Après avoir quitté le poste, Beckett s'était rendu à la crèche pour récupérer son fils. Puis comme tous les soirs, ils s'étaient rendus à Central Park.

Comme tous les soirs, elle le regardait jouer avec les deux chiens, ses anges gardiens. Autant, ils pouvaient paraître agressifs, autant ils étaient adorables avec l'enfant. Il pouvait tout faire avec eux. Ils étaient devenus ses compagnons de jeux. Les autres enfants venaient jouer aussi avec eux.

Au début, les autres parents avaient été réticents car quand ils s'approchaient, aussitôt les chiens se plaçaient entre eux et le petit, en position d'attaque. Mais quand ils avaient vu qu'ils ne disaient rien quand les enfants passaient à côté d'eux, ils les avaient laissé faire.

Et puis leur maîtresse savait y faire. Ça aussi, ça les avait impressionnés. La façon qu'elle avait de les commander, sans un mot. Elle qui paraissait si frêle à côté d'eux.

Soudain le mâle vint se placer à côté d'elle, le poil hérissé. Elle leva les yeux et reconnut son amie.

- Rook, va jouer avec Ricky

- Ouah, impressionnant ! Ils m'avaient avertis au bureau, mais là !

- Ils ne sont pas méchants. Pas avec mes amies. Je te présenterai tout à l'heure, et la prochaine fois tu n'auras pas de soucis

- Ils me reconnaîtront ?

- Oh, oui. Tu peux me faire confiance.

- Mais, ils pourraient être dangereux ?

- Pour protéger Ricky ou moi ? Oui !

- Tu n'as pas peur ? Ils pourraient…

- Se retourner contre nous ? Non. Si tu les respectes, si tu les traite bien… Jamais ils ne me trahiront, eux !

- Tu parles de Castle, là ?

- Oh, c'est une vieille histoire maintenant. Je croyais que j'y étais arrivée, tu sais, Lanie. Je me suis reconstruit une vie, avec Ricky, en revenant. Et je découvre que rien n'a changé. On ne me laissera jamais tranquille. Il y a toujours quelqu'un qui veut savoir pourquoi je fais ça, pourquoi je fais ci…

- Tu as découvert ce que Ryan et Esposito ont fait ?

- Tu étais au courant ?

- Ils en ont parlé quand je t'ai croisé ce matin. Mais je te jure que je n'y ai pas participé. Je suis partie aussitôt

- Je sais, Lanie. Tu n'as jamais été comme ça. Tu as toujours attendu que je vienne te voir.

- Oui, mais maintenant, je veux tout savoir ? Tout ce que tu as fait, vu…

- Doucement Lanie. Je ne vais pas te raconter cinq ans de ma vie en cinq minutes.

- Ok ! Parle-moi de Ricky, de ton fils

- Oh, il n'y a pas grand-chose à dire. C'est un petit bonhomme de 2ans1/2. Comme tu vois, il adore s'amuser, il a une imagination pas possible, il ne sait pas quoi inventer pour me rendre chèvre… Un enfant normal, quoi.

- Et son père ? Tu vas me le présenter ?

- Ricky n'a pas de père.

- Il t'a abandonné ?

- Non, je ne le connais pas.

- Kate, ce n'est pas possible. On ne tombe pas enceinte d'un homme sans savoir qui il est ?

- Tu as raison. Je ne suis pas tombée aussi bas, pas au point de ne pas savoir avec qui j'étais.

- Tu me rassures. Alors ?

- Tu n'as pas changé ? Tu ne vas pas me lâcher ?

- Comme avant

- Ricky est mon fils, mais adoptif. Je n'ai jamais été enceinte. J'ai connu sa mère. J'ai travaillé pour elle un certain temps, elle m'a aidé à me relever et petit à petit nous sommes devenues amies, de très bonnes amies. Quand elle était enceinte, le père de l'enfant l'a quitté. Il n'a jamais su pour le bébé. Mais il y a eu un problème au moment de l'accouchement, une histoire de placenta ou je ne sais quoi. Les médecins lui ont expliqué que lorsqu'elle mettrait son bébé au monde, elle n'y survivrait pas. Même par césarienne. S'ils l'avaient découvert plus tôt, ils auraient peut-être pu faire quelque chose. Mais là, il était trop tard. Elle avait déjà des hémorragies.

Elle n'avait pas de famille. Elle ne voulait pas qu'il soit confié à un centre d'adoption. Alors, elle m'a demandé si j'acceptais de m'occuper de son bébé comme si c'était le mien.

