Chapitre 4
"Je serais toujours là, dans leur sillage pour ma propre éternité, invicible dans les mémoires,
ancrée dans leurs bras, souffle de la malédiction des antidotes"
Musique : With me – Sum 41
« Il est celui qu'il te faut, et tu n'es pas une héroïne de roman du 19ème siècle. Tu resteras avec lui, tu retrouveras la passion, tu revivras un jour. Rien n'est perdu. Tu peux réparer ces méprises involontaires du destin. Et je serais ton ami jusqu'à la fin de nos aventures communes, jusqu'au bout de la partition, sans fausse note. Je serais à la place qui me revient, dans l'ombre à épier ton souffle, à chercher les battements de ton cœur, à m'assurer que tu n'expires pas pour cette malédiction ridicule qui prendra fin très bientôt, je serais dans l'ombre parce que je l'ai choisi. »
Il avait raison mais il était trop tard. Dans le fond, je devais le savoir, je devais le deviner, mais quelque chose me poussait à détruire cette évidence, cette évidence du premier amour qui se devait d'être éternel, comme si cette immortalité liée à Stefan devait s'appliquer à tous mes sentiments qui se bousculaient alors, arrachant à ma mémoire des souvenirs que je ne pouvais jamais rassembler, des effluves qui prenaient le temps de disparaître sans me laisser une chance d'en capter le sens. Et Katherine leur avait annoncé que nos ennemis, nos véritables ennemis n'étaient pas encore en ville la description que Stefan lui avait faite des Originaux ne correspondait pas exactement aux lointains souvenirs de Katherine, ils étaient selon elles de simples exécutants, et nous devions trembler pour l'arrivée prochaine de Klaus et d'Elijah fondateurs d'une engeance que je pouvais détruire d'une goutte de sang versé, d'un murmure dans le vent, d'une lune pleine au dessus de nos têtes.
J'avais achevée cette journée entouré par le silence, par l'absence de Damon qui restait à l'étage, un œil sur mon visage impassible, face au feu qui se consumait en attendant de les voir revenir, et les ombres qu'ils rapportaient nous condamnait, les Originaux dans leur suprême puissance ne nous épargneraient pas, les chasseurs dans leur quête millénaire me voulait et les quelques heures de liberté volée au sang partagé avait calmé cette respiration saccadée qui vivait jusque dans mon sommeil agité, rendant cette attente acceptable, ces vides dans mon existences réparables.
-Elle est faible. Mais elle ne semble pas prête à mourir, annonça Stefan le soir venu et je restais recroquevillé face au feu, une couverture sur les épaules, sentant l'absence de Damon dans nos mots.
-Personne ne l'est, répliquais-je et il se rapprocha, comblant la distance qui le dérangeait. Alors, comme cela tu as préféré me mentir, t'assurer le silence de ton frère, et entraîner tous mes amis dans la trahison organisée ?
-C'est pour ton bien !
-Je le connais ce discours, et je l'exècre encore plus quand il sort de ta bouche, m'écriais-je avant de poser une main sur mes lèvres. Tout est toujours pour mon bien, vous mettez au point des plans irréalisables, nous perdons du temps, la solution est simple, je ne pouvais pas m'y résoudre mais il est clair que nous n'en viendrons jamais à bout. Katherine nous annonce mort et apocalypse et elle sait de quoi elle parle. Je n'ai pas encore osé continuer son livre, mais j'en connais déjà les mots, comme si je les avais rédigé moi-même dans la peur d'être découverte et amenée au bûcher. Je t'en prie, arrête…Arrête d'essayer de me sauver.
-C'est ma seule raison de vivre, reprit-il et la culpabilité me rongea, si tu disparaît, si ils t'enlèvent quoi qu'il advienne nous seront séparés, par ta mort ou la fin de notre non existence je veux te garder pour toujours.
-Tu ne peux pas. Je dois choisir.
-Choisir ? Choisir quoi ?
-De me sacrifier ou non ! Et je ne vous perdrais pas.
