Couvre les chapitres 62 à 66
Poudlard, Dimanche 8 mars.
Ce matin, c'est Remus qui a frappé à ma porte avant l'heure du petit déjeuner.
"Qui ?" est la seule question qui m'est venue, comme une terreur, quand je l'ai vu sur mon paillasson.
"Albus vient de m'envoyer une plume...", il a prudemment indiqué.
Je l'ai laissé entrer sans un mot et j'ai jeté un sortilège de silence sur la porte pour faire bonne mesure.
"Regulus n'a cessé de grandir toute la nuit. Le médecin d'Albus dit que le rythme a encore accéléré", il a rapidement expliqué - inquiet mais content comme moi que le problème ne soit pas Cyrus ou Harry, je le sentais dans mes os.
"Susan était auprès de lui ?", j'ai relevé.
"Je pense que c'est elle - Albus ne précise pas mais je ne le vois pas élargir encore le cercle", a reconnu Remus.
"Tu veux que j'y aille ?", j'ai sobrement enquêté. Remus a eu l'air incapable de me demander cela. "C'est mon jour de congé, je vais où je veux", j'ai repris à sa place.
"Merci Severus."
Je suis parti dans l'heure pour Londres. Personne ne s'est étonné de me voir m'éloigner - même Hagrid m'a souhaité une bonne journée hors de Poudlard. Comme si j'étais allé à la foire ! Je suis allé à Finchley sans trop de détours. Même la destination ne pouvait pas réellement surprendre. Je vais parfois rendre visite à Albus sur mon temps libre.
Il m'a lui même conduit à la chambre où Susan veillait sur un Regulus qui s'agitait dans son lit les yeux fermés comme on fait un mauvais rêve. Sans un regard pour nous, elle a continué à s'efforcer à le maintenir physiquement. Je n'ai hésité qu'une seconde. Je suis venu lui prêter main forte. Elle m'a remercié d'un signe de tête tout en s'empressant de lui faire avaler une gorgée de potions grâce à un ingénieux flacon à bec verseur. Il a hoqueté, et j'ai eu peur qu'il ne vomisse la mixture, mais il a dégluti et s'est relâché dans mes bras. Susan lui a ensuite jeté un sort de sommeil.
"C'est un cercle infernal", m'a soufflé Susan ensuite. Ses traits étaient tirés. Pas autant que ceux de Regulus, non, mais assez pour que je m'inquiète de sa santé. "Il lutte contre le vieillissement... il s'épuise et il sombre. Son corps reprend le dessus... comme une malédiction..."
"Vous avez tenté quoi que ce soit ?", j'ai sobrement enquêté. Je regrettais presque de l'avoir attirée dans ce piège. Elle nous donnait son temps, son savoir et son énergie. Le méritions-nous? Que devait-elle à Albus pour prendre ces risques pour sa santé voire sa réputation ? Me le dirait-elle si je lui demandais ?
"Je soutiens ses fonctions vitales : le coeur est mis à forte contribution... il brûle toutes ses forces... je viens de lui préparer une potion de vitalité... c'est un peu risible, sans doute...", elle a expliqué.
"Vous l'accompagnez - vous faites votre devoir de médecin", je l'ai coupée.
"Dans votre bouche, ça paraît plus noble que je le ressens", elle a souri.
C'était un moment très étrange pour sourire sans doute, pourtant ça lui était venu avec naturel. Albus s'est détourné. Pourtant nous n'avions rien dit de stupide ou d'inconvenant.
"Il dort", elle a repris en regardant Regulus. Elle a bordé doucement les draps autour de son corps.
"Vous devriez prendre un peu de repos vous aussi, Susan", est intervenu Albus. "J'ai un brunch qui nous attend tous les trois. Manger de bonnes choses est réconfortant... rappelle ce que peut la vie..."
Susan a eu presque un sourire moqueur et elle a semblé silencieusement me prendre à témoin du ridicule assumé d'Albus. N'importe qui d'autres mourrait de honte avant d'avoir terminé des paroles pareilles.
"Vos elfes le surveilleront ?", elle a demandé en se levant.
"Bien sûr", a confirmé Albus, et nous l'avons suivi hors de la chambre jusqu'au grand escalier puis dans le petit salon où un copieux brunch était servi pour trois, comme annoncé.
"Je meurs de faim, Albus", a reconnu Susan en s'asseyant et en se servant sans attendre d'oeufs brouillés et de toasts au saumon.
