¡Hola!

Comment ça va tout le monde ? Oui, je sais, je poste un peu plus tard que d'habitude, mais comme le mois n'est pas encore terminé, je ne suis pas vraiment en retard, non ? ^^ *sourire angélique*

Je ne vais pas vous embêter plus longtemps. Juste un petit mot pour remercier les fabuleuses lectrices qui commentent cette fic. Vos impressions sont vraiment importantes pour moi et me motivent à poursuivre l'écriture de cette histoire. Donc vraiment, merci.

Je vous laisse avec ce chapitre où Eva fait vraiment des siennes… On se retrouve en bas !


Chapitre 4 : Disgustosa noticia

Durant ma courte existence, jamais le silence ne m'avait paru aussi apaisant. Après les chuchotements feutrés des vampires, la voix grandiloquente d'Aro et le hurlement mental de Lena, dont l'écho me vrillait toujours le crâne, l'absence totale de bruit m'apportait un ineffable soulagement. Elle était porteuse d'une tranquillité qui me faisait cruellement défaut ces dernières heures.

Les dents serrées sous l'effet de la douleur persistante qui pulsait sous mon front, je plaquai un peu plus ma tête contre la pierre froide du mur. Cette température basse atténuait quelque peu les élancements incessants, mais si la souffrance physique pouvait décroître, il n'en était rien pour celle qui me broyait le cœur. Je dardai un œil empli de haine sur la porte austère donnant sur la salle circulaire, dont j'étais sortie en trombe suite à l'annonce d'Aro. J'ignorais quel conciliabule retors pouvaient bien encore tenir les vampires à l'intérieur, mais je m'en moquais comme d'une guigne tant le désespoir m'asphyxiait à cet instant.

« Bienvenue parmi les Volturi, Eva Saavedra. »

Mon poing se serra convulsivement, mes phalanges raclant la pierre au mépris de son aspérité, tandis que mon esprit résonnait encore de ce funeste énoncé. Il me comprimait le cœur dans un étau glacial de chagrin et de désespérance, me tordait les entrailles de révolte, m'ensevelissait sous une mante d'impuissance.

─ Non…

Ma voix, faible geignement à peine audible, s'éteignit après ce pitoyable sursaut. La réalité, trop cruelle, me semblait inacceptable. Et pourtant, comme surgie de nulle part, la prise de conscience s'imposa à moi avec une violence inouïe.

Je ne la reverrai jamais.

Je ne reverrais jamais ma sœur.

Ma gorge se serra. Mon souffle s'étrangla. J'eus l'impression qu'une main invisible, mais implacable, me broyait le cœur. Les larmes s'agglutinèrent sous mes paupières dorénavant closes. L'évidence, cette fatale évidence, tournoyait inlassablement dans mon esprit tel un oiseau de proie au-dessus d'une charogne. En me retenant ici, ces monstres, en plus de m'arracher à ma vie, me privaient de l'être le plus cher à mon cœur. Pire encore, je me trouvais prisonnière de cette abominable forteresse habitée par des créatures dont la seule existence menaçait ma vie en permanence. Cette dernière constatation acheva de distiller l'horreur en moi.

Une vague de nausée me tordit l'estomac, bien que je n'aie rien avalé depuis mon enlèvement. Plus mes réflexions s'attardaient sur ma situation, plus l'écœurement me saisissait. Qu'étais-je donc aux yeux des vampires, si ce n'était une arme à utiliser contre de potentiels ennemis, un outil que l'on dépouillait de toute humanité, de toute considération ? Mon étrange aptitude à entendre une voix me reléguait à un statut incroyablement dégradant. Si je l'avais à de nombreuses reprises désiré, autrefois, j'en vins à souhaiter plus que jamais être une jeune femme ordinaire. J'avais toujours craint que cette particularité ne m'attire des ennuis si son existence s'ébruitait, mais je n'avais pas imaginé à quel point ils seraient effroyables. Je maudissais ce prétendu don qui me dépossédait de ma vie paisible et des vestiges de ma famille. Je le haïssais plus encore que lors de son éveil, bien des années auparavant.

