Solstheim – Village des Skaals

Inviter Vith à l'accompagner avait été une idée de génie. Sa force de vampire lui permit de soulever une Siltafiir et un Miraak à demi-conscients lorsqu'Apocrypha les cracha tous deux sur Nirn. Semant des jurons essoufflés sur tout le trajet, elle les transporta du temple dudit Miraak jusqu'au village des Skaals. Là-bas, Frea, une guerrière qui les avait assistées lors de leur lutte face à Hermaeus-Mora, les accueillit avec réticence.

Siltafiir se réveilla après quelques heures, tandis que Miraak n'ouvrit les yeux que le lendemain. Sonné par son brusque retour dans ce monde de sons, de lumières et de parfums variés, il peina d'abord à respirer, puis à se mouvoir, et même quelques gorgées d'eau lui causèrent plus de douleur que de soulagement. Son estomac réagissait mal à ces millénaires d'inactivité. Pour ne rien arranger, sa réunion avec Vith ne se déroula guère mieux.

- Content de me revoir ? rit-elle, apparemment amusée par les babines retroussées et les yeux plissés de son ancien confrère.

- Tu es un vampire, cracha-t-il après une lente gorgée d'eau.

- Tu préférerais que je sois morte ? s'offusqua-t-elle, posant théâtralement une main sur sa généreuse poitrine.

- Tu es morte.

- Techniquement morte. Complètement différent.

Son humour étonna Siltafiir, mais après une si longue vie il devait être aisé d'aborder les critiques avec légèreté. De plus, cette tactique porta ses fruits. Deux jours plus tard, il osa admettre que la présence de sa vieille amie ne le dérangeait pas, elle le convainquit même de la laisser le serrer dans ses bras. D'abord raide, il répondit lentement à son étreinte, des tremblements visibles dans les membres.

Ce spectacle émut un peu Siltafiir, qui les observait depuis l'autre bout de la cabane, assise par terre à déguster un ragoût de horqueur. En fait, il l'affectait plus que de raison, réalisa-t-elle en essuyant une larme. Cette réaction lui arracha un froncement de sourcils, puis elle sentit l'origine véritable de son émoi : une présence prenante, presque étouffante. Elle essuya une autre larme. Ces émotions émanaient de Miraak, nul doute possible.

D'une main tremblante, elle posa son bol à côté d'elle et tourna le dos aux retrouvailles. Jamais elle n'avait partagé ses sentiments si puissamment. Probablement parce qu'ils s'étaient toujours rencontrés dans des circonstances pour le moins distrayantes. Loin d'Apocrypha, des cris et des combats, l'euphorie inespérée qu'il exhalait la frappait de plein fouet. Le souffle coupé par les sanglots qui s'accumulaient dans sa gorge, elle s'enfuit silencieusement de la maison.

Les quelques jours que Miraak prit à se rétablir, elle l'esquiva tant que possible, proposant son aide aux Skaals dès qu'elle le pouvait, surtout lorsqu'ils partaient en chasse. Quand il s'habitua enfin aux stimuli du monde extérieur, elle se crut libérée de ses accès de bonheur excessifs, mais l'un des plus violents se produisit au moment du départ.

Le temps que leur monture les rejoigne, ils décidèrent que Miraak vivrait en compagnie de son ancienne consœur, à Volkihar. Après tout, il ne méritait rien de moins qu'un château. Et Siltafiir ne prévoyait pas exactement de partager sa petite maison avec ce torrent d'émotions ambulant.

Odahviing salua prudemment le premier Enfant de Dragon, ne se rappelant que trop bien du soulèvement qu'il avait mené presque à lui seul quatre millénaires plus tôt. Siltafiir s'assura que leurs différends passés ne se réveilleraient pas au milieu du trajet, puis escalada l'échine de son écailleux allié, suivie de Vith et d'un Miraak hésitant. D'un coup d'ailes, ils décollèrent.

Quelques secondes suffirent le vent qui sifflait dans ses oreilles, le froid revigorant qui piquait sa peau, les kilomètres de terre et de mer que le soleil levant enveloppait d'un halo blanc l'émerveillèrent plus que jamais jusqu'alors. La tête légère, elle lutta afin de garder le dos droit et les yeux secs jusqu'à Volkihar, ce qu'elle accomplit en conservant un silence total. Heureusement, dès l'atterrissage, l'humeur de Miraak retrouva sa morosité habituelle.

Il n'atteignit pas même le centre du hall principal avant de rebrousser chemin. Siltafiir ne pouvait exactement le traiter de fine bouche, elle-même retroussait les narines au milieu des relents de chair et de sang qui imprégnaient les pierres du château. Abandonnant Vith, qui semblait bouder sincèrement cette fois, ils reprirent leur envol en direction de Faillaise.

À suivre…

Tous les personnages sont introduits à présent. J'espère sincèrement que ma dépiction de Miraak vous satisfaira. J'ai pris quelques libertés que vous remarquerez au fil de votre lecture, entre autres la connexion que Siltafiir entretient avec les âmes des dragons, et surtout avec celle de Miraak.

N'oubliez pas de me faire part de votre avis, je me réjouis de savoir quel effet cette histoire a sur ceux qui tentent de la lire.