CHAPITRE 4 : HESITATION ET CONFUSION
Depuis qu'ils avaient brièvement parlé lors de l'entrainement, Shiryu ne se cachait plus lorsque la jeune fille venait au magasin ou lorsqu'il la croisait dans les couloirs de l'école et lorsqu'ils se rencontraient, Shunrei le saluait toujours bien que timidement. De temps à autre ils échangeaient quelques mots lorsqu'ils se trouvaient au stade. Malgré le fait qu'ils se soient rapprochés, Shiryu n'osait toujours pas l'inviter à sortir, ne serait-ce que pour un thé. Il continuait donc à lui écrire, laissant des lettres anonymes dans le casier de la jeune fille en moyenne une toute les deux semaines.
Ces lettres et leur auteur étaient devenus le principal sujet de conversation, entre Shunrei, Saori et Shun, chacun d'entre eux attendant toujours avec impatience la suivante, tentant d'y découvrir un indice pour démasquer l'amoureux transi.
Ce jour-là, justement, une nouvelle enveloppe avait été déposée.
« C'est la quatrième que tu reçois, non ? » demanda Saori.
« Oui, c'est ça » souffla Shunrei le cœur battant. Au travers des mots qu'elle lisait, elle était en train de tomber amoureuse d'un jeune homme qu'elle ne connaissait pas, qu'elle n'avait jamais vu, dont elle ignorait absolument tout. Au fur et à mesure que le temps passait le désir de le rencontrer se faisait de plus en plus pressant. Mais comment pouvait-elle le lui faire savoir alors qu'elle ignorait son identité.
« Qu'a-t-il écrit ? Ouvre-la ! » La pressa Shun.
Elle s'exécuta, toujours avec la même délicatesse qui la caractérisait.
« Shunrei,
J'espère ne pas t'indisposer avec mes lettres, et j'aimerais avoir le courage de te le demander directement mais il semblerait que je sois trop faible et peureux pour ça. Si tu souhaites que je cesse de t'importuner ainsi peut-être pourrais-tu faire une croix rouge sur la porte de ton casier, je la verrai et plus jamais tu n'entendras parler de moi. Je ferais taire mes sentiments et les enterrerais le plus profondément possible à jamais. Si au contraire, tu pouvais m'accorder l'honneur, non pas de me rendre mes sentiments, je n'ai pas cette prétention, mais peut-être de me donner le droit et le bonheur de pouvoir continuer à te les exprimer, une croix verte m'indiquerais alors ta permission.
Sur cette simple demande, afin de faire selon tes souhaits, je te laisse une fois de plus, dans l'impatiente attente de pouvoir te recontacter.
Je te dis donc au revoir du plus profond de mon cœur, exprimant l'amour le plus pur. »
« Il est vraiment attentionné » commenta Shun, « Il te demande la permission de pouvoir t'aimer pour être sûr de ne pas te déranger ».
« Qu'est-ce que tu vas faire ? » lui demanda Saori.
Shunrei parvenait à peine à respirer. Qu'allait-elle faire ? Elle se sentait étrange, c'était la première fois que son admirateur secret lui proposait d'entrer en contact avec lui, aussi lointain et léger soit ce contact. Ses lettres la dérangeait-elle ? Les sentiments exprimés la mettait-elle mal à l'ais ? Non, il était évident que non. Au travers des mots qu'elle lisait, elle se sentait ni épiée, ni suivie, ni oppressée. Il s'agissait juste d'un jeune homme, qu'elle devait probablement croiser régulièrement sans s'en apercevoir et chez qui des sentiments étaient nés et au travers de leur expression, des sensations similaires s'installaient en elle.
« Je… » Commença-t-elle incertaine.
« Tiens » la coupa doucement Shun en lui tendant un feutre vert.
Le soir même, comme si de rien n'était, Shiryu traversa l'allée où se trouvait le casier de la jeune fille, en y jetant un rapide coup d'œil il sourit, heureux et poursuivit son chemin.
Plus le temps passait, plus il se sentait proche de la jeune fille petit à petit, déjà au cours des entraînements qui avait permis leur rencontre et renouvelait régulièrement la possibilité d'être près d'elle, au magasin auquel elle continuait de passer et où ils pouvaient échanger quelques mots et bien entendu grâce à ses lettres qu'il continuait de lui envoyer.
Une fois à son travail, il fut rejoint par Seiya, Hyoga et Okko qui avait pris l'habitude depuis qu'ils étaient enfants de trainer de temps à autre à l'épicerie.
« Il y aura bientôt le festival sportif » annonça Hyoga, « La nouvelle est tombée aujourd'hui, on sera confronté au lycée Hirashi… »
« La compétition sera dure, leurs équipes ont un très bon niveau » s'inquiéta Seiya.
