Voilà le chapitre 3 de It's like a tragedy ! Je dois avouer que ce n'est pas mon chapitre préféré, il sert surtout de transition pour la suite ^^
Enfin, j'espère que vous l'apprécierez quand même !
Bonne lecture à tous !
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Chapitre 3 : reality
Il a ouvert les yeux, comme s'il se réveillait simplement d'une nuit de sommeil. Il n'y avait aucune lumière, sa chambre baignait dans une douce obscurité. Il ne bougea pas, il fixait le plafond sans cesser de se contrôler, il essayait de garder la respiration d'un homme endormi. Il sentait une masse contre son épaule gauche et un regard qui le fixait, sachant pertinemment qu'il était réveillé. Mais il ne voulait pas tourner la tête et croiser ce qu'il savait être deux yeux rouges, dominant la nuit pourtant reine d'une partie du monde en cet instant. Il n'osait pas affronter son pire cauchemard, celui qui l'avait plongé pendant plus d'un mois dans un monde dans lequel il n'aurait jamais dû aller, celui qui lui avait fait découvrir l'amour puis la maladie.
Il avait beau savoir que ce n'était pas entièrement de sa faute à lui, il ne pouvait pas l'affronter, pas maintenant. Il venait d'échapper de peu à la mort, il ne voulait pas que cet homme le plonge en plus dans le désespoir. Il le sentait, debout, faisant face à son lit et à la vérité qu'il connaissait sûrement ou du moins il pouvait l'imaginer.
Stiles ne se sentait pas capable de lui accorder le pardon qu'il méritait sûrement. Il se sentait repartir dans des ténèbres qu'il ne maîtrisait pas. Tout ce qui le retenait à la surface, la tête hors de l'eau, était le poids contre son épaule, qu'il devinait être celui d'un homme endormi. Son père. Il le savait, il le connaissait trop bien.
Et il avait besoin de lui. De son père. Il se sentait si fragile et petit, mais protégé par cette figure d'adulte puissant, cette source d'amour illimité.
Toujours dans la même position que lorsqu'il s'était réveillé, toujours sans regarder l'autre personne celle qui se tenait debout dans la pièce, il ouvrit la bouche. Il s'apprêta à parler mais sa gorge le brûlait après un mois sans avoir été utilisée. Il avait besoin d'eau mais jamais il n'en demanderait à l'autre. Il allait devoir faire avec. Il n'avait, de toute façon qu'une seule petite phrase à sortir. Juste un effort…
« Je ne veux pas te voir ici. »
Ce n'était qu'un murmure qui résonna pourtant comme un hurlement dans le silence sinistre de la pièce. Les mots n'avaient pas été très clairs, dit avec hésitation mais l'autre les comprit et s'exécuta sans un mot. Le claquement de ses pas, chacun de ses pas, provoquait un soubresaut dans le coeur du jeune garçon.
Stiles frissonna quand la porte claqua. Il sentait les larmes venir mais il s'obligea à n'en laisser aucune sortir. Il reverrait Derek, il en était certain, et il l'aimerait à nouveau parce qu'il ne pouvait pas en être autrement. Mais pas dans cet hôpital, ce n'était pas le lieu des retrouvailles. Il enfonça sa tête dans son oreiller et ferma les yeux dans une grimace. Ne pas pleurer. Il était en vie, il allait bien, son père était à ses côtés. Mais il aimait Derek et Derek l'aimait. C'était une évidence à laquelle il ne devait pas penser maintenant.
Son avis mitigé, il maudit cet abruti qui venait de partir. Pourquoi lui rendre le travail aussi dur ? Pourquoi s'imposer ainsi dans sa vie ? Que faisait-il là, à son chevet, de nuit ? N'avait-il pas mieux à faire ? Sûrement. Il y avait toujours mieux à faire que de rester à surveiller un pauvre mec fragile qui avait tenté de se suicider. Pourtant il l'avait fait, il avait était là, à son réveil, près à s'excuser, près à tout pour être pardonné d'une erreur qui n'était pas la sienne. Mais alors pourquoi être parti ? Pourquoi ne pas avoir résisté ? Stiles ne savait pas s'il devait lui en vouloir ou pas de l'avoir écouté. Il ne savait pas non plus s'il n'aurait pas préféré qu'il reste.