-Et tu inclus Damon dans notre équation, releva t-il et j'inspirais profondément.
-J'inclus Damon et Caroline ! Tu le sais très bien, si les chasseurs arrivent à leur fin, dans un seul moment d'inattention, mon monde, le tiens s'éteindra et je ne le permettrais pas. Je choisirais l'éternité sans hésiter à présent. Poursuivre des humains qui détiennent la clé de votre extinction est ridicule, c'est une mission suicide et je nous l'épargnerais. Je serais comme Katherine au final. Faible et égoïste. Faible de rendre les armes, égoïste de vouloir vous garder pour toujours. Ne m'empêchez pas de faire mon choix, vous me le devez bien.
-C'est cela que tu veux ? Tu veux voir toute ta famille mourir au fil des années ? Tu veux renoncer à avoir des enfants, renoncer à…
-Je n'aurais jamais d'enfant, et tu le sais bien. Une autre petite fille pour la malédiction des Petrova ? Non, jamais.
-Elena…Tu ne sais pas les renoncements qu'impliquent cette existence de morte vivante.
-Oh que si ! Je sais ce que vous êtes, je sais qu'au fond de vous persiste la voix de l'humanité qui vous rappelle sans cesse ce que vous avez manqué de sa dance mais je ne regretterais rien. Juste peut être d'assister à la fin de mes essentiels, si chers pour toujours. Je regretterais peut être de les laisser partir sans espoir de retour, de les oublier avec les siècles, de ne jamais les rejoindre dans une sorte d'ailleurs inaccessible. Je ne regretterais pas d'avoir mis un terme à la lignée des antidotes qui dure depuis trop longtemps, et je vous aurais…
Il attrapa ma main, et je me tournais pour épier son visage dans cette semi pénombre que nous offrait le feu en souffrance, ses yeux si brillants, son souffle calme, et je retrouvais ce sentiment d'appartenance, ce premier éclat dans notre mélodie, comme au premier jour de notre errance, ce sentiment qui fracassais la rupture, qui brisait les chaînes de la distance factice, et ses lèvres pouvaient étrangement effleurer les miennes, dans un sursaut certain j'y répondais, dans un murmure diffus j'y mettais un terme, posant mes mains de chaque côté de son visage, entrant dans les mots comme dans une danse que je savais invincible, celui du premier amour qui ne devient plus essentiel, qui se perd dans les dédales du monde qui nous écartent, qui nous séparent.
-J'ai besoin de temps, j'ai besoin de temps pour moi, pour le silence, pour de longues journées au soleil, j'ai besoin d'oublier quelque secondes que le danger nous guette, et je ne veux plus y impliquer mon cœur, je ne veux plus y laisser mon âme. J'ai rompu. J'ai mis un terme à ce « nous » que je chérissais pourtant, et je suis désolée. Je suis désolée de ne pas être à la hauteur de la malédiction, de choisir la faiblesse au courage, je suis désolée d'avoir attendu ce moment pour en définir la finalité. Il n'y aura pas de retour, il n'y aura plus rien entre nous, pas de flammes dans la pénombre, pas de murmure au lendemain d'une nuit passionnée, il n'y aura plus rien pour nous sauver à présent. Et je ne pourrais certainement pas me regarder dans un miroir la prochaine fois que mon reflet s'imposera, seulement les mots s'échappaient, les mots s'imposaient, et je ne suis pas l'héroïne d'un roman du 19ème siècle, je n'ai pas besoin de chevalier, je n'ai pas besoin que l'on m'attende jusqu'à la fin d'une éternité terrestre interminable. Je ne veux pas que l'on m'attende pour respirer, et si nous sommes fait pour marcher ensemble, la vérité s'imposera, si nous sommes fait pour combattre le temps tout les deux, l'étincelle nous réveillera. Ce n'est pas un adieu je ne te quitte pas, je ne quitte pas ton cœur ni vos bras si indispensables à mes souffles, je quitte juste quelque chose qui s'enfuit avant de m'écrouler…
