Dernier chapitre avant la rencontre…
Crédits : Ils m'ont suppliés mais je suis restée inflexible. Je les ai regardé droit dans les yeux et malgré le regard noir de Sasuke, les yeux chibi de Naruto, j'ai tenu bon…Masashi Kishimoto-sama, donnez-moi la force de continuer cette fic…
Détails :
Les rewiews sont le carburant du stylo de l'auteur mais c'est donnant-donnant c'est pour cela que je réponds toujours aux rewiews :
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Bonne lecture !
Merci à mes bêtas sur cette fic : Leeloo et occasionnellement, Kitsune no Kyuubi
Sauvetage
Quel imbécile ! Il avait été imprudent et voilà dans quelle situation il se retrouvait… Bien sûr, il n'était pas le premier reporter de guerre à se faire capturer, mais en vérité, ça n'avait jamais fait partie de ses objectifs, loin de là. Il avait voulu se retrouver au cœur de l'action et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il était servi ! Il dut cesser de rouspéter, mentalement parlant, car un coup bien placé sur son derrière lui fit comprendre qu'il devait s'arrêter. Le soldat lui fit signe d'aller s'asseoir sur un tronc d'arbre mort pendant que lui et ses acolytes dressaient le campement. Il leur en fut reconnaissant, car ils n'avaient eu de cesse de marcher depuis ce matin et cela faisait deux jours qu'il n'avait quasiment rien avalé. Ses jambes lui faisaient un mal de chien, mais il savait qu'il était dans une situation plutôt privilégiée, car ils auraient pu l'exécuter purement et simplement.
Le fait qu'il soit journaliste lui avait probablement sauvé la mise. Ils allaient sans doute tenter de marchander sa libération moyennant rançon. C'était le nœud du problème par ailleurs, car son pays refuserait de payer quoique ce soit pour sa remise en liberté. Il imaginait même sans mal la tête que feraient certains dirigeants que sa mort arrangerait grandement. Il n'était pas vraiment apprécié à cause de sa (trop) grande franchise dans ses reportages qui mettaient au jour et souvent à mal des éléments que beaucoup auraient voulu conserver secrets. En tant que journaliste de terrain, les images et les articles qu'il publiait ne souffrait pas d'un manque de crédibilité et petit à petit, sa renommée avait atteint une envergure internationale qui avait fait grincer pas mal de dents, car lui permettant de prendre des libertés mal considérées. Et le voilà qu'il se retrouvait, à cause d'une erreur de débutant, dans ce bourbier. Idiot ! Se répétait-il en continu. Non mais quelle idée que de vouloir approcher les hommes de l'Otryad Militsii Osobovo Naznacheniya, plus communément appelé OMON. Ils étaient réputés pour être des détachements d'opérations spéciales de la police, incorporés au Ministère russe de l'Intérieur (MVD) et responsables de la plupart des exactions commises dans ce pays malmené par la guerre. Mais bien sûr ! Parce qu'il était connu, ils allaient sans doute lui accorder une interview exclusive ! Idiot !
Il soupira. Ils l'affaiblissaient pour lui ôter toute opportunité de s'enfuir, mais de toute façon…Où aurait-il pu aller sans vivres et sans guide ? Mais vu que personne ne viendrait l'aider, il n'avait pas franchement le choix. Peut-être pourrait-il regagner le camp de réfugiés le plus proche et dont il était originaire. Seulement ce camp se trouvait au moins à quatre jours de marche pour un homme en pleine possession de ses moyens et connaissant le chemin, ce qui n'était pas son cas. Il fallait réfléchir et faire le point. Premièrement, étudier l'environnement avant qu'il ne soit jeté dans une tente et enchaîné, empêchant toute tentative d'évasion. Il avait de la chance dans son malheur, il échappait aux rigueurs de l'hiver des montagnes caucasiennes. Le temps était doux en ce mois de mai du nouveau millénaire.
