NOVEMBRE 2005
Maintenant que l'étrange mal d'Hermione a un nom, je trouve que c'est moins inquiétant… ou plus en fait. Ah mince, je ne sais vraiment plus sur quel pied danser.
Un peu plus d'une semaine après avoir appris la nouvelle nous-même, nous réunissons la famille à la maison. Il y a là Harry et Ginny, Bill et Fleur, mes parents, ceux d'Hermione, et Charlie. Les autres nous ont un peu fait faux bond mais bon, ce n'est pas si grave. Nous avons prévu un grand dîner et je me sens tout guilleret. Et ça n'a rien à voir avec les trois bièraubeurres que j'ai bu avec Harry dans le salon le temps que tout le monde arrive. D'ailleurs, je lui ai déjà lâché l'information.
Il est resté tout penaud pendant un moment puis nous nous sommes amusés à compter. Ginny et Hermione devraient accoucher à peu près en même temps. Si ce n'est que, bien qu'elle l'ait su avant Hermione, la grossesse de Ginny est un tout petit peu moins avancée.
Ce soir, c'est moi qui annonce la nouvelle. Alors que nous arrivons au dessert, je me lève et je lève mon verre.
« J'ai une grande nouvelle à vous annoncer. »
J'envoie un clin d'œil à Ginny.
« C'est mon tour cette fois. Enfin, c'est notre tour. Hermione et moi, on va être parents. »
C'est une véritable pluie de félicitations et d'embrassades qui s'abat sur nous. Ma mère pleure dans les bras d'Hermione et mon père me serre si fort dans ses bras que j'ai peur un moment qu'il ne me brise les côtes. Bill m'envoie un grand coup dans le biceps. Aie !
C'est amusant comme les gens réagissent vite. La grossesse d'Hermione ne se voit pas encore mais tout le monde s'active déjà à prendre soin d'elle. Fleur refuse qu'elle fasse la vaisselle, ma mère débarrasse la table.
« Reste assise ma chérie, tu dois te ménager maintenant. »
Les parents d'Hermione se lancent dans une grande discussion sur le suivi de la grossesse. Sincèrement, un conseil, ne parlez jamais santé ou naissance avec des moldus, surtout s'ils sont dans le médical. Leurs instruments et leurs techniques sont réellement à faire peur. Bon, Hermione est habituée donc elle ne s'en formalise pas mais moi, quand j'entends ma belle-mère me raconter ce qu'est la péri… pridu… enfin ce machin pour empêcher les femmes d'avoir mal au moment de l'accouchement, je ne peux m'empêcher de faire une grimace.
Non, sincèrement, les moldus sont de sacrés barbares.
Une fois qu'ils sont tous partis, j'ai l'impression que la maison est vide est silencieuse. J'ai envie de serrer Hermione dans mes bras mais elle est fatiguée et monte se coucher immédiatement. Il est tard et comme l'hiver commence à approcher à grands pas, il fait nuit depuis longtemps.
Moi aussi je devrais aller me coucher mais je n'en ai pas envie. Je pioche une autre bouteille de bièraubeurre dans le réfrigérateur et me laisse tomber dans le canapé devant la cheminée. Pendant un long moment, je bois en silence et en observant les flammes. Mon esprit voyage entre le passé et le présent. Je me remémore mes premiers jours en compagnie d'Hermione, je vais même jusqu'à notre rencontre. Quand je pense qu'au début de ma première année, quand j'avais onze ans, je ne pouvais pas la supporter. A mon sens, ce n'était qu'une petite miss je sais tout arrogante et insupportable.
Aujourd'hui encore, lorsque je pense à elle, la première chose qui me vient à l'esprit c'est : « Wingardium Levioooooosa ». Au début, bien avant que je ne l'épouse, j'y pensais avec un genre de mépris et pas mal de moquerie. Mais mes sentiments à son égard ont drôlement évolué et maintenant c'est avec tendresse que je songe à cette façon qu'elle avait de me corriger chaque fois que je prononçais mal une formule ou chaque fois que je répondais faux à une question de l'un de nos professeurs.
Je pense également aux bouleversements que la venue de l'enfant va causer dans notre vie, le quotidien qui, pour mon plus grand bonheur, va en être complètement perturbé. Je songe aux nuits que nous allons passer à nous disputer à moitié pour ne pas être le prochain à se lever lorsqu'il ou elle pleurera. Je songe à tous ces petits soins, à ce petit être que nous allons serrer dans nos bras.
Papa.
Ça me fait sacrément bizarre de songer que c'est comme ça qu'on m'appellera. Ça me rend heureux, il ne faut pas croire. Mais ça me fait tout drôle. Dans mon esprit, je suis toujours un gamin quelque part. J'ai l'impression que le temps est passé sacrément vite entre le jour où j'ai rencontré Harry, il y a… tellement longtemps, et ce soir.
Je termine ma bouteille de bièraubeurre en regrettant qu'elle ne soit pas plus grande. J'hésite. Ce n'est pas bien. J'ai déjà la tête qui tourne. Mais d'un autre côté…
Je me lève, jette la bouteille vide à la poubelle et en prends une autre dans le réfrigérateur. Je retourne m'asseoir devant la cheminée. Dehors, il commence à faire sacrément froid. Le matin, les premières gelées commencent déjà à apparaître et ce soir, j'ai bien du mal de me réchauffer, même avec l'alcool.
Je contemple à nouveau le feu et la danse des flammes. C'est effrayant de se dire que la vie de quelqu'un va être confiée à votre entière responsabilité. Bon, évidemment, je ne vais pas devoir affronter ça tout seul, et heureusement. Hermione sera là et on se soutiendra mutuellement. Ce sera merveilleux.
Mais il y a un tout de même un côté effrayant à tout ça : celui de se dire qu'il va falloir être responsable. D'ailleurs, c'est l'une des premières choses que m'a dite ma mère ce soir :
« Ronny (je déteste quand elle m'appelle comme ça), tu vas devenir un homme responsable maintenant. »
Sous-entendu : je ne l'étais pas jusque là ? Oh et puis zut, ma mère n'est pas contre moi, je le sais, et c'est l'émotion qui lui a fait dire un peu n'importe quoi.
Je termine ma bouteille de bièraubeurre. Pour ce soir, c'est la dernière. Promis, juré, craché. Mais ce n'est pas pour ça que je souris tout à coup. C'est pour Charlie parce que le malheureux va encore plus être harcelé maintenant. La raison pour laquelle il ne s'est jamais marié n'appartient qu'à lui et il n'a jamais réellement voulu en parler. Je devine que c'est personnel et qu'il n'a tout simplement pas envie d'en discuter. Mais maman ne va certainement pas le lâcher pour savoir quand il nous présentera une fille, quand il annoncera son mariage et quand il aura lui aussi une naissance à annoncer.
Dans l'esprit de maman, c'est comme ça. On grandit, on fait des études, on trouve un bon travail, on se marie, on a des enfants. Ceux qui dérogent à la règle se font taper sur les doigts.
Se conférer à Charlie pour plus d'explications.
