Chapitre 4
Rhadamanthe avait passé sa nuit à lire journal après journal et il comprit un bon nombre de choses. Il rageait contre sa stupidité. Après avoir lu le dernier cahier, il le ferma bruyamment puis le rangea à sa place dans le meuble rideau qu'il referma à clé.
— Je suis vraiment trop con ! Pourquoi n'ai-je rien vu ? Je vais sûrement devoir m'excuser auprès de Minos ! pensa t-il à voix haute.
Le juge ne savait plus vraiment comment réagir après avoir appris tout cela.
— Une douche me fera sûrement du bien !
Il s'enferma dans la salle de bain, fit couler l'eau pour qu'elle chauffe pendant qu'il se déshabillait. Lorsqu'il se glissa sous le jet, il sentit ses muscles se dénouer doucement, mais pas totalement. Il resta sans bouger durant de longues minutes avant de se savonner.
Cette douche l'avait requinqué, un peu. Après avoir enfilé des vêtements propres, il se fit un bon café noir et fort. Il n'avait pas fermé l'oeil de la nuit et il devait encore aller récupérer sa voiture. Une fois encore, il appela un taxi qui arriva devant chez lui environ trente-cinq minutes plus tard. Il devait être un peu près dix heures du matin lorsqu'il arriva devant le « Sanctuaire ».
Le bar était fermé. Rhadamanthe grognait contre lui et contre le patron de ce lieu. On a pas idée d'être fermé à dix heures du matin ! Il essaya de regarder à l'intérieur, en plaçant ses mains de chaque côté de son visage et en se collant à la porte vitrée, mais il n'y avait pas âme qui vive. De rage, il mit un coup de pied dans la porte. Heureusement pas assez fort pour briser la vitre. En revanche cela à tellement vibré que cela réveilla Kanon qui logeait au dessus du bar.
— Oï ! C'est quoi ce bordel ? cria t-il par la fenêtre.
Le juge leva la tête et vit le patron du « Sanctuaire », les cheveux décoiffés et les yeux encore remplis de sommeil. Il déglutit silencieusement.
— Désolé, j'ai oublié que vous viviez au dessus du bar ! fit le juge.
— Vous venez récupérer votre voiture, je suppose.
— Heu, oui.
— Bougez pas je descends, dit Kanon.
Une minute plus tard, Rhadamanthe entendit une voix l'interpeller.
— Hey ! Venez par ici.
Le blond fit quelques pas vers la droite puis tourna à gauche. Le gars l'attendait là.
— C'est l'entrée privée pour mon apparte. Si j'ouvre devant, les habitués vont se ruer, sourit-il.
— Désolé, je ne savais pas que vous étiez fermé le matin. Si vous le voulez je peux repasser plus tard, dit Rhadamanthe sans y penser une seule seconde.
— Non, ne vous inquiétez pas. Allez entrez !
Les deux hommes montèrent à l'étage par un escalier entièrement privatif. Il n'y avait pas de fenêtre, mais les murs peints en blanc apportaient de la clarté à l'endroit. Les marches étaient en carrelage marron-rose clair. Sur les murs, il y avait quelques toiles d'un peintre inconnu du Juge.
— Vous aimez, demanda Kanon voyant son invité scruter un tableau.
— C'est pas mal oui ! Mais je ne connais pas cet artiste, avoua t-il.
— Oui normal, il n'est pas connu, du moins pas encore. C'est mon jumeau qui les a peint.
— Oh ! Avec un peu de persévérance il devrait réussir à se faire un nom.
— Il sera ravi d'apprendre cela !
— Dommage de les mettre ici ! dit le blond.
— Oh oui je suis d'accord mais ce sont là de vieilles oeuvres qu'il n'aime pas spécialement. Et le bar en est rempli.
— Un café ? proposa le maître des lieux.
— Heu, oui merci… Mais je ne voudrais pas déranger, dit le blond.
— Pas de problème. Pour un ou pour deux ça ne change pas grand chose.
Kanon proposa à son invité de s'installer dans le salon tandis que lui pénétra dans la cuisine qui était ouverte sur la partie séjour/salon. Ce qui permettait à l'hôte de voir ses invités et de participer aux conversations ou comme dans le cas présent, de ne pas le laisser seul. Gemini tendit un instant plus tard une tasse remplie du breuvage noir. Il avait demandé à Rhadamanthe s'il prenait sucre et lait mais il le prenait sans rien, tout comme lui.
— Alors, cette gueule de bois ? dit Kanon pour lancer la conversation.
— Douloureuse, répondit évasivement l'invité.
— Gemini Kanon, fit-il en tendant sa main droite vers son invité.
