Le manga détective Conan appartient à Gosho Aoyama.

Chapitre 3

Inutile que je vous demande si vous êtes encore là pour m'écouter… Je suis encore là pour vous parler et nous sommes inséparables… Mais vous ne me répondez toujours pas hélas… Il semblerait donc que la folie continue de me fuir, comme le fait sa sœur, la mort…

Navré de continuez à vous déranger mais, voyez-vous, je n'ai plus que vous, ves derniers temps… Oui je suis encore toute seule. Non je n'ai pas reçue de nouvelles visites depuis la dernière fois… C'est triste, n'est ce pas ? Allez, consolez-vous en vous disant que je vais quand même vous en décrire une dont je ne vous aie jamais parlé… Je ne me rappelle plus exactement du moment où elle a eu lieu… Cela a pu se passer il y a quelques semaines, quelques mois ou même quelques années. Cette visite n'a peut-être jamais eue lieu d'ailleurs… Après tout, dans mon état, comment est-ce que je peux faire la distinction entre mes rêves et la réalité ? De toutes façon, l'une est aussi déprimante que le sont les autres, alors à quoi bon essayer de faire une différence ? Que cela ait eu lieu ou non, cela revient au même pour moi, donc je vais vous décrire cela comme si cela s'était réellement passé. Oui, c'est encore frais dans ma mémoire, ne vous inquiétez pas. Vu ma situation, les souvenirs sont la seule chose, en dehors de mon imagination, qui puisse apporter un peu de changement dans ma vie, alors je les conserve précieusement.

Donc ce jour là, j'ai reçu une nouvelle visite… Enfin, je dit ce jour là, mais vu les circonstances, je pense que c'était plutôt une nuit que c'est arrivé…

Qui est venu dans ma chambre cette nuit là ? Eh bien, il y avait non pas une mais deux personnes qui sont venues… Deux personnes que je n'avais plus revues depuis longtemps mais qui ne m'avais pas oublié pour autant.

Conan et Ayumi ? Non, ce n'était pas eux…Cherchez encore… Sato et Takagi ? Non plus… Vous donnez votre langue au chat ? Eh bien, c'était Genta et Mitsuhiko… Oui, les braves petits se souvenaient encore de moi. Enfin, je dis les braves petits, mais j'ignore quel âge ils avaient atteint à ce moment là… De toutes manières, je n'arrive pas à me les représenter sous une autre forme que celle de ces deux gamins de sept ans qui était mes amis à une époque qui me parait aujourd'hui si lointaine…

Toujours est-il qu'ils sont venus me voir cette nuit là. Je ne pense pas qu'ils l'aient jamais dit à leurs parents. Ils n'avaient même pas confié leurs projets à Ayumi et Conan alors…

Qu'est ce qu'ils m'ont dit cette nuit là ? Que je ne pouvais pas rester dans cet hôpital une nuit de plus… Que si la seule chose que je pouvais contempler en me réveillant était ses murs aussi blancs que tristes, je n'aurais jamais envie de me réveiller… Les braves petits, je les considérais comme deux idiots, enfin j'étais quand même plus nuancée pour Mitsuhiko, mais ils ont bien été les seuls à comprendre cela… Je ne sais pas si je me serais vraiment réveillé si leur projet avait abouti, mais en tous cas, j'aurais pu découvrir un autre monde que celui où l'on me maintenait enfermée, au moins je n'aurais plus été seule, et rien que pour cela, je voulais qu'ils réussissent à m'emmener loin d'ici… Mais rien que pour cela, ils devaient aussi forcement échouer…

L'un d'entre eux m'a soulevé de ce lit pour me prendre dans ses bras, j'imagine que cela devait être Genta. Il avait fait la même chose dans ce gratte-ciel avant qu'il n'explose… Ce jour là, il m'avait sauvé la vie, et quelques minutes plus tard, Mitsuhiko avait fait de même en me tenant par la main au moment où j'étais sur le point de basculer dans le vide… D'ailleurs, je crois qu'il n'a cessé de me tenir la main cette nuit là aussi tandis que Genta me portait dans ses bras.

Evidemment, discrets comme ils l'avaient toujours été, ils ne sont pas allés bien loin avant qu'on ne cherche à les arrêter…

Les infirmières de nuit et le docteur Araide ont fait de leur mieux pour leur rappeler que, non seulement les heures de visites étaient passées depuis longtemps, mais que surtout, ils n'étaient pas autorisés à transporter une patiente hors de l'hôpital… Bien sûr, mes deux chevaliers servants refusaient de les écouter… Je crois même que ce brave Genta n'aurais pas hésité à en venir aux mains s'il n'avait pas eu un poids mort entre les bras.

Mais heureusement pour eux et malheureusement pour moi, quelqu'un d'autre est venu prêter main forte à Araide…

Je ne sais pas si le docteur l'avait contacté dès qu'ils a aperçus ces deux là essayer de s'introduire dans son hôpital sans se faire voir ou si, par un extraordinaire hasard, il était aussi venu me rendre visite cette nuit là, mais Conan est arrivée à ce moment là.

