Lovino s'éveilla sans grande difficulté. Et ce ne fut qu'une impression. Qui dura exactement trois secondes six centièmes. Levé trop brusquement, il chancela, tentant de se rattraper au premier objet qu'il verrait, mais il s'écroula en arrière sur son lit sans avoir le temps de penser à quelque chose de préhensible.

Il était plutôt bien réveillé, mises à part les courbatures monstrueuses qui lui arrachaient le dos. Il ne pouvait dire s'il était affamé ou rassasié d'un festin gargantuesque. Il ne sentait pour ainsi dire pas grand-chose autre que ces courbatures qui accaparaient tous ses nerfs et concentraient la douleur dans son crâne. Il avait lu dans un livre que le cerveau comprimait les douleurs en lui, que le corps de l'Homme était bien trop petit pour ressentir telles passions, et qu'elles se rejoignaient pour former une tumeur que l'on n'extrait qu'après moult tentatives de relaxation.

Il ne se souvenait plus si l'auteur parlait de douleur physique ou morale, mais la description collait putain de bien avec son ressenti présent.

Il prit une grande inspiration, déterminé à soulever ce corps qui semblait peser le quintuple de son poids normal. Se rattrapant au bord de son bureau et y appuyant toute sa masse, il réussit à faire un pas. Sa jambe se paralysa une fois retombée au sol, traversée d'une sorte d'électricité qui le fit gémir. Il ne voulait pas qu'on l'entende dans de telles conditions, mais la douleur était insoutenable. Il dut couvrir sa bouche pour ne pas pousser un hurlement en trébuchant sur une chaussette solitaire, oubliée au sol. Le fracas que sa chute engendra n'obtint aucune réponse qui témoignerait d'une présence humaine dans la demeure.

Il chut sur les fesses qui atténuèrent la douleur provoquée, mais l'électrochoc qu'il reçut dans ses jambes endolories le fit basculer en arrière, alors se cogna-t-il l'occipital par terre avec une violence inouïe. Il ne retenait pas ses larmes, mais se mordait la main au sang pour éviter de crier ou de jurer par tous les mots qu'il connaissait.

Il resta figé au sol pendant une dizaine de minutes pendant lesquelles il reprenait confiance en lui, tandis que la douleur s'évanouissait dans l'air. Il osa, après plusieurs tentatives, plier un genou, puis l'autre, ensuite utiliser le rebord de son lit en tant qu'appui, et osa finalement se tenir debout sans tétaniser des mollets. La victoire sur ses maux fut complète lorsqu'il parvint à franchir la porte de sa chambre sans lutte interne. Il s'énerva bien contre son armoire qui « lui bloquait le chemin », mais c'était tout.

Il ne se souvenait pas de grand-chose. Cours de danse, chute, et le voilà ici. Il ne savait même pas quelle heure il était, mais le temps qu'il a passé déconnecté du monde avait semblé une éternité. Pourtant, l'horloge qui tictaquait sur l'étagère du couloir indiquait clairement dix-huit heures. C'était bien étrange, mais le destin avait décidé de lui infliger une soirée avec sa famille en guise de punition pour son mauvais comportement envers son frère.

Il n'était que trop au courant qu'il était un monstre avec Feliciano, que le petit n'avait rien fait pour mériter tel traitement, mais rien qu'en imaginant son visage, il sentait la haine lui mordre les doigts et retourner ses entrailles. Elle s'agitait en lui comme un feu ardent, de ceux qui brulent éternellement en se nourrissant de chaque molécule d'oxygène qu'ils pouvaient trouver. Lui s'alimentait de tous les comportements de Feliciano, de ses mimiques, ses habitudes, sa façon de parler, de sa façon de faire glisser son crayon de papier sur sa feuille vierge, de sa voix, de ses yeux amande et pétillants de joie, de ses cheveux trop coiffés, trop rangés, des conseils qu'il fournissait à Marcello, du fayotage qu'il entretenait avec Nonno… Tout était une raison de s'énerver.

Même les fautes d'orthographe de Feli lui étaient insupportables, pourtant, il en faisait autant, voire plus. L'italien n'avait pas cette complexité orthographique que se trimbalait lourdement le français. Il se souvenait des dictées qu'ils faisaient petits, dix ans environ. Ils avaient beau y mettre tout leur cœur, ils n'y parvenaient pas. Ils rentraient avec une copie gribouillée de rouge pour corriger l'absence d'une lettre, le doublement inutile de consonne ou même l'ajout pur et dur d'une lettre illégitime.

Puisqu'ils excellaient en toutes les matières sauf celle-ci, on remarquait les jours de réception de note de dictée à leurs mines déconfites et la frayeur qu'ils instauraient eux-mêmes en prévoyant la réaction de Nonno. Celui-ci s'énervait beaucoup au départ, les faisait travailler jusqu'à très tard, trop tard, pour corriger ce défaut, lui qui parlait aisément italien, espagnol, français et portugais. Il n'attendait pas autant d'eux, mais au moins de s'adapter à la langue qu'ils allaient parler pour la grande moitié de leurs vies.

Lovino n'entendait aucun bruit qui annoncerait la présence de quiconque. Si Feliciano était là, il serait soit en train de déblatérer des justifications sur sa sexualité à Nonno au rez-de-chaussée, soit en train de pleurer dans sa chambre comme une gamine.

