Auteur //Subaru-D
Manga // X Clamp, Tokyo Babylon
Type // Fantômes japonais, horreur, fantastique
Disclaimer // Yaoi shônen-ai
Ôka
Chapitre 3
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« Et moi je te dis que tu es complètement bourré, on ferait mieux d'aller se coucher. »
« Pas sans une fi….iiiiiiille. »
Les deux adolescents titubaient…si le vent froid qui traversait le parc Ueno avait dégrisé le moins ivre, le second continuait à parler et à rire, faisant se retourner les quelques rares passants, pressés de fuir les lieux.
C'était pourtant vrai que c'était sinistre de nuit…
« Allez, Momiji, arrête de raconter des bêtises, on rentre… » Pressa l'adolescent lucide, qui commençait à avoir froid. Bizarre que la température ait chuté de cette manière, ils étaient pourtant en Mars, mais le vent perçait les vêtements comme si le mois de Février se prolongeait.
« Lâ…che moi, j'veux une fille, j'te dis ! » Grogna le soulard « Cette sal…ope de Ryôko…me larguer juste…a…avant les exams, j'vais lui montrer, quej…pas besoin d'elle ! »
« D'accord, mais après être allé dormir ! On va choper la mort si on reste là, viens ! »
Il tenta de le tirer, mais l'autre résista, avant de le repousser franchement, basculant sur un banc.
« Momiji, t'es vraiment chiant ! Il est minuit passé, je veux dormir ! Tu noieras ton chagrin d'amour une autre fois ! »
En parlant, il sentit à nouveau le froid lui envahit les membres. C'était pas possible, la saison se détraquait…et puis une odeur bizarre flottait dans le parc : si ténue qu'il ne s'en était pas aperçu en y entrant mais maintenant, elle était plus nette. Comme une odeur de fleur, très douce…et puis un bruit feutré se fit entendre derrière lui. Il se retourna mais ne vit personne.
Nerveux, il secoua son camarade.
« Allez debout ! J'aime pas ce parc, c'est glauque ! »
« Ho si…t'as la tr…ouille t'as qu'à rentrer seul… »
Nouveau bruit feutré…Il se retourna à nouveau et vis enfin une silhouette. Il sentit son cœur s'emballer en la voyant s'approcher mais se calma presque aussitôt. C'était simplement une fille en kimono, qui les considérait avec curiosité.
« Excusez-nous…on vous avais pas vu, madame… »
« Mademoiselle » Répondit la fille en leur souriant, inclinant légèrement la tête, faisant cascader d'épais cheveux noirs sur ses épaules. Elle était menue, entre femme et enfant et parlait d'une voix douce « J'attendais quelqu'un mais…il n'est pas venu. »
« On…on peut vous ramener quelque part ? Mon camarade est un peu éméché et j'ai peur qu'il fasse un malaise, mais vous préférerez peut-être pas prendre la route seule ? »
Difficile d'avoir l'air crédible avec cet imbécile de Momiji qui gueulait sur son banc, mais la fille paraissait vraiment perdue, et la vision de l'ivrogne ne semblait pas l'effaroucher.
« Je vous remercie infiniment mais ce ne sera pas nécessaire. »
Elle s'avança davantage dans la lumière du lampadaire.
Elle était belle, légèrement maquillée, les cheveux alourdis d'une sorte de barrette complexe de perles en bois et en nacre. Elle faisait bizarrement…déplacée dans ce décor, comme un petit fantôme. Son regard brillait et son sourire éclairait un visage tout en finesse.
Et son odeur…c'était elle qui exhalait cette odeur.
« J'ai l'intention d'aller à la rencontre de la personne que j'attends. Votre ami a besoin d'un médecin. »
Il cligna des yeux, sans comprendre et répondit, légèrement embarrassé.
« Il…il a juste un coup dans le nez… »
« Il meurt de l'intérieur. »
La voix de la jeune femme était soudain aussi froide que le vent qui les giflait tous les trois, bien qu'elle continuât à sourire.
L'étudiant, vaguement mal à l'aise, prit le poignet de son camarade et le força à se lever. La nuit était de plus en plus noire et il ne distinguait presque plus la sortie du parc, au loin. C'est en reculant qu'il remarqua que l'adolescente était pied nu, et que ses mollets étaient couverts de terre encore fraîche.
Elle posa une main sur sa bouche et émit un petit rire, froid et cassant. Ses cheveux voletèrent devant son visage, le masquant en partie. L'étudiant reculait de plus en plus vite, à reculons, vers la sortie, trébuchant sous le poids de son camarade.
« Laisse-le. Il te ralentit et il est presque déjà mort… »
Il accéléra encore et son pied se déroba brusquement, s'enfonçant dans le sol comme si aux allées de terre battues avait succédé une sorte de boue épaisse et molle.
« Momiji !! »
La fille s'était approchée, tranquillement, exhibant ses jambes blanches et fines entre les pans de son kimono que le vent écartait. Le parfum était devenu entêtant, et sa voix si douce qu'elle n'était plus qu'un murmure.
« Laisse-le moi et tu pourras partir…J'ai soif et je suis seule…tellement seule… »
Elle renversa la tête de Momiji en arrière et planta son regard dans les yeux troubles du jeune homme ivre.
« Que je doive me contenter de ces âmes creuses…où es-tu, « Subaru ? »
Et l'obscurité les enveloppa.