Le blond releva ses orbes vers son hôte sans vraiment comprendre. Puis, il sut. Ils ne s'étaient pas présentés.
— Fierceness Rhadamanthe, répondit-il en serrant la main qu'on lui tendait.
Gemini se leva et alla dans son bureau. Lorsqu'il revint, il avait les clés de voiture de son invité et les lui tendit.
— C'est pour ça que vous êtes là, reprit Kanon.
— Oui, et pour régler ma note, soupira t-il.
Les deux hommes ne se parlaient quasiment pas et sirotaient leur café. Puis Rhadamanthe se leva, sortit quelques billets pour payer sa note, remercia Kanon, prit ses clés de voiture et quitta le « Sanctuaire ». Durant sa visite, le juge se sentit étrange en la compagnie de ce Gemini. Il ne saurait l'expliquer mais il se sentait bien, à l'aise tout comme cela lui était arrivé lors de cette fameuse soirée où il s'était endormi dans le canapé dans lequel il était assis un peu plus tôt. Jamais cela ne lui arrivait. Peut-être chez Minos. Il ne faisait confiance à personne et de ce fait, ne se laissait jamais aller. Il prit place derrière le volant de sa voiture. Sur le siège passager, il jeta négligemment la note qu'il venait de régler ainsi que son portable.
Kanon, quant à lui, se posta devant la fenêtre et observa son étrange client. Tout comme la dernière fois, il se sentait attiré vers lui comme un aimant. Etonnamment, il n'avait encore jamais éprouvé ce sentiment. Il n'arrivait pas à savoir s'il s'agissait d'une attirance physique, sentimentale ou amicale. Quoi que cela pouvait être, cela le perturbait. Il soupira lourdement tandis que la voiture de Rhadamanthe s'engouffrait dans la circulation.
—
En ce jour dominical, Minos commençait furieusement à tourner en rond dans son immense appartement. Il ne voulait pas appeler Eaque, qui devait sûrement profiter de cette journée avec son amant, et il n'avait pas eu de nouvelle de Rhadamanthe depuis qu'il était parti la veille. Il s'ennuyait. Il avait pourtant bien eu une idée mais n'était pas sûr de la réponse qu'il aurait. La sonnerie de son téléphone portable le sortit de sa léthargie.
— Ouais ! grogna t-il à l'encontre de son interlocuteur.
— Je dérange ? demanda le blond qui téléphonait depuis sa voiture, via le bluetooth embarqué.
— Non ! Alors ça va mieux ? T'as fini de bouder ? ironisa Minos.
— On peut se voir, j'ai à te parler ?
— Oui, bien sûr ! Si tu veux on déjeune ensemble, proposa Minos à Rhadamanthe.
— Ok, à l'endroit habituel, ça te va ? Vers treize heures ?
— Parfais.
Sans un mot de plus la conversation fut coupée. L'argenté regarda l'heure qu'indiquait son portable : onze heures dix. Il avait largement le temps de se préparer et de se rendre dans le petit restaurant où il devait retrouver son ami. Du coup, il prit un peu de temps pour faire un message à Albafica. Il ne fallait pas le laisser refroidir !
« Bonjour ma Rose. J'espère ne pas te réveiller. J'ai de plus en plus envie de te voir et attendre la semaine prochaine pour notre escapade est un véritable supplice pour moi. Accepterais-tu de prendre un café dans l'après-midi avec moi ? Dans un endroit de ton choix ? Réponds-moi vite. Je t'embrasse… »
Il ne lui restait plus qu'à attendre la réponse de sa tendre proie, qu'il espérait positive. En se levant, le juge avait pris sa douche et avait mis un vieux jean et un t-shirt noir délavé. Il aimait porter de vieux vêtements chez lui, la semaine il devait toujours avoir un costume alors dès qu'il le pouvait, il s'habillait décontracté. Pour rejoindre Rhadamanthe au restaurant, il opta pour un jean moins amoché et pour une chemisette blanche. Quinze minutes s'étaient écoulées. Minos prit son portable et vit que sa Rose avait répondu.
« Bonjour Minos, je ne sais pas quoi dire. Je veux dire qu'on ne se connait pratiquement pas et de savoir que tu veux me voir à ce point, ça me gêne et m'angoisse. J'ai peur de me pas être à la hauteur de tes espérances. Je suis sans intérêt… enfin c'est ce que je pense de moi ! »
Dukkespiller rirait tout en lisant le message de sa proie. Il jubilait. Il savait qu'Albafica était à lui. Ils ne s'étaient encore jamais vu et pourtant il le tenait déjà, comme un maître marionnettiste tenait ses pantins.