Ma voix semblait mourir dans des méandres inaccessibles, et je voyais son visage à la flamme instable se décomposer, une seule et unique larme vacilla sur sa joue sans que je n'ose l'essuyer, et il se pencha pour m'embrasser sur le front, il respira l'odeur de ma peau, traça dans mes cheveux une vague tremblante, trouvant mon regard embué dans le chaos de ces mots que j'avais peur de regretter un jour et il hocha la tête, contrôla le tremblement de ses mains et quitta ma présence, fuyant la pièce pour m'y laisser dormir en silence, cherchant la dernière étincelle du feu qui venait de s'éteindre, crépuscule du jour, abîmes d'une renaissance qui m'avait sauvé, et je ne balayais pas les larmes qui glissaient, elles prenaient place sur ma peau comme un ancrage dans cette réalité acceptée, ce bonheur échoué, comme la présence de Katherine, et ses mots que je voulais apprivoiser. Je tendis la main vers le livre sans jeter un coup d'œil aux « Hauts de Hurlevents » je n'étais pas la femme incapable de laisser parler son cœur, je n'étais pas le fantôme sous la pluie au sommet d'une colline millénaire; je n'étais pas le malheur d'un homme, la souffrance d'un autre, et il pourra se relever, il pourra avancer sans chercher ma présence, sans attendre le souffle de ma vie en suspend, il pourra chérir d'autres moments et peut être aimer une autre femme qui ne sera pas moi. Je serais toujours là, dans son sillage pour d'autres éternités, silence brouillé des cendres d'un prochain linceul de l'humanité bientôt abandonnée, comme une promesse que je lui faisais dans l'ombre, comme une promesse qu'il n'entendra jamais, venant de cette partie de mon cœur lui appartiendra toujours…
6 mai 1494,
Maintenant je sais à quoi ils ressemblent. Leurs visages habitent ma nouvelle réalité et je connais les enjeux de notre affrontement, je sais bien que ma seule issue reste de m'unir à leur funeste destinée, de vêtir l'éternité et de dire adieu à cette humanité qui me rendait si vulnérable aux deux camps qui me guettait. Quelque part dans une forêt étrangère, dans un ailleurs qui ne m'appartenait plus j'avais trouvé la force de mendier le passage, de chercher le sang dans leur antre pour mettre un terme à cette vie de double à part d'une lignée maudite depuis l'origine du monde quelque part entre le souvenir et l'abandon, j'avais goûté au sang, en oubliant les mots de mon histoire passé, j'avais franchie cette ligne qui sépare les vivants des fantômes, j'avais sombré dans ce cercueil improvisé pour gagner l'éveil plus forte que jamais à présent intouchable, antidote empoisonnée pour les chasseurs, traîtresse ultime pour les Originaux. Et ils avaient juré ma perte, ils avaient juré la traque perpétuelle jusqu'au prochain double, jusqu'à la prochaine fille Petrova qui portera mes traits. Mais je l'attendrais bien patiemment en parcourant les siècles je l'attendrais pour me faire pardonner, pour la livrer à Klaus au moment venu, quand la lune envahira le ciel et qu'elle sera vulnérable, je sacrifiais ma propre descendance par égoïsme, faiblesse de mon état d'immortelle que je ne pouvais plus combattre pour la paix je leur devait l'âme de la prochaine maudite, pour la rédemption je leur devais de vaincre l'antidote qui nous menaçait tous…
Pour me punir, ils avaient sacrifié cette famille que j'aimais encore malgré la trahison, que j'aimerais toujours dans un sens, et ils pouvaient faire bien pire avec moi, il pouvaient bafouer mon souffle et personne jamais ne pourrait lire ces mots, tombés dans l'oubli par fatalité dans ce monde ou les ignorants sont les plus chanceux, ou les humains innocents vivent dans un univers aux allures de paradis maudit, un enfer coordonnés qui leur sera offert ou arraché.
Et il me semble laisser ces phrases dormir pour la prochaine qui peut être aura le courage de les achever…
K.