Il soupira et rouvrit les yeux. Ne pas y penser. Il avait mieux à faire. Il posa sa main dans le dos de l'homme qui dormait et l'empêchait de se redresser. Un mois que son père attendait ce moment. Stiles s'en rendit compte quand il leva vers lui un regard baigné d'espoir mais surtout de larmes qui avait séché depuis le temps. Il n'y croyait pas et le shérif dut se pincer pour être sûr de ne pas rêver. Son fils était là, vivant et réveillé. Les larmes se remirent à couler sous le coup des émotions, pas des larmes de tristesse, pas de joie non plus car tout n'est pas fini.
Il se sentit vieux quand il se releva, toujours hésitant, les jambes tremblantes. Il s'apprêtait à prendre son fils dans ses bras mais Stiles fut le premier à plonger dans ceux de son père. Il avait tellement attendu ce câlin. Il n'était plus qu'un enfant, qui avait peur de tout, surtout du noir et il avait besoin de son père, son ancre dans ce monde qui lui avait déjà échappé.
Stiles avait besoin de ces bras puissants, alors il se plongea dedans comme s'il n'allait plus jamais en sortir. Et à ce moment-là, il pleura, il s'excusa de mots flous, de ce qu'il avait fait. Il soufflait, murmurait, chuchotait, puis il se mit à parler avec plus de conviction, et finit par crier puis se mit à hurler. Ses phrases n'avaient pas de sens mais son père comprit et le berça comme il le faisait quand il était plus jeune. Il lui caressait doucement les cheveux, écoutait chacun de ses mots avec une attention toute particulière. Il ne pouvait s'empêcher de serrer son fils toujours plus fort, pour être sûr qu'il était bien là, il n'osait cligner des yeux de peur qu'il disparaisse et ne relaisse sa place à un corps endormi se débattant entre la vie et la mort, le visage neutre comme s'il était déjà parti.
Stiles criait et peut-être que cela allait réveiller des patients de l'hôpital mais le shérif n'essayait pas de le calmer.
Stiles criait et son père l'entendait.
Enfin. Plus d'un mois à attendre cette voix, il l'entendait enfin. Plus d'un mois à l'imaginer, à l'oublier petit à petit, à ne plus réussir à s'en souvenir exactement. Il s'en souvenait maintenant.
Il était là, son fils était vivant. Et il avait besoin de lui.
« Je suis tellement désolé, papa. Je ne le voulait pas. »
Seuls, ses pleurs résonnaient dans ce silence brisé. « Papa, je ne veux pas partir, je ne veux pas mourir, je n'ai pas fini dans ce monde. Papa, je t'admire, tu es un homme extraordinaire. Je t'ai si souvent déçu, tu fais comme si ça ne t'atteint pas. Tu es pur et honnête, deux qualités dont je n'ai pas hérité. Je ne suis pas digne de toi et si je n'étais pas ton fils, je pense que tu me détesterais. Je sais que je te fais honte souvent, je suis un incapable. Je ne peux que m'en excuser. Papa, j'ai fait une bêtise et j'en paye les conséquences. J'ai joué avec une lame et j'en suis mort une fois. Je me suis fait du mal, je t'en ai fait aussi, indirectement. Je blesse les gens que j'aime. Je suis comme ça, moi. »
Ses paroles cessent dans un soupir. Il ne s'est jamais autant détesté qu'à cet instant. Le jet de mots reprend mais cette fois-ci, hésitant.
« Papa, tu es mon monde. Et je sais que tu vas me dire que je ne devrais pas, que ça ne doit pas se passer comme ça, que je dois être ma propre ancre. Mais je n'y arrive pas et si ce n'est pas toi, ce sera quelqu'un d'autre. Et ça a été Derek. Vois comme cela s'est fini. Peut-être qu'un jour je serais assez fort pour vivre seul, ou du moins pour faire confiance à d'autres personnes qu'à toi. Un jour, je te le promet, je m'éloignerai pour vivre ma vie. Mais là j'ai besoin de toi, tu es tout ce qu'il me reste. Et je suis si fragile. Un incapable. Et si finalement tout cela n'est qu'un espoir vain ? Si je suis trop malade pour m'en sortir ? Je vais mourir papa. Et j'en ai peur. J'ai peur de la mort comme l'enfant que je suis. J'ai peur des démons qui se cachent sous mon lit. J'ai besoin des bras de mon père, pour me protéger, j'ai besoin de sentir la chaleur d'un autre être humain pour me prouver que je suis vivant. Et si je meurs, que restera-t-il de moi sur cette Terre ? Je n'ai plus d'amis, ni d'amant, plus de maman non plus. Je n'ai que toi. Papa, ceux en qui j'avais confiance m'ont trahis et ma conscience me dit de les pardonner, qu'ils ont fait une erreur, qu'ils en feront d'autres. Mais comment pardonner si chaque erreur fait aussi mal ? Je ne veux pas mourir. »
Le shérif s'écarte de son fils pour pouvoir le regarder dans les yeux. Il le prend par les épaules et à son tour, il parle, de sa voix habituelle, calme et posée.