« Ma Rose, tu ne devrais pas t'en faire. C'est ce que je sais de toi, qui me rend impatient de te voir. Acceptes s'il te plait… »
Minos sut en cet instant que sa douce proie accepterait l'invitation. Il avait eu une intuition.
« Très bien, si tu insistes ! Vers quinze heures trente ça t'irai ? »
« Hmmm. Oui parfais ! Où veux-tu qu'on se voit ? »
La réponse du botaniste mit un certain temps avant d'arriver, sûrement parce qu'il cherchait un lieu pour leur premier rendez-vous, pensa le juge.
« Je ne sais pas, peut-être au « Sanctuaire », tu sais le café où on devait se rencontrer vendredi pour partir et qui se trouve rue de la république »
Le juge fut surpris. Il avait oublié que le café où ils devaient se retrouver pour partir au Mans était celui-là. Drôle de coïncidence, se dit Minos.
« Ok ça me va. Tu fais de moi le plus heureux des hommes, ma douce Rose. Je vais devoir te laisser, je déjeune avec mon ami Rhadamanthe. Tu sais monsieur « gueule de bois » ! A tout à l'heure. Bisous. »
« J'espère qu'il va mieux. Bon appétit. A tout à l'heure. Je t'embrasse aussi. »
—
A chaque nouveau message qu'il recevait, Albafica sentait son corps lui échapper. Son coeur frappait si fort dans sa poitrine qu'il était sûr que s'il y avait eu quelqu'un avec lui en ce moment, il l'aurait entendu. Il tremblait et avait des frissons, mais il n'avait pas froid. Son bel inconnu voulait le voir aujourd'hui. Minos lui avait dit qu'attendre était pour lui un supplice. En relisant, un à un tous ces messages, le bleuté sentit son visage s'échauffer. Il rougissait comme une lycéenne. Minos lui faisait de l'effet, et les sentiments qu'il commençait à éprouver s'accentuaient de jour en jour.
Sans vraiment réfléchir, le botaniste appela Shion. Il avait peur d'aller à ce rendez-vous seul. Peut-être qu'en étant accompagné, il se sentirait mieux.
— Shion, excuses-moi de te déranger…, il ne put terminer sa phrase.
— Mais enfin voyons, Alba ! Tu ne me déranges jamais, s'empressa de dire le romancier. Tu n'as pas l'air bien ?
— En fait, je viens d'accepter de prendre un café cet après midi avec Minos, et j'ai un peu peur d'y aller seul.
— Et tu souhaites que je t'accompagne ?
— Oui ! Enfin si cela ne te dérange pas, murmura t-il.
— Et bien dans le principe, ça ne m'embête pas mais ne préfères-tu pas le rencontrer seul ? Je veux dire, qu'avec moi dans les parages vous risquez d'être coincé ! fit remarquer Shion.
— Et bien, … Oui peut-être… Mais…
— Alba, tout ira bien et puis tu sais te défendre, non ? sourit l'écrivain.
— Oui tu as sûrement raison. Ca fait si longtemps, en fait…
— Certes, mais il est temps de te remettre en selle.
— Oui, soupira le bleuté.
Shion tentait de rassurer son ami. Il comprenait parfaitement qu'Albafica puisse appréhender cette rencontre. Mais tôt ou tard, ils se seraient vu alors pourquoi pas maintenant ? Le botaniste reconnut que son ami n'avait pas tort. Il se ressaisit et se décida à se rendre au « Sanctuaire » seul. Pas rassuré mais seul !
—
Rhadamanthe avait un peu de temps avant de se rendre au restaurant « Le Caïna » et rejoindre Minos à qui il devait des excuses. Il venait d'arriver chez lui. Il se gara et récupéra son téléphone qui se trouvait sur le siège passager ainsi que la note du bar. Il m'aimait pas que sa voiture ressemble à un dépotoir. En attrapant le morceau de papier, il se rendit compte qu'il y avait une inscription au dos de la note.
« Si vous avez besoin de parler… », ainsi qu'un numéro de téléphone portable.
Le juge fixait ce bout de papier presque chiffonné. Il ne savait pas s'il devait le prendre bien ou mal. Pour qui se prenait ce type ? Et surtout, pour qui le prenait-il ? Il froissa d'une main la feuille qu'il tenait et s'apprêta à la mettre dans la corbeille qui se trouvait dans le hall de l'entrée de son immeuble mais pour une raison qu'il lui échappa, il mit le morceau de papier dans l'une des poches de son pantalon.