Cela lui a bien pris plusieurs minutes mais il a réussi là où ses prédécesseurs avaient échoués. Il est parvenu à convaincre Don Quichotte et son Sancho d'arrêter de combattre les moulins à vent et à leur faire comprendre que leur pauvre demoiselle en détresse était une malade qui, pour son propre bien, devait rester dans cet hôpital… De toutes façons, même s'il parvenait à m'emmener dehors, je serais incapable de m'en rendre compte… Qu'il m'emmène dans un entrepôt abandonné au milieu d'une ruelle sordide ou devant le plus merveilleux des paysages, cela ne ferait aucune différence pour moi…

Là, tu te trompes, Kudo, cela en aurait fait une, je n'aurais plus été seule… Mais tu ne pouvais pas comprendre…

Et leur dire qu'en agissant comme il le faisait, il était en train de m'enlever le peu de chances que j'avais de sortir un jour de mon coma…

Franchement, est ce qu'à ce moment là, tu croyais encore toi-même que je pourrais en sortir un jour ?

Mais tu m'avais promis de me protéger, que ce soit de l'organisation ou de deux idiots… Tu n'avait pas pu le faire ce jour là, alors il fallait que tu réussisses cette nuit, n'est ce pas ? Et tu as réussi…

Mais, ils se sont avérés incapable de me ramener eux même dans cette chambre, alors il a fallu que ce soit toi qui le fasse, vu qu'ils auraient refusés de me confier à quelqu'un d'autre. Bien sûr, tu ne pouvais pas me prendre dans tes bras avec autant de facilité que Genta alors tu m'as installé délicatement sur ton dos avant d'aller rapporter ton précieux fardeau dans sa prison…

Merci d'avoir été là pour moi cette nuit là, Kudo, merci d'avoir fait preuve d'autant de délicatesse… Je t'en serais éternellement reconnaissante.

Si je suit ironique en disant cela ? Franchement, à votre avis ?

Si j'ai reçu d'autres visites de Genta et Mitsuhiko depuis ce jour ? Non, aucune… Je ne sais pas si c'est parce qu'on les a empêché de venir depuis leur dernière escapade ou si c'est parce qu'ils n'osaient plus me voir après avoir eu une idée aussi folle… A moins que ce ne soient parce qu'ils n'osaient plus me voir après avoir refusé d'aller jusqu'au bout ? Je ne sais pas et je ne le saurait probablement jamais…

Ah mais on dirais que… Oui, la porte de ma chambre est en train de s'entrouvrir de nouveau. Est-ce qu'ils sont revenus ? Si c'est le cas, j'espère que non seulement ils n'ont pas renoncé à leur projet mais que cette fois ils l'ont mieux préparé…

Non, je n'entends les pas que d'une seule personne, ce n'est pas eux… Elle se rapproche de mon lit, doucement, comme si elle avait peur de me réveiller…

Qui que vous soyez, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de risques pour que vous y arriviez, vous savez… Et même si c'était le cas, je ne demanderais justement rien de mieux… Vous ne répondez pas quand on vous parle ? Oh pardon, j'oubliais que vous ne pouviez pas m'entendre…

Qu'est ce que vous êtes en train de faire là ? Pourquoi est ce que vous avez commencé à prendre doucement mes cheveux dans vos mains pour les caresser ? Ne me dites pas que… Oh parfait, un fétichiste… Il fallait que ça arrive tôt ou tard… Ah mais… Non, je sens que mon nouveau visiteur a entrepris de me peigner…

C'est donc toi, Ayumi ? Tu l'avais déjà fait auparavant mais dans ses moments là, tu continuais de me parler, pourquoi est ce que tu ne le fais plus à présent ?

Est-ce que tu as fait quelque chose dont tu te sens coupable au point de ne plus pouvoir m'adresser la parole ? Tu as enfin fait ta déclaration à Conan et il a avoué que tes sentiments avaient fini par devenir réciproque ? C'est pour cela que tu ne venais plus me voir ses derniers temps ?

Si c'est le cas, c'est bien triste pour moi… Oh, ce n'est pas que je sois si malheureuse de savoir que Kudo a enfin fini par renoncer à moi et que je l'ai définitivement perdu… Je le suis plus en pensant que, maintenant, le dernier fil qui nous reliait vient de se rompre… Certes, tu éprouves encore des remords pour ton acte, mais ils finiront par se cicatriser… Et quand ils auront fini de le faire, ce jour là, tu n'auras plus besoin de me voir et j'aurais perdu la seule personne qui me reste… Peut-être même que cette visite que tu me rends sera ta dernière…

Est-ce que je me trompe ou non ? S'il te plait Ayumi, soit sincère avec moi une toute dernière fois… C'est tout ce que je te demande… Tu peux partir si tu n'en peux plus mais au moins, fais le moi savoir avant… Ton absence sera sans doute douloureuse mais elle ne pourra pas l'être autant que l'incertitude qu'elle laissera derrière elle. Je ne veut pas passer le restant de ma vie à attendre quelqu'un qui ne viendras plus et à me demander, chaque fois que cette maudite porte s'ouvrira, si c'est toi qui est revenu ou simplement une infirmière venu faire son travail… Ne me laisses pas un espoir qui restera éternellement vain en guise de cadeau d'adieu, je t'en prie… « Vous qui pénétrez en ses lieux, abandonnez toute espoir… ». Si Dante avait inscrit cela au fronton de son enfer, je ne pense pas que c'était par pure cruauté, c'était parce qu'il savait qu'un espoir stérile serais la pire de toutes les tortures pour les damnés qui y étaient enfermés.