Dans les deux cas, il l'entendrait, alors Lovino commença à s'inquiéter de ce silence. Il était rare qu'il ait la maison seul à lui, et il ne trouvait que trop probable l'idée que sa famille l'ait abandonné alors qu'il souffrait. Après tout, méritait-il leur présence ?

Il ouvrit la porte de la chambre de Marcello et se préparait à la réalité de l'abandon, mais fut si surpris que sa main se décrocha de la poignée comme si celle-ci pouvait transmettre la peste.

Il aurait peut-être préféré attraper la peste. Sa vision le répugna soudainement, si intensément que les fluctuations de ses entrailles excitées par la chaleur de sa haine, s'amplifièrent, ravalant son dégout en détournant le regard. Il ne garda la porte qu'entrouverte, pour ne pas être remarqué et pour lui-même comprendre la situation.

Étaient allongés sur le lit du benjamin le correspondant du puiné de Lovino et son amie d'enfance, serrés l'un contre l'autre. Des vêtements, évidemment pas ceux de Marcello, constellaient le sol moqueté de la chambrette. Les draps avaient volé jusqu'à l'autre bout de la pièce et le matelas n'était même plus encastré directement au-dessus des lattes métalliques.

Le dégout quitta rapidement la scène pour être remplacé par l'embarras. Louise n'avait-elle donc aucune gêne ? Était cet Antonio un libertin ? Comment pouvaient-ils coucher ensemble dès le tout premier soir ? C'était de toute évidence une décision réciproquement consentante. Et c'était peut-être le problème. Pas qu'un viol aurait été mieux, mais ça l'aurait libéré de l'idée que sa meilleure amie venait de coucher avec un inconnu et qu'un inconnu venait de coucher avec sa meilleure amie.

En quoi tout cela le regardait ?

Cela ne le regardait absolument pas. Mais depuis quand devait-il ne pas franchir les limites de la vie privée des autres ? Il ne s'est jamais imposé cette limite et ciel qu'il allait fourrer son nez là où il n'était pas attendu.

En attendant, cette information enregistrée, Lovino referma la porte et retourna à sa chambre, se recouchant dans son lit, une fatigue impromptue embrumant ses sens et sa raison. Il fut persuadé d'entendre la porte de sa chambre s'ouvrir puis se refermer, et enfin d'entendre des voix dans les couloirs, mais il ne parvint même plus à différencier le réel de son monde onirique.

Ledit microcosme onirique qui l'enveloppait se dissipa aussitôt que le brouhaha en fond sonore s'éleva, ponctué de rires et d'explosions de voix. Lovino tiqua, une boule d'anxiété se formant au creux de son ventre. Il possédait auparavant des tics qui apparaissaient en présence de sa famille, et il les avait réduits à néant en se rendant compte combien il avait l'air ridicule en retenant ces petites convulsions.

Lorsqu'il s'assit et se dirigea vers la porte, aucune douleur ne fut ressentie. Rien ne le démangeait et c'était suspect, certainement annonceur de souffrances futures. En fermant la porte de sa chambre, son habillement le frappa si fort qu'il en déglutit. Il était en pyjama, un teeshirt gris et un short à mi-jambe noir dont il ne s'était pas vêtu de plein gré. Il se demanda un instant qui l'avait changé, mais préféra ignorer le souci en reprenant sa course jusqu'à l'étage inférieur.

Le tumulte empêchait l'escalier craquelant d'être entendu des convives s'affairant à dévorer tout ce qu'ils voyaient.

Lovino devrait se sentir mal de critiquer des gens dont il ne connaissait même pas encore l'identité, mais il n'est pas en position de se remettre en cause. Enfin, si. Mais il n'allait pas le faire. Conspuer de la sorte était trop « lui » pour s'en empêcher.

Il dépassa la porte du salon sans s'en rendre compte, mais l'arrêt subit des voix le ramena à la réalité. Il vit que sa famille, plus Louise et Antonio, s'affairaient à la table d'un repas

Sa vitesse de reconnaissance des visages était un peu longue, ralentie par une léthargie d'environ six heures, mais après vérification, Louise et Antonio étaient bien présents. Ainsi, la veille n'avait pas été un cauchemar. Le poids qu'il avait senti se retirer de ses épaules lui retomba dessus violemment, rendant sa respiration soudainement plus périlleuse. Nonno, alarmé par l'inspiration difficile que prit Lovino, lâcha ses couverts intégralement, ne se préoccupant guère d'où ils atterriraient. Il faillit se jeter sur lui, Lovino le vit bien à son œil rieur, mais la gravité de son état sembla calmer ses ardeurs de grand-père attentionné. Il enlaça Lovino de deux bras protecteurs et, à un certain point, étouffants.

Sans en être au courant, Lovino rougit. Les étalages d'affection publiques étaient toujours interdits envers lui, mais il n'avait pas tellement la force de protester.

Nonno récitait quelque chose en italien, un poème avec des mots que Lovino ne connaissait même pas, mais il se contenta de rester statique. Lorsque l'étreinte de Nonno diminua jusqu'à le laisser respirer un peu plus aisément, vinrent les reproches.

Nonno se mit à le gronder comme s'il était un enfant, lui répétant de ne plus jamais, ô grand jamais, négliger ses repas, qu'il s'assurerait lui-même qu'il mangerait correctement et que si ce n'était pas le cas, il serait privé de tout et jusqu'à forcé de venir à l'église. Qu'il serait même autorisé à prendre un repas à emporter de la maison. Qu'il devrait prendre au moins cinq kilos fermes avant de refaire du sport intensif. Qu'il petit-déjeunerait un peu plus mais pas trop pour être certain d'avoir faim le midi…

Une liste de règles à suivre, comme s'il avait répété ce protocole toute la sainte après-midi. Mais bon, c'était un signe d'amour. Enfin, Lovino était bien évidemment emmerdé par ces règles, mais il tentait de positiver. Pour une fois.