Il s'installa derrière son bureau et alluma son ordi. Il voulait se changer les idées. Trop de choses tournaient en boucle dans son esprit depuis quelques jours. Il ouvrit une page vierge du traitement de texte qu'il avait dans son PC. Il regarda un long moment cette page blanche, puis ses mains se mirent en mouvement. Il avait envie de faire la liste des choses qui envahissaient sa tête afin de faire le point et le tri. Cette opération lui prit au moins une bonne demi-heure.
Il imprima le document, s'en saisit et alla s'installer dans le salon avec une tasse de café. Puis il relut sa liste. Une chose le laissa sans voix. Le stupéfia. Pourquoi est-ce que Pandore n'occupait plus autant ses pensées ? Pourquoi le nom en haut de la liste avait changé ? Pourquoi cela devait-il être le sien ? Celui de cet homme ! Il se rabroua et finit difficilement de relire sa liste. Il ne comprenait pas pourquoi ce Gemini le perturbait autant. Il était à présent temps de partir au « Caïna » pour retrouver Minos. C'est avec un esprit plus que perturbé qu'il quitta son appartement.
—
Le botaniste tournait en rond dans son appartement. Il appréhendait vraiment cette rencontre, d'autant qu'il avait moins de temps pour s'y préparer psychologiquement que ce qu'il avait pensé. Shion avait raison en lui disant que tôt ou tard ils auraient dû se rencontrer. Et pour tout dire, ce moment était fixé au vendredi suivant puisqu'ils avaient prévu un week end au Mans pour la fameuse course d'endurance. Albafica, qui était ravi d'y aller, se posait énormément de questions concernant la logistique, comme par exemple dans quel hôtel Minos avait réservé sachant qu'il n'avait pas les moyens de s'offrir un hôtel de luxe, et comment ils allaient s'organiser pour les frais de péage et de carburant.
Ses réflexions lui firent oublier, un moment, leur première rencontre qui aurait lieu dans à peine quelques heures maintenant. Machinalement, il entra dans sa chambre et ouvrit en grand son armoire. Il soupira devant ses vêtements. Il n'en avait pas beaucoup et rien de récent se trouvait là. Il ne savait pas quoi mettre pour rejoindre Minos au « Sanctuaire », et encore moins ce qu'il allait bien pouvoir emmener pour leur escapade. Il tenta de se focaliser sur un seul moment à la fois mais son coeur battait tellement fort dans sa poitrine que cela en devenait douloureux et cela le déconcentrait. Il sortit plusieurs pantalons, vestes, chemises et autres t-shirts. Il étalait ses habits sur son lit et essayait des combinaisons de vêtements sans vraiment être persuadé du résultat. Il aurait souhaité en cet instant que quelqu'un puisse l'aider, comme une mère. Une mère, mais qu'est ce c'était une mère ? Albafica m'en avait pas la moindre idée puisqu'il avait perdu sa mère très jeune. Il soupira, jurant contre lui-même et sa stupidité.
— J'ai l'impression d'être une jeune fille face à son premier amour ! se dit-il à autre voix. Ressaisis-toi, mon pauvre Alba ! s'encouragea t-il.
Au bout d'un long moment, il fini par trouver ce qu'il allait porter. Simplement ce qu'il portait déjà, soit un pantalon noir avec de grandes poches sur le côté des cuisses, un peu comme les treillis, et un t-shirt noir assez moulant.
— Et oui tout cela pour rien, se dit-il las.
—
Minos arriva le premier au « Caïna », encore une chance que Rhadamanthe avait réservé car le restaurant était blindé. Le serveur l'accompagna jusqu'à une table dressée pour deux. Il prit place et commanda un whisky en attendant l'arrivée de son ami. Le blond pénétra dans l'établissement avec presque trente minutes de retard.
— T'es en retard ! grogna l'argenté.
— Ouais et alors ? répondit sur le même ton le blond.
— C'est toi qui m'a demandé de venir, je te signale !
— Je suis là, il me semble !
— Bon tu veux quoi !
— La même chose que toi ! Un whisky…
— Crétin ! Je ne te parle pas de cela !
Rhadamanthe appela le serveur pour commander son verre d'apéritif puis fixa son vis-à-vis qui attendait qu'il parle.
— J'ai repensé à ce que tu m'as dit l'autre jour et il est possible que tu aies raison, dit difficilement le blond.
Minos observa son homologue et ami qui semblait perturbé mais le laissa continuer sur sa lancée.
— J'ai repensé à elle, quand je suis parti de chez toi, et je me suis souvenu que j'avais gardé ses journaux intimes. Je les avais enfermé dans un meuble de mon bureau, sans les lire. Du moins, jusqu'à samedi.
Rhadamanthe but la dernière gorgée du liquide âpre qu'il restait dans son verre avant de reprendre. Minos écoutait. Jamais encore il n'avait vu son ami dans un tel état. Il semblait à la fois en colère, déçu et triste.