"Magnifique", s'est réjoui Albus en l'imitant.
Je me suis installé avec un peu plus de dignité et j'ai sobrement rempli mon assiette de salade d'agrumes. On aurait dit que ces deux là n'avaient pas mangé depuis des jours !
"Ne me regardez pas comme cela, Severus !", s'est brusquement arrêtée Susan. "Être médecin c'est un peu comme être Auror. On mange quand on peut, autant qu'on peut, quand on le peut. La même chose pour le sommeil."
"Loin de moi tout jugement", j'ai promis parce que je sentais que Albus allait insister pour que je dise quelque chose d'approchant si je ne le faisais pas.
"Vos yeux sont éloquents", a prétendu Susan en se remettant à manger à peine plus lentement.
Je ne sais pas pourquoi ça m'a tant surpris qu'elle parle de mes yeux. Comme si j'avais jusque là oublié que j'en avais. J'ai réalisé que les siens étaient bleus, très pâles.
"J'ai juste été surpris", je me suis justifié - sans trop savoir pourquoi je le faisais. "Mais je comprends bien l'énergie physique et mentale que vous demande... vos soins... Je vous en remercie d'ailleurs... Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi vous en faites autant - mais je vous en remercie..."
Il m'a semblé alors que c'était la seule chose à faire - la remercier. Là, ce soir devant mon journal, je mesure combien j'ai voulu faire ce que Remus aurait fait à ma place. J'étais son envoyé plus que moi même.
"Personne d'autre ne peut le faire", m'a répondu Susan avant que Albus ait pu ouvrir la bouche pour me rabrouer - ses yeux l'annonçaient pour lui. Elle a avalé en catastrophe ce qu'elle avait dans la bouche pour le faire.
"Faut-il le faire ?", j'ai répondu sans détour. La question m'intéressait vraiment.
"Aucune souffrance n'est justifiée", elle a affirmé.
"Aucune ?"
"Aucune."
Pendant les secondes qui ont suivi nous avons mangé en silence. Même Albus ne trouvait pas quoi dire puis Susan a repris.
"Et vous, que faites-vous là, Severus ?"
"Je suis ici... à la demande de Lupin", j'ai articulé.
"Pour voir s'il souffre ?"
"Non", j'ai souri. "Lupin n'aime pas plus que vous la souffrance, Susan. Je viens voir ce qui peut être fait."
"Pas grand-chose, j'en ai peur", a froidement estimé Susan en se resservant en oeufs brouillés. Albus a bu une longue gorgée de thé.
"A part réduire sa souffrance", j'ai obligeamment complété.
"Exactement. Comme vous l'avez fait remarquer tout à l'heure, c'est mon devoir."
"Vous êtes ici par devoir ?", j'ai insisté.
"Comme vous, en un sens, non ?"
"Je parlerais plutôt de loyauté", j'ai commencé. Il m'a semblé sentir mes joues vouloir rougir et je n'ai pas tourné la tête vers Albus. "Par responsabilité..."
"La nuance est intéressante", a commenté Susan en reposant pour la première fois ses couverts pour prendre sa tasse de thé et la vider d'un trait.
"Susan ne me doit rien, Severus", a commencé alors lentement Albus. "Je sais que vous vous posez la question - c'est une question légitime. Susan est mon médecin, elle a ma confiance et elle n'en abuse pas. Je suis heureux qu'elle trouve la situation... suffisamment intéressante pour nous offrir son expertise et son assistance..."
"Moi aussi, Albus", je l'ai coupé sans doute trop vite.
"Oui, vous non plus vous ne me devez rien, Severus - plus rien depuis longtemps", il reprend avec une insistance un peu étrange. "Je sais que quand vous parlez de loyauté, vous ne parlez pas de moi..."
"...Albus..."
"Vous parlez de Remus, de Harry, de Cyrus et du reste de leur famille, et rien ne peut me faire plus plaisir", il a terminé en faisant signe aux elfes de lui resservir du thé.
Je crois que je fulminais, mais je me suis mis à manger pour essayer d'avaler ce qui venait d'être déballé inutilement devant cette femme, ce médecin, ce psychiatre. Elle me regardait évidemment.
