Et voilà la suite !

Je suis vraiment déçue du peu de review que le précédent chapitre a suscité !

Il est vrai que mon retard a sûrement dû y être pour beaucoup de choses, mais c'est avant tout les avis -négatifs comme positif tant qu'ils sont logiquement argumenté- qui boostent un auteur, et le peu de reçu me pousse à me demander si je n'ai pas fait un faux pas et si oui, lequel ?

Après bon, j'écris avant tout pour le plaisir, les reviews sont un bonus plus qu'appréciable mais avoir des fidèles tel que Coton me suffit amplement !

D'AILLEURS !

Merci Coton pour ton inestimable review, si ta propositon tient toujours, je serais honorée que tu le devienne, je te propose de m'envoyer un MP afin que nous en parlions de manière plus approfondie (tu m'excuseras pour les temps de retard, je n'ai plus de wifi, ce qui m'oblige à vérifier mes mails au lycée, je te dis pas la galère).

Moins de blaba, voici le chapitre suivant. Le prochain viendra le lundi prochain aussi.

Petite précision *Helena est le prénom que prenait Sage des années 20 à 80. Moment où elle rencontra Adam.*

Ce chapitre est davantage centrée sur le passé de Sage, vous y découvrirez notamment son véritable prénom.


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« - Warren, suis-moi, ordonna Samuel au garou, dans son élément.

Contrairement à Marie-Lou quelques minutes auparavant, le texan s'appliqua à obéir au médecin.

- Où je la poses ?

Ben intervint l'air de rien, même si son teint étrangement blafard et la transpiration qui perlait de ses tempes faisait comprendre qu'il était tout sauf à son aise.

Personne, sauf peut-être Adam, comprenait la raison de son déterminisme à porter la jeune femme. Un écho du passé devait se faire entendre à chaque fois qu'il voyait la silhouette menue aussi déchiquetée que ses vêtements.

Les marques sur son corps ne trompait pas. Tout comme le regard voilé de Samuel.

Et les grognements de certains de la meute. Les odeurs aussi ne trompaient pas.

Adam Hauptman pouvait s'avérer le plus coriace des adversaires, il avait la rage facile. Surtout avec Mercy. L'indécision de la belle indienne, avait faillit lui coûter sa place d'Alpha. Et pourtant, il ne changerait cela pour rien au monde.

Par ailleurs, toute lucidité qu'il possédait face aux découlés dramatiques qui surviendrait lorsque Bran apprendrait ce qui s'était produit -et lorsque la meute à laquelle elle possédait dorénavant l'exigerait-, il ne pouvait s'empêcher de serrer les dents et de prévoir milles et une scenarii qui incluait la morts des fils de chiennes qui avait osé touchée à Helena*.

Jamais il ne l'avait vue aussi diminué qu'en ce jour.

Même lorsqu'elle avait menée son régiment à travers une passe entre les deux camps du Sud-Viêt nam et du Viêt Cong, durant la bataille d'Ap Bac, leur permettant de survivre aux tirs nourris de leurs ennemis.

Elle s'était prise un éclat d'obus à l'épaule et une balle à l'estomac. Ça ne l'avait rendue que davantage enragée.

Il n'avait été que davantage admiratif de cette entêtement extrême qui poussait chacun de ses choix.

Enfin, jusqu'à ce qu'il apprenne par la suite qu'elle était une créature capable de se régénérer à la vitesse de la lumière.

Il lui en avait voulue d'ailleurs, de ne pas l'avoir laissé mourir en paix. Beaucoup.

Et à présent, elle était là. Cela faisait bien cinquante ans qu'elle n'était pas revenue.

Pour ça aussi il lui en avait voulut.

Le bruit d'une collision lui fit relever la tête. Ben avait posé un peu brutalement Sage sur la table basse du mobile home où Samuel vivait en colocation avec Mercy.

Ce point d'ailleurs, le faisait toujours grincer des dents.