« Les entraînements sont de plus en plus longs et fréquents, Ikki est un fou ! » se plaignit Okko,
« Qu'est-ce que t'en penses Shiryu ? »
Le jeune homme appelé leva la tête de son labeur, « Je pense que vous pourriez trouver un autre endroit pour trainer » grommela-t-il alors qu'il chargeait des marchandises sur une palette de bois.
« Rabat joie ! » lança Seiya.
« Sinon ? Ça avance avec Shunrei ? » Demanda Hyoga.
Shiryu, étant d'un naturel réservé, se renfrogna à cette question. « Il n'y a rien… » Dit-il sombre.
« Depuis le temps quand même… » Lui reprocha Seiya.
A ce même moment, Shunrei arriva, elle venait de finir son travail à la boutique de fleurs.
« Tiens… Quand on parle du loup… » Commenta Okko qui l'aperçut depuis la réserve où ils étaient. Shiryu rougit légèrement et fit comme s'il n'avait rien entendu.
La jeune fille se dirigea directement vers le comptoir où se trouvait Dokho, elle venait y chercher une commande qu'avait passé sa mère.
« Et voilà jeune fille ! » s'exclama Dokho en lui confiant les différents paquets.
« Je vous remercie » dit-elle souriante.
Après avoir réfléchi quelques secondes l'homme lança soudainement, « Mais c'est beaucoup trop lourd pour toi ! Shiryu ! »
Embarrassée par le dérangement qu'elle risquait de causé, Shunrei réagit vite, « Oh non ! Ce n'est pas nécessaire ! »
Mais Shiryu était déjà venu au-devant du magasin attiré par l'appel de son oncle.
« Peux-tu accompagner Shunrei jusqu'à chez elle pour l'aider ? » demanda-t-il ravi de l'opportunité présente pour son neveux.
« Euh… Oui… Bien sûr… »
« Non vraiment, ce n'est pas nécessaire » bredouilla Shunrei gênée.
« Je t'en prie, ce n'est vraiment pas un problème, n'est-ce pas Shiryu ? » insista le gérant.
« Vraiment, je ne voudrais pas déranger » dit-elle hésitante.
« Je t'accompagne » répondit Shiryu vivement.
Shunrei le remercia, les joues rouges. Ainsi, les deux jeunes gens partir ensemble, Shiryu les bras chargés de paquets et Shunrei marchant timidement à ses côtés sous le regard amusé de l'oncle et des trois amis.
« Bien joué vieil homme ! » s'exclama Seiya.
« Il faut bien leur donner un coup de pouce… »
Dans la rue les deux jeunes arpentaient la rue en silence, Shunrei le brisa bientôt.
« Comment se passe l'entraînement ? » demanda-t-elle.
« Bien… Bien… » Répondit-il succinctement, nerveux.
« Ce n'est pas trop dur ? Le combat ? Ça semble si violent… »
Shiryu réfléchit un instant, « Non, le but n'est pas de se blesser, c'est principalement de la technique je pense ».
« J'espère que vous gagnerez au festival » dit-elle souriant, « Je viendrais t'encourager ! »
Shiryu sourit, ravit, « Tu sais, je ne serais pas le seul à combattre… »
Shunrei rougit, « Oui mais tu es le sule que je connaisse… »
« Eh bien, merci… » Dit-il touché.
Ils continuèrent à discuter calmement jusqu'à arrivés à destination. Shiryu accompagna la jeune fille jusqu'à sa porte. « Je te remercie… » Souffla Shunrei.
« Je t'en prie »
« On se voit à ton prochain entraînement ? » demanda-t-elle.
« Oui ! Bien sûr ! »
Ils se dirent timidement au revoir et se séparèrent.
En rentrant chez elle, Shunrei repensa au jeune homme. Elle l'aimait beaucoup, depuis leur première rencontre lorsqu'ils n'étaient que des enfants elle l'aimait déjà. Elle n'avait jamais tenté de lui parler après tous, il était légèrement plus âgé qu'elle et ne devait sûrement pas être intéressé. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne il avait toujours été très réservé, et il l'avait toujours ignoré aussi. Ne pouvant espérer un quelconque retour, elle avait par conséquent abandonné l'idée de s'en rapprocher. Elle était heureuse aujourd'hui de pouvoir lui parler, le saluer… D'exister à ses yeux. Son cœur se réchauffa à cette pensée alors qu'elle rangeait les courses. Une chaleur qui s'estompa vite, balayée par le souffle de la culpabilité. Quelque part dans leur école, un jeune homme était sincèrement épris d'elle, faisant attention à qui elle était et à ce qu'elle ressentait et elle, en retour de ses sentiments, pensait à un ancien amour… Elle ne devait pas… Elle risquait de blesser un innocent pour un amour à sens unique…
