4.
Il faisait extrêmement froid à Moscou. Le genre de froid qui faisait craquer les vitres comme si elles étaient sur le point de se briser. Le genre de froid qui suintait à travers chaque fissure dans les hôtels bas de gamme, qui rognait toutes les défenses mises en œuvre pour protéger les extrémités découvertes. Et Sherlock errait dans son pyjama, la robe de chambre non attachée et les pieds nus. Il faisait les cents pas, une buée s'échappant de ses lèvres d'une façon qui aurait pu être sublime (un long cou pâle exposé, mis en valeur par la lumière bleue extérieure qui filtrait dans la chambre noire à travers les fenêtres givrées). John n'était pas sûr de savoir si Sherlock était au courant qu'il l'observait. Parce que Sherlock n'avait pas voulu le laisser dormir dans le fauteuil, prétextant qu'il allait bousiller son épaule et serait complètement inutile dans l'éventualité où ils auraient besoin de tirer sur quelqu'un dans la matinée.
Mais maintenant il n'arrivait pas à dormir, sachant que le froid glacial mordait et que Sherlock l'ignorait malgré ses doigts tremblants, juste pour qu'il puisse arpenter la pièce, qu'il puisse penser (le violon n'était pas du voyage, ils ne pouvaient pas prendre le risque qu'il soit abimé dans le cargo).
"Sherlock" dit-il simplement, et l'homme en question se figea sur place.
Il tourna la tête, les yeux éclairés par un rai de lumière bleue, le faisant ressembler à un chat.
"Viens lui ordonna John.
Lorsque Sherlock ne l'écouta pas (encore figé sur place, comme un animal en attente d'une attaque), John repoussa les épaisses couvertures, marcha d'un pas décidé vers lui, le souleva violemment de terre et le jeta sans concessions sur les ressorts durs du lit. Sherlock protesta avec quelques faibles mouvements de jambes mais John rejoignit le lit à son tour, remonta les couvertures et entoura Sherlock de ses bras pour l'empêcher de bouger. L'homme était glacé et raide et murmurait un chapelet d'insultes et de malédictions destinées à son colocataire.
Mais John ne l'écouta pas, plaqué contre le dos du détective, le nez enfoncé dans son épaule juste derrière son oreille, laissant l'homme congelé et obstiné abandonner. Il n'allait certainement pas gagner un combat où santé était en jeu.
Et alors qu'il se réchauffait sous les couvertures, contre le proche et confortable John, une respiration lente et régulière dans son oreille, Sherlock se relaxa pour ce qui semblait être la première fois depuis des décennies.
Lorsque John se réveilla le lendemain matin, une lumière jaune apathique filtrant à travers les rideaux et les nuages, les doigts de Sherlock étaient étroitement imbriqués aux siens là où il les avait laissés quelques heures plus tôt, un enchevêtrement de doigts posés sur la poitrine de Sherlock. Très chaud, très confortable, et caractéristique de quelque chose qu'il pensait avoir rêvé à l'hôpital. C'était presque agréable.
John laissa échapper un sourire endormi contre l'épaule de Sherlock, se fit la réflexion qu'il pourrait être choqué et consterné plus tard, quand il posséderait l'énergie requise pour cela. En cet instant, dans un nid de jambes enchevêtrées et si merveilleusement chaleureux, il ne se souciait absolument pas du fait d'être dans le même lit que Sherlock Holmes (à dire vrai il s'en réjouissait).
Trois minutes plus tard, le brun se réveilla en sursaut, un "Oh bien sûr!" s'échappant de ses lèvres avec assez d'enthousiasme pour réveiller le chien de l'autre côté de la rue, le faisant aboyer comme un fou. Il se détacha de John dans une série de mouvements inhumains et se glissa hors du lit (sifflant lorsqu'il toucha le sol froid, se déplaçant d'un pied sur l'autre avec de rapides petits sauts), sa bouche débitant un discours en un flot ininterrompu. Il l'avait résolue bien sûr, dans son sommeil en plus.
Après avoir parcouru des ruelles glacées, s'être battus au poing avec des punks derrière la Galerie Tretiakov, arrêté Mikhail Bakunin qui après leur avoir craché au visage se débattit à grands coups de cris et de coups de pied tout le long du chemin jusqu'à la gare, le froid s'était infiltré dans leurs articulations et elles n'arrêtaient pas de craquer tandis qu'ils montaient les 4 volées d'escaliers qui les séparaient de leur chambre.
Sherlock resta sans dire un mot près du bord du lit, chancelant et ne sachant que dire, jusqu'à ce que John lève les yeux au ciel et lui fasse signe de le rejoindre.
Encore une fois merci à tous de suivre cette histoire, je suis ravie de voir qu'elle vous plait (bon en dehors de la traduction rien ne me revient mais ça fait quand même plaisir ^^)
Pour ceux qui se demandaient, les histoires ne prennent pas forcément place dans un épisode de la série, voilà pourquoi parfois on ne reconnait pas la scène :)
Bonne soirée à toutes et tous !