Il fallait faire vite. Elle avait déjà fait venir son homme de loi, quelqu'un de l'assistance social… C'était mon amie, Lanie. Encore une personne, une amie que j'allais perdre. Alors j'ai accepté. Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ?

- Tes amies ont toujours pu compter sur toi, Kate

- Pendant un an, je suis devenue sa tutrice, puis l'adoption a été définitive. Depuis il porte mon nom.

- Et sa mère ?

- J'ai demandé que son corps soit transféré ici. Elle repose dans le même cimetière que mes parents.

- Tu disais que tu travaillais pour elle. Qu'est-ce que tu as fait de ses affaires ?

- Après que j'ai accepté d'adopter Ricky, elle a refait son testament et elle m'a tout légué. J'ai placé une bonne partie pour assurer l'avenir de mon fils, et l'entreprise est gérée par son adjoint. Je l'ai gardé.

- Et tu faisais quoi là-bas ?

- Dresseur de chiens !

- Tu veux rire ?

- Non, je t'assure. J'ai commencé par être formée et puis elle m'a donné ma chance. De toute façon, il n'y avait que ça à faire.

- Et le prénom, c'est elle qui l'a choisi ?

- Non, c'est moi.

- Comme pour ton chien qui s'appelle Rook. L'autre, c'est Jameson ?

- Non, Nikki !

- Tu ne l'as pas oublié ? Tu l'aimes toujours ? Malgré ce qu'il a fait ?

- Oh, Lanie. Ça fait cinq ans maintenant ! C'est trop tard. Il faut oublier

- Je sais que ça fait cinq ans. Tu as tout quitté du jour au lendemain, pour faire le vide, pour tout oublier, pour ne plus souffrir. Mais finalement, tu as encore souffert en perdant une amie. Maintenant, tu es revenue depuis deux ans. Je le sais. Les gars me l'ont dit. Et tu es restée coupée de tes anciens amis pendant tout ce temps. Pourquoi tu n'as pas pris contact avec nous, ou avec moi ?

- Lanie ! On a changé. On a nos vies. On ne peut pas reprendre là où on s'est arrêté.

- Ne me mens pas, Kate. Tu sais que j'ai toujours su lire en toi. Tu ne nous a pas contacté car tu ne voulais pas le revoir, tu ne voulais qu'on te parle de lui. Tu es toujours amoureuse de lui.

- Tu sais que tu es une … Laisse tomber !

- Tu sais que lui aussi ?

- Quoi ?

- Qu'il t'aime toujours autant, et qu'il a énormément souffert quand tu es parti.

- Attends. Tu crois que ça a été facile pour moi ? Que ça a été facile de tout quitter comme ça ? Ma vie, mes amis ?

- Je ne dis pas ça, Kate. Mais il s'est rendu compte qu'il n'aurait jamais dû faire ce qu'il avait fait. Il a vécu un enfer les six premiers mois. Il passait à ton appartement, il s'est mis à boire… Sa maison d'édition l'a viré… Il n'écrit plus… Il ne sourit même plus.

- Je sais, Lanie. Je l'ai vu.

- Jour, anie.

- Bonjour, Ricky… Heu, Kate !

- Tu peux y aller, il n'y a pas de problème.

- Ricky, je te t'embrasser.

- Vi !

L'enfant se précipita vers Lanie. Elle l'attrapa, l'embrassa et l'installa sur ses genoux. Les deux chiens s'installèrent à ses pieds. Kate se pencha, leur dit quelques mots et leurs fit quelques signes, puis se réinstalla sur le banc.

- Qu'est-ce que tu as fait ?

- Tu comprendras quand tu reviendras nous voir !

- Toi, mange ave nous ?

- Je ne sais pas. Ta maman est d'accord ?

- Mam ?

- Oui, mon chéri. On y va ?

Elles se levèrent. L'enfant se plaça entre elle, leur prenant chacune une main. Les chiens marchaient derrière. Elles traversèrent le parc, en sortirent et une fois sur le trottoir, Beckett montra l'immeuble d'en face à Lanie.

- Tu habites là ?

- Oui. Dernier étage.

Elles traversèrent et entrèrent dans l'immeuble.

- Bonsoir mademoiselle Beckett, Ricky, mademoiselle. Salut les chiens.

- Bonsoir, vous allez bien ?

- Très bien, mademoiselle

- Je rajoute mademoiselle sur votre liste ?