Il examina discrètement les alentours. La route qu'ils suivaient était étroite et creusée dans un vallon entouré de vastes forêts de conifères tels que les pins, hêtres et parsemées également de quelques feuillus divers qui supportaient la rudesse de ce dur climat.. S'engouffrer dans la forêt ? Mauvaise idée à priori. Il avait beau être classé dans les baroudeurs et avoir plus d'une fois expérimenté la partie survie de son manuel, là, c'était trop risqué sans avoir un point de chute. Surtout que les soldats russes avaient évoqué la proximité d'un village non loin de là. Attendre, oui mais le temps lui manquait avant qu'ils ne s'aperçoivent qu'ils ne tireraient rien de lui. Que faire pour se sortir de cette galère ? C'est alors qu'il remarqua au loin, un peu en retrait et hors de portée du regard de ses ravisseurs, une petite silhouette qui les observait. La créature se figea et comprenant qu'on l'avait remarqué, elle s'éclipsa aussi discrètement qu'elle était apparue.
Il espéra qu'il ne s'agissait pas d'un éclaireur envoyé par des rebelles tchétchènes parce que si c'était le cas, il risquait de se retrouver en plein milieu d'un règlement de compte et il ne donnait pas cher de sa peau. La nuit tomba bien vite et, comme il l'avait escompté, il fut, avec une douceur toute militaire, jeté dans une tente pieds et poings liés après qu'on lui eut gentiment accordé un verre d'eau et un quignon de pain pour toute nourriture. Il se résigna à attendre de voir venir et commença à essayer de récupérer quelques forces dans le réconfort que lui procurerait Morphée. Néanmoins, il se réveilla brusquement quand il entendit les soldats aboyer des ordres divers, faisant se disperser les troupes. Ils étaient attaqués. Nom de Dieu, pensa-t-il. Si c'était la fin, il trouvait que son Shinigami était sympa de l'avoir maintenu jusque-là dans le monde des vivants même s'il aurait bien aimé en profiter encore un peu.
Une tornade blonde, qu'il identifia malgré l'obscurité comme étant un garçonnet à qui il aurait donné une dizaine d'années, se précipita dans sa tente sous le couvert des armes qui tiraient en tout sens au-dehors. Il sentit plus qu'il ne vit ses liens être défaits et la main de l'enfant le conduisit dans le chaos ambiant, apparemment pas gêné par la nuit seulement éclairée par les coups de feu des parties en présence qui ne faisaient pas du tout attention à eux. Ils courraient à l'abri de la forêt, s'éloignant de plus en plus du tumulte de plus en plus lointain. Bien que boosté par l'adrénaline, il sentait qu'il n'allait plus tenir encore longtemps et le fit savoir à son guide. Comprenant la fatigue de l'homme illustrée par sa respiration saccadée, le petit garçon ralentit considérablement le rythme passant de course effrénée à marche tranquille.
Il ne se posait pas de question. Un petit inconnu, c'était quand même mieux que les soldats et leurs kalachnikovs, même s'il n'avait aucune idée de l'endroit où il l'emmenait ni pourquoi il n'y avait aucun adulte avec lui. En effet, quelle idée de laisser un enfant traîner dehors la nuit au milieu d'un conflit armé et donc, potentiellement dangereux. C'était de l'inconscience pure. Il voulut interroger l'enfant à ce sujet, mais celui-ci lui fit comprendre en lui tirant le bras que l'heure n'était pas aux questions et il continua à le suivre sans discuter. Après tout, il verrait bien, au point où il en était, on ne pouvait pas dire que sa situation pouvait encore empirer. Enfin, l'enfant stoppa tout à fait pour observer de façon méticuleuse les environs avant d'avancer, attentif à tout mouvement ou son suspect vers une petite bâtisse à moitié effondrée et qui, d'après le vieil en-tête défraîchi qu'elle portait, devait avoir été une bibliothèque.
Ils durent se faufiler sous quelques gravats avant de parvenir à ce qu'il comprit être le lieu d'habitation du garçonnet. Ce devait avoir été la salle principale, car elle était pleine de livres. Certains reposaient encore sur leurs étagères quand celles-ci étaient encore debout, d'autres jonchaient sur les débris de leurs rayonnages dispersés au sol. Vu l'état de délabrement de l'endroit, il aurait pu jurer que celui-ci était sur le point de s'écrouler, mais l'enfant paraissait ne pas y prêter attention et le guida jusqu'à un recoin où se trouvait de la paille entassée, une petite table avec une chaise, divers papiers, quelques provisions et un seau d'eau claire.