« Il restera de toi ce que tu as donné, toutes les fleurs que tu as planté. Des fleurs peut-être oubliées mais pas encore fanées. Il restera de toi ce que tu as perdu, que d'autres ont trouvé. Il restera de toi ce que tu as souffert, qui revivra en d'autres. Ce que tu as pleuré, chaque larme tombée, chaque sourire que tu as provoqué, chaque sourire que tu as adressé. Tu ne vas pas mourir, Stiles. Les personnes qui meurent ne disparaissent pas, ils sont les étoiles dans le ciel la nuit, le soleil qui se lève chaque matin. Ils sont les vents aux quatre coins du globe, il sont un diamant dans la neige. Les personnes qui meurent ne sont pas simplement un corps bouclé dans un cercueil, ils sont les cris d'un nouveau-né, le chant des oiseaux l'été. Voilà ce qu'il restera de toi. Tu ne mourras pas, Stiles. Pas de cette maladie-là, en tout cas. Je suis ton père, Stiles, pas ton ancre. Un jour, moi je mourrai, parce que je suis un vieil homme et toi tu devras vivre. Mais oui, il va falloir guérir, se relever, réapprendre à marcher, faire confiance et pardonner. Et oui, pour ça je t'épaulerai. Tu ne mourras pas, Stiles. C'est dur à croire mais le temps soigne même les plaies les plus profondément gravées. Tu ne mourras pas mon fils. »
Les larmes coulent à flots, les paroles aussi.
« Je me rends compte maintenant à quel point il est facile de mourir. Hier j'avais des projets, j'étais tellement heureux et confiant. Et aujourd'hui je suis brisé, enfoncé dans une solitude qui me pèse mais que je me suis pourtant imposée. Je suis mort pendant un long instant puis je suis revenu dans ce monde. Mon corps est si lourd, mon âme m'a paru si légère, à flotter vers un paradis qui ne s'est pas ouvert. J'ai vu ma mère. Et cette fois j'ai pu lui dire adieu. Elle m'a dit que je l'oublierai. Croit-elle réellement cela possible ? Je ne peux pas l'oublier. Et je lui ai dit adieu, alors que je l'aimais. Je lui ai dit adieu comme un au revoir, comme si je la reverrai dans ces cieux. Pourtant je l'ai perdue et je le sais, j'ai cru me perdre aussi. Et si j'étais mort ? Allongé dans ce lit pendant plus d'un mois j'ai eu le temps de réfléchir à tout ce que j'allais rater, tout ce que je voulais faire, que je n'aurais pas fait. Ce qui me choque le plus, c'est qu'à un moment, j'ai voulu mourir, j'étais prêt à partir. Et si maman n'avait pas été là, je ne me serais pas réveillé. Ce qui me fait peur, c'est de ne pas être maître de mes propres décisions. Il a suffi d'un mot, d'un geste de quelques amis pour que ce monde coloré devienne gris. Je voudrais être autonome, je n'y arrive pas. Je voudrais faire confiance, je devrais pouvoir le faire. Et si j'étais mort ? Qui aurait pleuré, qui aurait été soulagé ? Et j'ai peur de ce que j'ai ressenti en mourant. Je me suis senti si puissant. Le ciel m'ouvrait ses bras et j'ai plongé dedans. Je volais, je ne savais pas où j'allais ni où j'étais mais je me sentais parfaitement à ma place, comme si c'était l'endroit où toute ma vie j'avais espéré être. Et je me rends compte du pouvoir des gens. Pouvoir qu'ils ignorent avoir. Et j'ai toujours su que la mort se dissimulait derrière la vie. Que la vie contient la mort. Que les deux sont liées, amies de longues dates, inséparables, jamais l'une sans l'autre. Je sais que tous les jours, les gens meurent. Et puis ça m'est tombé dessus. Je ne veux pas mourir. Papa, maman est morte et si un jour toi aussi tu pars et que je ne suis pas prêt ?