Après son interminable liste, Nonno soupira et reprit Lovino dans ses bras.

« Tu as été vraiment stupide pour le coup. Plus jamais tu ne refais ça, c'est clair ? »

Lovino hocha la tête, entrant vraiment dans son rôle d'enfant grondé. Il baissa ensuite la tête pour voir quelle serait la réaction de Nonno. Ce dernier la lui fit relever et l'invita à table, tendant un bras vers les invités qui s'étaient tus tout le long, échangeant des regards furtifs, parfois gentiment moqueurs du côté de Louise.

Lovino les rejoignit alors à table, observant finalement les plats qui y étaient proposés. Des tagliatelles sans aucune présentation mais qui mettaient l'eau à la bouche rien qu'à leur odeur. Plus loin, du côté d'Antonio, des cannellonis, chose rarement cuisinée dans la demeure. Et enfin, au centre de la table, la nappe quelque peu tachée autour du plat, une paélia. Nonno lui expliqua que la paélia était là pour s'assurer qu'Antonio mangerait quelque chose. Les deux autres, pour l'habituer à la cuisine italienne typique qu'on mangeait ici.

« Mais t'inquiète pas trop, en six mois, tu gouteras aussi des plats français. C'est-à-dire qu'ils sont moches, puent, ne sont pas bons, mais t'as pas le droit de le dire », plaisanta Nonno, provoquant les rires de Louise qui était trop au courant de la situation.

Antonio avait souri. C'est toujours comme ça, il ne comprenait pas pleinement la langue, et analysait trop les phrases pour en comprendre l'humour et en rire. Lovino compatissait de ce côté, il lui fallut tellement de temps pour s'adapter au français.

Feliciano, dans tout ça, était d'un silence de mort. Lovino était certain que son côté de la table était plus froid. Principalement parce qu'il mangea très peu, donc tout semblait vide autour de lui, mais même son… aura était froide. Il s'imaginait facilement un halo noir, ou même un nuage d'orage au-dessus du corps de son puiné.

La petite tête brune de Marcello, à côté, était son opposé. Il riait et racontait des anecdotes inutiles, mais c'était comme ça les enfants. Alors on se forçait à rire, ou au moins sourire pour ne pas le vexer. Il n'était pas tellement un enfant, plus un préadolescent à ce stade, mais les effets de cet âge n'étaient que physiologiques, parce qu'il pensait, parlait et agissait toujours comme un enfant.

Cela n'inquiétait personne, il avait encore bien du temps pour grandir.

Antonio finit par remarquer le contraste entre Marcello et Feli. Celui-ci n'avait prononcé qu'une parole, et elle fut assez confuse, personne ne le souleva.

« Hé, euh… Ça va ? »

Ce fut apparemment la chose à ne pas dire, puisque Feli poussa sa chaise en arrière et marcha d'une façon indescriptible jusqu'aux escaliers qu'il grimpa deux par deux.

Nonno n'ajouta rien, ce qui stressa légèrement Antonio qui pensait avoir très mal agi. Cela se lisait sur son visage.

Lovino le vit presque se lever, mais il le fit avant, suivant les traces de son frère avec beaucoup plus de fermeté, bien qu'il fût dans un état quasi comateux pendant six heures.

Nonno ne le rattrapa toujours pas. Antonio se sentait mal et exprima ses excuses à Nonno qui n'en fit rien, lui répondant uniquement d'un signe qui disait « laisse tomber, ce n'est pas grave, ce n'est pas ta faute ».

Lovino monta les escaliers rapidement, ouvrant la porte de sa chambre avec délicatesse, comme s'il ouvrait un trésor qui lui rapporterait richesse et bonheur.

Feliciano gisait en PLS sur son lit, tellement vidé d'énergie qu'il ne sanglotait pas. Même dans la pénombre du soir, Lovino apercevait ses cernes gigantissimes, ses yeux éteints et son corps mort.

Lovino parade jusqu'à son frère, s'asseyait sur son lit en évitant ses jambes.

« Quelle vie tu as, mon pauvre, fit Lovino en utilisant une énergie qu'il ne se connaissait pas. Tu as l'air si malheureux. Qu'est-ce qui ne va pas ? Oh, tu ne veux pas répondre ? C'est malheureux. Écoute bien cela : tu ne répètes rien de ce que je te dis. Tu ne dis même pas que je te parle. C'est clair, hein ? Bon, moi, j'ai un lit à déménager. Je suis si heureux de quitter cette chambre souillée par ta présence. Tu seras avec Antonio, mais attention hein, tu n'as pas le droit de le toucher. Gros porc. »

La dernière insulte prononcée, Feliciano ne put retenir un sanglot qui lui avait pris à la gorge. Et il se mit à trembler pathétiquement, enfouissant son visage dans ses draps pour éviter d'entendre la tirade toxique, vénéneuse et venimeuse de Lovino. Il était la vipère qui le mordait et l'empoisonnait, et Feliciano pouvait presque sentir les crocs se serrés encore plus forts dans sa gorge, suivant le fil des insultes que cette langue proférait.