"J'ai détesté Poudlard", elle a soudain, bizarrement, annoncé quand elle a pris la parole. "Albus le sait déjà - et depuis longtemps - mais j'ai détesté presque chaque minute de mes études à Poudlard. Je n'avais pas d'amis - je ne tenais pas à avoir des amis ; des gens de mon âge, puérils et inintéressants... J'aurais préféré rencontrer individuellement mes professeurs plutôt que de devoir me fondre dans une classe - et ne parlons pas des points, de la coupe ou des maisons !", elle s'est exclamée avec une sincérité désarmante. "J'ai supplié chaque vacances mes parents de me laisser suivre une scolarité par correspondance... Mon insistance les a conduits à m'envoyer voir un psychiatre - ma mère est née-moldue... Il a conclu que j'étais trop mûre pour mon âge... il m'a dit de m'accrocher, d'apprendre à jouer le jeu... Il a aussi compris que j'avais peur pour mes parents - sans que je lui ai jamais parlé de la guerre... Il m'a fasciné - je l'aurais bien épousé alors, je crois... Quand ma mère a réalisé l'ampleur de ma fascination, elle a refusé de financer d'autres séances."
Cette confession m'a sidéré. Je n'ai pas su quoi en faire. C'était une gêne physique et totale. Je voulais me cacher, très profondément dans le tapis persan sous mes pieds par exemple, disparaître de la pièce. C'est la première fois de mon entière existence que je regrettais de ne pas être un animagus. Harry ou Cyrus ont souvent raconté que leurs animagus leur offraient un bon refuge en cas de stress.
Susan s'est remise à manger, posément cette fois, avec distinction et calme. Ses mains fines tenaient les couverts avec fermeté, comme les mains d'un artisan tiennent un outil. Ça m'hypnotisait. Je me suis alors rendu compte qu'elle m'offrait un gage, une contrepartie. Elle m'offrait une confession comme celle qu'Albus a faite en mon nom. Lui aussi l'a compris, je crois. Il s'est mis à parler de Fudge et du prochain conseil d'administration de Poudlard.
A l'heure où j'écris ce compte-rendu dans mon journal, Remus, Dora et les garçons doivent de nouveau être au chevet de Regulus. Je ne sais pas quel bien cela peut faire - mais Lupin m'a assuré qu'il fallait que Cyrus affronte Regulus - qu'il ne devienne pas un fantasme. Je me dis qu'il prend cette option maintenant parce qu'il sent que Regulus va mourrir - c'est une question de jours, Susan en est elle-aussi convaincue. Saurons nous vivre après ? Je me le demande.
oo Lundi 9 mars – 38 ans de Remus Lupin
C'était l'anniversaire de Remus aujourd'hui. J'avoue que je l'avais totalement oublié. Je ne lui ai jamais dans le passé souhaité son anniversaire mais j'en connais la date. Les autres années, on m'a proposé de manger du gâteau pour l'occasion. Dès la première année où il est revenu à Poudlard - je crois que j'avais refusé.
Cette année, les choses ont pris une autre ampleur. Harry et Cyrus en ont fait une célébration publique à grands coups de Feux Fuséeboums et de photos projetées. Merlin sait quand ils ont pu préparer cela avec les devoirs qu'ils ont et le temps que leur prend Regulus ! Même Remus avait l'air avant tout sidéré du projet. Je ne me souviens pas d'une autre fois où il ait renoncé à jouer son rôle de directeur en public devant ses enfants.
Puis-je lui jeter la pierre ? Moi-même je ne savais plus vraiment ce qui était juste, ce qui était souhaitable ou simplement nécessaire. Le règlement ? La compréhension ? Le désordre mis ou l'hommage rendu ? Heureusement que Minerva a eu plus d'aplomb que moi et a trouvé une solution mêlant clémence et rappel à l'ordre. Elle a proposé à tous ceux qui le souhaitaient d'aider Harry et Cyrus à nettoyer la grande Salle. Et ils étaient nombreux autant par amitié pour les fils Lupin que par volonté de participer à la célébration - je l'ai bien mesuré. Je pourrais dire que c'est par arrivisme tardif. Je pourrais grincer. Mais je sais que tout cela a simplement fait plaisir à Remus, je l'ai lu sur ses traits.
Harry a assumé sa responsabilité avec une simplicité tranquille que je n'ai su que lui envier - Cyrus s'est planqué derrière lui avec une nervosité qui m'a renvoyé à l'éternelle question de ses relations avec Remus. Comme des tas d'autres fois, je n'ai pas su m'empêcher de les comparer à d'autres à qui ils ressemblent trop physiquement. Deux autres qui hantent toujours mes cauchemars.