¡Ingrata! Si tu es encore en vie, c'est grâce à moi ! s'indigna Lena.

Ah, parce que tu crois que cette vie va en valoir la peine, peut-être ? Ben oui, quoi de plus beau que d'être séquestrée au beau milieu d'un nid de vampires ? Ça ne peut que mal se finir, cette histoire !

Mira, je sais que Laura te manque et que la situation n'est pas rose.

C'est un euphémisme.

Mais ça ne t'apportera pas que de mauvaises choses, tu sais.

En admettant que je puisse croire une seule seconde à ça, c'est censé me rassurer ? grinçai-je, sarcastique.

Un soupir mental retentit à l'intérieur de ma tête, suivi d'un silence que je perçus comme étrangement empreint d'hésitation. Une pointe d'inquiétude me piqua le ventre. Il me semblait que Lena s'apprêtait à me livrer une confession imprévue, et son atermoiement me paraissait de mauvais augure.

L'un de leurs gardes tombera amoureux de toi.

L'incongruité de ses propos me laissa muette de stupéfaction. L'espace de quelques secondes, le rire et la consternation s'affrontèrent en mon for intérieur, puis le premier l'emporta. Un petit ricanement franchit mes lèvres, avant de se muer en véritable fou rire. Mes nerfs venaient de se relâcher, visiblement.

¡Ay, qué gracioso! À d'autres !

C'est ça ! Tu rigoleras beaucoup moins quand tu verras que j'ai raison.

Mon hilarité s'accentua. Je ne croyais pas un seul de ses propos. Compte tenu du contexte et du mépris ostensible des vampires à mon égard –mépris réciproque, il fallait l'avouer-, l'assertion de Lena ne se réaliserait jamais et n'en paraissait que plus risible. Outre le fait que ces vampires ne semblaient pas portés sur le sentimentalisme, je n'avais pas davantage l'intention de me laisser attendrir par l'un d'entre eux, qu'importaient les pensées ou désirs que leur physique avantageux éveillait en moi. Il était vain d'imaginer un quelconque sentiment, et plus encore qu'il soit partagé.

Mon rire mourut dans ma gorge lorsqu'un élancement plus intense pulsa douloureusement dans mon crâne. Les élucubrations de Lena, si drôles soient-elles, ne parviendraient pas à me distraire suffisamment pour reléguer mon effroyable migraine dans l'oubli. Je jugeai préférable de proscrire toute conversation mentale superflue jusqu'à ce que disparaisse la sensation que ma tête se trouvait précisément entre un marteau et une enclume. Bien que je comprenne l'intention de Lena d'éloigner l'envahisseur, je ne pouvais m'empêcher de nourrir une certaine rancune à son égard pour la souffrance que j'endurais. Un frisson d'horreur me parcourut l'échine au souvenir de la soudaine brûlure sous mon front. Je refusais de la subir à nouveau.

Alors que je me massais doucement les tempes, dans une piètre tentative d'apaiser la douleur, le frottement disgracieux d'un battant contre le sol de pierre s'éleva à ma droite. Je tournai la tête juste à temps pour voir la porte de la salle circulaire s'ouvrir sur Félix et Démétri, écrasants de prestance dans leurs manteaux gris. Mon attention s'arrêta sur ce vêtement, ma mémoire régurgitant un détail ignoré jusqu'à présent. La plupart des vampires, y compris les maîtres, arboraient cet accoutrement dépassé dont seule la teinte variait, du gris fumée au noir d'encre, en passant par l'anthracite. Je me demandai s'il possédait une signification particulière.

C'est le cas. Les manteaux indiquent les grades de leurs possesseurs dans la hiérarchie du clan. Plus la couleur tire vers le noir, plus le vampire est haut placé.

Je grimaçai sous la recrudescence de la souffrance dans mon crâne et me pinçai l'arête du nez. Avant de détourner le regard, déterminée à ignorer ces immondes suceurs de sang, je remarquai l'air suprêmement amusé qui sublimait leurs visages. Je fronçai les sourcils. Bien que mon séjour dans cet enfer débute à peine, j'avais déjà saisi qu'en ces lieux, l'amusement se teintait bien souvent de sadisme et augurait nombre d'ennuis, potentiellement à mon encontre.