— Tu avais raison lorsque tu m'as dit qu'elle ne m'aimait pas assez pour m'épouser, que notre histoire ne durerait pas. Elle m'aimait, du moins c'est ce qu'elle a écrit, mais pas autant que je l'aurais espéré. Elle ne restait uniquement que pour la stabilité financière et sociale que je pouvait lui apporter. Rien d'autre ! Rien d'autre, murmura t-il.
Minos pouvait sentir toute la détresse de Rhadamanthe et cela le désolait. Il le voyait tous les ans se détruire à petit feu, et pour au final : rien ! Cette femme avait été aussi vile que belle mais le blond ne s'en était pas rendu compte assez tôt. Il le plaignit, bien que cela n'était pas dans ces habitudes.
— J'aurais préféré avoir tort, tu sais, dit Minos compréhensif.
— Ce n'est pas ta faute. C'est uniquement de la mienne. Je suis vraiment trop stupide. Je suis désolé, Minos.
— Cette femme ne vaut pas la peine de te rabaisser ainsi ! Allez, on en parle plus. De toute façon, il est plus que temps pour toi de tourner la page, sourit Minos.
— Comment passer à autre chose ? Comment faire confiance à nouveau ? A quoi bon aimer ? souffla le blond.
— Ne dit pas de telles choses. Et puis au pire, amuse toi un peu, fit l'argenté en lui faisant un clin d'oeil.
— Je ne suis pas comme toi ! D'ailleurs, je ne te comprends pas. Comment peux-tu détruire quelqu'un ainsi ?
— Pour le moment, je m'amuse. Un jour, peut-être que j'arrêterais mais quand tu vois ce qui t'est arrivé, franchement ça ne me donne pas vraiment envie de me poser.
Minos avait les coudes posés sur la table et son menton reposait sur ses mains jointes, et parlait tout en semblant réfléchir. Rhadamanthe comprenait le point de vu de son ami mais ne pouvait se résoudre à l'accepter mais Minos était ainsi.
Les plats qu'ils avaient commandé un peu plus tôt arrivèrent et tous deux entamèrent leurs assiettes généreusement remplies. Leur conversation changea de tout au tout. Rhad avait dit ce qu'il avait à dire, du moins concernant Pandore et Minos l'avait écouté. Néanmoins, l'argenté - qui connaissait parfaitement son ami - se rendit compte qu'il y avait encore une chose qui le tracassait.
— Il y a autre chose, n'est-ce pas ? demanda Minos entre deux bouchées.
Son vis-à-vis releva son visage vers lui, surpris. Minos avait deviné, comment ?
— J'ai raison ? l'interrogea l'argenté.
— Oui, souffla le blond.
— Tu veux en parler ? Profite, je suis encore là !
Fierceness lui tendit une feuille de papier, celle-là même sur laquelle il avait imprimé la liste des choses qui le parasitait. Minos la lut attentivement. Mais ne comprenait pas vraiment où voulait en venir son ami.
— Son nom n'apparait qu'en seconde ligne, dit soudain Rhad.
— Normal, après ce que tu m'aies dit !
— Oui c'est vrai. Mais comment tu expliques le premier nom ?
— Je ne suis pas toi, Rhad. Comment je pourrais faire cela ?
— J'arrive pas à comprendre pourquoi ce Gemini me hante ainsi, ni pourquoi je me sens en confiance avec lui !
L'argenté lui expliqua que lorsqu'il avait été le récupérer, il dormait paisiblement dans le canapé de l'appartement de Gemini. Jamais, Minos l'avait vu se laisser aller de la sorte chez quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Rappelant que même ivre mort, cela ne se produisait pas. Non ! Jamais le blond ne se sentait suffisamment en confiance pour dormir chez un étranger.
Alors pourquoi ? Telle était la question que se posait Rhad, et pire pourquoi ce type envahissait sa tête sans vergogne ?
— Rhad, tu devrais arrêter de penser à tout ça. Pandore, Gemini. Penses à toi pour une fois ! fit Minos.
— Tu as sans doute raison mais je n'arrive pas à me retirer ça de la tête. Quand je suis allé chercher mes clés ce matin, et que ce type m'a fait entrer chez lui…, Rhad cherchait ses mots. J'ai eut comme l'impression que ma place était là. C'est difficile à expliquer. Je me suis juste senti bien, je me suis fait violence pour partir, et je ne comprends pas !
— Ha ça ! Difficile à comprendre aussi. C'est peut-être lié au lieu, pas à ce type.
— Hmmm, oui peut-être !