Décidant de concentrer son esprit sur autre chose que sa jalousie mordante, il ordonna aux membres de la meute inactifs de surveiller les alentours, en arguant avoir remarqué une voiture qui les avaient suivie tout du long et ce, malgré les détours qu'ils avaient fait pour se rendre ici.

La plus rétif du groupe fut envoyé avec la femme de son premier lieutenant afin de surveiller de près Jessie.

Il ne souhaitait pas la laisser sans surveillance alors qu'une meute enragée s'était mise à la poursuite de la femme qui l'avait transformé...

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"Nous possédons aujourd'hui, un élément, un choix commun, que de mon temps, nous ne nous risquions même pas à souhaiter dans nos rêves les plus secrets.

L'entente.

Oh, elle n'est pas aussi belle que ce que la définition de ce terme nous le promet, je vous le concède. Il n'en restait pas moins, qu'en mon temps, ce temps où les paysages naturels étaient révérait et non détruit pour une cause aussi triviale que deux ou trois feuilles de classeurs, ce temps où les animaux nous paraissait incroyable et que l'on vénérait avec autant de ferveur que nos dieux, ce temps sauvage et rude où une femme ne pouvait se risquer à sortir de sa chambre sans risquer par la même de se faire battre par son mari ou violer par un courtois novice suffisamment intelligent pour se masquer avant d'accomplir son forfait. Forfait qui était considéré par ailleurs comme étant le nec plus ultra de la virilité dans le cas où la nubile** n'était pas encore marié.

Eh bien, en ce temps, cette notion n'existait pas.

Non, c'était le temps où la loi de talion*** restait en vigueur, le temps où la loi du plus fort se sentait dans chaque geste, chaque respiration.

Pas d'égalité, pas de justice.

Beaucoup de dureté, de cruauté et d'horreur.

Ce temps-là, je l'avais vécue. Je suis née dans un château, avec le plus haut des rangs que pouvait rêver une femme, celui de haute dignitaire du royaume. De Princesse.

Je ne trouve pas de meilleure traduction à cela, même si notre manière d'agir restait beaucoup plus barbare que celle de la cour des Mérovingiens.

Je suis Salomé. Shlomtzion, serait plus exacte.

Enfin, dans ma vie d'humaine.

Oui, cette femme qui dansa si parfaitement aux yeux de son père, le roi, qu'elle parvint, sous la férule totale de sa mère vindicative, à recevoir comme présent la tête d'un des apôtres de la sainte Écriture, se propulsant ainsi dans la sphère des femmes tentatrices et sensuelles bannies de l'Église.

Comme souvent, l'histoire est toute autre.

Beaucoup plus cruelle, moins romancée et surtout revêtant cette aspect inéluctable qui nous procure toujours ce pincement au cœur.

Et lorsque je regarde en arrière, c'est l'impression que me donne mon passé, mon présent, tout comme mon avenir.

Un continuel accident de voiture. Vous savez pourtant que la collision vous sera, non seulement pour vous mais pour tous les passagers !, mortelle pourtant votre pied, malgré son enthousiasme envers le frein, ne parvient pas à le stopper et vous voyez alors cette accident qui vous coûtera la vie, se dérouler, sans même pouvoir bouger le petit doigt.

C'est à ce moment que l'on se rend compte, que de n'importe quel région que nous venons, d'espèces et de puissances variables et dévastatrice, rien ne sera jamais suffisamment puissant pour surpasser cela.

La fatalité. Le Destin. Dieu. Yahvé. Allah.

L'Ange de la Mort. Les Moires. Bouddha.

Seth ou bien tout simplement le karma.

Posez donc un nom à ce qui vous effraies si cela vous rassure, il n'en reste pas moins que lorsque son frisson glacé nous effleure, nous ne pouvons que fermer les yeux et encaisser.

Ou mourir.

Et bien c'est exactement ce qui s'est produit à ce moment-là.

Je n'ai pas tuée cet apôtre, ce Jean le Baptiste. D'ailleurs, qui pourrait dire si c'était bien lui ?, il ne portait pas ce nom là, lorsque je le rencontrais pour la première fois.