Tandis que je m'interrogeais sur la cause de leur air réjoui, les deux compères avançaient dans ma direction. L'éclat de leurs voix sublimes me parvenait sans peine.

─ Sa tête valait vraiment le détour quand le Maître lui a annoncé ça ! s'esclaffait Félix. Je crois que ça vaut bien tous les sales coups qu'il nous a faits.

─ En effet, je ne lui avais jamais vu un air aussi déconfit, renchérit son comparse. Et ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de voir l'intouchable Alec aussi décontenancé.

J'arquai les sourcils sous l'étonnement. Une part de moi, encore meurtrie par l'effroi qu'il m'avait inspiré, déplorait de n'avoir pu assister à pareil spectacle. Cela aurait sans doute désacralisé son image rigide.

─ N'empêche, je n'aimerais pas être à sa place, poursuivit le colosse. Je ne pourrais pas résister à l'envie de me faire un joli casse-croûte de cette petite humaine, et Maître Aro n'apprécierait pas.

─ Oh, il devrait quand même être possible de tirer quelques…bénéfices de cette situation…

L'intonation traînante et sirupeuse de Démétri me déplut particulièrement. Mon esprit se refusait à imaginer la nature exacte des bénéfices en question, quoique j'en aie une vague idée assez inquiétante.

Pour faire court, il a l'esprit aussi tordu que toi.

Je n'eus pas l'occasion d'assener une réplique cinglante de mon crû à Lena, la conversation suivant son cours.

─ Je croyais que tu avais décidé de ne plus jouer avec la nourriture, rappela Félix, un brin amusé.

─ Elle pourrait bien réussir à me faire changer d'avis.

Ce fut sur ces charmants propos qui, sans nul doute, se référaient à moi que Démétri m'avisa. Un sourire félin s'invita aussitôt sur ses lèvres tentatrices.

─ Tiens tiens… Mais qui voilà ? Notre charmante future recrue, susurra-t-il d'une voix enjôleuse. La petite humaine qui fait tant jaser…

De son timbre doucereux à sa gestuelle calculée, en passant par son regard charmeur, tout dans son attitude supposait que j'étais la cible de quelque jeu tordu de sa part. Mon instinct m'incita aussitôt à la méfiance et, face à cette joute imminente, je choisis comme meilleure défense l'attaque.

Me détachant de la paroi, je relevai le menton dans une mimique arrogante et optai pour une froideur ostensible.

─ Et ? Je ne vois pas ce qu'il y a d'amusant là-dedans, sifflai-je sur un ton tranchant.

Aucun des deux vampires ne se départit de son sourire. Ils se concertèrent une seconde du regard avant de reporter leur attention sur moi.

─ Je te laisse le plaisir de le lui annoncer, déclara Félix.

Son rictus teinté de sadisme m'incommodait, mais je ne me laissai pas déstabiliser.

─ Il se trouve que Maître Aro souhaite que ton…intégration dans notre clan se déroule dans les meilleures conditions possibles.

─ C'est ce que j'avais cru comprendre, rétorquai-je du tac-au-tac, le sourcil haussé en une expression hautaine.

─ Pour cela, il a chargé l'un des gardes de la délicate mission de t'initier à notre mode de vie.

Démétri marqua une pause, ménageant son effet tel un acteur. La lueur de joie mauvaise dans ses iris pourpres dévoilait plus sûrement le caractère déplaisant –pour moi- de sa réponse que ne l'auraient fait ses mots.

─ Il a désigné Alec, acheva-t-il avec une délectation manifeste, sous le ricanement de Félix.

Mon souffle s'étrangla dans ma gorge tandis que toute ma superbe s'envolait d'un seul coup. L'espace d'un instant, je me remémorai le visage juvénile aux traits trop parfaits et aux prunelles écarlates emplies de morgue du jeune vampire. La frayeur que j'en conçus manqua de me faire reculer. Mon esprit, quant à lui, répugnait à accorder un quelconque crédit à cette annonce.