Lovino reprit son calme et se dirigea vers sa couche. Il défit les draps, les changea par d'autres et remplaça son oreiller et sa couverture par ceux de rechanges qui étaient gardés au cas où. Lovino espérait ne jamais voir ce cas où. Il vida son bureau et son armoire, et cela lui prit dix minutes au minimum. Feliciano semblait inconscient, peut-être déjà endormi, sur son lit, même s'il semblait plutôt mort.

Lovino prit finalement sa couverture et son propre oreiller et redescendit nonchalamment les escaliers, criant alors à Nonno :

« Nonno, dove se trova il... divano letto? Il clic-clac?

-Uh... Nel seggiorno, sciocco! »

Bon, il n'avait pas l'air stupide, là maintenant. Il ne savait même pas pourquoi il avait posé cette question, certainement pour attirer l'attention. Mais l'attention de qui ? Louise se dépêchait de finir son repas alors qu'Antonio était occupé au téléphone avec sa famille assurément.

Lovino se rendit donc au salon, où il installa son lit pour la prochaine demi-année à venir. C'était, certes, moins confortable qu'un véritable lit, mais il n'aurait plus à subir les gémissements de Feliciano. Il aimait inspirer le malheur en son frère mais le voir dépérir sur place n'était pas une vue agréable. Le panorama du salon était plus à son gout, bien que ce salon manquât de beaucoup de pudeur. On faisait l'exposition de toute la vie de la famille sur tous les murs de la baraque. Lovino avait expressément demander le retrait des photos humiliantes le concernant, comme celle où il tombe théâtralement de son lit alors qu'il apprenait à marcher. Ou encore celle où il faisait partie des chœurs de l'église avec Feliciano et qu'ils portaient ces ridicules tenues blanches.

Ou encore une où, le visage paniqué, il referme la porte de sa chambre après y avoir fait une bêtise.

Ce n'étaient pas des photos fondamentalement malintentionnées. D'après Nonno, elles installaient un cadre convivial, même si Lovino appelait ça « le souvenir de tes erreurs passées ». Sur deux photos seulement se trouvent Feliciano et Lovino en même temps. Sur la première, Feli est enveloppé de draps blancs, suçant son pouce, alors que Lovino, habillé avec une salopette dont la couleur était indiscernable sur la photo sépia, le tenait dans ses bras maladroitement. Il avait la tête levée vers l'objectif et le regardait, confus. Quelle était cette chose qu'il tenait et pourquoi était-il pris en photo avec ?

L'autre et unique photo est celle des quatre membres de la famille. Celle qu'il avait accroché dans son casier. Enfin, celle que Feli avait accrochée pour décorer son casier. Il ne l'avait pas retirée. Aucune idée pourquoi.

Il n'y avait pas de photos de leurs parents ou de leur Nonna. Ni, Lovi, ni Feli, ni Marcello ne les ont connus. Leur Nonna est morte peu avant la naissance de Feliciano, Lovino n'en avait aucun souvenir. Leurs parents furent inexistants dans leurs vies. Ils sont aujourd'hui morts. Feliciano eut un jour la sotte idée de demander pourquoi ils n'avaient pas de parents. C'était une question légitime pour un enfant qui voyait des mamans et des papas venir chercher leurs progénitures à la sortie de l'école. Lui n'avait que son Nonno. Ce n'était pas mal, mais pourquoi eux étaient-ils différents ?

L'explication que Nonno répétait toujours, même aujourd'hui, était que leurs parents ne les méritaient pas. Ils n'étaient pas dignes d'avoir de si mignons petits garçons, disait-il comme s'il citait quelqu'un.

Lovino s'en fichait pas mal. Il ne pouvait pas ressentir de manque envers quelque chose qu'il ne connaissait pas, n'est-ce pas ? Alors ses parents, il s'en contrecarrait. Nonno était déjà bien suffisant, il ne supporterait pas quelqu'un comme lui fois deux.

Une fois la préparation de son lit terminée, il fit la bise à Louise qui partait enfin. Pas qu'elle était énervante mais dieu qu'elle savait comment se faire inviter. Nonno aussi était fort à cela, par ailleurs.

Par la suite, Lovino reçut pour ordre de Nonno de guider Antonio à son lit, alors Lovino obéit sagement. Nonno mentionna également son deuxième petit-fils : « garde son cas un peu vague ». Bon, c'était faisable. Il s'assurerait qu'Antonio se rangerait à sa cause.

Nonno l'informa que le connard était au téléphone avec sa famille au premier. Lovino remonta alors les escaliers, agacé par ces allers-retours incessants, et s'arrêta devant la porte de la salle de bain d'où provenait sa voix. Il faisait les cent pas, cela s'entendait à sa voix qui s'éloignait et se rapprochait par alternance. Celle-ci était d'ailleurs clairement audible, et Lovino ne put s'empêcher d'écouter aux portes.

Il avait fait quatre ans d'espagnol approximatif, et il remercia le ciel de comprendre la discussion qu'il était en train d'espionner.

« Maman, je… Je suis désolé, je ferai de mon mieux, promis. Je te promets que je ne le referai plus. Plus jamais. Quoi ? Mais, je pensais que… Paulo ! Arrête de m'insulter. T'es con toi aussi, si jamais tu redis ça, tu te prends ma main dans la gueule. Petit con, heureusement que je me suis cassé, j'espère que tu crèveras seul dans ton coin ! Comment ça, mieux que moi ? Je… Ah… »

Son téléphone émit un bip sonore qui alerta Lovino. La poignée se tourna et la porte s'ouvrit. Lovino s'était préalablement adossé au mur en sifflotant pour lui, faisant comme s'il n'avait rien entendu. Il profita du blanc bref qui s'installa pour remercier les cieux des maigres différences linguistiques entre l'espagnol et l'italien, cela avait grandement simplifié sa compréhension de cette petite dispute.