Non, en fait, c'était un lycanthrope réprimant ses plus bas instincts en l'enveloppant dans des valeurs judéo pré-chrétienne qui n'avait rien à envier aux Inquisiteurs Espagnole quelques siècles plus tard.

Cet homme avait été anéantit dans le saccage de mon royaume, lorsque je fus marié à mon frère. Enfin, beau-frère. Il était le fruit de l'union légitime entre l'ancienne Hամա – la Grande Reine comme nous pourrions le traduire en anglais- et le երկար թագավոր -autrement dit, le Grand Roi-.

Tous le contraire de moi.

Une rumeur persistante dans le royaume voulait que ma mère soit une redoutable sorcière adepte des Arts Noires. Toujours selon la même histoire de croquemitaine, elle aurait usée de ses pouvoirs pour tuer la Reine en place et attirer le Roi dans sa couche. Et ce, de manière durable.

Pourtant, Dieu seul savait à quel point cet homme était insatiable.

Enfin, ma génitrice s'avérait être sortie du néant, littéralement parlant. Ce qui rendait son haut-rang de noble femme très controversée. Certains disaient qu'elle avait dû tué la femme dont elle avait pris la vie, le rang et l'identité même.

Toutes rumeurs possède un fond de vérité.

Oui, ma mère était une impostrice, et oui, ses pouvoirs étaient...purement terrifiants.

Oui, je suis une bâtarde, et oui, son mari en avait connaissance.

Pour autant, elle ne l'avait pas hypnotiser, ou je ne sais quelle aberration, non.

Ils étaient tout les deux avides d'un pouvoir qui dépassait celui de la royauté.

Un pouvoir qui donnait l'impression euphorique de surpasser les pauvres fourmis à terre, un pouvoir qui sonnait faux lorsque l'on se rendait compte, soumis et irrémédiablement brisé par cette magie, que ce qui nous avait semblé bon n'était en fait qu'un simulacre de faussetés qui amenait droit à la mort.

Ou à la folie la plus destructrice.

Je le sais parce que je l'ai vue.

Plusieurs fois.

Sans rien pouvoir faire d'autre que de fixer, impuissante les retombées.

Ce doit être ça, la fatalité. Ou quelque soit son véritable nom.

J'y avais été confronté durant les deux milles années qui s'était écoulées. Les Rois et les Reines changeaient peut-être physiquement, les sociétés évoluaient ou se figeaient avant de s'effondrer dans la plus totale des indifférences, mais finalement, il n'y a que ce sentiment de profonde impuissance qui réussissait à vous ébranlez, alors même que l'humanité qui définissait l'individu que vous étiez, s'étiolait à chaque minutes passées.

Cette impression ne m'avait jamais vraiment quitté.

Enfin, jusqu'à ce que je rencontre Bran.

Lui aussi, avait une mère pratiquante des Arts Obscurs. À la différence, qu'il n'était pas né de et par cette magie, comme moi.

Bran, Samuel puis Charles.

Et là, je peux dire que malgré toute la mauvais foi dont je pouvais faire preuve, la vérité suintait de mon corps sans que je ne puisse rien faire pour l'empêcher.

J'avais retrouvé mon humanité à son contact.

Je me demande toujours si cela avait été une bonne idée de lutter autant pour sauvegarder quelque chose qui me faisait autant souffrir..."

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§

Il cligna des yeux, sa bouche s'ouvrit en grand de stupeur alors que le temps semblait se figer autour de lui.

- Ce n'est pas possible, fut tout ce que pût bégayer le second lieutenant.

- Bien sûr que si, idiot, ne pût s'empêcher de rétorquer le moins dominant de toute la meute, plus incisif que Warren ne l'aurait accepté en temps normal.

Il garda néanmoins pour lui le reste de sa réplique visant l'intellect du texan en se disant qu'il y avait certaine limite à ne pas dépasser, comme le conseillait le regard du doc.

Le garou ne prit même pas garde à la remarque, toute son attention focaliser sur les différentes blessures qui ornait le corps de la rousse.

Un coup de pied diriger vers ses valseuses le fit recentrer sur le moment présent. Il l'évita de justesse, en abattant ses mains sur les chevilles osseuses de la rousse.