James aurait-il assumé une telle célébration publique et ses conséquences ? La vérité est que je n'en sais rien. J'aimerais dire que non - pourtant je sais combien il était loyal envers ses amis et combien il oubliait sa propre sécurité pour celle des autres. J'aimerais que Harry soit plus prudent - c'est ma façon de dire que je ne veux pas qu'il lui ressemble trop. Je veux espérer que Harry avait bien mesuré les risques, qu'il l'a fait pour son père plutôt que pour amuser l'école. J'arrive même à trouver relativement drôle - avec le recul - ce clin d'oeil aux années de maraude de Remus.
Je sais par contre avec certitude que Sirius n'aurait pas eu la réaction de Cyrus. Il aurait été arrogant et inconséquent. Il se serait fichu d'éventuelles représailles comme du tablier d'un elfe de maison. Cyrus non. Il l'a facilement reconnu quand Remus lui a conseillé de ne pas croire que la mansuétude dont ils avaient bénéficié pourrait se reproduire.
"Comme si j'allais me lancer dans un truc pareil sans le parapluie du préfet", il a dit. Il était sincère même s'il sous-estimait visiblement sa capacité à se mettre seul dans des ennuis équivalents. Je crois qu'il voulait dire qu'il aurait trop respecté les règles de Remus, de leur vie publique, pour le faire. Et c'est fascinant de mon point de vue.
Je ne sais pas si c'est cette célébration qui a donné à Remus l'énergie de mener une bataille de plus. Il s'est mis en tête de vérifier que les voeux de tous les nés moldus ont été bien examinés avec équité par le Ministère. Le jeune Finch-Fletchey s'est vu refuser de mener de front des études juridiques moldues et magiques, et Remus craint qu'il ne soit pas le seul. Nous nous étions déjà posé ses questions équivalentes l'année dernière et nous avions rattrapé le coup pour quelques élèves. Là, Remus veut une action collective, publique et transparente. Une bataille...
Que ne suis-je un Gryffondor pour oser en mener d'autres ?
ooo Poudlard, Mardi 10 mars
Susan m'a appelé ce soir pour me donner des nouvelles - à moi, personnellement.
"Je pensais que ça vous intéresserait", elle a dit.
Je n'ai pas su si c'était un reproche. J'ai dit que bien sûr ça m'intéressait.
L'état de Regulus est stationnaire mais elle pense que ce n'est qu'une phase. "Une tendance va prendre le dessus".
"Une bataille de volontés", j'ai abondé.
"Comme souvent", elle a conclu.
Je l'ai remercié encore une fois, pour nous tous, de ce qu'elle faisait pour Regulus. Elle a simplement souri avant de me dire qu'elle espérait qu'on aurait d'autres occasions - "plus positives" - de travailler ensemble. Je l'ai invitée à ne pas hésiter à faire appel à moi si elle avait besoin d'une expertise en potions. Elle a souri de nouveau.
Je crois que j'aimerais bien travailler avec elle.
oooo Poudlard, Mercredi 11 mars
Les résultats de l'enquête demandée par Remus arrivent petit à petit. On a plusieurs cas de refus des formations demandées, comme dans le cas de Finch-Fletcher. Sont-ils plus nombreux que les autres années ? Je n'en suis pas sûr, et même Remus n'ose l'affirmer. Ce qui nous frappe tous, tous les directeurs de maison, Remus et moi, c'est le nombre assez conséquent d'élèves qui semblent avoir intégré le principe même de leur infériorité théorique et demandé des formations en dessous de celles auxquelles ils auraient pu prétendre. Même à Serpentard.
On a passé plusieurs réunions à chercher ce que nous pouvions faire pour nos élèves - parallèlement à la requête officielle que Lupin, échauffé comme il sait l'être, veut déposer. Demander une expertise extérieure de certains dossiers est une piste intéressante proposée par Flitwick. J'ai proposé de faire passer le dossier de Mandy Brocklehurst à Susan - à une de mes connaissances à Sainte-Mangouste. Tout le monde a approuvé.
Lupin m'a regardé une seconde de trop avant de se joindre au chorus. Je me demande ce qui le gêne dans ma démarche.
ooooo Poudlard, jeudi 12 mars
J'avais une commande à aller chercher à Londres en fin d'après-midi, et Remus le savait. Il a pris ce prétexte pour que j'accompagne Cyrus à Finchley. Le gamin veut connaître "toute l'histoire de Regulus" et il semble avoir obtenu la bénédiction paternelle pour le faire.