« Ta chambre est prête, je te la montre, dit-il alors. Viens.

-Oui. Désolé si j'ai fait trop de bruit dans la toilette.

-Hein ? Rien entendu.

-Ah, bien.

-Bon, écoute, tu dors dans la même chambre que Feli qui, en ce moment, ne va pas forcément très bien. Désolé que ça tombe sur toi. Dans tous les cas, laisse-le plutôt tranquille. Il est naturellement con, alors il a besoin d'un peu de solitude. »

Antonio fronça les sourcils à cette description péjorative de Feliciano. Lovino se moquait beaucoup de Feli et cela semblait l'interpeler. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi, et cela se lisait sur sa phrase.

« Si jamais t'as un problème, je suis en bas. Fais comme chez toi, t'es chez toi. Demain, on est samedi, si j'ai bien compris ce qu'a dit Nonno, Feli te réveillera. Le code de la wifi est sur ton bureau et si tu as faim malgré ce que tu viens d'engloutir, sers-toi dans la cuisine. Voilà. Bonne nuit. »

Lovino voulait faire remarquer qu'il était bien plus libre qu'eux dans cette maison. Nonno voulait certainement se faire bien voir, parce qu'eux étaient interdis de quitter leurs couches vingt-deux heures trente passés.

Antonio répondit d'un ton plus faiblard, mais c'était juste parce qu'il essayait d'enregistrer ce que Lovino venait de déblatérer à vitesse maximale. Pas qu'il avait un train à prendre mais il sentait son lit férocement l'appeler. Il dévala donc les escaliers quatre à quatre, traversant la salle à manger et sauta sur son lit, décidément trop fatigué pour autre chose que rejoindre sa couche et dormir.

La nuit fut d'un calme olympien. Son sommeil fut parfois interrompu par Marcello qui se rendait aux toilettes (ce petit picolait beaucoup trop le soir), mais ce fut globalement reposant. Il se sentait bien mieux en ce moment. Feliciano semblait réduit à néant rien qu'à l'idée de bouger, Antonio était stupide, avait couché avec sa meilleure amie, mais il était plutôt sympathique, et Nonno faisait enfin plus attention à lui, ne calculant même plus Feliciano. C'était si bon de vaincre. L'euphorie qu'il ressentait avait une origine obscure, car bien des choses avaient taché le tableau de sa journée, mais elles s'effacèrent devant son égo de mâle alpha regonflé.

Il se réveilla aux alentours de dix heures. Peut-être neuf heures et demie, il n'en savait rien et grand dieu que cela ne le préoccupait pas. Dès qu'il fut dans la cuisine, après dix minutes de préparation mentale à l'éveil de son corps, Antonio dévala les escaliers, comme si le bougre avait patienté jusqu'au réveil de quelqu'un pour daigner faire un pas plus loin que l'encadrement de la porte de sa chambre.

C'était même certainement ce qu'il avait fait, et Lovino ne put s'empêcher de sourire méchamment en le voyant debout bêtement à l'entrée de la cuisine.

« Bonjour, fit-il timidement.

-Bonjour. Assieds-toi, reste pas debout comme ça. »

Il obéit promptement, et Lovino désespérait déjà pour ce type. Il n'avait même pas l'air d'être du genre timide ou réservé, bien au contraire, mais la barrière de la langue semblait énormément le handicaper. C'était désolant. Lovino s'en foutait pas mal, il n'était pas sa responsabilité, mais d'un autre côté, il compatissait avec ce sort ingrat qu'était celui de « correspondant ». À en faire froid dans le dos.

Lovino, plus par habitude que par esprit de contradiction, voulut déjeuner peu. Il n'avait sorti que deux croissants ridiculement riquiquis. Antonio semblait ne pas oser poser de questions, et cela arrangeait bien Lovino qui avait tout sauf envie de parler.

Finalement, Nonno entra dans la cuisine et, à la vue de leur repas et de leurs faces, il s'alarma. S'attelant à la tâche de préparer un vrai petit-déjeuner, il finit par servir beaucoup trop Antonio qui dut prier qu'il arrêtât de le noyer de nourriture de la sorte. Lovino reçut le même traitement, savant pertinemment que Nonno ne le laisserait pas quitter la table tant qu'il n'aurait pas avalé… sa part de gâteau au chocolat, son verre de jus d'orange, son bol de café, sa tartine beurrée et même recouverte de confiture et finalement, un verre de lait, éventuellement chocolaté pour « faire passer la chose ».

Écœurant comme expression, mais c'était ainsi. Lovino soupira devant le plateau qui lui donnait la nausée. Il se retint de lever les yeux vers Antonio dont il voyait les mains passer d'un aliment à l'autre en ne laissant que pépins ou croute derrière. Terrifiante vision des choses.

Lovino hasarda un regard vers Nonno qui se préparait à quitter la maison pour un rendez-vous avec l'un de ses amis. Son grand-père lui lança un regard autoritaire qui disait « si jamais j'apprends que tu n'as pas mangé, je t'injecterai moi-même les aliments dans le corps ». Lovino le savait capable de telle chose, alors il prit sa part de gâteau et… abandonna. C'était dix fois trop.