─ C'est une plaisanterie ?! coassai-je lorsque mes cordes vocales acceptèrent de coopérer à nouveau.

Seul le sourire réjoui des deux vampires savourant ma déconvenue me répondit. Engloutie dans un nouveau maelström émotionnel, je serrai les poings sur les pans de mon manteau pour cacher quelques tremblements importuns. Un flot de sentiments s'entrecroisaient en moi en un complexe écheveau que j'étais bien en peine de démêler. Anxiété, peur, exaspération, désespoir… Coincée au cœur de ce furieux combat, je demeurai immobile jusqu'à ce qu'un fil se détache enfin des autres et les domine : la rage. Je m'y réfugiai comme une enfant égarée auprès de sa famille tout juste retrouvée.

─ ¡Ni hablar! Je préfère encore crever ! crachai-je, hors de moi.

Une moue amusée s'invita sur le visage de Félix.

─ Ça peut s'arranger…

Je dardai sur lui un regard assassin.

─ Toi, sifflai-je en pointant sur lui un doigt menaçant, ne pense même pas une seule seconde faire de moi ton dessert, parce que je te jure que tôt ou tard, tu vas le regretter.

─ Je comprends ton refus, annonça Démétri sur un ton faussement compatissant. Ce jumeau-là est une vraie plaie, comme l'autre d'ailleurs. Mais, vois-tu, vous n'avez pas le choix. La première chose que tu apprendras ici, c'est que les ordres des Maîtres sont incontestables.

La gorge nouée et la mâchoire serrée, je ne sus que rétorquer. Félix ne dissimulait plus son hilarité, ce qui ne fit qu'attiser ma colère. Après un échange visuel amusé, les vampires poursuivirent leur chemin. Alors qu'il passait à mes côtés, Félix posa la main sur mon épaule et la tapota doucement.

─ Bonne chance avec lui. Quoique, vu ton caractère, je me demande lequel de vous deux en aura le plus besoin, de cette chance.

─ Lui, probablement ! s'esclaffa Démétri. Voilà qui promet d'être intéressant…

Et ils disparurent à l'angle du couloir sans plus se préoccuper de moi.

Furibonde, je ramassai les restes de ma dignité, la posture raide. Je m'éloignai de la salle circulaire d'un pas rapide, poursuivie par l'écho de leurs rires qui résonnaient à mes oreilles comme autant de cris de corneilles malveillantes. Cependant, plus que leurs moqueries, je fuyais une possible confrontation avec Alec. Étant donné l'état désastreux de mes nerfs bouleversés, j'en ressortirais inévitablement perdante.

Les couloirs s'enchaînaient sous mes pas, identiques, mais j'y prêtai à peine attention. Ma marche s'était muée en une course affolée. Toute notion du temps et de la distance parcourue m'avait échappé lorsqu'enfin, je m'arrêtai à l'angle d'un croisement, le souffle saccadé. Les oreilles emplies des battements sourds et effrénés de mon cœur, je m'adossai à la première paroi venue avant de me laisser glisser au sol. Le torrent impétueux de la colère rugissait toujours dans mes veines, incontrôlable. Sous son action, mon inertie se retrouvait enfin noyée, reléguée au rang de souvenir. Cette fureur nourrissait également de le terreau de mon esprit, où venait de germer une formidable idée. De cette résignation honnie, qui avait jusqu'à présent guidé mes gestes, avait surgi une résolution nouvelle portée par une détermination sans faille.

Je m'évaderais de cette prison, par tous les moyens.

Forte de cette perspective, je profitai que ma migraine se soit atténuée pour échafauder les prémices d'un plan. Néanmoins, pour ce faire, je devais acquérir le soutien d'une certaine petite voix. Si je possédais réellement un don comme certains vampires, autant l'exploiter à mon avantage.

Lena…

N'y pense même pas ! Tu ne voudrais quand même pas rater l'occasion de connaître l'amour de ta vie ?