Bon Dieu, même endormie cette bonne femme ne pouvait pas se tenir tranquille !

Sage, comme ils disaient qu'elle s'appelait. On aura trouvé mieux comme sobriquet pour cette furie.

Il allégea tout de même sa prise lorsqu'il sentit la chair bosselée sous ses doigts.

Merde, l'immonde pourriture qui lui avait causé ses blessures était un homme mort, se fit-il la réflexion en avisant la lueur prédatrice qui s'était enflammée dans l'œil de Samuel lorsqu'il avait découvert son corps dénudé.

Ils avaient dû couper le tissu et l'arracher ensuite tellement qu'il était collée à ses blessures.

- Warren remet sa jambe en place et Ben, tient là, ordonna-t-il lorsqu'il eût pris connaissance des observations du jeune homme sur la régénérescence plus que défaillante de la louve.

- Mercedes, amène-moi la caisse à l'entrée, poursuivit-il en maintenant la nuque de la jeune femme en place.

Celle-ci gémit en papillonnant des paupières.

Les effets de la morphine avait pris du temps à se dissiper. Même pour une humaine.

- Llewellyn, hoqueta-t-elle, les yeux humides de douleur. J'ai mal.

Les émotions qui défilèrent dans les yeux anthracites du blond firent détourner les yeux à la petite assemblée.

Adam remarqua l'air revêche du cadet de la meute et grimaça. Il était resté jusque-là en-dehors de la mission chirurgicale, se contentant d'endosser le rôle de garde-chiourme, dans le cas où, toute cette peur et ce sang qui émanait de la rousse n'en fasse disjoncter un.

À raison, apparemment.

- Ben ?

- Ça va, grogna celui-là, le jaune de ses yeux s'affaiblissant pour finalement déserter le noisette initial. Ça va, Adam.

L'échange en resta là.

Un petit cri s'échappa de la garou garrotté. Ben relâcha immédiatement son emprise en avisant que sa poigne s'était resserré par inadvertance sur la cheville blessée.

- Je sais. Ne bouge pas, lui adjoignit justement le blond alors qu'elle commençait à se tortiller de douleur. Sage, il faut que tu me dises comment cela t'es arrivée ?

- Daniel et...et la meute, c'est leur faute, balbutia-t-elle d'une voix mal assurée. Il m'a droguée...je ne sens plus la louve, Llewellyn.

Sa nausée s'accentua.

Elle dodelina de la tête alors que la silhouette de Samuel se dépliait soudain pour projeter une ombre persistante au-dessus d'elle.

La même angoisse brutale grimpa de sa moelle jusqu'à sa nuque toujours emprisonnée avant que ses yeux ne roule fébrilement dans ses orbites. Son corps s'imprégna de la peur si délectable pour ses congénères, mais elle n'était pas en état pour remarquer que sa vie était réellement en jeu.

- Samuel !

Cela fût dit en chœur par Ben -d'un ton rogue, alors que ses yeux s'enflammait poussant Adam à s'approcher- et Mercy -d'un ton alarmé, alors qu'elle avisait tout le sang qui s'était écoulée de la plaie de la jeune femme et qui gouttait sur son mobilier en un incessant plic ploc encore plus discernable dans le silence lourd de la pièce.

Le regard brisé qu'il lança à l'indienne la fit reculer d'un pas.

Elle avait l'impression de se retrouver face au Samuel qui avait laissé la place à Sam à la mort de cet enfant à l'hôpital.

Reprenant son souffle, et par ce biais le contrôle de ses deux jambes qui avaient désertés à ce spectacle, elle posa l'énorme caisse noir sur l'une des chaises libres.

Y était stocké un nécessaire de survie, des nutriments et de poches de sérum physiologique, des scalpels et des intraveineuses en masse.

Il avait préparé le terrain depuis un long moment déjà.

- Llewellyn ?, s'enquit une Sage au bord de la crise d'angoisse. Qui ne s'arrangeait pas face au soudain silence de plombs qui lui répondit.