Nonno partit et claqua la porte derrière lui, réveillant ainsi Marcello qui faillit tomber dans les escaliers tellement il était pressé de déguster toute la nourriture dont l'odeur avait embaumé les couloirs. Il était coiffé seulement d'un côté du crâne, le gauche pour être précis, et c'était bien ridicule. Lovino prévit de le préparer convenablement à cette journée, mais se découragea rapidement, abandonnant également l'idée de petit-déjeuner.

« Tiens, prends le mien.

-Tu manges pas ?

-Nan.

-Et Nonno ?

-De quoi Nonno ? En quoi ça le regarde ?

-Il a dit hier soir, pendant que tu dormais, que tu devais manger beaucoup plus, et que si tu nous demandais, on aurait pas le droit de prendre ta bouffe !

-Ah. Intéressant. Et tu vas laisser ça pourrir ici, donc ?

-Non, je vais appeler Nonno et lui dire toute la vérité.

-Tu oserais ? Morveux.

-Tu dois manger plus Lovi, j'ai eu peur quand j'ai appris que tu t'étais encore évanoui. »

La voix de Marcello devint triste d'un coup, et même ce dernier ne s'y était pas attendu. Marcello releva la tête en faisant ses yeux de chiens battus les plus persuasifs.

Il convainquit Lovi en quelques secondes seulement, un petit record personnel et une défaite monumentale pour Lovino, mais… Il n'avait pas envie de se sentir aussi faible que l'après-midi de la veille. Ce fut vraiment comme s'il mourut d'inanition, alors il avala tout ce qui se trouvait devant lui, avec, à la fin, une légère envie de tout régurgiter. Mais il n'allait pas vomir. Enfin, peut-être pas.

Le temps passa ensuite un peu plus vite : Lovino entreprit réellement de coiffer Marcello de la meilleure façon qui fût, répondit à ses questions futiles avec une patience qu'il ne se connaissait même pas, lui dit qu'il faudra un jour qu'il aille au coiffeur, parce qu'il pouvait utiliser un élastique tellement ses cheveux étaient longs.

« Tu veux m'y emmener cette aprèm ?

-Euh… Si tu veux ?

-Alors on y va ! T'es content, hein, hein ?

-O… Ouais… »

C'était étrange d'avoir quelqu'un pour qui ses paroles étaient importantes. Finalement, c'était plutôt bon d'avoir un petit frère aussi jeune que Marcello, il aurait dû en profiter plus tôt pour assouvir ses passions de supériorité. Marcello et Lovino revinrent dans le salon et leur fut dit macabrement par Feliciano qu'il sortait en ville avec Antonio pour une visite guidée privée. Feliciano ne s'était pas nourri ce matin tandis que Marcello prévit de le faire devant la télévision plus tard, profitant de l'absence de Nonno pour outrepasser les règles.

Le ton de la voix qu'utilisa Feli fut si déprimant que Marcello regarda Lovi avec les larmes aux yeux une fois la porte d'entrée fermée devant eux. Ce gamin était pire qu'un gamin. Il était aussi pleurnichard que l'autre, qu'est-ce que cela l'insupportait chez lui… Son côté ignare précédemment mentionné avait ses mauvais côtés…

« Pourquoi tu pleures toi encore ? demanda sarcastiquement Lovino en s'asseyant en tailleur sur le clic-clac sur lequel il avait passé la nuit. Je pensais que t'étais content que je t'emmène au coiffeur cette aprèm.

-Lovi… J'aime pas quand t'es méchant avec Feli…

-Moi, méchant ? et avec Feli ? Mais qu'est-ce que t'inventes dans ta p'tite tête ? Lovino ponctua sa phrase d'une pichenette sur le front de son frère. Je lui ai rien dit. Il sort avec Antonio, il l'aime peut-être pas. Qu'est-ce que t'en sais ?

-Arrête de mentir, Feli m'a tout raconté et j'ai tout vu de toute façon. T'es pas gentil, et après il pleure jusqu'au sommeil ! C'est pour ça qu'il a parlé comme ça tout à l'heure. Avant il était pas comme ça. Il pleurait pas comme ça. Tu comprends ?

-Non.

-Je dis que t'es trop méchant avec lui. Arrête de le faire pleurer !

-Tu sais au moins pourquoi il pleure ? Pourquoi je lui parle comme ça ?

-Non… Mais je suis sûr que ça vaut pas ce que tu fais…

-Mais pour qui tu te prends, petit con ? T'as cru que tu arrangerais son cas en prenant sa défense ? Il t'a expliqué au moins ce qu'il a fait ?

-Non, mais…

-Pas de mais ! Laisse-moi t'expliquer, et après tu parleras. Feliciano Vargas, ton frère ainé, mon frère cadet, le deuxième petit-fils de Nonno, est tombé amoureux d'un homme. Or ce n'est pas possible ! Voilà son crime et voilà pourquoi il doit payer.

-Mais il t'a rien fait ! Pourquoi c'est toi qui le fait pleurer alors, hein ? Pourquoi pas Nonno ? C'est lui qu'est censé être en colère, pas toi !

-Je m'inquiète pour son sort, c'est tout. S'il n'est pas rappelé à l'ordre, qui sait ce qu'il peut faire ? On ne sait même pas jusqu'où il est allé avec cet homme, imagine… ! Non, n'imagine pas en fait.

-Et c'est qui cet homme ? pensa Marcello à voix haute, s'asseyant à côté de Lovino et reposant sa tête sur son épaule.