Il sentit sa faim revenir au grand galop. L'enfant le perçut sans doute, car il l'invita à prendre place sur l'unique chaise pendant qu'il s'affaira à préparer un plat simple composé de fromage et de ce qu'il identifia comme étant un reste de « Plov » froid, mi-ragoût, mi-pot-au-feu. Il le mangea rapidement, trouvant à cette maigre pitance la saveur des meilleures cuisines à laquelle il lui avait été donné de goûter. Enfin, il se redressa, un peu mieux rassasié pour observer enfin le petit garçon qui avait allumé une petite bougie qui éclairait de sa lumière blafarde le piteux logis. Il révisa son estimation première. Il lui donnait approximativement huit ans, pas plus. Sa carrure était chétive, fluette signe d'un manque nutritionnel certain. Ce qui lui fit honte car il venait sans doute d'avaler l'équivalent de plusieurs repas de cet enfant. Il poursuivit son examen alors que le blond ne le quittait pas des yeux, un grand sourire plaqué sur ses lèvres. Il nota combien celui-ci lui mangeait le visage, dévorant les joues creuses et agrandissant le regard céruléen où perçait une pointe d'angoisse mais aussi une profonde envie de faire confiance. Il souhaita être à la hauteur des attentes de ce petit bonhomme qui venait ni plus ni moins que de lui sauver la vie. Mais il ne savait toujours rien de son sauveur qui n'avait pas prononcé la moindre parole depuis leur rencontre.
- Comment t'appelles-tu ? Questionna-t-il doucement, songeant que le fait d'être polyglotte était définitivement un avantage.
- …
- Tu ne veux pas me dire ton nom ? Insista-t-il alors que l'enfant le dévisageait, manifestement perplexe.
- Je m'appelle Jiraya. Tu n'as pas à avoir peur de moi, je ne te ferais pas de mal, reprit-il alors que l'enfant s'était levé et s'éloignait.
Mais alors qu'il se dit que son sauveur allait le laisser à son triste sort, il le vit revenir avec une ardoise qui devait servir assidûment vu l'usure qui la marquait. L'enfant pris un caillou de craie, abondant dans cette région et inscrivit quelque chose avant de retourner le panneau vers lui.
- « Bonjour Jiraya », avait inscrit l'enfant.
- Tu ne peux pas parler, conclut celui-ci, comprenant le silence de son interlocuteur et se maudissant de ne pas l'avoir compris plus tôt.
Nouveau griffonnage accompagné d'un hochement vif de la tête pour confirmer son verdict.
- « Tu devrais dormir. On est en sécurité ici. » Il lui indiqua la paillasse à côté d'eux.
- Et toi ? Où vas-tu dormir ? S'inquiéta Jiraya.
- « Par terre. » écrivit l'enfant.
- Pas question, c'est ton lit, s'indigna le reporter.
- « Je dors par terre, tu es mon invité », réitéra l'enfant avec un regard bien senti.
Il comprit qu'il le vexerait en refusant sa proposition et partit s'installer sur la couche de fortune, au demeurant plutôt confortable après avoir dormi deux jours de suite à même le sol. Il était vraiment épuisé : entre sa capture, les marches forcées, les nuits peu reposantes et les effets de l'adrénaline bien retombés à présent, il n'était plus temps de discuter. Il verrait pour les détails et les réponses à ces questions demain. A peine eut-il fermé les yeux que le sommeil s'empara de lui.
En se réveillant, il se sentit particulièrement reposé. Dispos pour envisager sa situation sous un angle nouveau et trouver le moyen de regagner la capitale, Grozny, et de prendre son billet de retour pour le Japon. Heureusement qu'il avait fait parvenir son travail avant de s'être fait prendre, sinon, il serait rentré bredouille.
Il sortit de sa planque improvisée, ne trouvant pas trace de son sauveur. Le bâtiment lui parut encore plus miteux en plein jour. Il put apercevoir aux alentours les ruines de différents bâtiments en guère meilleur état que celui dont il sortait et plus au loin, il devina l'esquisse d'un village. Il pourrait sans doute trouver de l'aide là-bas, mais mieux valait tout de même rester sur ses gardes. Il ne fallait pas recommencer les mêmes erreurs et se jeter dans la gueule du loup. Le gamin l'y aiderait sans doute. D'ailleurs, où était-il ? Il le chercha dans la forêt avoisinante, sans trop s'éloigner pour autant, ce serait stupide de se perdre dans les bois. Enfin, il le trouva, un peu en contrebas, qui se baignait dans les eaux tumultueuses et certainement glacées de l'Argoun. Il lui parut encore plus efflanqué que la veille : les côtes saillantes, les bras aussi gros que les jambes ; il se demanda comment il faisait pour tenir debout.