Alors qu'elle commençait à se débattre, des réminiscences de ce que d'autres garou lui avait fait lui revenant brusquement en mémoire, une brusque douleur irradia de sa cheville cassée et l'immobilisa aussi sûrement que leurs poignes réunies.

Sa bouche s'ouvrit en un O de douleur pur, alors que les larmes que contenait ses yeux perlèrent et dévalèrent ses joues.

Le cri déchirant ne tarda pas à sortir lorsque ce fût au tour de son épaule mordue par le loup.

Ses yeux se révulsèrent et elle sombra une seconde fois.

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§

703 av. J-C, Etrurie du Nord, Latium

"- N'importe quoi !, grognais-je excédée en accentuant la force de mes pas.

J'étais furieuse.

Non, pire.

Folle de rage.

Mes pas martelaient les dalles de pierre du donjon, alors même que le cliquetis des armes de ma garde personnelle retentissait en écho saccadé qui ne faisait qu'exacerber ma colère.

De plus, je m'étouffais dans ma robe d'apparat, d'un noir encre qui révélait mon état de veuve prétendument éplorée.

Ce qui me faisait le plus mal était cette ridicule couronne agrafée à ma tête et tirant intraitablement mes cheveux roux en arrière, qui semblait flamboyant devant tant de couleurs ternes.

Mon mari pouvait toujours croupir dans le prétendu Enfer de ces crétins de «Nouveaux Croyants» ! Pour ce que ça me faisait !

Mes pas me menèrent droit à la suite de ma mère, qui était comme chaque jour que les Dieux produisaient, la cible de ma colère.

Je comprenais soudainement mieux le sourire qui avait accompagné Père lorsqu'il est mort. Avec une harpie pareil, il devenait soudainement plus compréhensible le bonheur de mourir !

Les gardes à sa porte, habillé de la livrée verte obligatoire, joignirent les pieds et bombèrent le torse, leur lance rudimentaire relevé, de même que leur menton.

Je n'y pris même pas garde, arrachant d'une poussée magique aussi forte que l'était ma colère les battants de la porte.

- Vous!, rugis-je. Comment avez-vous osée !?

Pas déstabilisé pour deux sous de mon entrée en matière grandiloquente, elle cessa d'entretenir sa dame de compagnie, levant vers moi ses yeux émeraude.

- Ma fille adorée ! Qu'est-ce qui vous mène dans mes appartements avec tant de...hargne? Vous aurais-je tant manquée que cela?, s'enquit-elle en croisant ses mains dans son giron.

C'eût le don de m'enrager davantage qu'il me semblait possible de l'être.

La jeune fille, aussi brune que toutes les femmes de ce satanée pays, gloussa à son insertion.

Mon regard, qui devait sûrement briller d'une menace de mort imminente, se posa sur elle, la faisant déglutir avec peine.

- Oh, voyons Shlomtzion, je t'ai mieux élevée que cela, me morigéna-t-elle en passant automatiquement au tutoiement lorsque les gardes se replièrent vers la sortie. Cesse de malmener cette pauvre jeune fille.

- Oh,oh, ricanais-je d'une voix rauque. Je devrais peut-être faire ce que vous avez fait ? Tuer mon mari puis celui de ma fille !

Si mon arrivée n'avait pas réussit à la faire lever, la vérité -je ne considérais pas cela comme une accusation mais comme un relevé simple des faits réels!- elle, la fit bondir de son siège. Les tissus de sa robe doré se froissèrent alors qu'elle ramenait sa magnifique chevelure d'ébène en arrière.

Ses yeux brillèrent d'une indignation qui me paraissait beaucoup trop surjouée pour me paraître réel.

- Comment oses-tu ?, articula-t-elle froidement.

Sentant le vent tourné, la servante décida de décamper, mais c'était sans compter ma mère qui loin de lâcher le morceau, claqua brusquement des doigts. Ses innombrables bagues en tintèrent.

La brune s'affala brusquement sur le même sofa qu'elle avait tenté de quitter, deux secondes de cela, les yeux révulsés.