- Tu seras prêt, Stiles. On a encore le temps pour y penser.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
- Je n'en sais rien. »
Stiles se tait. Il n'est pas encore prêt à y songer. Il a dépensé trop d'énergie, il est fatigué. Pourtant après un mois à dormir, il n'est pas encore prêt à se reposer. Il n'a plus de mots pour son père, il n'est plus capable de mettre des phrases sur ses doutes. Maintenant que le silence engloutit à nouveau la pièce, il se rend compte d'une chose.
Il est vivant.
Il a échappé à la mort. Mais peut-être pas pour longtemps. Et mourir une fois lui a permis de réaliser qu'il y a des choses que l'on ne dit pas, en pensant que les autres le savent. Et ils le savent, au plus profond d'eux, ils savent, mais ils ont besoin de l'entendre. Et un jour on meurt, sans n'avoir jamais dit ces choses. Et à ce moment-là naît le doute.
Il regarde son père droit dans les yeux. Il n'est pas près à le dire mais il doit le faire. Il a déjà une fois été trop tard.
« Papa. Je veux que tu saches que je t'aime, que je tiens à toi, c'est sûrement pour cela que je t'oblige à faire certaines choses contre ton gré, comme manger des hamburgers végétariens. Je fais cela pour toi mais surtout pour moi, pour que tu sois en bonne santé et que tu restes en vie. Parce que je suis un enfant, même si aujourd'hui je suis plus grand que toi, je suis encore ton enfant et je t'aime. Je t'aime comme un père mérite d'être aimé par son fils. Je t'aime pour tous les monstres que tu as chassé de sous mon lit, tous mes démons que tu as tué. Je t'aime pour la présence rassurante que tu représentes. Je t'aime parce que tu m'as donné la vie et qu'on est donc liés à jamais. Je t'aime pour toutes les farces contre toi qui m'ont toujours permis de rigoler. Et puis, finalement, tu es mon père et ça, c'est la première bonne raison pour t'aimer.»
Stiles n'attend pas de réponses, il n'en a pas besoin. Il sait que son discours est un peu flou et bordélique, mais au moins il est naturel. Il saute de son lit et frissonne quand ces pieds nus rencontrent le carrelage froid. Il passe à côté de son père qui n'a pas bougé sans un regard, et s'enfuit en courant par la porte en direction de la sortie. Il entend vaguement les cris du shérif qui s'est repris et qui le poursuit mais il fait une dernière enjambée et il se retrouve enfin dehors, à l'air libre. Il ne s'arrête pas pour autant, il a prévu autre chose.
Il est en blouse d'hôpital et il court à perdre le souffle dans des rues qu'il connaît depuis sa naissance. Il pourrait fermer les yeux, il réussirait quand même à s'y repérer, malgré son faible sens de l'orientation. Il sent le regard des gens quand il passe, il faut dire qu'il n'a pas vraiment la tenue d'une personne faisant son jogging. Il fait encore nuit mais on devine le soleil qui commence à se lever à l'horizon. Le vent frappe son corps maigre, il a un peu froid, il faut l'avouer. Mais l'effort le lui fait oublier. Bientôt son coeur bat tellement fort dans sa cage thoracique qu'il est sûr qu'il va en sortir et s'étaler sur le trottoir dans une affreuse mare de sang. Mais cet accident n'arrive jamais et cela le rassure un peu. Il décide quand même de s'arrêter, ses jambes sont trop lourdes, il est déjà épuisé. Il se tourne juste une seconde pour voir le long chemin qu'il a parcouru. Pas si long quand même puisqu'il aperçoit encore l'hôpital et pas si loin que ça. Il prend la décision de prendre le bus, il se mettra à courir quand il sera arrivé.
Il se pose et attend. Il sait où il va mais il hésite. Il doit lui dire sinon il le regrettera. Il doit dire à Derek ce qu'il a toujours voulu lui dire avant de mourir à nouveau.
Il sait qu'il est déjà rentré chez lui, sinon où serait-il à cette heure de la nuit, même s'il n'est plus très tard ?