Je relevais la tête quand Bonnie entra dans le salon, suivit par mon frère qui offrit un sourire contrit à la prisonnière que j'étais devenue, d'une destinée que je voulais plus combattre, d'une maison qui me retenait entre ses murs et je leur fis une place sur le canapé, fermant le livre maudit qui poursuivait les siècles sans jamais faire mentir ses malédictions.
-Plus de mensonge, fis-je et Bonnie hocha la tête, coupable. Qu'avez-vous appris de plus ?
-J'ai vu Stefan quitter la pièce, s'exclama Bonnie en tentant de détourner la conversation.
-Je lui annoncé que tout était fini, mais tu ne m'auras pas, je continuerais à te noyer de questions jusqu'à ce que tu m'annonce enfin ce que Katherine avait de si passionnant à raconter.
-Et bien, Stefan à dû t'en parler, commença t-elle en pesant ses mots, Katherine nous a décrit les Originaux, ou plutôt l'image lointaine que sa mémoire garde, et il semblerait qu'ils ne soient pas encore à nos trousses, ils ont probablement envoyés des sous fifres. Mais ils sont invulnérables. Ils sont invincibles, Elena. Personne ne peut en venir à bout, en tout cas pas de la manière traditionnelle. Il nous faut le loup.
-Caroline s'en charge.
-Il nous faudrait un loup assez puissant, assez expérimenté pour le mordre, la force chamboule les finalités, plus il est habile, plus les chances que Klaus reste à terre définitivement sont grandes.
-Et bien, nous nous contenterons de Tyler, si il accepte. C'est tout ce qu'il nous reste. Et si ce plan échoue… Je prendrais ma décision finale.
-Qui sera ? Demanda Jeremy et je détournais les yeux sur le feu mort.
-Tu le sais très bien, mais pour le moment, je ne veux plus en parler, je voudrais juste me laisser porter, oublier que nos jours sont peut être comptés il me semble voguer dans le brouillard depuis hier soir. Je ne sais même plus ce qui s'est passé. Quelque chose est mort en moi. Je ne vois que des flammes, je n'entends que des mots sans contenu.
Et je la vis baisser la tête, pour contempler ses doigts noués, dans une précision parfaite, fuyant mon regard et ce sentiment de vide intense qui m'étreignait, qui m'avait poussé à mettre un terme à tout ce qui me maintenait en vie, à tout ce qui me définissait, comme si quelque chose dans les flammes m'avait détourné de mon chemin originel, plus qu'un mot oublié, plus que la présence ou la sensation obsédante d'une caresse ce quelque chose perdu dans mon inconscience qui avait brisé le cœur de Stefan, qui m'avait fait prononcer ces mots si terrifiants dans notre histoire, une fin presque dérisoire pour notre image d'invincible éternité, et quand elle releva la tête pour affronter mon regard éteint, la flamme qui s'y trouvait me fit frissonner.
-Il ne s'est rien passé, Elena. Tu as été touché. Cette femme la chasseuse t'a tiré dessus, des petites balles en bois destinés aux vampires, seulement Stefan était à terre, et j'étais face à face avec le loup, Damon à eu le temps de se relever pour te rattraper et je vous ai protégé comme je l'ai pu je vous ai enfermé dans ce cercle de feu inaccessible pour l'humaine et pour le loup affamé. Ils ont prit la fuite, tout simplement.
-J'ai le souvenir de ce ciel étoilé, de cette lune qui semblait narguer tous mes mouvements, j'ai le sentiment de tomber dans un ailleurs doux et nécessaire, quelque chose que j'attendais, des bras pour me retenir, une voix pour garder mon souffle…Une chose indéfinissable. Et j'ai peur. J'ai peur d'avoir imaginé tout cela, de m'être perdue dans un abîme artificiel, j'ai peur d'avoir eu un aperçu du paradis et de l'avoir refusé.
-Tu refuses seulement de nous laisser t'aider, tu refuses de nous laisser te sauver. Nous ne sommes pas ici par hasard.