- Toujours aussi grandiloquente, mère !, la narguais-je.

- Ce n'est pas moi qui suis entrée ici comme une des Furies tout en m'accusant de tous les maux.

- De tous les maux ? N'exagérons rien, ce serait vous donnez trop d'importance !, ricanais-je en croisant les bras sous ma poitrine alors que le mobilier commençait à trembler des deux puissances magiques qui se confrontaient. Non. Je me contente simplement d'établir une vérité qui, comme des milliers d'autres auraient dû être découverte depuis longtemps.

- En hurlant ainsi à tout-va ?, s'enquit-elle plus réfrigérante à chaque mot sortant de sa bouche.

- Hurler ?, demandais-je comme si je ne comprenais pas de quoi elle parlait. Je me dirigeais vers les lourdes tentures aux profondes couleurs, les manipulant distraitement sans pour autant la quitter de mon champs de vision avant de me récrier comme si je venais de me souvenir de cet élément : Ah, ça. Une mise en scène destiné à prévenir tout le monde que je n'étais pas heureuse de vous voir. Ainsi s'ils entendent un quelconque bruit, ils sauront que ce ne sont pas de joie que ces bruits se font entendre. Je ne toucherais pas à vos alcools et vos petits gâteaux aussi, sait-on jamais quel idée d'empoisonnement vous sera venue à l'esprit aux termes de cette discussion.

Les rides qui commençaient à se former aux coins de ses yeux s'accentuèrent lorsqu'elle les plissa.

- Qui te l'as appris ?, siffla-t-elle.

Ses yeux s'obscurcirent et le vert devint le noir d'obsidienne de mes nombreux cauchemars. Un courant de magie roula sur ma peau dénudé, de la plante de mes pieds à ma nuque, dressant en autant d'avertissement les poils de ma nuque. De la magie noir. Suppurante. Malsaine. Instable. En un mot : Dangereuse. Mais j'étais trop en colère pour que le danger de la situation ne m'apparaissent.

J'avais éviter de me trouver seule avec ma génitrice depuis le jour où elle m'avait punie de mon inconséquence -sous-entendu que je lui avais montré une énième fois que je n'étais pas un pantin et que je ne le serais sans doute jamais...en tout cas pour une âme aussi pervertie que la sienne...- d'une balafre qui traversait à présent tout mon dos d'une cicatrice aux bords déchiquetée pas franchement belle à voir.

M'arrachant à ce souvenir peu agréable, je la contrais de ma magie. Encore plus nauséabonde. Hideuse.

Le souvenir de la manière dont je me l'étais approprié me glaçait toujours d'horreur et de dégoût.

La digne fille de sa mère, pensais-je non sans ironie.

- Vous est-il si difficile de concevoir que votre fille soit capable d'un tant soit peu de réflexion ?

Je refermais la bouche immédiatement lorsque l'odeur d'œufs avariés et de putréfaction avancé se déposa sous ma langue en une persistante manifestation du pouvoir qui tentait de briser mes défenses.

- Évidemment. Si tu étais aussi intelligente qu'impulsive, là, j'aurais du souci à me faire, rétorqua-t-elle d'une voix neutre, tout à fait dénué de l'animosité que je lui connaissais.

Aoutch. Ça c'était de la relève simple de faits réels.

- De toutes façons, cela était primordiale.

- Tuer Père ? Il vous mangeait dans la main !

- Ça c'est ce qu'il voulait bien faire voir. Tu faisais honte à sa débile de virilité. Et je n'étais qu'une catin pour lui. Une catin extrêmement puissante, mais qui reste une catin. Elle haussa les épaules en se dirigeant vers l'alcôve qui lui servait à entreposer ses vins. Dès que je lui aurais appris tous ce que je connaissais sur les Arts, il nous aurait renié ! Ou donné à brûler aux prêcheurs de ce Jésus vindicatif. Ses lèvres s'ourlèrent d'une moue dégoûtée. Et j'ai beaucoup trop sacrifier pour laisser cet idiot me retirer tout cela.

Ce fût à mon tour de plisser les yeux.