Le môme le vit et lui fit de grands signes de bras avant de sortir de l'eau, nu comme un ver et absolument pas gêné par cet état de fait. Il remit les haillons qui lui servaient de vêtements et le rejoignit, exhibant fièrement un lièvre qu'il avait dû attraper et qui leur servirait probablement de petit-déjeuner. Le soleil n'était pas haut dans le ciel, il se demanda depuis quand le jeune garçon était levé. Celui-ci l'entraîna à nouveau dans le refuge pour préparer leur repas. Il fit un petit feu avec du petit bois qu'il avait amassé dans un coin de son antre, se saisissant au passage de sa craie et de sa tablette pour communiquer avec l'adulte.
- Pourquoi n'utilises-tu pas les livres pour le feu, demanda Jiraya, qui ne voyait pas pourquoi le gamin prenait la peine d'aller chercher du combustible dehors puisqu'il y en avait plein ici. L'enfant le regarda avec incompréhension et lui donna sa réponse rapidement.
- « On brûle pas les livres, on les lit », le visage de l'enfant reflétait sa pensée, étant assurément choqué par la suggestion. Il décida de calmer son hôte.
- Oui, c'est mieux bien sûr, mais je ne pensais pas que tu les lisais.
- « Je sais lire », accusa le gamin, la mine sombre.
Décidément, il ne faisait que s'enfoncer.
- Je ne disais pas le contraire, mais d'autres que toi auraient choisi la facilité plutôt que de s'embarrasser à aller chercher des branches dehors. Le gamin retrouva le sourire.
- « J'ai promis de m'instruire alors j'ai besoin des livres », expliqua le blond.
- A qui as-tu promis ça ? Requit l'écrivain. Il vit le visage du môme se fermer, mais il inscrivit tout de même le renseignement demandé.
- « Iruka ». Il comprit qu'il n'en saurait pas plus sur le sujet. Il décida de revenir à un sujet plus léger et plus neutre.
- Au fait, je ne sais toujours pas ton nom alors que tu connais le mien. Ce n'est pas très équilibré, je trouve. Le visage du gamin se brouilla et sa mine se fit déconfite. Cependant, avant que Jiraya ne l'approche, il prit le temps d'écrire rapidement sur son ardoise avant de la laisser de côté et d'aller préparer le repas. Il la prit et lut avec peine les mots qui y étaient notés alors que l'enfant se retenait tant bien que mal de pleurer un peu plus loin, reniflant discrètement.
- « Je sais plus ».
Il en était bouleversé. Qu'avait-il bien pu se passer dans l'existence de ce petit bout d'homme pour lui faire oublier jusqu'à son nom. Il se tourna vers le gamin qui tentait de faire bonne figure. Il voulut le prendre dans ses bras, mais l'enfant s'échappa et courut vers la sortie. Jiraya comprit que c'était un point plus que délicat à aborder et qu'il ne devait plus en parler sous peine d'effaroucher le môme. Il s'occupa de la cuisson du gibier qui avait été préalablement dépecé et entreprit de le faire cuire dans la casserole toute cabossée que l'enfant avait installée sur le foyer. Lorsqu'il se retourna, le blondinet était de retour, les yeux rougis, mais un sourire éclatant le défiait de dire quoi que ce soit. Alors, il prit sur lui d'ignorer la peine de l'enfant alors que celui-ci ajoutait diverses herbes au plat qui finit par dégager une odeur assez alléchante. Ils mangèrent en silence avant que Jiraya ne se décide à relancer la conversation et, par la même occasion, la confiance du gosse mise à mal auparavant. Il choisit de lui raconter qui il était, d'où il venait et comment il s'était retrouvé en compagnie des soldats. Le blond l'écoutait avec une mine fascinée, les yeux écarquillés sous l'effet du récit qui le passionnait. Enfin, il aborda le point central de son récit.
- Dis-moi, le village en bas…Tu crois que je pourrai y trouver de l'aide pour retourner à Grozny ? Questionna-t-il, impatient de connaître la réponse. Il ne pouvait pas se permettre de rester indéfiniment ici.
- « Je sais pas, tu es un étranger », expliqua le gamin, morose.