-Une écriture sainte n'a pas prévue notre lien il y a 2000 ans, plaisantais-je en gardant ce malaise constant du trou noir.
-Non, mais si je suis là c'est pour une raison.
-Oui tu es l'outil des chasseurs contre les vampires. Un double Petrova et une sorcière. Tous les ingrédients sont réunis. Je sais que vous voulez venir à bout des chasseurs avant tout, mais Katherine a échoué. Katherine la femme la plus égoïste qui fait ressortir tous mes côtés sombres, qui me pousse à envisager la damnation éternelle, cette femme invincible qui même humaine devait forcer le respect, qui devait mener la danse à la perfection, décidant de son avenir avant qu'un intrus ne le fasse. Alors, elle ne vous avait pas elle n'avait pas les vampires de son côté, elle n'avait pas la sorcière, ni le frère téméraire, mais si elle a échoué, notre finalité ne sera pas différente. Je me retrouve dans ses mots, dans son livre. Elle parle d'une vie que j'aurais pu connaître sans vous à mes côtés, forcé d'accélérer la transition entre la vie et la mort définitive. Vous pouvez tenter de me sauver, mais vous ne faites que repoussez l'inévitable.
Dans un coin, il m'épiait. Il noyait mes paroles dans son imaginaire, et la courbe de ses lèvres me fit frissonner, je pouvais presque les voir bouger, entendre le murmure lointain d'un oubli maîtrisé, je pouvais presque sentir le sang qui avait coulé hors de mon corps, quelques secondes ou je m'y plongeais, quelques secondes ou l'infime parcelle me frôlait, étincelle furtive d'une autre vie.
-Quand Klaus sera en ville, tu le sentiras, fit Damon en quittant l'ombre pour nous rejoindre, alors que le visage de Stefan m'était maintenant interdit. Tu le sentiras en toi, comme la blessure sur ton front, celle qui doit toujours dormir sur la peau de Katherine. Vous êtes liées. Et, elle est peut être la garce la mieux protégée pour le moment dans son trou, mais ils la retrouveront. Ils lui feront payer sa trahison. Jamais ils ne laissent un souffle de vie et elle voulait se racheter elle voulait te vendre au plus offrant pour une paix méritée, pour mettre un terme à ces siècles d'hérésie seulement tu ne lui ressembles pas. Tu ne lui ressembleras pas. Et je ne te donnerais aucune corde pour mettre fin à tes jours, d'ailleurs à l'heure qu'il est, tu es libre, officiellement libre. Mon sang ne t'habite plus.
-Comment le sais tu ? Murmurais-je et il sourit avec insolence.
-Parce que je peux sentir le tien, et qu'il n'est plus mélangé. La porte de la prison s'ouvre enfin gente dame. A moins que notre compagnie te soit devenue essentielle.
-Et où veux tu que j'aille ? Tu veux que je rentre chez moi pour annoncer à ma tante que ma réconciliation avec Stefan fut un échec ? Répliquais-je et il déglutit péniblement, les yeux vides. Tu veux que j'attende Klaus bien sagement sur le perron avec un diabolo grenadine ?
-Le sarcasme ne te met pas en valeur, fit-il dans un geste théâtrale et je me relevais pour lui faire face.
-Et bien il faudra t'y habituer. C'est la nouvelle moi. La nouvelle Elena méchante et manipulatrice, égoïste et vindicative, la nouvelle image dans la lignée des malédictions.
-Arrête ta comédie, lança t-il en se servant un verre. Barbie va convaincre son chien loup de nous aider, nous l'enverrons bien gentiment mordre Klaus, une petite rage passagère et je me chargerais de la chasseresse.
-Tu as tout organisé tu as tout prévu, mais tu oublies une chose. La promesse que tu m'as faite. Tu me laisseras prendre mes décisions.
-J'ai mentis, chuchota t-il et je lui lançais un regard noir soudain déstabilisée. Je mens comme je respire, Elena. Je voulais juste que tu poses ton bouquin centenaire et que tu nous laisses agir.