L'espérance doit rester enfermés au fond de la boite de Pandore si elle est condamnée à ne jamais se concrétiser…

Pourquoi est ce que tu continue de garder le silence, Ayumi ? Tu as fini de me peigner et pourtant, tu restes dans cette pièce sans dire un mot…

Est-ce que tu hésites encore à abandonner ton amie dans cette nuit noire où elle se morfond depuis si longtemps ? Comment te faire comprendre que…

…que tu es la dernière chose qui me reste !

Je n'ai plus que toi, est ce que tu en a conscience ? Est-ce que c'est si difficile à comprendre que ces quelques heures que tu m'offrais tous les mois étaient la seule lumière qui me restait pour éclairer cette nuit ? Est-ce que c'est si difficile d'imaginer que je ne veux pas rester toute seule ? Que je ne peux pas le rester…

Est-ce que ma luciole est morte sans que je m'en sois rendu compte ? Est-ce que cette inconnue qui lui ressemble a tué cette petite fille que j'avais essayée de protéger ce jour là ?

Oui, tu as dû mourir Ayumi, les lucioles ne cessent de briller que lorsqu'elles meurent… Tu es morte et personne ne s'en rendra compte à part moi parce qu'elle a pris ta place aux yeux des autres…

Ma luciole vient de mourir, et plus personne ne se souviendra d'elle, ils finiront par t'oublier comme ils m'ont déjà oublié, moi… Je suis la seule personne qui se souviendra de toi… Cela fait des années que j'en suis venu à considérer ce corps qui ne veut pas mourir comme un tombeau… Un tombeau qui emprisonnait mon âme et refusait de la laisser s'échapper… Mais maintenant, on dirait que j'ai quelqu'un avec qui le partager… Oui, je suis bel et bien devenu un tombeau, le tombeau d'une petite luciole qui a cessé de briller…

Est-ce bien une larme que je viens de sentir couler le long de ma joue ? Oui… Et il n'en coulera qu'une seule, la première et la dernière que j'aurais versée depuis que j'ai sombré dans cette nuit où maintenant plus aucune lumière ne m'éclairera…

Mais qu'est ce que… Je ne rêve pas, elle est en train de passer son doigt sur ma joue pour essuyer cette unique larme… Cela ne te suffit pas d'avoir tué ma luciole, il faut en plus que tu me vole cette larme que j'ai pleuré pour elle ? Es-tu cruelle au point de vouloir effacer la dernière preuve qu'une âme continue de rester prisonnière de ce corps ?

Qu'est ce qu'elle fait à présent ? Elle est en train d'embrasser délicatement le front de sa victime… Comme si cela pouvait suffire à me consoler de la perte de ce que tu m'as arraché… Et parce que cela non plus, ça ne te suffit pas, voilà que tu viens de prendre doucement dans tes mains cette main inerte qu'elle m'a si souvent prise quand elle me parlait…

Lâches cette main, il n'y avait qu'une seule personne qui avait encore le droit de la prendre, et cette personne est morte par ta faute !

Vas-t'en, tu m'entends ? Quitte cette pièce et ne revient plus, je préfère rester seule si la seule personne qui me reste est celle qui m'a volé ce que j'avais de plus précieux. Mais quand est ce que tu vas t'en aller ? Quand est ce que tu va lâcher cette main ? Lâches là… L…

Ne la lâches pas, je t'en prie, tu m'as pris le peu qui me restait alors tu n'as plus le droit de me laisser seule… S'il te plaît, ne t'en vas pas… Tu peux continuer de te moquer de moi si tu veux… Tu peux continuer de me torturer en continuant de me rappeler l'existence de ta victime, en continuant d'imiter à la perfection le moindre de ses gestes… Fait ce que tu veux, mais s'il te plaît, ne t'en vas pas… Ou si tu dois le faire, revient après…

Pardonne-moi, Ayumi… Pardonne-moi de supplier ton assassin pour qu'il te remplace mais… C'est trop dur, tu comprends ?

Je ne veux pas rester seule dans cet enfer, je ne veux pas avoir à faire face au vide sans avoir personne pour le combler…

Alors ça y est ? C'est déjà terminé et voilà que tu reposes doucement cette mains sur mon lit… Tu as déjà franchie le seuil de la porte de ma chambre et tu t'apprêtes à le refermer derrière toi… Est-ce que tu reviendras ? S'il te plaît, reviens me voir… Tu as beau être la personne que je déteste le plus au monde, tu es aussi la seule qui me reste au monde… Ne me laisses pas seules dans le noir avec le cadavre de ma luciole, s'il te plait…

Ca y est, tu viens de refermer la porte. Est-ce que tu as entendu ma prière ? Et si c'est le cas, est ce que tu accepteras de revenir ?