- Tu pourrais m'accompagner ? Demanda le baroudeur, sachant d'expérience qu'il valait mieux aborder les habitants locaux avec quelqu'un pour s'introduire auprès d'eux. La mine du blondinet se fit sombre et il griffonna :
- « Si je viens avec toi, ils te tueront. »
- Pourquoi ? Répliqua Jiraya, estomaqué. Nouvelle écriture qui se limita à un mot :
- « Ch'ir »
Il comprit. La vengeance par le sang nommée "ch'ir" n'est pas une dispute, mais une vengeance franche d'une vie contre une autre sans représailles supplémentaires ; elle sert à maintenir l'ordre dans un contexte chaotique, où la justice légale ne peut toujours être attendue. Conclusion : l'enfant est accusé d'un crime de sang, mais comment peut-il avoir, à son âge, la mort d'une personne sur la conscience ? Remarque, cela expliquerait qu'il vive seul et à l'écart du village. Cela expliquerait peut-être aussi les fines cicatrices qui ornaient le visage de l'innocent. Mais dans ce cas, si les habitants avaient vraiment voulu le tuer pour rétablir l'équilibre, ils l'auraient fait ou bien l'enfant aurait dû s'enfuir plutôt que de vivre à proximité de ses bourreaux. Sa curiosité naturelle reprit le dessus, mais il lui fallait se dominer pour ne pas apeurer le gamin.
- Je vais les voir sans toi alors et puis je viendrais te retrouver, d'accord ? Le gosse eut l'air très heureux d'un coup et il nota avec impatience :
- « Tu reviens, c'est vrai ? »
- Un peu que je reviens. Tu cuisines trop bien pour que je me passe de tes petits plats ! Plaisanta-t-il et l'enfant rit aux éclats, mais silencieusement toutefois. Il s'autorisa une dernière interrogation. Tu es muet de naissance ? C'est dommage, j'aurais bien aimé entendre ta voix. L'enfant stoppa net son rire et reprit son air sombre et grave qui ne lui allait décidément pas du tout.
- « Je sais plus ». Et là-dessus, il fit signe à Jiraya de le suivre.
Une fois dehors, le blondinet lui indiqua le meilleur chemin pour contourner les ruines et atteindre le village avant de le saluer de la main et de le regarder partir. Il arriva rapidement au village qui sembla désert au premier abord jusqu'à ce qu'un vieil homme aux rides d'expression particulièrement marquées ne vienne à sa rencontre. Il n'était pas dupe, l'homme était certainement couvert par au moins une dizaine de villageois armés et prêts à le garnir de plomb au moindre faux pas. Il s'avança néanmoins vers son interlocuteur désigné d'une foulée assurée. Dans ce genre de situation, il valait mieux montrer que l'on n'était pas intimidé. Il s'octroya même le luxe de lui sourire, mais l'autre ne se dérida pas d'un poil, occupé à le dévisager et à décider probablement de son sort… Enfin, il prit la parole :
- Je suis Hiruzen Sarutobi, chef de ce village. Que veux-tu et d'où viens-tu étranger ? Le ton était calme, mais l'on sentait que derrière ses paroles se cachait un homme droit et très intelligent. Il lui faudrait être prudent mais aussi honnête dans son discours.
- Je m'appelle Jiraya, je suis journaliste et je cherche à regagner Grozny pour rentrer chez moi, expliqua-t-il clairement pour démontrer au vieil homme sa bonne volonté.
- Hn. Certes. Votre russe est bon, reprit celui-ci.
- Euh…merci. Le vieux chef était rusé. Il ne refusait ni n'accordait son aide. Mais et pour…Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase que l'autre le coupa.
- Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ?
Il choisit de dévoiler la vérité sans toutefois mentionner le jeune garçon qui l'avait sauvé. Le patriarche l'observa longuement puis se détourna de lui pour se diriger vers un immeuble miraculeusement encore intact parmi les nombreux décombres de la petite bourgade. Il prit cela pour une invite et le suivit. Ils pénétrèrent dans un bureau simple, encombré de différents documents en vrac et chichement décoré d'un petit sofa sur lequel l'ancien prit place. Il s'installa à ses côtés et attendit, mal à l'aise, la suite des évènements. Le vieil homme alluma une longue pipe avant de reprendre la parole.