-Je te déteste.
-Merci pour cette délicate déclaration d'affection. Moi aussi, je te déteste, lança t-il et nos yeux s'affrontaient.
Sans un mot à présent, dans un silence coordonné alors que le soleil continuait sa course dans le ciel et je nous revoyais mourir dans nos cendres, quelque chose se réveillait, quelque chose d'enfoui dans l'éternité, dans ce reste d'humanité qui faisait briller ses prunelles, seulement le courant d'air nous arracha à cette image mutuelle de l'affrontement intérieur du sang partagé, un courant d'air violent qui poussa la fenêtre hors de son châssis, faisant apparaître une femme brune à la peau claire, une inconnue qui ne l'était plus des reflets d'aciers mélangés, de la colère transparente, une mission déclarée, l'inconnue de ma mémoire en instance, la chasseresse qui avait amorcée la guerre des mondes quelque part dans un autre temps, dans une autre histoire qui venait bouleverser la mienne.
Elle se planta devant la porte d'entrée et personne ne bougea, Damon ne cilla pas, il l'observait et leurs corps semblaient tendus l'un vers l'autre, un sourire triste jouait sur les lèvres de l'humaine, chamboulant mon fragile équilibre. Bonnie et Jeremy s'éloignaient, cherchant dans la pièce une arme contre cet être de chair et de sang qui vouait une haine éternelle aux enfers et qui m'entraînait dans sa course.
-Maintenant je comprends, dit-elle, un sourire terrifiant brouillant son joli visage. Je comprends pourquoi ma mère n'a pas pu te tuer.
-Ne tentes même pas une approche, répliqua Damon en fronçant les sourcils malgré lui, perturbé par les paroles de ma meurtrière.
-Tu peux toujours essayer, Damon. Je porte de la verveine, et à profusion. J'ai un pieu dans ma manche droite, un revolver dans ma manche gauche, celui qui a si durement blessé ta protégée qui semble à présent tout à fait remise.
-Qui es tu ? Je ne me souviens pas de toi, et si nous nous étions croisés un jour, je n'aurais pas manqué l'occasion de te tuer.
-1975 à Columbia. Tu n'as pas pu l'oublier si vite.
Tout se mélangeait dans ma tête, et le visage de Damon se crispa instantanément, avant même que l'inconnue n'énonce le prénom de cette personne qu'ils connaissait tout deux, avant même qu'elle ne ramène l'effluve de cette femme qu'ils avaient aimés tous les deux. Il serra ses bras le long de son corps et je me rapprochais, je me rapprochais malgré la morsure des prunelles qui suivaient mes mouvements et je posais une main sur son épaule, je cherchais son regard qu'il me refusait, plongé dans la contemplation de ce visage qui ressemblait tant à un autre, quelque part dans sa mémoire d'invincible, reflet intense d'une passion consumé.
-Elle est morte depuis longtemps. J'avais 10 ans, énonça t-elle et le poids des mots le bousculait. Elle n'a jamais vraiment été heureuse avec mon père elle gardait toujours cette image de toi malgré tout, malgré son statue de chasseresse, condamné par le destin à poursuivre votre engeance jusqu'au dernier.
-Angéla, murmura t-il et je frissonnais.
-Elle n'a pas eu le courage de te tuer et pourtant elle savait. Nous sommes des humains mais nous avons la capacité de ressentir votre essence, le sang maudit nous avons le pouvoir de trouver le double n'importe où dans le monde. Et me voilà avec l'équation finale, réunie sous mes yeux. Le vampire et l'antidote. Et pour ma part, je n'hésiterais pas, Damon. Tu ne vivras plus assez longtemps pour protéger l'objet de notre quête. C'est une promesse.
-Que lui ait-il arrivé ? Demanda t-il soudain sourd aux menaces qui planaient entre eux.