Je levai les yeux au ciel, exaspérée par ces inepties.

Arrête de raconter des bêtises ! Ce genre de chose ne se produira jamais. Premièrement, parce que je ne suis que de la nourriture à leurs yeux. Tu tomberais amoureuse de la carotte qui se trouve dans ton assiette, toi ? Deuxièmement, parce que ça ne serait sûrement pas réciproque. Je déteste ces vampires !

Si supieras…

Je dois sortir de cet enfer. Laura a besoin de moi et ma vie est aux États-Unis, auprès d'elle et de Nessie.

Il n'y a pas d'avenir pour toi, là-bas.

Il n'y en a pas davantage ici. Si quoi que ce soit tourne mal, je pourrais en mourir. Et je ne veux pas avoir à choisir entre finir en en-cas ou être transformée en monstre.

Un soupir agacé résonna dans mon crâne.

Testaruda…

C'est seulement maintenant que tu t'en rends compte ?

Un long silence plana à l'intérieur de ma tête.

Je t'aiderai, capitula-t-elle, le timbre voilé de résignation.

Triomphante, je laissai un sourire, le premier depuis mon enlèvement, poindre sur mes lèvres. Une note d'espoir réchauffait enfin mon être glacé.


Comme si mon corps n'avait attendu que cette touche d'apaisement pour m'abandonner, l'épuisement s'abattit sur moi telle une chape de plomb. Mes paupières s'alourdissaient inexorablement. J'avais besoin de fermer les yeux, ne serait-ce que cinq minutes. M'endormir au beau milieu d'un nid de vampire était inconcevable. Pourtant, sans que je m'en aperçoive, la somnolence finit par m'emporter.

─ Regarde-moi ça ! Si faible et vulnérable… Le Maître t'a vraiment confié là une tâche ingrate.

─ C'est vrai. Mais tu sais bien que je ne peux pas désobéir à ses ordres.

Les voix se frayèrent un chemin jusqu'à mon esprit endormi. Mes capacités de réflexion étant encore engourdies, je crus tout d'abord qu'il s'agissait de Lena. Cependant, le premier timbre contenait bien trop d'accents mélodieux pour que je me méprenne durablement.

─ À t'entendre, on croirait que cela te laisse indifférent, de surveiller la nouvelle lubie du Maître.

─ Tu sais bien qu'il n'en est rien, ma sœur. Qui ne serait pas contrarié de perdre une partie de son temps à s'occuper d'une simple humaine ? J'aurais de loin préféré que Maître Aro me confie une mission plus intéressante.

Je tiquai intérieurement à l'entente de la deuxième voix, masculine celle-ci, chargée d'aversion à mon égard. Au fond de moi naquit l'intention de lui montrer à quel point ce dégoût était réciproque.

─ Sans compter que devoir côtoyer d'aussi près la nourriture sans avoir le droit d'y toucher, c'est cruel…, ajouta la deuxième voix.

─ J'espère que son utilité saura compenser ton abnégation, mon frère. Même si je ne vois pas très bien en quoi son pouvoir pourrait nous être utile. Il n'a rien d'offensif ni de réellement défensif.

Ces propos, si dénigrants, achevèrent de dissiper les brumes de l'endormissement qui engourdissaient mon cerveau. Dans un frémissement, je repliai les jambes contre moi et posai une main sur mon visage dans une futile tentative de dissimuler une grimace de douleur face aux protestations de mes membres ankylosés. Cela m'apprendrait à m'assoupir contre un mur.

Je frottai mes paupières encore lourdes dans l'espoir de chasser les derniers vestiges du sommeil, avant d'épingler les vampires de mon regard le plus meurtrier. Déterminée à ne plus subir leur mépris sans réagir, j'instillai dans ma voix autant de venin que possible :

─ La « nourriture » vous entend. Quelle joie de constater l'ampleur de votre estime envers moi ! Je n'avais encore jamais vu autant de respect.