Le blond ne semblait pas convaincu par la remarque de son ami mais il préféra couper court à cette discussion et passer à des choses plus banales. Ils parlèrent des dossiers que Minos avaient géré pour lui en son absence au tribunal. Le compte-rendu fait par son homologue était clair et détaillé comme toujours, d'ailleurs.
Une fois leur café avalé, ils quittèrent le restaurant.
— Tu vas faire quoi maintenant, demanda Minos.
— Je rentre. Pourquoi ?
— Cogites pas trop ! sourit l'argenté.
— Et toi ?
— Moi, je vais au « Sanctuaire » pour boire un café avec ma Rose. Cela fait plusieurs semaines que j'attends ce moment. Je me régale d'avance.
Au mot « Sanctuaire » Rhadamanthe avait écarquillé ses orbes jaune. Encore ce lieu ? Cela le poursuivait !
— Au « Sanctuaire » ? Pourquoi là-bas ?
— C'est ma douce Rose qui en a décidé ainsi ! Mais je ne sais pas pourquoi cet endroit en particulier !
— A plus, alors !
— Ouais…
Alors que Rhadamanthe, perdu dans ses pensées, regagnait sa voiture pour rentrer chez lui, Minos, lui, montait dans la sienne et prit la direction du bar, pour enfin y rencontrer sa douce proie.
—
Il était quinze heure lorsque le botaniste, angoissé, pénétra à l'intérieur de l'établissement. Il s'installa à une table vers le fond de la salle, mais d'où il se trouvait il pouvait voir la porte d'entrée. Il entendait battre son organe de vie et il tremblait. A vrai dire, il ressentait tous ces symptômes depuis qu'il avait accepté de rencontrer son bel inconnu, Minos. Il se posait un millier de questions sur la personnalité de son soupirant, qu'allait-il lui demander, allait-il tenter quelque chose dès leur première entrevue ? Tout cela ne cessait de tourner en boucle dans son esprit, son estomac lui faisait mal, tout son être semblait s'éveiller. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas éprouvé tout ceci qu'il se sentait un peu perdu…
Le serveur vint lui demander ce qu'il prenait, le sortant de ses réflexions. Il lui répondit qu'il attendait quelqu'un et qu'il préférait attendre avant de commander. Mû, le serveur, lui sourit et lui dit qu'il repasserait dès que la deuxième personne serait là. Albafica le remercia.
Quelques minutes plus tard, un homme grand et élancé pénétra dans le bar. Le coeur d'Albafica cessa de battre en une micro-seconde. C'était lui. Son Griffon. Minos. Il le reconnut immédiatement, tant il regardait chaque jour sa photo qu'il avait mis en fond d'écran de son téléphone portable. Il ne savait plus quoi faire. Il avait baissé la tête vers la table et n'osait plus bouger. Il ne savait pas si Minos l'avait aperçu pourtant son coeur battait la chamade dans sa poitrine comme jamais cela lui était arrivé.
Minos était entré dans l'établissement, mais avant cela il avait observé la salle depuis l'extérieur, discrètement. Il avait vu que sa Rose était déjà là. Il en fut heureux. Il l'avait épié quelques minutes, il voulait juste s'imprégner de lui, voir ses réactions… En entrant, il fit comme s'il ne l'avait pas remarqué néanmoins du coin des yeux, il le regardait. Il se passa une chose étrange en lui. Il sentit sa poitrine recevoir des centaines de coups de couteau à lui en couper le souffle. Il déglutit difficilement. C'était la première fois qu'il ressentait cette émotion en voyant l'une de ses proies. Il ne comprenait pas mais il était temps de jouer.
Il fit mine de le chercher dans la salle, jusqu'au moment où leurs regards s'accrochèrent. Pendant plusieurs secondes, ils ne bougèrent pas. Puis, Minos s'avança d'un pas franc pour affirmer sa position, son emprise sur sa Rose. A chaque pas que Minos faisait, Albafica sentait son corps lui échapper. Une impression de suffoquer le prit lorsque son Griffon ouvrit la bouche.
— Ma Rose, comme je suis heureux te de voir enfin, dit Minos charmeur.
— Moi … moi aussi, répondit le botaniste avec les pommettes rosies.
Alba ne savait pas s'il devait lui serrer la main, lui faire la bise ou ne rien faire du tout. Le voir là devant lui, le chamboulait bien plus qu'il ne l'aurait cru au premier abord. Minos était littéralement subjugué par la beauté de sa proie. Jamais encore il n'avait eu un homme aussi beau dans son lit. Quelle belle prise, songea t-il. Perdu dans ses pensées, il ne se rendit pas compte que son bel adonis était tendu et crispé de le voir le fixer ainsi.