- Oui. C'est mademoiselle Lanie Parish. Tu n'es pas mariée, Lanie ?

- Non, non.

Elles prirent l'ascenseur et montèrent au dernier étage. Arrivés, Beckett la fit entrer.

- Waouh ! Ça n'a rien à voir avec ton ancien appartement

- Non, en effet. Il est un peu plus grand

- Un peu ?

- Un peu. Tu peux visiter si tu veux. Je dois donner son bain à Ricky.

- Tout à l'heure. Je vais venir avec toi. Enfin si ton fils veut bien ?

- Vi !

Elles allèrent dans la salle de bain. Elles en ressortirent une heure plus tard, complètement trempées. Le petit adorait l'eau et en faisait profiter tout le monde. Beckett se changea et prêta des affaires sèches à son amie. Puis, elle proposa à Lanie de s'installer au salon, pendant qu'elle préparait le repas. Elles pouvaient continuer à discuter, puisque tout le rez-de-chaussée était ouvert.

- C'est quoi cette liste ?

- Quelle liste ?

- Le portier t'a demandé s'il devait m'inscrire sur la liste

- Ah, ça. C'est pour les gens qui viennent me voir. S'ils sont sur la liste, il n'a pas besoin de me prévenir.

- Donc, je peux venir quand je veux maintenant ?

- Quand tu veux.

- Alors tu me racontes ce que tu as fait toutes ces années ?

- Plus tard. Quand il sera couché… Ricky, tu veux montrer la maison à Lanie ?

L'enfant prit Lanie par la main et la guida en premier dans sa chambre. Il lui montra ses jouets, ses peluches ses dessins… Ils terminèrent la visite par la chambre d'ami. Il y avait la chambre de Kate, mais le petit avait dit « interdit ». C'était tout ce qu'il y avait à visiter, puisque tout le bas était ouvert. Puis, il lui montra la terrasse qui donnait sur Central Park. Ensuite, ils revinrent dans le salon. Kate avait terminé de préparer le repas et avait mis la table. Elles s'installèrent l'une en face de l'autre, le petit Ricky en bout de table. Elles discutèrent de tout et de rien, s'amusèrent avec le petit.

Quand le repas fut terminé, elles débarrassèrent la table, nettoyèrent la vaisselle. Ensuite, Kate mit son fils au lit et descendit rejoindre Lanie après lui avoir lu une histoire et s'être assurée qu'il dormait.

- Il s'est endormi ?

- Oui. Avec la crèche, il se dépense bien, et après la sortie au parc, il n'a pas de mal à s'endormir.

- Où sont les chiens ?

- Pour le moment devant la chambre de Ricky, et quand je serai couchée, Rook se placera devant la mienne !

- Quand j'ai visité tout à l'heure. Il m'a montré sa chambre. J'ai vu une photo…

- C'est sa mère.

- Il est au courant ?

- Bien sûr. C'est normal, non ? Je voulais qu'il sache d'où il venait, que sa vraie maman l'avait aimé même si elle ne l'a jamais vu. Je lui ai parlé d'elle. Je ne lui mens pas, Lanie. On n'a pas le droit de mentir à un enfant.

Tout comme je ne t'ai jamais menti, et tout comme tu ne m'as jamais menti.

J'essaye de lui inculquer les mêmes valeurs que mes parents m'ont inculqué, sans oublier celles de sa mère.

- D'après ce que j'ai vu, tu es plutôt douée dans le rôle de maman. Ça te va bien.

- Merci, Lanie. Je fais comme je peux. Je n'ai pas eu le temps de m'y préparer. Alors je fonctionne à l'instinct. Et, puis il m'apporte tellement. Il ne faut pas grand-chose pour rendre un enfant heureux. Juste un peu d'amour et du temps, de la présence.

- Et toi, tu es heureuse ?

- Tant que mon fils l'est, je le suis.

- Et sinon, qu'est-ce que tu as fait tout le temps où tu étais partie ? Tu as vu du pays ?

- En fait je n'ai pas vu grand-chose, tu sais. J'ai roulé, roulé. Je m'arrêtai dans des motels plus minables les uns que les autres. J'ai bu, beaucoup bu. A un point que le matin je ne me rappelai plus ce que j'avais fait, ni où j'étais. Et un jour, alors que j'étais dans un état lamentable, Annie est apparue et m'a prise sous son aile. Elle s'est occupée de moi et tout doucement je me suis remise. Après je te l'ai dit. Ensuite, je suis revenue ici, et j'ai trouvé cette place, cet appartement. J'essaye de me construire une nouvelle vie.