J'assortis ma tirade d'applaudissements moqueurs, désireuse de pousser le sarcasme aussi loin que possible. J'avais découvert sans réelle surprise les jumeaux vampires face à moi, en train de me toiser avec répugnance. Lasse de lever la tête, je me remis sur mes pieds avec autant de grâce que me le permettait mon corps endolori –c'est-à-dire bien peu-, et observai les effets de ma tirade sur mes vis-à-vis. Si le visage d'Alec n'affichait qu'une froide nonchalance, celui de Jane se tordait en un masque de rage.

Ne la provoque pas ! Elle peut t'infliger à volonté d'effroyables douleurs. Quant à lui, il est tout aussi dangereux !

Le ton alarmé de Lena glissa sur moi sans m'atteindre. Dans mes veines bouillonnait à nouveau cette ire salvatrice, ce raz-de-marée implacable qui balayait l'angoisse, le chagrin et la peur.

─ Méfie-toi, l'humaine ! cracha Jane de son timbre aigu. Tu pourrais vite regretter ce que tu viens de dire.

Je haussai un sourcil dubitatif, même si intérieurement, la menace m'affectait plus que je ne l'aurais souhaité.

─ Et tu vas faire quoi ? Me torturer ? Ce serait contraire aux ordres de ton maître chéri.

Face à un être aussi dangereux, je n'avais aucun scrupule à exploiter la moindre information susceptible de me conférer un avantage, voire de garantir ma survie. Le rictus furieux de la vampire céda la place à une profonde stupéfaction.

─ Comment tu…

─ Comment je sais ça ? C'est mon petit doigt qui me l'a dit, ricanai-je.

Ses yeux s'étrécirent soudain en une menace plus prégnante. Je sus alors que Jane s'apprêtait à outrepasser les limites fixées par les ordres d'Aro. Du moins l'aurait-elle fait si son frère ne lui avait pas saisi le bras avant d'échanger avec elle d'obscurs propos sur un rythme si soutenu que je ne compris pas un traître mot de leur conversation. Je ne pus que constater la persistance de l'agacement sur les traits de la vampire malgré l'intonation apaisante de son frère. Aussi subitement qu'il s'était envolé, un profond silence retomba sur notre petit groupe. Les prunelles écarlates de Jane vrillèrent soudain les miennes, emplies d'un éclat meurtrier.

─ Tu ne perds rien pour attendre…

Bien que je m'efforce de n'en rien laisser paraître, l'effroi me comprima un instant la poitrine. J'ignorais par quel miracle je parvins à soutenir son terrifiant regard. Mon aplomb se délita sitôt qu'elle eut tourné le dos pour s'enfoncer dans le couloir et disparaître à mes yeux quelques secondes plus tard. J'en aurais soupiré de soulagement si son départ n'avait pas signifié que je me retrouvais dorénavant seule avec son frère au caractère si insaisissable.

T'es vraiment suicidaire ! me rabroua Lena. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?

Tu devrais avoir l'habitude, depuis le temps.

Un silence d'outre-tombe imprégnait l'atmosphère, éveillant en moi une certaine nervosité. Si ma rage couvait toujours, braises rougeoyantes sous la cendre, le souffle impérieux qui la portait semblait s'être évanoui. Cette impression croissait davantage sous les iris sévères d'Alec qui me jaugeait, l'air impavide. Mal à l'aise, je me crispai, les yeux étrécis. Au moment où je m'apprêtais à ouvrir la bouche sur une remarque véhémente, il me devança :

─ À l'avenir, tu devrais t'abstenir de jouer avec ma sœur. Mieux vaudrait pour toi que tu ne lui causes pas d'ennuis en la poussant à « oublier » les ordres.

Face à ses propos lapidaires, je demeurai muette d'indignation, incapable de croire qu'il me rende coupable des emportements de Jane.

Il n'a pas tout à fait tort.

Merci pour ton soutien, j'apprécie vraiment ! Ce n'est pas ma faute si elle est impulsive, cruelle, sadique et complètement tarée.

Je ne te contredirai pas sur ce point, mais pour l'amour du ciel, tiens-toi tranquille !