Le bus s'arrête devant lui et il monte dedans, interrompant le cours de ses pensées. À cette heure le bus presque entièrement vide. Il s'installe près d'une fenêtre et regarde le paysage défiler rapidement en attendant d'arriver à destination. La ville n'a pas tellement changé en un mois, il en serait presque déçu. Il s'attendait presque à ne plus rien reconnaître. Mais en y réfléchissant mieux, un mois ce n'est pas si long dans une vie.
Il pense à son père resté à l'hôpital, il doit avoir deviné où Stiles allait. En espérant qu'il n'appelle pas Derek pour le prévenir, ça gâcherait l'effet de surprise. Mais le garçon lui fait confiance, il est intelligent. Il sera sûrement en colère quand il rentrera. Stiles le serait à sa place. Mais il fallait qu'il le fasse. Son père le comprendra. Le bus s'arrête et il secoue la tête pour chasser les mauvaises pensées qui prennent place dans son cerveau.
Il reste encore quelques arrêts avant de descendre. Il se trouve enfin chez Derek, comme il l'a voulu. Et à ce moment-là, il se rend compte à quel point ce qu'il a fait était idiot. Il n'allait pas mourir maintenant. Il était seul dans le rue, faisant silencieusement face au loft de Derek, il avait froid et il était mal habillé. Il ne savait pas encore ce qu'il allait faire ou dire, il ne se savait même pas encore prêt à le voir. Lui avait-il pardonné ou pas ?
Il fit un pas. Il était de toute façon trop tard pour faire marche arrière.
Un deuxième pas. Il n'était pas très rapide, lui qui avait prévu d'arriver en courant.
Un troisième pas. Il était devant l'entrée. Il poussa la porte du bout des doigts, ouverte. Derek avait dû sentir sa présence, l'effet de surprise était raté.
Stiles entra dans la pièce et referma derrière lui. Il fut englouti par une douce chaleur et le parfum de Derek, qu'il connaissait par coeur. Il faisait noir, aucune lumière n'était allumée. Il était déjà venu mais jamais à cette heure de la nuit, jamais pour cette raison-là.
Il sentit quelqu'un le frôler et la lumière inonda enfin la pièce. Il ne se retourna pas pour voir celui qui avait appuyé sur l'interrupteur, il n'en avait pas besoin pour savoir qui c'était. Il n'y avait qu'une personne qui habitait ici.
Il aurait bien lancé une pique, avec son éternel sarcasme mais rien ne lui vint. Il n'avait jamais autant hésité, jamais été aussi peu sûr de lui. Il tremblait presque, et pas de froid.
Il sentit le loup bouger. Il sentait son regard sur sa peau découverte. Il le sentait écouter chaque battement de son coeur, pour se prouver qu'il était bien en vie. Non, il n'était pas mort.
Derek s'approcha. Ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Stiles pouvait percevoir le corps de l'autre contre son dos, il sentait sa présence et sa chaleur surhumaine. Il n'osait pas se retourner, il n'osait pas lui faire face. Il ne se sentait pas assez fort pour cela.
Mais il se reprit. Il n'était pas venu pour rien. Il n'avait pas traversé la ville dans cette tenue affreuse pour rien. Il ferma les yeux pour se donner plus de courage.
Il fit face à celui qu'il considérait désormais comme un ennemi. Un ennemi qu'il aimait pourtant plus que tout. Au point de le pardonner.
Une main douce se posa sur sa joue et caressa sa pommette du bout des doigts. Un murmure rauque qui portait son nom s'échappa des lèvres de Derek. Il entrouvrit les lèvres. Il avait envie de l'autre et il lui enviait ce qu'il avait, cette force, ce courage, cet amour débordant. Si les rôles avaient été échangés, aurait-il été capable d'aimer celui qu'il avait poussé à la mort ? Non, il se serait enfuit, lâche qu'il était. Il aimait Derek, il avait besoin de lui, et Derek était resté. Il se rapprocha du loup, ses centimètres étaient de trop.
Il l'aimait et il allait lui pardonner. Cette ambiance de luxure chassa la dernière partie de conscience de son cerveau. Il avait trop envie de lui. Seuls les mots qui lui avaient fait traverser la ville s'échappèrent de ses lèvres avant qu'il ne plonge sur Derek pour l'embrasser.
« T'es un salaud. »