- Si je t'ai amené ici, étranger, c'est parce qu'il ne vaut mieux pas évoquer l'enfant près des oreilles indiscrètes, lança machinalement l'ancêtre.
- L'enfant…Je ne vois pas…Balbutia Jiraya, trop ahuri par la perspicacité de l'homme.
- Vous voyez très bien. Je n'apprécie pas le fait que vous me mentiez, mais puisque vous le faites pour le protéger, vous êtes pardonné, expliqua le chef pour lui faire comprendre que ses intentions n'étaient pas mauvaises. Cela aiguisa l'intérêt du journaliste.
- Pourquoi en veut-on à sa vie ?
- Ah ! Le pauvre enfant en naissant a pris la vie de sa mère et son père s'est suicidé en l'apprenant. C'était mon successeur, précisa le vieil homme. Sans compter que le jeune homme qui s'occupait de lui est mort il y a deux ans maintenant et que les gens de ce village l'ont rendu responsable de sa mort qui était pourtant totalement accidentelle. Le pauvre petit ne peut pas venir au village sans être insulté ou malmené, mais je suis parvenu à les convaincre de le laisser en vie…
- Je comprends mieux, mais… vous dites que cela fait deux ans qu'il n'y a plus personne pour s'occuper de lui ? Le patriarche acquiesça. Mais ce n'est qu'un gosse ! S'écria le reporter, indigné du traitement injuste infligé à ce petit bonhomme.
- Je le sais bien mais je ne peux rien faire de plus pour lui, commenta le vieil homme dont le regard se fit encore plus perçant. Par contre, vous…
- Moi ? Dit Jiraya, un peu perdu.
- Vous pourriez le prendre avec vous, je sens que vous êtes un homme bien. Si ça n'avait pas été le cas, il n'aurait pas pris tous ces risques pour vous.
- Mais… Enfin… Bredouilla-t-il, pris de court par la proposition alors que son homologue conservait son calme olympien.
- Voilà ce que je vous propose : je ferai en sorte que vous regagniez la capitale, mais je veux que vous offriez un espoir à ce môme. Si vous ne vous chargez pas de lui, trouvez-lui au moins une famille qui l'accueillera. Ici, personne ne le fera et il ne mérite pas de vivre comme ça.
Le journaliste réfléchit. Il comprenait les raisons de l'ancien et sa proposition semblait logique, mais prendre la responsabilité de la vie de cet enfant, ce n'était pas une décision à prendre à la légère. Il se demanda comment il pourrait vivre en ne sachant pas ce qu'il adviendrait de l'enfant. Et comment lui trouver une famille qui saurait l'aimer malgré son handicap ? Beaucoup de questions se bousculaient dans sa tête, mais le vieil homme le soulagea lorsqu'il poursuivit :
- Je ne vous demande pas de vous décider dans l'instant. De toute manière, il faut que je voie avec mes concitoyens les possibilités de vous faire évacuer le village en évitant les rebelles, mais aussi les troupes russes… Je viendrai vous retrouver ce soir. D'accord ?
- Bien. Il était soulagé d'avoir au moins un peu de temps pour réfléchir, mais il avait encore une question à poser. Comment s'appelle l'enfant ? Il n'a pas pu le dire.
- Ça n'a pas d'importance. De toute façon, mieux vaut qu'il oublie sa vie d'ici. Le ton était sans réplique.
- Soit. A ce soir alors.
Le vieil homme hocha la tête en signe d'assentiment et le congédia d'un signe de la main. Il repartit dans le village toujours aussi désert en apparence bien qu'il sentait toujours les regards braqués sur sa personne. Il regagna la petite colline qui abritait le jeune garçon. Celui-ci était posté derrière un arbre et afficha une expression soulagée quand il le vit revenir sain et sauf. Il lui fit un sourire dont il semblait avoir le secret, mais qui le faisait douter. Il choisit de repousser momentanément les questions et de profiter du moment.
- Alors gamin ? Quoi de neuf ?
Ledit gamin en question sortit son ardoise et lui demanda par ce biais comment s'était passé son entretien avec les gens du village. Il lui expliqua qu'il saurait ce soir s'il lui était possible de quitter le village et par quel moyen, mais omit de lui parler de la proposition du vieux Sarutobi. Tant qu'il n'avait pas pris sa décision, il ne voulait pas le troubler et lui faire miroiter quelque chose qui ne serait peut-être pas. Ce serait cruel. Il prit le parti d'amuser le gamin.