Je ne pris pas la peine de répondre à Lena, affreusement vexée. Inutile de préciser que je n'avais pas la moindre intention de suivre ses recommandations. Cependant, je n'avais pas le loisir de me complaire dans les geignements de mon ego malmené. Guetter une nouvelle attaque verbale de la part du vampire requérait toute mon attention.

─ Maître Aro m'a demandé de te conduire à ta nouvelle chambre. Suis-moi.

Son ton sans appel, ainsi que le changement brutal de sujet, me déstabilisa. Aussi me contentai-je d'arquer un sourcil perplexe avant de lui emboîter le pas sans broncher.

D'aussi loin que je me souvienne, j'avais toujours éprouvé une grande facilité à deviner les principaux traits de caractère des personnes que je rencontrais et ce, grâce à une observation minutieuse de leurs gestes, de leurs réactions ou encore de leur façon de s'exprimer. Cela me permettait d'anticiper leurs actes et d'adapter les miens en conséquence. De ce fait, je nourrissais une certaine méfiance à l'égard des quelques individus que je ne parvenais pas à cerner. Trop habituée à tout prévoir, je redoutais ce qui échappait par extension à mon contrôle. La présence de ces gens opaques m'incommodait, comme c'était le cas avec Alec. Il dégageait une indicible froideur que j'abhorrais.

Oh non, n'y pense même pas !

De toute évidence, Lena avait saisi mon intention d'ignorer ses conseils.

Je vais me gêner, tiens !

Notre progression à travers les couloirs s'effectua dans un silence profond. Tout en veillant à ne pas perdre de vue mon déplaisant guide, je me triturais les méninges à la recherche d'un premier angle d'attaque. Mes premiers instants passés dans ce lugubre château défilaient dans ma mémoire en un ballet incessant, jusqu'à trouver le détail parfait. Un petit sourire sournois se dessina sur mes lèvres.

─ Comme ça doit être ennuyeux d'avoir à perdre ton précieux temps avec… c'était quoi déjà, l'expression ? Ah, oui, une « simple humaine » ! J'en serais presque désolée pour toi. Presque.

Ma tirade se perdit dans l'air sans effet apparent. De toute évidence, Alec avait choisi de me témoigner sa plus belle indifférence. Toutefois, je ne me décourageai pas pour autant. Au fil des années, j'avais appris que toute personne soi-disant intouchable possédait une faille dans sa muraille d'impassibilité. Et ce n'était qu'une question de temps avant que je ne décèle la sienne.

─ Qu'est-ce que tu as bien pu faire pour mériter ça ? poursuivis-je sur un ton narquois. Tu as désobéi aux ordres ? Oh non, laisse-moi deviner… On t'a confié une tâche et tu as été incapable de la mener à bien. Oui, ça doit être ç…

Mon souffle s'étrangla tout à coup dans ma gorge. Je ne voyais plus rien ! C'était comme si un voile d'ombre s'était abattu sur ma vision, l'occultant totalement. Hébétée, je clignai des yeux dans l'espoir que cet horrible phénomène se dissipe. En vain.

Une vive panique m'inonda.

─ Je n'avais jamais vu une humaine avec aussi peu d'instinct de survie. À croire que tu es incapable de te taire au bon moment, fit remarquer la voix d'Alec, plus proche de moi que je ne le pensais.

─ Qu'est-ce que…

─ Le pouvoir de Jane est trop violent pour que le maître l'autorise à l'utiliser sur toi, mais cette interdiction ne s'applique pas à moi.

Un frisson glacé serpenta dans mon dos face à cette menace à peine voilée. Je commençais à soupçonner l'origine de ma soudaine cécité. Mes mains se mirent à trembler. Que pouvait-il encore m'arracher d'autre sans même que je ne puisse l'anticiper ?

Le bruit de ses pas se rapprocha alors de moi, presque imperceptible. Je me raidis, comme dans l'attente d'une sentence. Une agréable fragrance parvint à mes narines, subtil mélange de savon et de bois de santal. Je fus tentée de l'inspirer plus profondément pour mieux la savourer, mais un souffle glacé, tout près de mon oreille, m'en dissuada derechef.