— Désolé te de fixer ainsi, mais ta beauté m'éblouie, le flatta t-il enfin.
— Mais non…. non enfin… je suis ….. juste normal, tenta d'expliquer Albafica.
— Tu ne te rends pas compte de l'effet que tu produis sur les autres. Tu es magnifique, ma Rose, sourit-il. Viens, asseyons-nous !
Les deux hommes commandèrent des cafés auprès du serveur qui reconnut Minos immédiatement mais ne dit rien. Lorsqu'il revient quelques minutes plus tard avec les breuvages chauds, l'argenté avait changé de place et c'était rapproché du bleuté qui paraissait mal à l'aise. Il en déduit que c'était là leur premier rendez-vous. Il déposa les tasses sur la table et repartit aussitôt.
Les deux hommes discutaient de plein de chose, du moins Minos posait une multitude de questions. Il voulait tout connaitre de sa proie qui parfois éludait habilement les questions les plus indiscrètes.
— Tu m'as dit que tu étais botaniste et que tu avais fait une découverte. Peux-tu m'en dire dire plus ou bien est-ce un secret ? demanda Minos en posant son menton sur son poing et en souriant.
— Non ce n'est pas un secret. La présentation de ma création est prévue dans deux mois.
— Création ? Hmmm, tu es un génie alors.
— Non, non, fit Alba en agitant ses mains devant lui. Non pas un génie, juste un simple botaniste passionné, rougit-il.
— Ne te dévalorises pas, ma Rose. Alors, qu'as-tu découvert ?
— J'ai créé une nouvelle variété de rose blanche.
— Wouahhh ! Fabuleux ! s'esclaffa le juge qui était de plus en plus impressionné par l'homme qui se tenait devant lui. Mais qu'a t-elle de particulier ?
— Et bien, elle devient de plus en plus rouge en fanant, pour terminer rouge sang.
— Extraordinaire ! Félicitations ! Pourrais-je venir à ta présentation ?
— Oui mais ce sera vraiment très scientifique.
— Je serais là pour t'encourager, sourit-il. Et comment s'appelle cette extraordinaire rose ?
— Merci, mais tu n'es pas obligé, bafouilla Alba. Je l'ai appelé « Bloody-Rose », avoua t-il.
— « Bloody-Rose » ? Ton pseudo ! C'est un nom qui lui va bien.
Le pauvre Albafica ne savait plus où se mettre. Minos avait du charme et le charisme qui se dégageait de lui était perturbant mais attirant. Ils restèrent au « Sanctuaire » durant de longues heures, sirotant café sur café et discutant. Petit à petit, les deux « amis » s'apprivoisaient. Petit à petit, Albafica se détendait. Petit à petit, Minos se délectait de sa Rose.
Le juge proposa à sa proie de dîner au restaurant. Il ne voulait pas le laisser partir comme cela. Il voulait profiter de lui encore. Il fut terriblement heureux lorsqu'Albafica accepta timidement l'idée. L'argenté pensa à un établissement et soumit l'idée à son bel adonis qui acquiesça. Minos paya la note auprès de Mû et, accompagné d'Albafica, quitta le bar.
— Tu es venu comment ? demanda le juge.
— A pieds.
— Alors je t'emmène, si tu es d'accord.
Le bleuté accepta d'un hochement de tête. Ils se dirigèrent vers la voiture de l'argenté et celui-ci ouvrit la porte pour son bel invité qui fut surpris par ce geste galant, puis ils prirent la route vers le restaurant dont Minos avait parlé, « l'armure d'or ». C'était un établissement de bonne réputation et malgré le standing assez classe, l'ambiance y était assez simple. Le juge avait pensé que sa Rose ne serait pas à l'aise dans un établissement plus chic alors il avait opté pour ce restaurant, dans lequel il avait ses habitudes…
Albafica se sentait bien en la compagnie de son beau Griffon et il était heureux de pouvoir passer un peu plus de temps avec lui. En bien qu'au début, il appréhendait beaucoup maintenant il ne regrettait rien. Minos était prévenant, gentil, intelligent, classe, beau …, le botaniste se rabroua sinon il aurait allongé la liste. Il rougissait face à ses pensées et espérait que Minos n'ai rien remarqué, mais c'était sans compter le côté observateur du juge qui ne ratait aucune expression de son bel adonis.
Plus il passait de temps avec Alba, plus Minos le trouvait appétissant, beau, intelligent, élégant. Il avait rarement, pour ne pas dire jamais, eut une telle proie. La chasse n'en était que plus intéressante et la chute plus amusante. Il ressentait néanmoins toujours cette drôle d'impression, d'émotion, mais il ne réussissait toujours pas à l'analyser.
