être longue, et cela, les destroyers japonais, n'allaient pas l'apprécier. Plus les routes sont longues, plus il y a de risques de phénomènes climatiques défavorable, ce que les petits navires de surface n'avaient pas pour habitude d'apprécier, surtout que cela pouvait être dangereux pour elles. A cela s'ajoutait leur navire amiral, Bretagne, qui n'avait pas l'intention de donner du maximum de sa vitesse pour rendre le voyage moins long.
Cette décision du cuirassé français gênait quelque peu Fuso qui au lieu de donner de ses traditionnels 29 ktn, devait se contenter des 20ktn de croisière du vieux cuirassé français. Ce dernier savait parfaitement quelle posait un problème à cause de sa vitesse. Celle-ci cependant ne posait pas de problème à Aquila dans la mesure où elle était très bien escortée à la fois contre les avions et contre les attaques sous-marines des flottes des Abysses. Mais cela ne suffirait certainement pas à servir de raisons pour voir les destroyers de « se rebeller » contre Bretagne, autrement dit, de rompre la formation pour s'amuser. Le cuirassé français décida donc de garder en activité les destroyers avec des simulations de manœuvres d'escorte, d'attaque, et de défense.
Shigure se plaça directement dans la ligne d'Aquila tandis que les deux cuirassés se placèrent de part et d'autre du porte avion. Shiratsuyu et Murasame prirent respectivement position à la tête et à la suite de la formation en vue de répondre à une quelconque attaque sous-marine.
Une fois la formation prise, Bretagne commença l'entraînement.
« -Aquila, tir un escadron de chasseur, ils simuleront des bombardements en piqués puis des attaques à la torpille.
-Je n'ai pas spécialement envie de me faire détruire mes avions… quand bien même ils s'agissent d'appareils d'entrainement.
-Les tirs seront simulés. Murasame, Shiratsuyu, Fuso, en position.
Les trois navires se tinrent prêt tandis qu'Aquila tirait trois flèches de suite, laissant apparaitre des Folgore navalisés.
-Attaque en piqué par tribord et par babord Aquila. Tu définis la cible et à nous de la découvrir.
-Si !
Les deux escadrilles de folgore prirent de l'altitude avant d'entamer une la simulation de bombardement en piquet. Le défaut qu'avait les Folgore, pour Bretagne, c'est à la différence des Ju 87, ils n'avaient pas cette corne de brume faisant un bruit effroyable. Néanmoins les autres navires se mirent en place avec sérieux et simulèrent les tirs. Même le vieux cuirassé.
Cependant, lorsqu'Aquila annonça qu'elle avait visé Fuso, le visage du cuirassé français s'assombrit. Les destroyers par réflexe s'étaient rapproché d'Aquila tandis que Fuso et Bretagne avaient étaient délaissées, ce qui les rendaient vulnérable. Il fut donc retenter une approche, qui fut plus concluante. Cela laissait présager du bon pour l'avenir de cette escadre pensait le cuirassé français. Même si Fuso avait encore énormément à « apprendre ».
Le voyage se passa sans encombres jusqu'à Truk où Bretagne fut surprise de retrouver d'autres batiments de la Marine Impériale Japonaises.
Nagato les avait détournés vers la base des mers du Sud pour soutenir la flotte de Bretagne dans ses opérations futures. Désormais, en plus d'Aquila, Fuso et les trois destroyers, le vieux cuirassé français avait à sa disposition le croiseur lourd Tone, les croiseurs légers Kuma et Tama et le porte avion léger Ryujo accompagné de son escorte constitué des destroyers Kagerō et Shiranuhi. Bien qu'elle aurait préféré avoir un cuirassé de plus, et plus précisément avoir un bâtiment semblable à sa classe comme une classe Kongo, plutôt qu'un porte avion, son manque d'affection pour ce genre de bâtiment avait vite été compris par les kanmusus japonaises l'ayant accompagnée depuis Kure, elle ne rejeta pas l'aide qui lui avait été envoyé in extremis.
Le lendemain de leur arrivé à Truk, les navires qui constituaient ce qui s'appelait désormais la « Force de Raid du Sud » furent rassemblés dans la salle de réunion de l'île où Bretagne allait leur présenter l'objectif principal de leur flotte en plus de paralyser les routes de ravitaillement des Abysses. Le cuirassé français déploya une large carte de la région et pointa une petite île avec son doigt.
« -Camarades, voici notre objectif principal !
Les kanmusus se rapprochèrent pour en lire le nom. Ryujo regarda intriguée Bretagne en fronçant les sourcils.
-Les îles Salomon ? Nous n'en avons plus de nouvelles depuis des mois entiers et nous avons perdus plusieurs sous-marins dans cette région.
-C'est exactement pour cela que les ordres de Kure nous ont demandé d'aller voir ce qui s'y passe et prendre le mesure adéquate pour mettre un terme à ces disparitions.
-Et notre mission en vu de patrouiller dans cette région ? demanda Murasame avec un air inquiet, comme si une mission aussi mystérieuse ne lui donnait pas une envie soudaine de prendre la mer.
-Il s'agit de la première partie de celle-ci. Une fois cette région mise en dehors de la zone d'influence ennemie, nous poursuivront vers le sud et envisageront la destruction de la base d'Hendersen qui est occupé par une flotte secondaire des abysses. C'est cette flotte qui pose un grave problème actuellement dans cette région et qui a mis hors combat pour longtemps les kanmusus néerlandaises et australiennes. »
Guadalcanal… la simple pensée de cela glaça le sang de toutes les kanmusus japonaises. Ce nom raisonnait à l'instar d'une mélodie mortuaire, comme Midway, comme les Philippines… Mais cela, Bretagne ne s'en préoccupait pas. Pour elle, Guadalcanal serait le lieu d'une bataille qui mènera à leur victoire, ou à la défaite de toute sa flotte.