-Elle est partie tout simplement, un instant d'inattention, une seule et unique seconde pour bousculer sa vie et la mienne. Mon père n'a jamais voulu en parler, il était dans la confidence, il connaissait le monde des ténèbres, il savait que sa femme chassait des vampires. Un jour, elle n'est tout simplement plus rentrée à la maison, elle n'est tout simplement plus venue m'embrasser dans mon lit et j'ai compris. Rien n'est éternel dans l'humanité sauf la colère, le désir de vengeance et même si ce n'est pas toi qui as planté le pieux c'est du pareil au même. Vous êtes tous coupables. Tu n'as plus qu'a m'offrir ta nouvelle conquête sur un plateau et je songerais peut être à t'épargner. Ma mère y a peut être cru, mais pas moi. Vous êtes incapables d'aimer, l'amour ne vous touche pas, tout cela n'était que comédie, et malgré les idioties qu'elle notait dans son journal intime d'étudiante, malgré son amour pour toi, j'ai juré de traquer l'antidote pour vous priver de ce souffle si essentiel à la non existence sans cœur.
-Tu te trompes, murmura t-il et j'étais bouleversée. Je l'aimais. Et je ne te donnerais jamais Elena. Tu veux te battre avec moi ? Je t'attends. Mais sache une chose la bataille ne prendra jamais fin, pas tant que j'aurais ce souffle qui t'indispose tant, pas tant que je pourrais me relever, tu ne l'emporteras pas.
-Nous nous reverrons pour jouer avec le destin très bientôt, dit-elle et elle allait faire demi tour, nous laissant tous le cœur battant.
-Rose ? Appela Damon et il se rapprocha d'elle, s'éloignant de ma main qui retombait dans le vide. Je l'ai suivie, de temps en temps j'allais la voir, et puis elle a épousé ton père, elle a eu un enfant et je n'étais plus de taille. Juste une passade dans sa vie, elle t'avait et tu la comblais…
-Ne fais pas cela, murmura t-elle se retournant soudain. Ne me dis pas que tu l'aimais vraiment, ne rend pas les choses plus difficiles.
-Je suis désolé. Et je suis désolé de ne lui avoir jamais dit adieu.
-C'est trop tard, dit-elle et elle s'en fut.
Il ne bougea pas, ne chercha pas à combler l'air qui avait emporté cette femme qui remuait son passé, qui venait rejoindre l'équation maudite, née pour me sacrifier et faire mourir mes amours si indispensables, née pour succéder à sa mère si fragile que le temps avait emporté, et pourtant quelque part dans sa mémoire elle avait survécue, il avait prononcé son prénom avec douceur, avait redonné une identité à la petite fille qu'il avait du croiser un jour, dans un parc, accroché à une main protectrice, il avait réveillé cette caresse qui semblait enfouie, qui m'avait effleuré un jour, dans les flammes, ce rêve imaginaire qui refaisait surface et la pièce se vida tout à coup Bonnie entraîna Jeremy à l'étage et l'image de Stefan appuyé sur la rambarde, témoin indirect de cette méprise du destin me semblait terriblement lointaine, je ne voyais que le visage livide de Damon qui fixait cet endroit déserté, cet endroit ou la fille d'une reminescence lui avait juré la damnation et je comblais la distance qui nous séparait, mettant un terme à ce silence, cherchant sa voix qui me manquait tant.
-S'il te plait ne me demandes pas d'explications, entendis-je comme un murmure lointain et il planta ses yeux dans les miens. Ne me demande rien de plus, je ne pourrais pas ce soir.
-Juste une chose…fis-je et il se mordit la lèvre, chassant les larmes qui menaçant de s'étendre sur ses joues. Tu ne savais pas qui elle était n'est ce pas ?
-Non, je ne connaissais pas l'histoire des chasseurs, ce monde m'était totalement étranger, et peut être que si je l'avais su je l'aurais tuée…
-Non…Je sais bien que tu n'aurais pas pu.
-C'est une malédiction de génération en génération, elle a du former sa fille, ou lui laisser des enseignements posthumes. Maintenant, nous savons qui sont nos ennemis, c'est le plus important. Demain, j'irais mieux Elena.