- T'as quelqu'un ?

- Quoi ?

- Un homme. Tu as un homme dans ta vie ?

- Non, personne. Tu me vois ramené un homme ici, alors que j'ai un enfant ?

- Mais tu as dû en rencontrer ?

- Oh, j'en ai croisé, mais de loin. Et puis, quand ils voient que j'ai enfant, ça les refroidit !

- Tu veux dire que depuis que tu es partie…

- Personne, Lanie. Tu as bien compris… Mais et toi ? Pendant ces cinq ans ?

- Oh, tu sais, rien n'a changé. Le boulot, quelques sorties avec les gars…

- Pas d'homme ?

- Rien de sérieux.

- Et avec Esposito, ça avait l'air de bien se passer ?

- Ben, non. Ça ne s'est pas fait. On passe encore de bons moments ensemble, mais ça s'arrête là !

- Lanie, tu n'as pas changée.

Elles continuèrent à discuter un petit moment, puis Lanie dit qu'elle devait rentrer. Il se faisait tard, et comme elle était de permanence, il fallait qu'elle dorme un petit peu. Elles se séparèrent en se promettant de se revoir bientôt.

Beckett alla prendre une douche, vérifia si son fils dormait bien et alla se coucher.


A la même heure, au poste

- Vous croyez qu'elle va le faire ? demanda Ryan

- En tout cas, elle était bien remontée, dit Esposito

- Elle a raison, on n'aurait pas dû fouiller dans sa vie, dit Castle. Je n'aurai pas dû vous laisser faire, après ce que je lui ai fait

- Attends. Tu voulais la protéger. J'aurai fait la même chose s'il avait fallu que je protège Jenny

- Oui, mais tu es marié avec elle. Et puis, elle n'est pas Kate.

- C'est sûr. Elle a un sacré caractère. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi borné qu'elle. Même pour cette affaire. Je lui avais dit qu'elle devait prendre des renforts. Mais, non. Il a fallu qu'elle fonce, tête baissée. Et on sait ce qui a failli se passer. Si j'avais su, je ne m'en serai pas mêler.

- Ne dis pas ça, Ryan. Elle serait morte, si tu n'étais pas intervenu, dit Castle

- Elle nous a laissé tomber du jour au lendemain. Elle est partie.

- Elle avait ses raisons… Mais vous ne l'aviez pas vu venir, elle ne vous en avait pas parlé avant de donner sa démission à Gates ? Quand vous êtes allés la voir, elle a dû aborder le sujet avec vous, pendant sa suspension ?

- Moi, je ne l'ai pas vu. J'étais dans un sale état pendant ces trois semaines. Je n'avais pas assuré et je m'en voulais.

- Et toi Ryan ?

- Je ne l'ai pas vu non plu. Mais de toute façon, elle refusait de voir Lanie.

- Donc personne n'est allé prendre de ses nouvelles, la voir !

- …

- Sinon, vous voulez savoir ce qu'on a ? Car si demain on est suspendu… dit Esposito

- Ouais, vas-y, dit Ryan

- D'après ce que je lis, elle s'est bien débrouillée. Elle pourrait même ne pas travailler si elle voulait.

- Tu plaisantes ! On est déjà mal payé pour ce qu'on fait, mais un chef de la sécurité ?

- Non, je t'assure. Tiens regarde ! Dit Esposito en lui tendant les relevés bancaires

- Elle n'a jamais été matérialiste ! dit Castle. L'argent n'a jamais compté pour elle !

- Ben, aujourd'hui, elle n'a plus besoin de compter, dit Ryan

- Par contre, il y a un truc qui cloche ! ajouta Esposito

- Lequel ?

- Son fils

- Ben quoi ?

- Il a deux et demi, mais il ne porte son nom que depuis un peu plus d'un an !

- Sûrement une erreur de l'administration. Encore un fonctionnaire qui a fait une erreur !

- Non, non. J'ai vérifié

- Qu'est-ce que ça change ?

- J'en sais rien. Mais c'est louche !

- Ouais, peut-être… Bon, en attendant, qu'est-ce qu'on peut faire pour ne pas se faire virer ? Parce que moi, j'aimerai garder ma place ? dit Ryan

- On pourrait aller la voir demain matin, et lui présenter nos excuses. A l'époque, elle prenait notre défense, dit Esposito

- Ok. On fait comme ça. J'espère que ça suffira