- Tu veux jouer ? Qu'est-ce que tu fais d'habitude pour te distraire ? Le questionna-t-il.
Le garçonnet prit un air de profonde réflexion et il se retint à grand-peine de pouffer. Soudain, le visage de l'enfant s'éclaira. Il avait trouvé. Il inscrivit son idée sur l'ardoise avant de la lui tendre, attendant fébrilement la réponse. Il fixa l'écritoire, incrédule.
- Tu veux que je te raconte une histoire ?
Le môme hocha vigoureusement la tête, les yeux brillants trahissant son espoir. Il ne put qu'accéder à sa requête et il vit le petit se mettre à bondir de joie. Il comprit alors que contrairement à tous les autres enfants de son âge qui se seraient jugés trop vieux pour ce genre d'activité, ce gamin, lui, considérait comme un privilège le fait que quelqu'un prenne le temps d'être avec lui, simplement pour lui raconter un conte. Son cœur se serra et il accompagna le gamin qui ne tenait plus en place jusqu'au couvert d'un arbre centenaire qui les protégerait du soleil ascendant. Mais là, Jiraya se posa une question qu'il retourna à l'enfant :
- Tu ne veux pas que je te lise un livre de la bibliothèque ? La réponse ne se fit pas attendre.
- « Non. Je les ai tous déjà lus, il n'y en a pas beaucoup avec des histoires, les autres c'est pour étudier. »
- Tu veux que j'invente alors ? En conclut-il.
Le bonhomme affirma timidement que oui avant de s'asseoir au pied de l'arbre où il le rejoint. Il réfléchissait à ce qu'il allait pouvoir lui raconter quand il le vit poser sa tête sur ses genoux et fermer les yeux, confiant. Il ne put résister encore une fois à l'envie de l'observer. Ses cheveux blonds étaient longs et devaient sans doute lui tenir chaud en été. Il ondoyait en une masse indisciplinée et emmêlée sous les rayons du soleil qui faisaient ressortir leur éclat doré. Les yeux clos, son visage était entièrement détendu. Il ressemblait à un ange se dit-il. Il trouva l'histoire qu'il allait lui raconter. Celle D'Amaterasu, la déesse du Soleil et de sa retraite à Iwayado suite à son conflit avec son frère Susanoo, Dieu de l'orage et de la tempête. Le personnage d'Uzume lui rappelait un peu le jeune garçon et sa bonne humeur continuelle malgré ses souffrances, tel un masque du théâtre No. Il apprécia ce moment de tranquillité, à tel point qu'il ne remarqua pas que son spectateur s'était endormi. Ce ne fut que lorsqu'il acheva son histoire et qu'il reporta son regard sur l'enfant qu'il le constata.
Il sourit, ému par le crédit accordé par le petit. Il réfléchit alors à l'offre du vieux patriarche. Il se devait de reconnaître qu'il avait raison. L'enfant ne pourrait jamais être heureux dans ce village où personne ne le reconnaissait. Il n'était toléré que parce que le vieil homme était là, mais il ne vivrait pas éternellement et après sa mort, le gamin serait sans protection. D'un autre côté, il n'était rien pour cet enfant et il le connaissait seulement depuis la veille. Seulement… Seulement, il s'y était déjà attaché à ce morveux même si ça le faisait suer de le reconnaître. Il soupira, vaincu. Il ne pourrait pas confier l'enfant à des inconnus. Il le garderait donc avec lui. Sans s'en rendre compte, il s'assoupit à son tour. Ce fut un toussotement amusé qui le réveilla tout comme l'enfant qui se releva prestement, prêt à fuir, mais qui s'immobilisa en reconnaissant le vieux chef du village qui était venu à leur rencontre. Il demanda au garçon de s'éloigner pour qu'ils puissent discuter tranquillement avec Jiraya et le môme obéit docilement, un grand sourire aux lèvres. Sans doute avait-il en tête d'aller chercher de quoi se nourrir. Ou plutôt les nourrir.
- Avez-vous pensé à ma suggestion ? Demanda l'homme avec un ton qui sous-entendait « en dehors de votre sieste ? »
- Oui, répondit sobrement Jiraya, un peu vexé de s'être fait surprendre dans cette posture.