-Demain, tu me parleras ? Demandais-je et sa main caressa un instant mes cheveux, furtive et légère laissant un sentiment d'inachevé au creux de ma poitrine.
-Bien sûr, je te ferais la conversation tous les jours jusqu'à la fin de ta vie.
-Je ne parles pas de banalités, je parle de… tout cela. Tu m'as dis que tu était un menteur, que vous étiez tous des menteurs, mais je n'y crois pas.
-Je me suis laissé emporté, j'ai baissé la garde pour cette humaine…Comme je l'ai fais avec toi. Et je ne veux pas regretter mes mots, alors je préfère te laisser là dessus. Rentres avec Jeremy si tu le souhaites, je préviendrais Alaric pour qu'il garde lui aussi un œil sur toi. Et vas voir Stefan, je t'en prie. Ne gâche pas tout avec lui.
-Ne me fais pas la leçon, tu es poursuivi par une femme qui clame vengeance pour la vie d'une autre, je suis la proie de ses armes, et elle s'amusera bien dans sa quête semant les Originaux, narguant nos convictions les plus profondes. Je te trouve mal placé pour me faire un sermon sur l'amour et le mensonge, deux mots qui ne s'associent jamais dans une même phrase.
-Rentre chez toi, Elena. Ma vie n'est pas si passionnante, et je ne te parlerais pas d'elle. Je veux être seul. Seul comme tu l'as tant désiré, face au feu qui se consume, un verre de bon whisky à la main pour réfléchir à toutes mes faiblesses et elles sont nombreuses.
-Pourquoi fuir les mots, Damon ? Tu as si peur de te souvenir d'elle ?
-Oui, j'ai peur. Maintenant va t'en.
-Tu ne me rends pas la tâche facile, murmurais-je et un rictus envahi son visage.
-Je ne te demande pas de me sauver de mes anciens démons, Elena. Je te demande de rentrer chez toi.
-Je ne veux pas te sauver, je veux t'écouter.
-Et moi je ne veux rien te dire. Je ne veux pas être honnête, tu comprends ? Aucune faiblesse. Egoïste, méchant, et vindicatif. Cela ne te rappel rien ? Un discours que tu m'as tenu récemment, tu devras composer avec mes défauts, tu devras accepter le mensonge et la dissimulation. Dans notre monde, l'amour s'oubli.
-Pas celui-ci.
-C'est un doux souvenir, une lancinante blessure tout simplement. Et je ne laisserais pas Rose te voler à nous, ni maintenant ni jamais. Si je dois me battre contre elle pour te sauver, je le ferais. Que l'image de sa mère occupe encore mon esprit ou non c'est toi qui comptes.
« Alors, tu dois juste l'oublier… »
-Alors rappel toi, remémore toi ces souvenirs. Ils sont précieux, fis-je en effleurant sa joue.
Et je quittais sa voix, je quittais sa présence intense, cherchant Jeremy pour emporter mon sac et quitter leur antre, quelques heures durant lesquelles il pourra fixer ce feu terrifiant et se souvenir d'un visage, d'un timbre, de l'effluve d'un parfum, quelque part dans une immensité inaccessible elle vivait, comme ceux qui manquait à ma vie, comme ceux qui l'avait désertés, emporté par la mort ou par la distance de nos mondes à présent séparés, je jouais avec leurs reflets, je recréais des mirages, fermant les yeux pour imaginer le sourire, pour sentir la main si présente, pour combattre cette absence irréparable qui me poursuivra toujours, et j'avais soudain peur d'avoir toute l'éternité pour regretter leur immensité, j'avais soudain peur d'avoir toute l'immortalité pour le gouffre interminable de la mort…Comme lui.
Et voilà le chapitre 4. Je me permets un petit hiatus puisque mon chapitre 5 n'est pas encore clos; le temps me manquait pour le travailler!
Merci à vous pour vos reviews; je vous promets de ne pas trop vous faire attendre...