─ Pour cette fois, je ne t'ai ôté que la vue, susurra-t-il avec une once de cruauté dans la voix. Mais si tu ne te résous pas à tenir ta langue, je t'empêcherai complètement de percevoir ton environnement.

Une authentique peur me coupa la respiration. Je n'osais pas esquisser le moindre geste. Le timbre mélodieux d'Alec s'éleva une nouvelle fois tandis que ma vision recouvrait progressivement sa netteté.

─ Je ne serai pas aussi clément avec toi, la prochaine fois.

Pendant de longues secondes, je demeurai immobile, le tambourinement lourd de mon cœur cognant à mes oreilles. La terreur entravait mes mouvements, amoindrissait mes capacités de réflexion et avait mouché mes velléités de rébellion. Jamais auparavant je ne m'étais sentie si vulnérable, si impuissante. Excepté à une période de ma vie dont je refusais de me souvenir.

Ce ne fut qu'au moment où Alec se retourna, à nouveau presque indifférent à ma présence, que je remarquai la porte se détachant sur le mur de pierre. D'un geste du bras, il me la désigna.

─ C'est là que tu dormiras. Pour tes autres… nécessités humaines, tu trouveras ce dont tu as besoin dans les salles réservées au personnel humain. Encore faudra-t-il que tu trouves les salles en question…

Une étincelle mesquine dans le regard, il s'éloigna rapidement sans plus se préoccuper de moi. Tel un automate, je passai le battant de bois. Dès que je le refermai, je me laissai glisser au sol. Des larmes d'humiliation me montèrent aux yeux.

Ne dis pas que je ne t'avais pas prévenue !

Lena, pourrais-tu, s'il te plaît, ne pas en rajouter une couche ?

Je me mordis la lèvre et entourai mes genoux tremblants de mes bras. Je peinais à contrôler mon souffle alors que la flagrante différence de force entre Alec et moi me frappait de plein fouet.

Il t'a donné une leçon, mais je te connais assez pour savoir que, même si tu te montreras plus prudente à l'avenir, ça ne t'arrêtera pas pour autant.

Je n'ai rien pu faire… Je suis tellement faible comparée à eux !

Mais il ne sont pas invulnérables pour autant. Tu es assez astucieuse pour trouver leurs failles, et je t'y aiderai.

Ses mots sonnèrent comme une douce promesse et ravivèrent quelque peu en moi l'espoir malmené.

Qu'est-ce que je ferais sans toi ?

Rien, sûrement.

Le ton taquin de cette dernière phrase apaisa quelque peu mon angoisse. Mais il me fallut encore de longues minutes pour réussir à me calmer.

Lorsque je rouvris les yeux, que j'avais fermés pour contenir mes larmes, ce fut avec une résolution inébranlable. Alec Volturi paierait pour le traitement qu'il m'avait infligé.


Lexique des termes espagnols :

1. Disgustosa noticia : déplaisante nouvelle

2. Ingrata : ingrate

3. Mira : Utilisé en tant qu'interjection, ce mot sert à attirer l'attention de l'interlocuteur. On peut le traduire par « écoute » ou encore « dis ». Le reste du temps, ce verbe signifie « regarder ».

4. ¡Ay, qué gracioso! : Ha, très drôle !

5. ¡Ni hablar! : Hors de question !

6. Si supieras… : Si tu savais…

7. Testaruda : Têtue


Je sais pas vous, mais moi, je m'amuse beaucoup avec Alec ^^ Comme avec Démétri et Félix, d'ailleurs. Et des fois, j'ai envie de coller des claques à Eva tellement elle est insupportable XD

Savourez bien la fin « normale » de ce chapitre, parce que pour celle du prochain (voire des deux prochains), vous allez me détester XD

N'hésitez pas à partager vos impressions dans les commentaires. Un auteur qui a des reviews est un auteur motivé ;)

En espérant que ce chapitre vous ait plu ^^

À bientôt !