Albafica appréciait l'endroit et surtout le fait que Minos ne l'ait pas emmené dans un endroit trop guindé pour lui. Le repas fut à la hauteur du reste de la journée : convivial, sympathique et riche en émotions pour les deux hommes. Ils apprenaient à se connaitre et plus ils passaient de temps ensemble moins ils voulaient se quitter, pourtant il le fallait. La soirée arrivait déjà à son terme. La voiture luxueuse du juge se gara devant l'immeuble où habitait le bleuté. Il avait tant insisté pour le raccompagner qu'Alba n'avait pu refuser. Ils étaient tous deux descendus de la voiture.
— Merci pour cette journée, Minos, dit Albafica rougissant.
— Non, ma Rose. Merci à toi, sourit le juge.
Une fois de plus, Albafica sentit son corps se dérober.
— J'ai passé de très bons moments en ta compagnie et je regrette que cela soit déjà terminé. J'ai hâte de voir le week end prochain arrivé, le charma l'argenté.
— Tu … tu me gênes, bafouilla le bleuté.
— Puis-je venir te chercher directement ici, vendredi ? l'interrogea Minos.
— Oui, si tu veux.
— Très bien, quatorze heures ça te va ? Ou plutôt si tu es dispo !
— Je ne sais pas si j'aurai fini avant quatorze heures, j'en saurai plus jeudi, je pense.
— Très bien, alors tu m'appelles jeudi pour me dire. Et moi je t'appelle demain, dit le juge en faisant un clin d'oeil à sa Rose.
Minos sourit et se dirigea vers le côté conducteur de son bolide. Albafica se sentait vide d'un coup. Minos allait partir comme ça, sans rien tenter, sans même lui donner un baiser ? Le bleuté avait envie de le retenir mais il n'osait pas. Alors qu'il s'attendait à voir partir son bel « inconnu » il le vit revenir vers lui.
— Désolé ma Rose, mais je ne peux pas partir ainsi, fit Minos en s'approchant de lui.
Albafica déglutit difficilement en voyant Minos s'approcher de plus en plus. L'argenté se pencha vers lui tout en lui relevant son visage. Le botaniste resta figé. Sa poitrine ondoyait de plus en plus vite et de plus en plus fort. Il avait un mal fou à avaler sa salive. Son organe de vie tambourinait dans sa cage thoracique. Minos humecta ses lèvres en y passant délicatement sa langue dessus.
Le juge ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Tout son corps tremblait, son coeur martelait sa poitrine à lui en couper la respiration, il avait presque l'impression de donner son premier baiser tant il ressentait d'émotions.
Et puis au bout d'un moment qui leur parut interminable, leurs lèvres se frôlèrent doucement pour reculer ensuite et revenir se frôler et encore, et encore. Les mains de l'argenté se posèrent sur Alba qui sursauta. Minos lui tenait la taille de sa main gauche alors que sa main droite se faufilait sous sa chevelure azur. Ces gestes les rapprochèrent un peu plus. Le juge ne comprenait toujours pas ce qui lui arrivait. Autant de sensation, autant de ressentit jamais cela ne lui était arrivé avant. Albafica avait dû mal à tenir debout, tant ses jambes devenaient molles, un peu comme s'il se trouvait sur un nuage, d'ailleurs c'était le cas.
Enfin, leurs lèvres se soudèrent. Enfin, ils se goutaient. Naturellement, Alba avait entre-ouvert sa bouche, et naturellement Minos en profita. Leurs langues s'emmêlèrent, se repoussèrent pour mieux s'enrouler ensemble. Les lèvres douces et sucrées du botaniste subjuguait le terrible Minos, qui se perdait dans les méandres de ses émotions, alors que le bleuté perdait pieds et se donnait presque entièrement à son Griffon. Ce premier baiser s'éternisait pour leur plus grand plaisir, mais il fallait y mettre fin. C'est l'argenté qui rompit le contact en premier laissant échapper un râle d'insatisfaction de la gorge d'Albafica.
— Si je ne pars pas maintenant, je ne partirais pas, susurra Minos à l'oreille de son bel adonis qui rougit instantanément.
Le bleuté ne répondit rien mais sourit timidement. Minos déposa un baiser aérien sur la joue de sa douce proie et prit congé de lui. La voiture s'éloignait, mais Alba restait figé sur le trottoir, son index caressait ses lèvres, comme pour se souvenir de doux contact, de ce premier baiser. Dans son véhicule, le juge repensait également à ce moment, jamais il ne pourra l'oublié. Jamais, il ne revivra un instant comme celui-là. Il avait presque perdu le contrôle. Impensable !
A suivre ….
