Profitant des quelques minutes de liberté qu'il lui restait pendant que sa mère mettait Alfred au lit, Ellie courut en pyjama dans la cuisine et se hissa sur les genoux de son père, qui lisait la Gazette du Sorcier devant une tasse de thé. Reg plia le journal en voyant arriver sa fille, mais pas assez vite.

— C'est qui ? demanda Ellie en désignant la photo à la une du j ournal d'un petit doigt.

Il était bizarre ce monsieur. Elle ne savait pas quel genre de personne n'avait pas de nez. Peut-être que ça serait quelque chose qu'elle apprendrait à Poudlard, dans cinq ans.

— Oh ça, c'est…
— À ton tour, Ellie ! dit Mary en entrant dans la cuisine.
— Mais je suis pas fatiguééééééééée ! mentit Ellie.

Quand la fillette sauta des genoux de son père et s'en fut vers la chambre qu'elle partageait avec Maisie, Reg fut soulagé de voir qu'elle ne jeta pas de coup d'œil vers la Gazette.

Une fois la lumière éteinte et les couvertures remontées jusqu'au menton, sa peluche en forme d'hippogriffe dans les bras, Ellie ne tarda pas à plonger vers le sommeil.

Au bout d'un moment, elle ouvrit les yeux dans l'obscurité qui l'entourait. Toute la pièce était plongée dans le noir, sauf un rai de lumière qui venait d'un plafond invisible, qui illuminait un petit carré au sol et faisait scintiller les grains de poussière qui y tournoyaient.

Dans un coin, à quelques mètres devant elle, une forme silencieuse se tenait. Elle ne bougeait pas mais Ellie l'entendait respirer, comme un long sifflement dans le noir. Elle plissait les yeux, essayant de percer l'obscurité et de voir le visage de l'inconnu qui partageait la noirceur avec elle, mais peine perdue, elle ne voyait rien. Il devait porter une longue cape noire, peut-être même une capuche.

— Monsieur ? appela-t-elle d'une petite voix courageuse. Qui êtes-vous ?

L'inconnu ne répondit pas, mais elle vit – ou plutôt, devina – la tête se tourner. La figure s'avança, se laissant petit à petit toucher par le rai de lumière. D'abord, les pieds blancs, dépassant d'une robe noire, comme l'avait deviné Ellie. Le long corps fin, sans une once de graisse, comme s'il n'avait pas mangé depuis des mois. La fillette voulut lui demander s'il était malade, mais sa bouche s'était asséchée et elle ne pouvait dire un mot.

Puis, elle vit son visage. Aussi blanc que ses pieds, il ressemblait à un serpent. Sans nez, les yeux réduits à deux pupilles noires allongées, la bouche ouverte en un rictus plein de dents acérées.

Le hurlement d'Ellie alors qu'elle émergeait de son cauchemar réveilla sa sœur et ses parents, qui traversèrent le corridor à la course.

— Il va m'attraper ! Il va me manger ! Le serpent, il est méchant !

Elle éclata en sanglots et se jeta dans les bras de sa mère, qui l'avait rejointe sur le lit. Mary interrogea son mari du regard, qui fit une grimace.

— Je lisais la Gazette, elle a vu la photo de…
— C'était qui, maman ? Sur la photo ? Dans mon rêve, il allait me manger…

Mary et Reg, se rendant à l'évidence qu'ils n'avaient d'autre choix, assirent leurs deux filles entre eux sur le lit d'Ellie et leur expliquèrent ce qu'il se passait dans le monde sorcier. Pas tout – à sept et huit ans, elles n'avaient pas à savoir que chaque jour, des familles de Moldus se faisaient assassiner, ou que Harry Potter, leur seul espoir, avait disparu il y avait deux semaines. Mais elles pouvaient savoir qu'il y avait un méchant, comme dans leurs contes pour enfants.

— Mais il ne va pas te manger, ma chérie, finit Mary en embrassant le haut de la tête d'Ellie, qui avait levé des yeux toujours pleins de larmes vers elle.
— Il est méchant pour nous aussi, maman ? demanda Maisie, qui avait un peu mieux compris que sa sœur la véritable portée de l'histoire racontée par ses parents.
— Bien sûr que non, ma grande, la rassura Reg. Il ne nous fera rien.

Par-dessus les têtes de leurs filles, les parents Cattermole s'échangèrent un regard inquiet. Parce que Mary était née-Moldue, et Reg ne savait pas combien de temps il pourrait la protéger depuis l'intérieur du ministère. Le jour viendrait où ils ne pourraient plus mentir à leurs enfants. Ils espéraient seulement qu'il n'arrive pas trop vite.