-Euh, Ludwig, je crois qu'il s'appelle. J'ai pas l'habitude de l'appeler par son prénom.

-Ludwig ? C'est pour ça qu'il vient plus à la maison ?

-O… Ouais, c'est ça. Interdit de séjour ici.

-… D'accord.

-Bon, tu as compris la situation et pourquoi c'est mal ? Pourquoi si tu fais la même chose, tu subiras le même traitement ?

-Chef oui, chef ! répliqua Marcello avec un faux sourire.

-Alors tu arrêtes de pleurer sur le sort de Feli ?

-Ok ! fit-il avec un entrain revigorant. Du coup, on regarde la télé ? »

Lovino répondit par un simple « si tu veux ». Il était assez fier de son discours envers son frère et contre son autre frère. Marcello avait beau être en cinquième, il avait vraiment la mentalité d'un enfant. À croire qu'il ne grandira jamais. Dans sa tête, bien sûr. Physiquement, il atteignait dangereusement la taille de Lovi et cela lui courait un peu sur le haricot.

Ainsi, il s'installa devant le téléviseur avec Marcello allongé contre lui. Celui-ci s'endormit peu de temps après le début du téléfilm ringard, alors Lovino s'ennuya rapidement. Marcello ronflait doucement, bavant un peu sur son épaule. Lovino se dégagea de sa présence, se leva, et se rassit finalement, se demandant quoi faire. Puis il se souvint, après avoir réfléchi quelques minutes, qu'il avait un libertin à coincer et à humilier. Antonio ne s'en sortirait pas comme ça. L'évènement ne l'avait pas blessé, mais il allait trouver des raisons à ce coup d'un soir autre que « en manque de baise ». Il devait y en avoir.

Il traversa le salon. Ce dernier était organisé comme ci : une pièce carrée, assez spacieuse, composée d'une télévision à écran plasma de taille moyenne, posée sur un meuble en bois qui était fixé en hauteur sur le mur opposé aux deux canapés. Ces deux canapés, l'un étant le clic-clac sur lequel résiderait Lovino, étaient noirs et en similicuir pour le premier. Entre ceux-ci et la télévision se trouvait une table basse transparente avec les pieds beiges, reposant sur un tapis blanc cassé. Le sol était effet bois, couleur au milieu entre le gris et le marron. Les murs étaient décorés de photos en tous genres, de dessin d'enfants ou même d'adultes et de cartes postales souvenirs de la région d'Italie d'où provenait la famille.

Du salon, grâce à un trou creusé dans le mur où se trouvaient les canapés, on pouvait voir la salle à manger, composée d'une simple table en bois avec environ six chaises autour d'elle, deux seuls meubles de rangements encadraient la pièce.

En sortant de la salle à manger, on atterrissait devant les escaliers qui débutaient juste après deux colonnes de marbre blanc imitant les colonnes des temples romains, juste pour le « style » d'après Nonno. Plus à gauche se trouvait la cuisine, et en face des escaliers, le sas, entouré de deux cagibis, qui menait à la sortie. Tout à droite, en traversant nécessairement la salle à manger, se trouvait la chambre de Nonno qui était interdite d'accès à tout le monde, sauf à son utilisateur. Même les trois garçons ne savaient pas ce qui se trouvait derrière cette porte, mais ils avaient bien appris à ne jamais aller voir.

En montant les escaliers, ce que fit Lovino, on arrivait dans un couloir avec trois portes seulement. Celle tout au bout était la salle de bain, au-dessus de la cuisine. Un peu avant, à gauche, le cagibi qui servait de chambre à Marcello qui aimait l'étroitesse de l'endroit, disant que cela le rendait plus chaleureux pour lui-même. Et enfin, presque directement devant les escaliers béait une porte qui fermait habituellement la chambre de Feliciano et Lovino. C'est ici que se rendait Lovi, bien décidé à percer à jour l'invité de la famille.

La chambre était, du côté Feliciano, désordonnée, sale, puante et désagréable à la vue. En revanche, côté Antonio, le lit était délicatement fait, les draps sentaient délicieusement bon la lessive et les vêtements étaient ordonnés sur le bureau en fonction de leur utilisation prochaine. Lovino ne s'attarda pas vraiment sur ces bouts de tissus, mais remarqua néanmoins le nombre incroyable de chaussettes dépareillées ou simplement le manque de gout de chaque torchon.

Son regard dériva d'abord vers le bureau de Feliciano, sur lequel gisait inutilement son téléphone portable, allumé et toujours sans mot de passe, ordre de Nonno. Lovino le prit et glissa son doigt sur l'écran tactile qui disparut sur le côté. Le fond d'écran de verrouillage était un fond uni orangé, pas grand-chose de très intéressant. En revanche, le fond d'écran d'accueil montrait une photographie de paysage. Celui-ci était familier à Lovino, qui prit cinq bonnes minutes avant de comprendre qu'il s'agissait des champs qui s'étendaient autour de leur ancienne maison en Italie, celles dans laquelle ils se rendaient parfois, les étés où ils ne fuyaient pas la chaleur mais la préféraient même. Lovino revenait toujours avec une peau étonnamment très bronzée, sa peau beaucoup plus réceptive que celles de ses frères à la lumière du Soleil.

Lovino ouvrit l'application réservée aux photos prises et les fit défiler une par une, dans l'ordre chronologique, commençant par la plus ancienne.