- Quelle est votre réponse ? S'enquit l'ancien qui aurait paru impassible si ses yeux n'avaient pas trahi son appréhension.
- Il vient et restera avec moi si c'est ce qu'il désire, affirma fermement le journaliste.
Un léger sourire étira les lèvres du vieil homme qui lui expliqua ensuite les détails du périple qui les amènerait, lui et le petit jusqu'à Grozny. Enfin, il appela le bonhomme qui essayait tant bien que mal de se dissimuler derrière un buisson pour les espionner. En vain par ailleurs car ils avaient chuchoté tout du long et il n'avait rien pu entendre de leur conversation. Il se redressa en grimaçant, mais Jiraya put remarquer qu'un petit écureuil pendait à sa ceinture et qu'il portait un panier rempli de condiments. Ce gamin était une perle en matière de survie. Il n'avait pas perdu son temps. Sans doute avait-il simplement relevé ses pièges pour revenir aussi rapidement vers eux. L'ancêtre prit le menton en coupe dans l'une de ses mains tandis que l'autre se posait sur son épaule. Jiraya n'entendit pas ce que le vieux déclara au plus jeune, mais après, il le vit repartir sans jeter un regard en arrière. L'enfant s'était figé. Il s'approcha alors de lui et choisit de lui exprimer clairement ce qui allait se passer et comment sa vie allait changer. Il s'agenouilla pour être à la hauteur du gamin et le regarda droit dans les yeux.
- Je pars demain à l'aube. On m'a demandé de m'occuper de toi et de te trouver une famille. Si tu le veux bien, je serai cette famille, mais je veux que tu me dises ce que toi tu veux. Cela signifie que tu quitteras ton pays pour aller dans le mien. Là-bas, tu ne connaîtras personne, tu ne comprendras pas la langue et ce sera sans doute difficile pour toi de t'adapter, mais je suis prêt à faire tous les efforts nécessaires pour que tu t'y sentes bien. Sinon, je pourrai chercher une famille qui t'accueillera ici, dans ton pays et je m'assurerai que ce soit des gens qui sauront t 'aimer comme tu le mérites. C'est à toi de décider, bonhomme.
- … L'enfant se mit à pleurer et Jiraya à culpabiliser. Il lui en demandait beaucoup d'un seul coup. Mais finalement, le blond lui donna sa réponse en lui sautant au cou, s'accrochant à lui désespérément.
- Tu veux rester avec moi ? Demanda-t-il d'une voix où perçait clairement l'émotion. L'étreinte se resserra, confirmant ainsi le choix de l'enfant.
Il leur fallut deux semaines pour regagner la capitale en passant par de nombreux chemins détournés, souvent en empruntant les passages que seuls les indigènes connaissaient. Ils purent se restaurer en cours de route dans les quelques camps de réfugiés qu'ils traversèrent discrètement. Une fois arrivés en ville, ils firent leurs adieux à leur guide qui s'en alla sans avoir prononcé un mot de tout le trajet, forcé de les accompagner sans doute. Mais ils s'en fichaient puisqu'ils étaient parvenus à destination. C'est alors qu'au moment où il songea à quitter le pays, il se rendit compte qu'il lui fallait des papiers indiquant l'état civil de l'enfant et son statut de réfugié de guerre. Problème : le nom de l'enfant.
Il en était là de ses réflexions lorsqu'il vit l'enfant sortir de sa poche et lui tendre une photo défraîchie qui représentait un couple dont la femme paraissait enceinte ainsi qu'un jeune adolescent. L'homme ressemblait beaucoup au jeune garçon et il en déduit qu'il s'agissait de ses parents. Il retourna la photographie pour y découvrir trois mots : Namikaze, Uzumaki et Iruka. Il décida d'opter pour le nom de celui qu'il pensait être le père de l'enfant : Uzumaki. Quant au prénom… Il y était encore quand il regarda son protégé qui contemplait son plat et semblait s'amuser avec. Il l'avait emmené chez un confrère de son pays qui leur avait offert l'hospitalité et qui leur avait préparé des ramens instantanés. Une véritable passion pour lui, il en emmenait partout dans ses bagages. L'enfant jouait avec une rondelle de naruto mal réhydratée. Il sut tout de suite que son problème était réglé. Il releva l'enfant de son bol et lui annonça fièrement :
- A partir de maintenant, tu es Naruto Uzumaki, mon pupille.