J'ai fait répété deux fois à Remus ce qu'il me demandait. Non parce que je n'avais pas compris la première fois mais parce que je ne concevais pas qu'il ne le fasse pas lui-même. Quand il m'avait demandé de partager avec Cyrus mes souvenirs de Sirius, il s'était tenu à côté de son fils adoptif. Et là, il l'envoyait avec moi affronter Regulus ? Avait-il tant confiance ? Avait-il une raison ? C'est ça que j'aurais aimé qu'il explique, même si ses yeux annonçaient pour lui qu'il ne le ferait pas. Pas avant que nous allions là-bas et que nous en revenions, a priori.
En quittant Poudlard, j'ai cuisiné Cyrus pour savoir s'il y serait allé si Remus si était opposé, et il a prétendu que non. Comme je restais dubitatif, il a même développé : "Si je n'avais pas eu besoin de son accord, je n'aurais pas demandé son avis". Avant que je n'ai le temps de questionner cette affirmation, il a osé me dire que si l'accord de Remus ne lui avait pas semblé nécessaire, il y serait allé pendant la pleine lune qui vient et que personne ne l'aurait su.
Qu'un gamin comme Cyrus puisse encore croire que Poudlard et son équipe auraient pu ignorer une telle transgression est révélateur - et je lui ai répété qu'il se leurrait. Mais cette conversation-là l'intéressait peu. Il voulait plutôt me parler de lui et de Remus - et il m'en a dit davantage que je n'aurais osé en demander:
"Si je n'avais pas été capable de le convaincre, c'est sans doute que je n'aurais pas été prêt à entendre ce que je vais entendre !"
La nature de leur relation m'a profondément intimidée. Il y a, il me semble, une énorme confiance - entièrement filiale ? - de Cyrus envers Lupin. Le convaincre lui apparaît comme un test ultime de sa capacité à mener à bien son projet. Je pense que je ne me suis jamais ouvert d'un quelconque projet auprès de mon père après mes cinq ans et je ne dirais rien de la confiance que j'aurais eu à seize ans dans son expertise ! Il y a en retour une confiance quasi égale de Lupin - au moins formellement. Se ronge-t-il les sangs dans son bureau en ce moment? Pense-t-il que son angoisse vaut le coup, que Cyrus a besoin de cette preuve de confiance pour avancer ? Voilà les questions que je me suis posées tout le reste de la durée de notre petite escapade.
Il est à noter que Cyrus n'a pas caché qu'il aurait préféré que Remus l'accompagne. Il avait choisi la veille de la pleine lune afin que cela soit possible. Une nouvelle fois, les fondements de la décision de Lupin m'échappaient.
Ce n'était pas par crainte de la nature de l'histoire, bien sûr. L'histoire que nous avons entendue à Finchley, peu aurait pu l'imaginer - même moi. Mais ça ne voulait pas dire que Remus avait préféré ne pas l'écouter ou assister son fils. Regulus s'est laissé convaincre par Lucius de créer un horcruxe, de diviser son âme, afin de générer un ennemi à la taille de Voldemort. Quelqu'un qui ne craindrait pas la mort. Quelqu'un qui aurait pour lui la durée et la connaissance. Lucius n'a pas tenu totalement sa part du marché - il n'a pas offert l'immortalité à Regulus ; il s'est servi de son matériel magique et génétique pour créer Nero, son champion, celui par lequel il devait prendre le pouvoir.
Ce n'est qu'en rentrant et en discutant avec Remus que j'ai compris. Il m'a envoyé à Finchley parce qu'il pensait que cette histoire était à moi comme elle était à Cyrus - pour des raisons différentes mais évidentes. Il a privé son fils de sa présence pour moi. Il nous a fait confiance à tous les deux pour en sortir grandis. Non, je n'ai pas honte de l'écrire et de le relire. Je suis juste stupéfait d'avoir mis tant d'heures à le comprendre.
ooooo
Ce bavard de Severus n'a toujours pas fini de nous raconter le mois de mars... Un troisième chapitre est en gestation - avec l'appui éternel et sans prix de Alixe et Dina.
Toujours plus de Susan (et de pensées sombres)...
A vous !