Croyez donc le serpent et vous êtes sûr de périr avant le crépuscule.

- Et Jãræk ?

Elle glissa vers moi, ses yeux extrêmement ourlée et toujours aussi noire que l'abysse me vrillant l'intérieur du crâne. Elle sourit en se rendant compte de ma résistance à ses pouvoirs psychique.

- Il me désirait, je l'ai comblée. Puis tué.

Devant ma colère évidente, elle haussa des épaules, en arguant qu'il m'aurait de toutes manières répudiée. Elle m'avait facilité la tâche et la vie en l'exécutant derechef.

Un rire caverneux me traversa de part en part en entendant cet pantomime de protection maternel et me rappela la comparaison que je m'étais faite en la voyant ainsi ondoyer à travers la pièce.

Elle n'était pas le serpent, non, mais le chanteur qui le faisait danser à ses sons.

C'était moi le serpent.

Un fabuleux guet-apens.

- À qui veux-tu attirer l'attention en me propulsant ainsi dans tes manigances, mère ?

- Je me suis peut-être trompée à propos de toi, se contenta-t-elle de répliquer après un long silence où nous nous étions contentées de nous fixer dans le blanc des yeux. Quel gâchis de potentiel.

- Je me fiche de ce que tu comptes faire, mais soyons clair, ma très chère et adorée mère, articulais-je lentement en lâchant la tenture déjà en flammes. Je m'approchais d'elle jusqu'à m'y coller, nos deux souffles se heurtait, tout comme nos magies tout autant infect que destructrices. J'avançais encore le buste, jusqu'à me retrouver à son oreille.

- Touche à mon fils, ne serait-ce qu'une fois, la défiais-je de nouveau, et je t'arracherais les yeux et la langue, sans une once d'hésitation. Il me manquait justement des tripes humains pour certains de mes sorts.

- Ma fille..., débuta-t-elle après avoir rejeté la tête pour pouvoir mieux me voir.

Elle n'eût pas le temps d'aller plus loin.

Des grognements se firent entendre.

Nous nous retournâmes, inquiètes, alors que la porte vibrait de la force dont fut sûrement projeter l'un des gardes.

La mimique lasse de ma génitrice me fit bondir immédiatement. Et pas de joie.

- Qu'avez-vous fait ?, grognais-je en reprenant le vouvoiement.

- Une petite expérience. Ne t'inquiètes pas, j'ai tout sous contrôle.

- Sous contrôle ? Mes hommes, vos hommes -la pointais-je violemment du doigt- se font massacrer par -delà cette porte par...des mardagayls** !

Je rouvris mes yeux, juste à temps pour la remarquer tirer son coutelas sacrificiel de son décolleté.

- Qu'allez-vous faire ?, demandais-je la gorge nouée.

Mais je le savais déjà. J'avais accès à ses pensées qu'elle ne cachait plus, maintenant qu'elle avait ferré sa proie.

- Tu es intelligente, concéda-t-elle en reculant vers l'ombre d'un mur. Mais trop lente. Les mardagayls de nos contrées aiment le goût de ceux de ta race, et moi, j'ai besoin des mardagayls pour le rituel que je compte préparer.

- Quoi ? Mais... ?

Je n'eus pas le temps d'aller plus loin dans mes investigations, que déjà la porte cédait en un craquement sonore.

Une marée de pattes griffus, des crocs étincelant et des mers de fourrures bigarrées nous engloutit dans leur danse macabre.

Je luttais, mais malgré ma puissance, je n'étais pas l'un des Dieux dont rêvait de s'élever à leur rang ma mère, non.

Je n'étais qu'une bâtarde.

Alors, la marée grondante me submergea.

Ce jour, vit le début de mon asservissement...»


*Helena est en fait Sage.

**nubile : jeune adolescente prête pour le mariage, c'est-à-dire, à cette époque, 12 ans.

***loi du talion : "oeil pour oeil, dent pour dent" est ce qui caractérise le plus élémentairement cette loi, édicté dans la Torah.

****mardagayls : loups-garous en arménien classique


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