« Es-tu folle ? »
Oui. Oui, je crois bien.
« Tu n'es pas très drôle. Je préférais quand tu luttais. »
J'en ai assez de lutter. Et puis je ne peux même pas. Il n'y a que toi dans ma réalité.
« Ces satanés psy n'y connaissent rien. Tu ne devrais pas te laisser faire. Je préfère quand tu luttes. »
Lorsque je lutte, tu es mon ennemie. Lorsque je ne lutte pas, tu deviens ma seule amie. Et lorsque tu deviens ma seule amie, tu te tais.
« Et tu te sens seule. »
Seule, mais moins folle. Je préfère être seule que folle.
« Rose Weasley n'est pas d'accord. Rose Weasley aime attirer l'attention, briller, se faire envier. »
Rose Weasley n'est pas moi. Rose Weasley n'est pas personne. Je suis autant personne que folle, autant que Rose Weasley n'est pas folle.
« Ces enculés de psy devraient te donner plus de médicaments. Même dans ta tête tu débloques. »
Il n'y a personne dans ma tête. Et s'il n'y a personne, c'est qu'il n'y a que toi. S'il n'y a que toi, c'est que c'est toi qui débloque.
« Tiens ! Regarde qui arrive… »
Non…
« Tu ne veux pas lutter ? »
Non…
« Allons Personne. Ce ne sont que tes parents. »
Non…
o
« Tu es folle.
- NON ! »
Rose serra les poings sur son oreiller et parcourra l'obscurité d'un œil terrifié.
La Petite Voix avait parlé. Une semaine qu'elle était tranquille. Elle avait cru pourvoir se passer de Filtre de Paix et…
Elle n'était pas guérie.
Les larmes envahirent ses joues et, dans un gémissement, elle ramena les genoux contre sa poitrine, tenta d'apaiser les tremblements de son cœur et l'engourdissement de son corps. Le Docteur Galhaway disait vrai : elle ne pourrait sans doute jamais se passer de toutes ces potions qui remplissaient son armoire à pharmacie depuis sa sortie de l'hôpital.
Enfin, l'armoire à pharmacie de Lucy et Scorpius.
Devait-elle aller se servir un Filtre de Paix ?
« Non. Tu te sentiras bien trop seule. »
Ou trop folle.
Oui, oui. Un Filtre de Paix était la meilleure solution. Elle s'était surestimée, il lui suffisait juste de…
L'armoire à pharmacie est dans la salle de bain. La salle de bain est au bout du couloir. Vingt pas seulement. Vingt pas dans le noir… Pour se retrouver face au miroir.
Vingt pas pour se sentir mieux.
Vingt pas, c'est plus que dix-neuf, et dix-neuf c'est trop.
o
« Mademoiselle, excusez-moi. Savez-vous si la ligne 3 passe par Westgate Oxford ?
- Oh, euh… Je suis désolée, je ne suis pas d'ici… »
Rose lâcha du regard la vieille dame et se reporta sur l'entrée de l'immeuble, de l'autre côté de la rue. Depuis quand était-elle assise dans cet arrêt de bus qui ne sentait que la pisse et le tabac amélioré ? Suffisamment longtemps pour avoir le derrière qui picote et les mains rouges à force de se tripoter les doigts.
Lucy voulait l'accompagner, mais elle lui avait menti pour venir seule. Elle lui avait dit avoir reporter le rendez-vous au lendemain, sinon, Lucy serait venue, c'était certain. Depuis sa sortie de l'hôpital, Lucy faisait attention à elle mais peut être un peu trop. Elle allait mieux, elle souhaitait affronter cette épreuve seule.
Enfin, si elle en trouvait le courage.
« J'étais à Gryffondor, vous savez ? »
La vieille dame avait disparue. Au lieu de son regard de petite vieille heureuse d'entretenir une conversation avec quelqu'un d'autre que son chat, Rose reçut celui d'une adolescente outrée d'être dérangée.
« Rose ? »
Coup de fouet.
D'un coup sec, Rose se lève, tourne le regard vers son frère.
« Qu'est ce que tu fais là ? »
Trop sec. Trop cassant.
« Bah… »
Son petit frère a grandi. Il la dépasse très clairement, ses cheveux sont si longs que sa mère doit en criser tous les soirs, et il la fixe, un peu perdu.
Son petit frère qui n'a jamais été son petit frère.
« Tu es venu voir les parents ? »
Elle hoche des épaules, se rassoit. Hugo la rejoint et ils se serrent sur le petit banc en fer, sans un mot. Enfin, sans un mot pendant les premières minutes.
« Je suis content de te voir. Ça fait longtemps…
- Sept mois et dix-huit jours. »
Depuis que sa vie avait basculé.
« Tu comptes comme on comptait les jours jusqu'à Noël… »
Rose lâcha un soupir. C'était comme des sourires depuis sept mois et dix-huit jours.
« Je suis venu te voir, à l'hôpital. Tu te souviens ? »
Oui. Oui, mais il y avait ses parents aussi. Alors elle n'y avait pas vraiment fait attention.
« Tu sais, je ne savais rien, moi.
- Je sais…
- Tu m'as rejeté comme si j'avais participé. »
Souffle coupé. Si Rose n'avait pas pris sa potion, elle aurait certainement fondue en larmes.
Elle aurait préféré fondre en larmes.
« Tu sais, je la connais pas, moi, cette sœur dont ils n'arrêtent pas de parler. C'est triste, c'est sûr… Mais si elle avait pas été là, je ne t'aurais jamais eu toi comme sœur.
- On n'est pas frère et sœur, Hugo.
- Non, on n'est peut-être pas frère et sœur. Mais c'est avec toi que j'attendais Noël et que je me disputais tout le temps. Tu es ce qui se rapproche le plus d'une sœur pour moi. »
Silence.
« Non, en fait, tu es bien ma sœur, Rose. Le sang, ça ne veut rien dire. Je t'en veux de m'avoir laisser tomber… Tu ne sais pas comment c'est à la maison depuis que… »
Depuis que sa vie avait été bouleversée. Sans doute moins que celle de Rose… Enfin, c'était une question de point de vue.
« Je sais que tu penses que je suis un ado débile. Tu me l'as assez dit. Mais tu es ma sœur, Rose. Je suis assez grand pour me faire un avis et… Et je ne cautionne pas. »
Rose a pris sa potion ce matin, pourtant une larme glisse quand même sur sa joue.
« Je suis désolée…
- Je sais.
- Tu me pardonnes ?
- A une seule condition. Je veux des places au premier rang pour la finale de Quidditch ou ma sœur va jouer ! »
Sourire triste. Mais sourire quand même.
« Je ne suis pas sûre de rejouer, Hugo.
- Tu rigoles ?! Ce match contre les Canons, Rose… On était tous là ! J'en avais des frissons partout ! »
Oui, Rose rigolait. Enfin presque.
Hugo lui jeta un regard soulagé. Et puis il prit sa main, lia ses doigts aux siens, serra très fort.
Alors Petite Voix, où es-tu ?