Elle montrait une photo d'une photo, et cette mise en abime réduisait largement la qualité de la photo photographiée. C'était tout simplement une photo que Nonno avait prise le premier jour suivant leur emménagement. Lovino et Feliciano étaient encore des enfants monolingues italianophones à l'époque, Marcello était loin d'être même prévu.

Passant à la photo suivante, elle montrait un évènement bien plus récent, mais tout aussi éloigné dans la mémoire de Lovino. Le neuvième anniversaire de Marcello auquel personne n'avait participé. Ses camarades avaient tous trouvé une excuse pour l'abandonner, alors Feliciano s'était mis en tête de lui remonter le moral.

Lovino avait détesté cette journée. Il s'était avoué depuis longtemps que ce n'était que de la jalousie pour ce cas-ci. Lovino n'a jamais pu inviter qui que ce soit pour des anniversaires. Nonno lui refusait ou il n'avait simplement personne à accueillir. Et personne ne lui remontait le moral, alors que Feliciano avait remis le sourire aux lèvres de son puiné qui avait pleuré à grosses gouttes pendant vingt minutes toute la matinée.

Lovino ne put retenir une grimace de dégout, et passant plusieurs photos inintéressantes, il en trouva une qui captiva son attention. Elle ne montrait qu'une foule d'élèves se déplaçant dans les couloirs, comme le troupeau de bœufs qu'ils sont toujours. Une silhouette était encerclée en rouge, et Lovino reconnut rapidement Ludwig, de dos. Feliciano avait espionné cet imbécile ? Quelle étrange personne.

Toutes les photos suivantes montraient Feli et Ludwig ensemble, mais une seule fut vraiment insoutenable. Il aurait presque pu se taire par rapport aux photos où ils se regardent amoureusement, mais celle-ci était… obscène ? Feliciano était allongé sur un lit d'une chambre inconnue aux yeux de Lovino. Il était en sous-vêtements et avait une pose explicite. C'était forcément la chambre du sale schleu. Forcément !

Lovino allait pour chercher son propre téléphone, mais celui de Feli vibra avant qu'il ne puisse le relâcher. Un message s'afficha dans les notifications, message que Lovino ouvrit directement. Pas de nom de contact, juste un cœur rose suivi d'étincelles festives.

« Feliciano, où es-tu ? » écrivait le message.

Lovino remonta le fil de la discussion aussi loin qu'il put. Le chargement fut un peu long, mais les discussions apparurent alors, Lovino s'en régala la panse.

« Mon frère sait. Dsl Lu, il veu me tué j'en suis sur !

-Calme-toi, n'avoue rien et blâme-moi plutôt.

-Mais… non ! Et de tout facon, je comprend pas. Il est pas sensé être aussi méchant !

-Il est peut-être juste surpris. Laisse-lui du temps ?

-Je suppose… J'espère que tu as raison. Je taime. a demain !

-À demain. »

« Tu me manque mais s'il te plait ne mapproche plu, je veu pas t'attiré d'ennuis ! Fo qu'on arrête… ok ? Mon frère répete que se n'est pas normale. Nonno aussi. C'est ma faute. Adieu. »

Un encadré jaunâtre lisant « numéro bloqué » est affiché sous ce message. Aucune date ne n'apparait, mais encore plus bas se trouve un nouvel encadré, similaire au premier, annonçant le déblocage du numéro.

« Ludwig… Arrêtes de me parlé à l'école s'il te plait ! J'ai pas le droits !

-Feli, arrête tout. J'ai un moyen pour pouvoir nous revoir.

-J'ai pas le droits, Ludwig ! Je peu pas désobéire, arrêtes !

-Ton correspondant arrive dans une semaine, non ? Profite de la distraction pour venir.

-Je comprend pas.

-Il sera là vendredi, non ? Sors avec lui le samedi, laisse-le quelque part avec un moyen de rentrer, dis-lui que tu dois partir, et tu viens chez moi. Tu lui fais promettre de ne rien dire, ton frère n'en saura rien et tout ira bien.

-Tu me manque…

-Justement. Reste impassible. Réagis comme tu le ferais si nous ne nous étions pas parlés depuis six mois. Si ton frère t'embête à nouveau, joue, fais l'acteur. Samedi prochain, 10h. Supprime ces messages dès que tu peux. »

Et bien Feliciano avait encore oublié le plus important. Quel dommage qu'il soit si con. Lovino allait agir et immédiatement.


J'ai adoré écrire ce chapitre. Marcello est adorable, jeune, innocent, et ne sait pas grand-chose du monde duquel on essaie de le "protéger" !

Les personnages parlent de plus en plus un français familier j'ai l'impression. Feliciano et Lovino sont bilingues mais parlent français "populaire" depuis six ou sept ans environ. Marcello, en revanche, est monolingue francophone. Il ne parle pas un mot d'italien et parfois il en est un peu attristé quand ses ainés et son grand-père le parlent devant lui !

Les fautes de Feli dans ses messages à la fin sont peut-être un peu exagérées, mais il y a aussi une part d'abrégé volontaire ! Il n'est pas aussi analphabète.

Et... Antonio a un problème avec son frère, Paulo (à prononcer comme vous le souhaitez, même si la prononciation française rend ce prénom un peu ridicule je trouve). Il lui a peut-être parlé de Louise avec qui il a déjà couché, et celui-ci s'est énervé. Qui sait ?

Commentez, s'il vous plait, ça fait vraiment plaisir (même si ça met un peu la pression hihihi).