***
Seishirô tira une bouffée de sa cigarette et contempla son ouvrage avec une certaine fierté. Une cavité de métal, béante, s'ouvrait à ses pieds, sur une salle vide et froide, faite de béton nu. Cela avait été destiné à devenir une sorte de salle de réunion, mais aujourd'hui ce n'était rien de plus qu'un bloc de béton entre ciel et terre, empalée par des poutrelles de fer pour la maintenir dans cette lévitation forcée.
« Cette partie-là de l'immeuble a été a peine commencée… » Expliqua-t-il paisiblement « A une époque, j'y emmenais les personnes « entre deux mondes ». »
Il sourit et précisa :
« Les personnes pour lesquelles mes commanditaires hésitaient encore. De là où elles se trouvaient, elles ne pouvaient pas voir mon visage…mais toi tu le peux certainement, Subaru-kun. »
Etendu à l'intérieur du cube de béton, Subaru le fixait, la tête levée vers lui, ses iris verts brûlant de colère.
A leur sortie du poste, Seishirô l'avait traîné jusqu'en banlieue…Subaru s'était débattu.
Pas longtemps.
Ils auraient sans doute des marques quelques jours après avoir été « calmé », mais Seishirô n'aimait pas tergiverser, et il n'aimait pas plus qu'on le contredise, surtout dans un moment comme celui-là et le jeune homme s'était montré légèrement trop véhément à son goût. Subaru pouvait être pire qu'un chat sauvage quand il était piqué une fois de trop. Mais le Sakurazukamori devait parer au plus pressé et ce n'était pas quelques blessures superficielles qui allaient l'arrêter.
Arrivé sur la structure éventrée de l'hôtel en construction, il avait jeté Subaru dans l'ouverture béante.
Peut-être même lui avait-il cassé quelque chose dans son empressement…Il n'était jamais bon de faire quoi que ce soit dans l'urgence et comme Subaru ne criait pas chaque fois qu'il lui faisait mal, difficile de savoir.
« Désolé pour l'inconfort temporaire des lieux, je reviendrais arranger ça… »
Debout sur la poutrelle métallique, il contempla Tokyo au loin et frissonna légèrement sous le vent qui faisait claquer son imperméable. Percevant un mouvement, il vit Subaru se lever lentement et regarder autour de lui.
« Inutile de chercher une sortie, il n'y en a pas. Quant à cette issue, je vais naturellement la condamner en partant. Tu sais, je m'y connais en cages et en animaux récalcitrants.»
« C'est un nouveau jeu ? » Demanda le jeune Sumeragi d'une voix acérée, faisant rire sa nemesis.
« Un jeu, exactement. Et tu as perdu. »
Il fit basculer le lourd pavé de béton sur l'ouverture d'un mouvement du pied et jeta un dernier regard à la structure. Il n'y avait que deux minuscules meurtrières sur les côtés, sans doute pour permettre aux ouvriers de respirer durant les travaux. L'architecte trouvait novateur cette salle de réunion isolée et indépendante du reste de la structure, d'après ce que Seishirô avait entendu.
Il sentit, filtrant à travers le béton, l'aura de Subaru…colère, indécision, incompréhension…peut-être s'imaginait-il que le Sakurazukamori le punissait d'avoir traîné avec une femme.
Mais Subaru n'était pas idiot et son intuition devait lui souffler qu'autre chose se passait.
Seishirô tapota le mur nu avec un sourire et sauta sur le toit voisin. Il avait un rendez-vous et il était déjà en retard.
***
L'aube rosissait à peine le ciel lorsque la silhouette sombre avait passé les grilles du parc Ueno.
En avançant, Seishirô sentit aussitôt qu'une autre âme avait été prise ici…alors qu'il remontait l'allée, son œil valide perçut un mouvement…
Un jeune homme était assis sur un banc, tétanisé, les yeux arrondis par la peur et le choc. Le Sakurazukamori s'approcha et claqua des doigts devant le visage pétrifié, faisant sursauter le garçon.
« Mon…monsieur…mon ami…faut aller l'aider…il a…il va… » Bégaya-t-il, l'air hagard, avant d'attraper la manche de l'assassin.
« Une fille bizarre !!! Elle l'a emmené avec elle ! »
« Calmez-vous. »
« Appelez la police !! Elle…elle va revenir… »
« Je vous ai dit de vous calmer. »
Le garçon fut agité d'un violent frisson, puis son regard se voila. Seishirô le fit lever et le poussa sur l'allée, en direction de la grille avec un soupir las.
« Tu ne peux donc jamais être patiente… »
Un souffle de vent, caressant son dos, le rappela à l'ordre. S'assurant que l'adolescent s'éloignait, il poursuivit sa route, s'enfonçant dans le parc, entre les arbres, jusqu'à ce que le vent autour de lui s'apaise…et qu'il la trouve enfin, assise au sol, dans un recoin.
Elle avait gardé le corps avec elle, la tête posée sur ses genoux blancs. Sa victime, un autre adolescent, paraissait simplement dormir, si ce n'était sa pâleur extrême. Lorsque Seishirô s'approcha davantage, elle releva la tête et lui sourit.
Il y eut un instant de silence, durant lequel le parc sembla figé, le souffle de l'air cessant même de faire frémir les feuilles des arbres. Une longue plainte fantôme monta du sol.
Le Sakurazukamori jeta sa cigarette, sans quitter la jeune femme des yeux.
Puis il s'agenouilla.
A SUIVRE…
